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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 09:40
GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...
GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...

Le grand-père de Gilles de Rais, Jean de Craon a épousé Béatrice de Rochefort fille de Thibault de Rochefort et de Jeanne d'Ancenis.

Thibault de Rochefort et Jeanne d'Ancenis figurent dans notre généalogie, tout comme, Amaury de Craon et Béatrice de Pierrepont, Guillaume du Guesclin et Julienne de Beaumont de Guitté, Foulques de Laval et Jeanne Chabot. Nous retrouverons aussi nos couples d'ancêtres : Hugues II de Thouars et Isabeau de Noyers ainsisi que Eudon de Lohéac et Béatrice de Craon, du côté de Catherine de Thouars, l'épouse de Gilles de Rais.

 

GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...
GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...
Un seigneur breton accusé d’avoir
violé et tué des centaines
d’enfants !

Certains disent que c’est lui qui aurait inspiré le personnage de Barbe-Bleue dans le conte qui porte ce nom. Pourtant, rien ne prédestinait au départ Gilles de Rais, important seigneur breton du XVe siècle, à figurer dans la liste des plus célèbres tueurs en série de l’histoire.  Héritier d’un important territoire, il était devenu après son père l’un des plus importants seigneurs de Bretagne et il disposait d’une fortune assez considérable. Comme la plupart des nobles, il se consacra d’abord au métier des armes et se distingua dans plusieurs batailles de la guerre de Cent Ans comme compagnon d’armes de Jeanne d’Arc. C’est en revenant de la guerre que les choses se gâtèrent pour lui. Son goût pour la dépense excessive et pour la débauche lui valut de dilapider rapidement la fortune familiale, ce qui lui causa de nombreux conflits avec les membres de sa famille.

C’est alors qu’on se mit à rapporter des enlèvements de garçons dans les environs du château du seigneur de Rais. Des rumeurs voulant que celui-ci s’adonnait à des rites de sorcellerie avec les enfants en question (peut-être dans l’espoir de régler ses problèmes financiers?) se répandirent rapidement. Puisqu’un grand seigneur comme lui ne répondait d’aucune autorité laïque, c’est un tribunal ecclésiastique qui s’empara de l’affaire. Une enquête fut menée et il fut accusé de sodomie, de sorcellerie et d’assassinats d’enfants. Après s’être d’abord révolté contre les nombreuses irrégularités du procès, le seigneur de Rais finit par accepter de faire un aveu moyennant que l’Église renonce à l’excommunier. S’en suivit une confession dont les détails glacèrent le sang de ceux qui l’entendirent. Selon celle-ci, les enfants que l’on prenait à des familles pauvres sous le prétexte d’en faire des pages étaient violés et torturés dans le cadre des débauches de Gilles de Rais. Le présumé meurtrier reconnaissait le meurtre de centaines d’enfants, bien que les chiffres avancés demeurent sujets à discussions. Suite à l’aveu fait par l’accusé, celui-ci fut rapidement condamné à une double exécution : l’une par pendaison, ce qui constituait la punition légale pour les crimes commis, et l’autre sur le bûcher, ce qui était la punition religieuse qui visait à purifier son âme par le biais du feu. Il fut donc exécuté le 26 octobre 1440.

Si les crimes commis par Gilles de Rais n’ont longuement pas été remis en question à cause de l’aveu qu’il avait lui-même fait, des historiens ont maintenant soulevé la possibilité qu’il eût été la victime d’un coup monté. Personnage dérangeant, il disposait aussi de plusieurs territoires qui tombèrent aux mains de son rival, le duc de Bretagne, après sa condamnation. De plus, le procès est à l’évidence empreint de plusieurs irrégularités : il y avait été amené sans connaître la véritable nature des accusations et s’était retrouvé impuissant face à des juges partiaux. De plus, l’usage courant de la « question », c’est-à-dire la torture, pour soutirer des aveux aux accusés et aux témoins laisse aussi place à quelques doutes sur la véracité des propos recueillis. Certain d’être condamné, Gilles de Rais aurait-il avoué n’importe quoi pour accélérer les choses, s’éviter de la torture et n’être pas excommunié afin de pouvoir s’en remettre au jugement de Dieu ? Le mystère demeure entier, mais le personnage et son histoire n’ont pas fini de passionner et de faire jaser !

GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...

Gilles de Laval, sire de Rais. Ce portrait imaginaire est commandé en décembre 1834 au peintre Éloi Firmin Féron par le gouvernement du roi Louis-Philippe Ier afin de légitimer la monarchie de Juillet « en récupérant et instrumentalisant les représentations historiques de l'ancienne France ». L'huile sur toile est exposée dans la galerie des maréchaux de France du musée de l'Histoire de France au château de Versailles.

GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...

Le château de Champtocé aujourd'hui.

Le château de Champtocé est un château d'origine médiévale localisé à Champtocé-sur-Loire, en Anjou, dans le département de Maine-et-Loire. Il est connu pour avoir été un des lieux de résidence de Gilles de Rais. Il est inscrit monument historique en 1926.

GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...

Le château de Tiffauges est un château fort situé sur la commune de Tiffauges, dans le département de la Vendée. Il est parfois appelé château de Barbe bleue, en référence au surnom de Gilles de Rais, son résident le plus célèbre.

Le château fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le .

C'est Geoffroy de Thouars qui construit le château au XIIe siècle et le village, situé le long de la Crume, au pied du promontoire, est ainsi protégé par un rempart muni de tours.

Le château est la dot de Catherine de Thouars qui épouse Gilles de Rais en 1420. C'est dans les catacombes de ce lieu que ce dernier aurait perpétré d'atroces meurtres sur près de 200 enfants. Après sa mort le , sa veuve Catherine de Thouars se remarie avec Jean II de Vendôme, vidame de Chartres. Celui-ci fait élever en 1520 la tour qui porte son nom, la tour du vidame.

Par la suite, le château entre en la possession de Jean III, fils de Catherine et de Jean II. Le fief passe ainsi de mains en mains tout au long de l'histoire.

En 1563, c'est le duc de Thouars qui en hérite. Celui-ci le cède par la suite à Bérande de Ferrière qui le remet à son frère, Jean de Ferrière. Le château est attaqué à maintes reprises et incendié en 1569 pendant les guerres de religion. Il est démantelé par ordonnance royale en 1626.

Le château joue encore un rôle dans la bataille de Torfou, dernière victoire vendéenne, le .

Gilles de Rais, compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, a été qualifié de « Barbe-bleue » nantais. Il fut exécuté après avoir été accusé d'avoir violenté et assassiné nombre d'enfants et jeunes gens mais, mis à part les meurtres en série, sa vie et ses actions sont loin de celles du personnage du conte.

 

Gilles de Rais est né au château de Champtocé, dans la tour noire selon la légende, en 1404. Il est le fils de Guy de Laval-Blaison et de Marie de Craon, dont le mariage mettait un terme au conflit issu de la succession de Jeanne de Rais. Le duc de Bretagne et le roi de France cherchaient à attirer ses domaines dans leur mouvance. Jeanne fut mariée successivement au limousin Roger de Beaufort, frère du pape d’Avignon Grégoire XI, puis à Guillaume l’Archevêque, seigneur de Parthenay. Le nouveau pape excommunia Jeanne pour bigamie, tandis que Jean IV de Bretagne la faisait prisonnière, et lui échangeait Rais et ses terres du diocèse de Nantes contre d’autres en Cornouaille. La famille de Jeanne fit appel au roi de France qui condamna le duc à restitution et amende. Sans héritier, la dame de Rais choisit comme successeur Guy de Laval, puis se ravisant, Catherine de Thouars, veuve de Pierre de Craon qui tenta d’assassiner le connétable Olivier de Clisson. Jean de Craon, leur fils, est le grand-père de Gilles de Rais qui perdit ses parents en 1415. Jean de Craon, faisant casser leur testament, devint le tuteur de Gilles et de son frère René. Après quelques prétendantes, Gilles fut marié avec Catherine de Thouars, de la famille de son homonyme, d’abord après enlèvement, puis solennellement en 1422 à Chalonnes-sur-Loire en l'église Saint-Maurille. Gilles, conseillé par Jean de Craon, se saisit des terres de la mère de sa femme, Béatrice de Montjean, qui fut même retenue prisonnière. Malgré l’intervention de membres du parlement de Poitiers qui furent maltraités, Gilles de Rais conserva ces biens mal acquis.

La fortune de Gilles de Rais semble avoir été surévaluée. En effet le rapport des domaines ravagés par la guerre de Cent ans était maigre. Il y avait bien les salines de la région de Bourgneuf-en-Retz, mais l’envasement progressif des canaux en diminuait le revenu. Restait les droits de péage à Champtocé et Ingrandes qui pressuraient les bateliers.

Arthur de Richemont, frère du duc Jean V de Bretagne, fut le premier maître de Gilles de Rais. Désigné connétable de Charles VII à Chinon en 1425, il est disgracié en 1426 après qu’il perdit la bataille de Saint-James-de-Beuvron et que le duc de Bretagne reconnaît le traité de Troyes de 1420 qui fait d’Henri V l’héritier de la couronne de France. Gilles, l’été 1427, sous le commandement de Jean de Craon puis d’Ambroise de Loré, participe à la prise de diverses cités dont Malicorne, face aux Anglais. Gilles se montre fastueux, ce qui attire l’attention de la Cour de Charles VII en demande de subsides pour la guerre de reconquête. C’est ainsi que de 1428 à 1433 il sert Georges de La Trémoille et suivra son sort. Autrefois au service des Bourguignons, La Trémoille passera au service de Charles VII tout en cherchant à ménager ses anciens maîtres. Gilles de Rais est à Chinon lorsque Jeanne d’Arc rencontre le roi. Il est de la libération d’Orléans, et financera les représentations du Mystère d’Orléans de 1435 qui feront à son personnage une place de choix. Il combat à Beaugency, puis à Patay. Gilles de Rais est nommé maréchal, et recevra la distinction d’aller chercher la Sainte Ampoule à l’abbaye de Saint-Rémy pour le sacre de Charles VII accompagné du maréchal de Boussac, du seigneur de Graville et de l’amiral Louis de Culant. Devant Paris, il abandonne Jeanne d’Arc, obéissant aux ordres de retraite de l’armée royale.

Gilles de Rais signe une reconnaissance de dette de 260 écus d’or à Louviers pendant la captivité de Jeanne à Rouen. Or en mars 1431, le Bâtard d’Orléans était aller rejoindre La Hire en Normandie où celui-ci était entré en campagne dès décembre 1429. Les Anglais assiégeaient Louviers qui, des renforts étant venus d’Angleterre, ne capitula qu’en octobre 1431. La présence de Gilles à Louviers peut laisser penser qu’il participait à cette campagne qui si elle avait réussit, aurait permis la libération de Jeanne.

Un fort parti mené par Richemont auquel étaient associés les Angevins, avec Yolande d’Aragon et son fils Charles d’Anjou, les Laval, le duc d’Alençon, s’oppose à La Trémoille qui sera blessé légèrement et enlevé en 1433 à Chinon. Jean de Bueil, Pierre de Brézé et Prégent de Coëtivy, futur gendre de Gilles de Rais, l’emmènent à Montrésor. Charles VII acquiesce, et Richemont revient en grâce.

Gilles de Rais est écarté du clan Richemont, et se retrouve simple chef de bande menant des coups de mains et des brigandages en Anjou et dans le Maine. En 1436 il fait même enlever un prêtre d’Angers, ancien familier de Jean de Craon, l’accusant d’avoir soutenu contre lui le roi, les Angevins et les Laval. Il devra le libérer sous les instances du duc et de l’évêque.

Ici intervient l’épisode de la fausse Jeanne, dit la Pucelle du Mans, qui confessa son imposture à Charles VII. Entre temps elle alla trouver Gilles de Rais dans ses terres et reçut de lui des hommes pour guerroyer, sans résultat, dans la région.

Pour Jean Grimod, partisan de la survivance de Jeanne d’Arc, il ne faut pas la confondre avec Jeanne des Armoises, qui apparut sous le nom de Claude à la Grange aux Ormes, près de Saint-Privat, à côté de Metz. Reconnue par les frères de Jeanne d’Arc, honorée à Orléans qu’elle visita en 1439, alors que s’y trouvaient semble-t-il Charles VII et Isabelle Romée. Elle épousa, avant le 7 novembre 1436, Robert des Armoises dont le roi René avait confisqué la seigneurie de Tichemont. Le Bourgeois de Paris dans son journal parle d’une fausse Pucelle, ayant été reçue à Orléans, et ayant eu deux enfants, confondue par l’Université de Paris. Or, la Dame des Armoises n’eut pas d’enfant, et le Bourgeois de Paris, partisan des Bourguignons, est plutôt sujet à caution. Ce qui me fait parler de cette Jeanne des Armoises c’est le fait qu’elle mourut probablement en 1449 au château de Jaulny, en Meurthe-et-Moselle, commune traversée par la diagonale Ban-Saint-Martin – Briscous. Elle est enterrée à Pulligny-sur-Madon.

Le nom même de la Dame des Armoises éclaire l'aspect mythologique de l'aventure de Jeanne d'Arc. Le mot " Armoise " est tiré du nom de la déesse Artémis. La plante armoise fut créée par cette divinité et avait la même action bienfaisante en faveur des femmes, tant en régularisant leur cycle qu'en les assistant lors des accouchements. Elle passait pour être un talisman contre la fatigue. Un dicton français annonce " Qui portera armoise par le chemin ne se sentira jamais las ". Déjà Pline l'Ancien la signale dans son Histoire Naturelle en conseillant au voyageur d'en porter toujours un rameau. La tradition voulait qu'on en portât soit une couronne sur la tête, soit une guirlande autour de la taille pour danser devant le feu de la Saint-Jean, puis qu'on la jetât ensuite dans les flammes afin d'être immunisé contre la maladie pendant l'année à venir, d'où ses surnoms de Couronne de Saint-Jean, Ceinture de Saint-Jean, Herbe à cent goûts, Remise, Artémise, Herbe de Saint-Jean, Herbes de feu, Tabac de saint Pierre.

" La Jeune Fille à l'Arc d'Argent que les Grecs enrôlèrent dans la famille olympienne était le personnage le plus jeune de la triple Artémis, " Artémis " étant encore le nom de la Triple-déesse-Lune ; elle avait donc le droit de nourrir ses biches de trèfle, symbole de la trinité. Son arc d'argent représentait la nouvelle lune. "

Alors que Zeus lui demandait le cadeau qu'elle voulait recevoir, Artémis répondit aussitôt : Je t'en prie donne-moi une éternelle virginité, autant de noms que mon frère Apollon, un arc et des flèches semblables aux siens, la fonction d'apporter la lumière, une tunique de chasse couleur safran avec une bordure rouge et courte jusqu'aux genoux… ".

Est-ce jouer sur les mots que dire que Jeanne qui fit le projet de " bouter les Anglais hors de France " voulait les chasser comme gibier car ils furent nombreux à périr.

En 1435, la famille de Gilles de Rais fait rédiger un Mémoire lui reprochant ses folles dépenses non chiffrées, en restant dans le vague, et mettant en doute sa santé mentale. Aussi elle obtient des lettres d’interdiction de la part du roi qui font défense à Gilles de Rais de s’aliéner ses domaines. Gilles n’en tiendra pas compte. Le duc Jean V de Bretagne se portera acquéreur de rentes sur la châtellenie de Bourgneuf-en-Retz et sur Princé, de La Motte-Achard. Il annexera aussi Champtocé malgré l’opposition du duc d’Anjou.

Parmi les dépenses qu’on reprochait à Gilles de Rais figure la chapelle seigneuriale de Machecoul, dont la confirmation de la création date de 1435, et fondée en mémoire des Saints Innocents. Le massacre des Innocents était alors en vogue. A Paris, Nicolas Flamel se fit enterrer, à sa mort en 1417, au cimetière des Innocents Il y fit peindre des figures tirées du livre qui le lança sur la voie du Grand Œuvre. On retrouve dans son œuvre de nombreuses mentions de leur massacre dans une signification alchimique.

Gilles de Rais rechercha lui aussi la transmutation des vils métaux en or. L’alchimie ne fait pas partie des chefs d’accusations de son procès, même si l’Art royal fut condamné par le pape Jean XXII en 1317 par le décret Spondent quas non exhibent (Ils promettent ce qu’ils ne peuvent pas produire…). Gilles envoya quérir des experts, à Angers où il avait acheté un grimoire, puis en Italie. Son cousin Gilles de Sillé, un de ces capitaines, dépêcha Eustache Blanchet, un de leur familier, qui ramena trois mages italiens : Antoine de Palerme, François Lombard et François Prelati. Gilles de Rais sera toujours dans le besoin, ce qui laisse à penser que leurs recherches furent vaines.

Si la rumeur des crimes s’étendait dans le pays alentour, une action en justice ne fut entamée qu’après l’affaire de Saint-Etienne-de-Mer-Morte. Gilles de Rais avait vendu cette seigneurie à Guillaume le Ferron, évêque de Léon et frère de Geoffroy le Ferron trésorier du duc de Bretagne. Gilles voulut la reprendre de force et entra dans l’église avec des hommes armés et s’en prit à Jean le Ferron, autre frère de Guillaume, clerc tonsuré, qui consentit à restituer le domaine mais qui fut tout de même emprisonné. Le duc de Bretagne réagit en envoyant Guillaume le Ferron et quelques-uns de ses officiers raisonner Gilles de Rais qui les fit aussitôt prisonnier. C’en était trop, une armée ducale reprenait Saint-Etienne-de-Mer-Morte, et celle de Richemont assiégeait Tiffauges. Gilles fut arrêté à Machecoul le 15 septembre, bien que Prelati lui assurât qu’il ne risquait rien.

Il y eut deux procès à Nantes : civil mené par le parlement de Bretagne, dont Pierre de l’Hôpital était le président, pour crime de félonie et crimes de sang ; et ecclésiastique mené par l’évêque Jean de Malestroit pour les crimes contre les enfants, l’orthodoxie et les immunités ecclésiastiques.

Le 18 septembre, Gilles comparaît devant Pierre de l’Hôpital, pour les meurtres d’enfants sur lesquelles les auditions n’avaient pas encore été faites, et l’agression contre Jean le Ferron. Plus tard, à partir de ce même jour, les auditions sur les disparitions conduisent à 82 dépositions. Le 19, Gilles est accusé d’hérésie par le procureur de la cour épiscopale. A partir du 28 septembre jusqu’au 11 octobre, l’évêque reçut les témoignages de 9 parents d’enfants disparus entre 1438 et 1440.

Le 13 octobre, le procureur lit à Gilles de Rais l’acte d’accusation de 49 articles. Celui-ci récuse ses juges et fait appel au roi, ce qui lui est refusé. Il traite ses juges de simoniaques et de ribauds. Le 16 et 17, Prelati, Blanchet, Griart et Poitou font des aveux. Le 21, alors qu’on lui avait laissé un délai avant d’être torturé, Gilles de Rais avoue à son tour les meurtres d’enfants, les horreurs qu’ils subissaient, ainsi que les évocations de démons. Le 23, les sentences contre Griart et Poitou sont prononcées. Prelati et Blanchet échappent à la mort. Le 25, la cour ecclésiastique condamne Gilles de Rais à être excommunié, mais il est réintégré aussitôt après avoir imploré la cour. La cour civile au château du Bouffay impose une amende de 50 000 écus d’or pour le crime de félonie, et prononce la sentence de mort pour les autres crimes. Le 26 octobre, trois gibets sont dressés. Poitou et Griart sont pendus et brûlés. Gilles échappera aux flammes en raison de son repentir. Son corps retiré du bûcher, sera enterré dans l’église des Carmes qui contenait les tombeaux des anciens ducs de Bretagne et contiendra celui de François II.

Prelati réussira à s’échapper et sera fait gouverneur de la Roche-sur-Yon par René d’Anjou ! Il réunit certains de ses anciens compagnons dont Eustache Blanchet. Mais sa tyrannie, en 1445, le pousse à emprisonner Geoffroy le Ferron, trésorier de Bretagne, qui, relâché, le fait pendre.

 

 

 

GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...

Le château de MACHECOUL est un château du XIIIe siècle de style ogival, modifié plusieurs fois au XVe siècle et au XVIe siècle. Lorsqu'il était encore intact, c'était une forteresse carrée entourée de douves, avec six tours crénelées, et un donjon.

Détruit après la Révolution et la Guerre de Vendée afin de permettre de reconstruire les maisons et les voies de Machecoul grâce à ses pierres, le château est aujourd'hui très en ruine : il n'en reste principalement que les murs extérieurs du donjon et un pan de mur intérieur.

Le château est actuellement une propriété privée (de la famille de Grandmaison), avec visite guidée extérieure (visite des vestiges en passant par un sentier piétonnier)2.

Un spectacle son et lumière, retraçant la vie de Gilles de Rais (Les Mystères de Gilles de Rais), se déroule chaque été sur le site du château.

Le château de Machecoul est également appelé château de Gilles de Rais et, à tort, château de Barbe-Bleue.

Le monument est inscrit au titre des monuments historiques en 2004.

Historique

Construit au XIIIe siècle, le château de Machecoul a remplacé un édifice primitif qui avait été érigé à la fin du XIe siècle en bordure de la rivière Le Falleron par les seigneurs de Retz de la famille Chabot.

Le château a connu trois campagnes de construction en élévation : une tour circulaire au début du XIIIe siècle, un châtelet au XVe siècle, et un soubassement de logis dans les années 1500 avec embrasures à la française. De nouvelles fortifications ont été réalisées autour de 1580-1600.

Le château de Machecoul fut l'une des forteresses des Marches de Bretagne (Marches de Bretagne-Poitou), avec notamment les châteaux voisins de La Garnache, de La Bénate, de Palluau, de Montaigu, de Clisson et de Tiffauges.

Le château de Machecoul est un lieu chargé d'histoire, qui a connu bien des drames et des vicissitudes. Il fut l'une des nombreuses demeures des barons et ducs de Retz et des seigneurs de Machecoul, notamment de Gilles de Rais (vers 1405-1440), qui y serait né et y a vécu.

C'est dans ce château que Gilles de Rais aurait fait périr, selon les actes de son procès, une partie de ses jeunes victimes. C'est devant le pont-levis du château, aujourd'hui disparu, qu'il s'est rendu au capitaine Jean Labé, envoyé par le duc Jean V « le Sage » de Bretagne pour l'arrêter et le faire comparaître, le à Nantes.

En 1680, un document cité par Verger, montrait encore « une enceinte carrée de cent vingt mètres de développement, six tours à créneaux et les fondations de trois grosses contre-tours à plate-forme, le tout avec donjon, herse et pont-levis ». La ville de Machecoul elle-même était « close et fermée de murailles et fossés » qui laissaient hors-les-murs, les trois faubourgs de Sainte-Croix, Le Bourg-Mignon et Le Bourg-Saint-Martin. La garnison du château, en temps de guerre, était constituée par les milices de Paulx, La Marne, Saint-Même-le-Tenu, Fresnay-en-Retz et Machecoul.

À la Révolution, les douves du château ont servi de lieu d'exécution pour de nombreux républicains. Le château est brûlé en 1792, lors des événements de la Guerre de Vendée. En 1804, le dernier seigneur de Retz, Alexandre de Brie-Serrant (1748-1814), est poursuivi en expropriation forcée, et le château est alors vendu à la ville de Machecoul, puis laissé à l'abandon et transformé en carrière de pierres au début du XIXe siècle. Les pierres du château servent alors à empierrer les routes et à construire des maisons.

 

GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...

Exécution de Gilles de Retz le 26 octobre 1440 sur la prairie de Biesse à Nantes.

Faut­il réhabiliter Gilles de Rais, pendu et brûlé à Nantes en 1440 pour avoir, disait-on, enlevé, sodomisé et tué d'innombrables enfants ? Après plusieurs auteurs, le Vendéen Gilbert Prouteau s'attelle à cette tâche délicate avec la caution lointaine de Maurice Garçon.
Tout d'abord, tordons le cou à une légende: le seigneur de Tiffauges, dont les baronnies s'étendaient de la Loire à la marche du Poitou, n'est pas Barbe-Bleue. Dans son excellente édition des « Contes de Perrault » (Garnier), Gilbert Rouger écrit clairement : « La tradition populaire a confondu le personnage historique et le héros cruel d'un conte qui vraisemblablement existait bien avant que Gilles de Rais fût né... » c'est-à-dire en 1404.
Rien n'y a fait: la réputation du sire de Rais est telle que les historiens ont toujours minimisé son rôle de chef de guerre alors que les chroniqueurs du temps signalent son compagnonnage avec Jeanne d'Arc et ses qualités que Charles VII reconnut en le nommant maréchal.
Est-ce la fin de Jeanne qui a exacerbé le caractère d'un homme bourré de contradictions, violent, sanguin, porté aux excès ? Selon les jours, il est pieux, lit les Ecritures, donne des concerts spirituels ici et là avec un orgue portatif et une chorale de petits chanteurs. Le plus souvent, il s'enivre, mène grand train, dépense sans compter. Il doit bientôt vendre ou hypothéquer ses terres, guettées par Jehan de Malestroit, évêque de Nantes, et Jean V, duc de Bretagne.
Presque ruiné, il se commet avec des gens douteux pour fabriquer de l'or, en pratiquant l'alchimie et en invoquant Satan. Les odeurs exhalées par ses cornues, s'échappant des tours, inquiètent les voisins. Et il ne fait pas mystère d'une sensualité qui le porte vers les enfants. La création de la manécanterie n'était pas innocente.
Selon Prouteau, Malestroit voulut perdre Gilles de Rais pour s'emparer de la totalité de ses biens. Il y a là un paradoxe: si le sire de Tiffauges était déjà aussi dépossédé que Jean sans Terre, on ne voit pas l'utilité du procès. Il se peut en revanche que Jehan de Malestroit qui, partisan des Anglais, s'était trouvé prisonnier de Gilles quelques années auparavant, ait voulu assouvir la haine mortelle qu'il avait au ceour.
A l'époque, les seuls faits avérés, homosexualité, recours au démon, alchimie, sorcellerie, s'ils pouvaient envoyer au bûcher le simple manant, n'étaient pas suffisants pour abattre un seigneur de haut lignage. D'où la nature beaucoup plus grave des accusations portées contre lui.
Un malaise demeure
Selon Prouteau, elles ne sont pas fondées: les disparitions de garçons et de filles étaient nombreuses en cette époque troublée et difficile; les témoignages de la défense n'ont pas été retrouvés dans les minutes du procès, et la page contenant les aveux de Gilles, extorqués sous la torture, n'a pas été signée par le président du tribunal; le nombre des victimes a varié de quatre-vingts à huit cents et l'on n'en retrouva pas à Tiffauges la moindre trace. Enfin, Charles VII lui-même demanda - en vain - la révision du jugement, trois ans après la mort de M. de Rais, cinq siècles et demi avant Gilbert Prouteau.
Un malaise demeure. Il est certain que l'homme n'était pas particulièrement recommandable. Il est non moins certain que le procès a été entièrement truqué, les témoins manipulés, l'accusé piégé.
L'ouvrage, un peu confus, mêle chroniques du temps, journal apocryphe de Gilles, plaidoirie devant... l'Unesco. On regrettera, dans une édition désinvolte, des fautes de français, comme « frustre » ou de latin :« testus » au lieu de « testis » (témoin) et « Id fecit prodest » transcription barbare de l'adage célèbre « Is fecit cui prodest » - celui qui l'a fait est celui qui en profite. Dire que Gilles de Rais s'exprimait couramment dans la langue de Cicéron ! .

Publié le 6 août 1992 par Jacques Jaubert.

Les serial killers et les pédophiles obsèdent nos sociétés. A tel point qu’on leur cherche des ancêtres. Et parmi eux Gilles de Rais, l’ancien compagnon de Jeanne d’Arc exécuté en 1440. Pas si simple, nous dit Jacques Chiffoleau.

Aujourd’hui, la figure de Gilles de Rais est facilement évoquée par ceux qui luttent contre la pédophilie ou qui s’intéressent aux tueurs en série. Elle est aussi une illustration parfaite de ce que peut être un pervers au sens où l’entendent les psychanalystes, un témoignage magnifique pour construire une « histoire des pervers ».

Pourtant, il y a encore soixante ans, d’étranges histoires, très éloignées en apparence de nos inquiétudes contemporaines, couraient aux confins de la Bretagne, de l’Anjou et du Poitou, dans certains gros bourgs des environs de Nantes qui avaient tous en commun de posséder un vieux château ruiné, poétique et inquiétant. A Chantocé sur les bords de la Loire, à Machecoul en Vendée, à Tiffauges sur la route de Poitiers, la légende disait à peu près la même chose : autrefois, le seigneur de cette terre, le maître de cette forteresse, connu pour sa largesse et sa cruauté, y avait enfermé et massacré des femmes et des enfants, par dizaines, par centaines.

On savait que ce monstre s’appelait Gilles de Rais et les plus curieux n’ignoraient pas qu’il avait été au XVe siècle le compagnon de Jeanne d’Arc, ce qui par contraste renforçait sa noirceur. Mais il était surtout connu dans le pays sous le nom de Barbe-Bleue, comme une figure légendaire, proche de celle du conte de Perrault [1]. Cela l’éloignait de la guerre de Cent Ans et des crimes atroces dont on l’accusa effectivement en 1440 mais cela le plongeait à coup sûr dans la mythologie.

A Nantes aussi, on connaissait bien Gilles de Rais-Barbe-Bleue, les lieux où il avait vécu, l’endroit où il avait été exécuté pour ses crimes, près de la Loire, sa tombe au couvent des Carmes. La légende l’emportait également sur l’histoire : on avait fini par en faire une sorte de croque- mitaine dont on menaçait parfois les enfants désobéissants : « Si tu n’es pas sage, j’appelle Barbe-Bleue, qui t’emportera dans son grand sac ! » Les enfants en effet, plus que les femmes trop curieuses, à l’inverse du conte de Perrault, demeuraient les proies de choix de cet ogre mythologique.

Lorsque l’historien se penche sur la vie de Gilles de Rais, il rencontre en effet d’abord des contes, des récits de légende que les folkloristes du XIXe siècle et les ethnologues contemporains ont su collecter et déchiffrer. Les chroniques de la fin du Moyen Age et les archives de la famille de Rais lui confirment aussi certains traits du personnage légendaire : sa puissance comme seigneur, son rôle dans la guerre franco-anglaise, sa largesse tournant à la prodigalité à la fin de sa vie.

La carrière d’un chef de guerre

Né en 1404 ou 1405, héritier de quatre grandes familles nobles de l’ouest de la France actuelle les Laval, Craon, Machecoul et Rais, tôt orphelin en 1415, il possède de part et d’autre de la frontière, entre la Bretagne – alors indépendante – et la France, une multitude de seigneuries plus ou moins importantes et quelques châteaux dont le rôle stratégique est évident : Chantocé, que l’on a déjà évoqué, à la frontière de l’Anjou et de la Bretagne, Tiffauges à la frontière du Poitou et de la Bretagne, Machecoul, au cœur du pays de Rais, au sud de la Loire, qui est aussi, sur la côte atlantique, l’une des zones les plus importantes de production et de commercialisation du sel. Élevé par son grand-père, Jean de Craon, vite marié à une riche parente, Catherine de Thouars, il est l’un des plus puissants barons de Bretagne, et participe à ce titre aux luttes de factions de la noblesse du duché tout en soutenant la puissance et l’indépendance du duc Jean V. Il est aussi un grand féodal français lié aux Capétiens, engagé très fortement dans la guerre contre les Anglais.

Il n’a que 18 ou 19 ans lorsqu’il commence une carrière militaire très brillante qui le conduit à soutenir le roi de France Charles VII et bientôt, en 1429, auprès de Jeanne d’Arc, à participer au siège d’Orléans et au sacre de Reims, où il est fait maréchal ; le roi l’autorise alors à porter les lis, les armes de France. (cf. p. 12).

Mais très vite après la capture de Jeanne et sa mort sur le bûcher, à Rouen, en mai 1431, Gilles se replie sur ses terres. Il vit de façon dispendieuse, comme un prince, peut-être dans la nostalgie de ses hauts faits passés il aurait contribué à la création du Mystère du siège d’Orléans, une très longue pièce de théâtre qui célèbre la victoire du 8 mai 1429. Il s’entoure d’une chapelle et d’un petit groupe de serviteurs fidèles qui l’accompagnent parfois à Nantes, où il possède aussi un hôtel somptueux à deux pas de la cathédrale et du château des ducs.

Rapidement, les dettes s’accumulent, ses parents protestent et le roi Charles VII le déclare « prodigue » c’est-à-dire lui interdit la vente de ses biens français. Il est obligé d’engager ses terres et ses revenus bretons au duc Jean V et à quelques-uns de ses officiers, qui n’attendent que cela : ses possessions présentent, on l’a vu, un intérêt majeur pour l’État breton qui cherche alors à renforcer sa puissance sur la zone frontière avec la France. Des tensions en résultent, par exemple lorsque Gilles veut récupérer le village Saint-Étienne- de-Mermorte qu’il avait engagé à un serviteur du duc contre un peu d’argent et qu’il réinvestit les armes à la main en 1439, n’hésitant pas à commettre un sacrilège dans l’église paroissiale en menaçant le prêtre de son épée.

Le procès d’un monstre

C’est ici qu’un document exceptionnel, les actes du procès de Nantes qui aboutit à la condamnation à mort du puissant baron en 1440, apporte une lumière nouvelle et terrible sur sa vie. Une vie qui, sans ces témoignages, serait probablement restée pour la postérité celle d’un seigneur brigand, cruel et jouisseur, comme il y en eut tant dans les derniers siècles du Moyen Age.

Ces documents ont eu un destin très étrange. Conservés à Nantes dans les archives ducales et, pour une copie partielle et tardive, dans les archives privées de la famille de Thouars, ils ont certes été lus par quelques juristes à l’époque moderne et par certains voyageurs romantiques. Ils ont suscité la curiosité un peu morbide des érudits ou des historiens du XIXe et du XXe et donné lieu à quelques traductions partielles. Mais ils n’ont jamais été édités dans leur ensemble ni étudiés scientifiquement. Comment comprendre cette étrange prudence, cette carence de l’histoire savante ?

Les mêmes arguments reviennent toujours sous la plume du petit nombre de ceux qui ont eu accès à ce témoignage exceptionnel : il serait impossible, selon eux, de traduire et d’imprimer des aveux aussi terribles ; ils auraient quelque chose d’indicible. Ce n’est pas seulement la simple décence qui empêcherait de les transcrire, c’est l’impossibilité où l’historien se trouverait de donner à voir ainsi le mal absolu !

Tentons malgré tout l’impossible. Que nous apprennent donc les archives ducales ? D’abord que le procès fut double, à la fois ecclésiastique et séculier. Peu de temps après le sacrilège évoqué plus haut cette entrée en armes dans une église de la région, en juillet 1440, l’évêque de Nantes, qui est aussi – c’est capital – le chancelier du duc de Bretagne, lance l’action judiciaire en apprenant au cours de sa visite pastorale que des enfants ou des adolescents de son diocèse ont disparu. Des parents éplorés viennent confirmer cette rumeur récoltée par l’évêque lors de sa visite : « La veuve d’Yvon Kerguen, tailleur de pierre, paroissienne de Sainte-Croix de Nantes, s’est plainte qu’elle a donné son fils à un nommé Poitou, serviteur du sire de Rais, qui le lui avait demandé pour le faire entrer à son service ; lequel avait environ 15 ans ; et depuis lors elle ne l’a plus revu. »

L’évêque s’adjoint bientôt l’inquisiteur de France, qui a juridiction sur la Bretagne, pour un procès purement ecclésiastique. En effet, sans que l’on sache d’où vient ce soupçon plus vaste, dès le départ de l’action judiciaire, les accusations qui sont formulées ne s’en tiennent pas à ces disparitions ou à ces homicides supposés, qui auraient relevé de la seule justice séculière, elle évoque aussi le crime de sorcellerie et celui de sodomie, justifiant l’intervention de l’Église.

Puis le duc lance à son tour une grande enquête au cours de laquelle plus de 70 personnes viennent témoigner de semblables disparitions au total plus d’une centaine d’enfants ou d’adolescents, tous des garçons. Ces témoins attestent aussi des actes de rébellion du sire de Rais contre la puissance publique. Le duc nomme alors commissaire son premier officier de justice, le président Pierre de l’Hôpital… et met très vite sous séquestre les biens bretons du puissant baron ou du moins ce qu’il en reste, ce qui le fait aussitôt soupçonner de n’être pas entièrement désintéressé !

Gilles de Rais et ses proches sont arrêtés le 15 septembre 1440. Le procès ecclésiastique a lieu à Nantes du 8 au 25 octobre, dans la tour Neuve du château ducal. Celui de la cour séculière est plus rapide ; il se déroule au siège habituel de la justice nantaise, avec un temps de retard, comme si l’essentiel était aux mains des clercs.

La procédure ecclésiastique suit scrupuleusement toutes les règles romano-canoniques. Devant l’évêque et l’inquisiteur, après la réitération des plaintes des parents, la lecture de l’acte d’accusation, le 13 octobre 1440, est tout à fait surprenante car elle révèle des chefs d’inculpation que les plaintes ou les témoignages des parents, à eux seuls, ne peuvent précisément soutenir. Des énormités. Les actes de magie, les liens avec le diable y occupent une place centrale : offenses à Dieu, mais aussi, semble-t-il, parfois, menaces directes contre le pouvoir ducal. Les homicides d’enfants ou d’adolescents – jamais des femmes – sont liés à des pratiques sexuelles contre nature effrénées. Le viol de l’immunité ecclésiastique à Saint-Étienne-de-Mermorte et le sacrilège qui en résulte achèvent de caractériser le rebelle.

D’où viennent ces nouvelles accusations extraordinaires ? Sans doute des témoignages des proches de Gilles, peut-être reçus sous la torture, et qu’on ne connaît que par une publication postérieure. Ces témoignages sont accablants : l’astrologue italien de Gilles, Francesco Prelati, révèle par exemple avec force détails les séances de divination et d’envoûtement auxquelles ils se livraient ensemble régulièrement, tandis qu’un prêtre véreux, Eustache Blanchet, évoque le rôle supposé de pourvoyeuses pratiquant le rapt des enfants dans la campagne. Elles ressemblent curieusement à ces sorcières qu’au même moment on commence à traquer dans les pays alpins.

Les confessions de ses deux valets surtout, Henriet et Poitou, sont hallucinantes. Elles semblent appeler les analyses des psychiatres qui s’intéressent aujourd’hui aux tueurs en série : « Ledit Gilles de Rais quelque fois se vantait d’avoir une plus grande délectation à tuer et à égorger ou à faire tuer lesdits garçons et filles, à les voir languir et mourir, à couper leurs têtes et leurs membres et à voir le sang, que d’exercer la luxure sur eux [qui est décrite cependant, très minutieusement]. » Et plus loin : « Après l’incision de la veine du cou et de la gorge desdits enfants ou d’autres parties du corps et lorsque le sang coulait et aussi après la décapitation, pratiquée comme il est dit ci-dessus, il s’asseyait parfois sur leur ventre et se délectait à les voir mourir ainsi et il s’asseyait de biais pour mieux voir leur fin et leur mort… » Ce qui frappe le lecteur du XXIe siècle, malgré le filtre du latin, c’est le réalisme des dépositions. Elles emportent l’adhésion.

Les gestes de Gilles de Rais tels qu’ils sont rapportés dans ces comptes rendus d’interrogatoires semblent témoigner de ce mélange entre psychose et perversion narcissique qui est le propre de nos tueurs en série contemporains. L’assouvissement sexuel sur les corps mutilés, leur manipulation, l’indifférence souveraine du meurtrier à l’égard de ses victimes et la manifestation d’une sorte de toute-puissance meurtrière rapprochent en effet Gilles de Rais de tous les serial killers du XXIe siècle. Après quelques résistances, les aveux de Gilles lui-même semblent corroborer parfaitement ceux de ses serviteurs et achèvent de convaincre le lecteur des actes du procès.

L’accusation de lèse-majesté

Il est difficile toutefois d’oublier les conditions dans lesquelles ces aveux ont été obtenus, le cadre très rationnel mais aussi très inquiétant de la procédure inquisitoire médiévale, qui a sa logique propre et à laquelle nous sommes aujourd’hui pour une bonne part étrangers. C’est cette logique qui a gouverné les interrogatoires et leur mise par écrit, qui a littéralement produit tous les textes sur lesquels nous nous fondons. L’usage d’interrogatoires très réglés, composés de questions élaborées à l’avance, le passage de l’oral à l’écrit classificatoire et scolastique des notaires et des juges, l’usage éventuel de la torture pour aller jusqu’à une confession qui n’est le plus souvent qu’une homologation de ce que l’accusation propose, tout cela modèle très lourdement les témoignages qui nous restent, même ceux qui nous paraissent les plus « vrais ». Il faut toujours s’en souvenir et ne pas lire ces textes comme s’il s’agissait de simples relevés sténographiques.

En ces temps-là en effet, lorsqu’il s’agit d’un « crime énorme », on ne peut pas se contenter de demi-preuve. Au-delà des preuves mêmes, il faut qu’un aveu complet établisse l’absolue vérité. Voilà pourquoi l’aveu lui-même doit aller dans ce cas jusqu’à faire dire l’indicible, par tous les moyens, y compris la torture. Et la vérité ainsi obtenue ne peut être, en effet, qu’une vérité absolue, puisque ce qui est atteint par ces actes monstrueux, c’est aussi quelque chose d’absolu, dont on ne peut léser la moindre part sans mettre en cause radicalement la totalité ; c’est la toute-puissance elle-même, celle de Dieu ou celle, dérivée, des souverains ici-bas.

Ce qui est primordial, ce ne sont donc pas seulement ces actes contre nature et ces infanticides sanglants, qui frappent tant l’imagination et la sensibilité du lecteur moderne, c’est bien davantage la résistance, la rébellion constante de Gilles au pouvoir ducal de Jean V, qui est attestée de multiples manières. C’est surtout sa pratique de la magie, les offrandes sanglantes qu’il fait au diable, le pacte qu’il signe avec lui pour obtenir – nous y voilà encore – un surcroît de puissance qui offensent Dieu très gravement. Il est vrai qu’en 2008, si nous croyons tous, et pour cause, à la réalité des actes pédophiles et aux serial killers, nous avons beaucoup plus de mal à croire encore aux pactes avec Satan, à la réalité de ce que disent ces femmes qui, dans les années 1440 aussi, au pays de Vaud et dans le même contexte procédural, commencent à avouer qu’elles vont au sabbat.

En restant obnubilé par les réponses des valets de Gilles de Rais qui paraissent surtout témoigner de sa perversion – et qui contribuent à décrire aujourd’hui ce qu’on appelle une structure perverse –, le lecteur contemporain ne voit peut-être pas assez que les accusations lancées contre le maréchal forment en réalité un triptyque obligé dont l’origine est très ancienne et qui unit très étroitement : 1 la rébellion, c’est-à-dire le refus intériorisé de l’ordre légitime ; 2 le pacte avec le diable, qui donne des pouvoirs magiques ; 3 les actes contre nature, la sodomie ou l’inceste.

Ce triptyque, sous une forme ou sous une autre, fut très tôt imputé aux premiers chrétiens par les Romains puis aux hérétiques ou aux Juifs par les chrétiens orthodoxes. C’est aussi lui qui soutint, à partir du début du XIIIe siècle, la lutte des inquisiteurs contre l’hérésie puis, à partir du XIVe siècle, toutes les accusations de lèse-majesté. La majesté divine et humaine, cette grandeur absolue dont la moindre lésion met en cause tout l’échafaudage institutionnel, est certes une vieille invention romaine mais les juristes médiévaux l’ont retrouvée au XIIe siècle, rapprochée de la toute-puissance divine pendant la lutte contre l’hérésie et l’ont profondément remaniée. Depuis lors, elle sert à la lente construction de l’État, y compris dans la Bretagne ducale du XVe siècle [2]. Sa défense exige désormais l’enquête spéciale, orientée toujours vers la découverte de ce triptyque criminel, et des aveux complets, la manifestation d’une vérité pleine et la reconnaissance par le coupable de la souveraineté que servent si bien ceux qui le jugent.

A la lumière de l’histoire de la procédure criminelle et de l’histoire politique de la fin du Moyen Age, le procès de Gilles de Rais en 1440 n’est donc pas d’abord le procès d’un pédophile meurtrier, c’est surtout le procès d’un coupable de lèse- majesté divine et ducale. Ce qui est en cause dans les actes réputés indicibles de Gilles de Rais, ce n’est pas d’abord sa perversion, c’est sa rébellion à l’égard de Dieu et du duc, ce sont ses liens avec le diable, ce sont ses atteintes innommables à la création, ses attentats contre la nature. Les trois choses étant liées de façon très étroite.

En insistant sur le poids de la procédure et sur les modèles très forts qui gouvernent alors les juges, on ne veut pas dire que Gilles de Rais n’avait pas plus commis les crimes dont on l’accusait que les sorcières évoquées plus haut n’avaient volé dans les airs pour rejoindre le sabbat… Inversement, on ne veut pas et on ne peut pas dire non plus qu’il les eût commis à coup sûr...

Le rôle de l’historien n’est pas de refaire son procès, de délivrer une vérité judiciaire sur son cas. Il est seulement de rappeler que les crimes dont on l’accusait formaient alors aux yeux des juges un système très cohérent dont les éléments, en partie mythologiques, étaient complètement interdépendants. Révélés par cette procédure très rigoureuse, ils mettaient tous en cause la majesté, la souveraineté, celle de Dieu et celle aussi, bien plus fragile, du duc de Bretagne. Voilà en quoi consiste la vérité historique de ce procès, et l’on entrevoit ainsi à quel point Gilles de Rais était en réalité pour ses contemporains fort loin de nos tueurs en série et de nos pédophiles du XXe siècle.

Le 26 octobre 1440, Gilles et ses deux valets sont conduits en procession sur les bords de la Loire et exécutés les autres comparses disparaissent mystérieusement, Prelati est pendu pour une autre raison quelques années plus tard. Comme les actes du procès, le récit de cette exécution, sans doute largement reconstruit a posteriori, fait une large place à la réitération de ses aveux par le sire de Rais – comme pour convaincre les derniers sceptiques –, à son repentir, à la leçon qu’il délivre aux personnes présentes… en les incitant lors d’un véritable sermon à bien élever leur progéniture !

Le Barbe-Bleue croquemitaine de la postérité

La vie du monstre devient ainsi, paradoxalement, un exemplum éducatif, qui sera rappelé pendant une bonne partie de l’époque moderne. Et dans la bonne ville de Nantes, entre le XVe et le XVIIIe siècle, d’étranges rites de protection des enfants, des femmes enceintes et des nourrices se développent à l’endroit même où Gilles de Rais a été exécuté et près de son tombeau, dans l’église des Carmes. Les lieux et les rites où son souvenir s’accroche, y compris les châteaux mystérieux de Machecoul, de Tiffauges ou de Chantocé, ne parlent plus jamais des violences sexuelles qu’il aurait exercées. Ils ne parlent pas de l’indicible.

Ils évoquent plutôt un sire maléfique, une figure honnie de la féodalité, tapie dans ses « châteaux de la subversion » [3]. Un ogre mythologique qui enlevait les enfants et qui, pour tous les habitants de la région, à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle, commence à porter une barbe bleue et rencontre alors le personnage de Perrault. Un monstre que la tradition orale transforme en une sorte d’épouvantail servant à faire peur rituellement aux enfants turbulents. Ce destin posthume de croque-mitaine est inimaginable aujourd’hui pour un pédophile meurtrier… Il n’a d’ailleurs été possible pendant tout ce temps qu’à une condition : que la mémoire des violences sexuelles de Gilles, qui nous frappent tellement aujourd’hui, se soit justement effacée.

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle d’ailleurs, si des juges, des juristes ou des intellectuels de l’entourage royal se font faire des copies du procès de Gilles de Rais pour qu’il figure dans leurs bibliothèques – on en possède beaucoup plus d’exemplaires que de copies du procès de Jeanne d’Arc –, ce n’est évidemment pas d’abord parce que ce document parle de pédophilie meurtrière, de sexualité folle. C’est bien parce qu’il parle de défense de la majesté, comme tous les grands procès politiques qu’ils font recopier au même moment de l’affaire des Templiers au début du XIVe siècle aux grandes rébellions du règne de Louis XIII. Qu’il est de ce point de vue un exemplum parfait. Qu’il illustre et fait vivre un interdit majeur, celui qui protège le cœur du pouvoir. Et si, pour Jean Bodin puis pour tous les grands « politistes » de l’entourage de Richelieu, de Mazarin ou de Colbert, le procès du baron de Rais est toujours un procès de lèse-majesté, c’est bien d’abord, soulignons-le, parce que la majesté elle-même, si l’on peut dire, est toujours d’actualité [4].

Mais, à la fin du XVIIIe siècle, le pouvoir absolutiste vit ses derniers jours. Ce que l’on commence à célébrer partout, c’est bien davantage la souveraineté de l’individu, du citoyen, du sujet politique nouveau. Et pour certains, comme Sade, cette célébration passe aussi par l’exaltation de la toute-puissance du sexe.

De Sade à Bataille : l’exaltation littéraire

Une nouvelle carrière s’offre alors à Gilles de Rais, auquel le Divin Marquis attribue un nombre incalculable de victimes, sans doute pour mieux faire valoir sa noirceur, sa souveraine méchanceté. Voyez La Nouvelle Justine : « Le célèbre maréchal de Rais n’eût peut-être pas assassiné quatre ou cinq cents enfants, pour éjaculer son sperme un peu plus chaudement, s’il y eut des spectacles où ses fureurs lubriques eussent pu trouver des issues. »

L’œuvre de Sade est vite refoulée, mais il faut reconnaître qu’à sa suite, tout au long du XIXe siècle, les poètes, les spécialistes du roman gothique ou du roman noir, les historiens amateurs ou professionnels et bien entendu les médecins ou les criminologues se concentrent sur les homicides à répétition du maréchal, sur sa perversion sexuelle, bref, tendent vers l’analyse littéraire de la folie ou le diagnostic médico-légal ; ils oublient à leur tour la rébellion, les pratiques magiques, la lèse-majesté. Les grands historiens positivistes eux- mêmes, qui connaissent pourtant mieux les traces écrites du procès, sont profondément marqués par cette problématique du sujet criminel, du fou, du pervers, si caractéristique du XIXe siècle. Ce qui les intéresse alors, par-dessus tout, c’est la solitude de sa révolte, sa perversion individuelle qu’ils relient à sa ruine.

En même temps, le travail des érudits, les plus savants comme les plus légers, renforce l’historicité de Gilles, c’est-à-dire aussi, croient-ils, la vérité et la singularité de ses crimes. Tandis que les aveux des proches du monstre car les siens propres ne consistent qu’à accepter et résumer ceux de ses valets permettent en même temps de construire une « structure perverse » quasiment intemporelle. A la fin du XIXe siècle, puisque ses crimes sont vrais, il ne peut plus être Barbe-Bleue. Il devient impossible de l’invoquer pour faire peur aux enfants.

Littérairement, de Sade à Bataille en passant par Joris-Karl Huysmans, le poète chilien Vicente Huidobro, Jean Genet, l’écrivain belge Hugo Claus, jusqu’aux réalisateurs Buñel et Pasolini qui eurent tous deux le projet de lui consacrer un film, Gilles de Rais devient une figure concrète, réelle, de la souveraineté du mal ou de la perversion. Chaque année, un livre ou deux et une pièce de théâtre le prennent comme héros [5]. Mais on voit bien aussi que chacun y projette ses propres inquiétudes.

Désormais, ce qui rend donc menaçant Gilles de Rais, c’est peut-être aussi ce qui rend menaçants tous les pédophiles aux yeux de nos contemporains. Ce n’est plus qu’il attente à la majesté, à la toute-puissance, c’est qu’il est une sorte de loup- garou séduisant le jour et monstrueux la nuit, le type même de l’individu double, ou du danger du double en chaque individu et chacun sait, justement, que les pédophiles sont le plus souvent des individus « clivés », comme diraient les psychanalystes, au moi partagé. Ce qu’il menace par ce dédoublement, c’est précisément notre intégrité même, notre moi, si difficile à faire tenir debout.

L’archétype du pédophile contemporain

Comme tous les pédophiles – car il en est un désormais – Gilles de Rais, en menaçant les enfants, ne menace plus une souveraineté collective, politique, il menace plutôt chacun d’entre nous, dans sa fragile souveraineté individuelle, dans ce qu’il a de plus innocent. Il nous menace chacun en menaçant nos enfants, « Sa Majesté le Bébé », comme dit Freud lorsqu’il évoque les projections narcissiques des parents sur leurs enfants, ou plutôt l’enfant comme choix d’objet narcissique des parents. Le puissant baron de Rais avait fondé à Machecoul une chapelle dédiée aux Saints Innocents… Eh bien, je crois qu’il fait de nous tous aujourd’hui des Saints Innocents.

Prenons garde toutefois à ce que la description d’une « structure perverse » quasi intemporelle n’efface pas les leçons de l’histoire. Il faut évidemment s’éloigner de notre actualité pour comprendre vraiment les actes du procès de Nantes.

L’histoire de Gilles de Rais, si elle éclaire bien celle de la justice politique et des constructions institutionnelles du XVe siècle, ne nous apprend pas grand-chose sur la pédophilie médiévale ni sans doute sur les meurtres en série au temps de Jeanne d’Arc et de Charles VII. Si la perversion est un universel, présent dans toutes les sociétés humaines, il n’est même pas certain que cette histoire puisse prendre place dans une histoire des pervers. Elle ne nous parle que des interdits majeurs qui protégeaient, vers 1440, le cœur du pouvoir et qui concernaient la défense de la majesté, le respect de la toute-puissance, l’obéissance et la rébellion.

Mais les lectures différentes que l’on a pu faire de son procès jusqu’à nos jours n’en sont pas moins fort intéressantes. Il faut aussi en faire l’histoire. Et les chemins empruntés par Gilles de Rais pour arriver jusqu’à nous demeurent très instructifs. Il faut savoir les emprunter. Alors, on comprend mieux que l’on fasse retour par lui à notre actualité puisque, après avoir entrevu d’où pouvait bien venir le monstre de Tiffauges et ce que son procès, il y a cinq siècles et demi, avait permis de mieux assurer, sa figure légendaire, toujours présente, nous oblige à mesurer encore aujourd’hui tout ce que son souvenir très vif révèle des variations de l’institution. C’est bien pourquoi on ne peut arrêter l’histoire de Gilles de Rais au lendemain de son procès et de sa mort, en octobre 1440. Il faut la poursuivre jusqu’à nous, puisque sa longue vie, jusqu’à nous aussi, est comme le miroir de toutes les sociétés qui en ont accueilli le récit, sans cesse recommencé.

GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...

LA DESCENDANCE :

Marie de MONTMORENCY LAVAL de Rais,

 fille de Gilles de Rais et de Catherine de Thouars , baronne de Retz dame de Machecoul et de Champtocé sur Loire épouse, en 1441, Prigent de COETIVY né en 1399 et mort le 20 juillet 1450 à Cherbourg, amiral de France.

Marie de Montmorency est née en 1429 à Champtocé et morte le1 novembre 1457 à Vitré (35). Elle se remarie en 1451 avec André de Laval Laval Lohéac.

Prigent de Coetivy était le fils de Alain de Coetivy marié à Catherine du Chastel. A noter que seuls les parents d'Alain de Coetivy (Prigent de Coetivy et Tifaine de Grenguen) et de Catherine du Chastel (Hervé II du Chastel et et Méance de Lescouet) sont nos ancêtres directs.

 

Nous ne pouvons pas évoquer Gilles de Rais et passer sous silence, un autre grand et très influent personnage qui va jouer un rôle important dans le destin de Gilles de Rais, il s'agit de JEAN de MALESTROIT.

Jean de MALESTROIT, évêque de Nantes, est le 6 ème des fils connus de Jean de Chateaugiron dit de Malestroit et le second fils de sa troisième épouse, Jeanne de Dol, dame de Combourg (après Havoise de Kaer et Jenne de Malestroit). Son père est de nos ancêtres directs.

Ce cadet fit grande fortune... Évêque de Saint-Brieuc en 1405, il entra aussitôt au grand et privé conseil du duc de Bretagne Jean V, devint en 1406, gouverneur général des finances de Bretagne, premier président de la chambre des comptes au début de 1408, chancelier quelques mois plus tard en même temps que trésorier receveur général, passa de l'évêché de Saint-Brieuc à celui de Nantes en 1419, sans cesser de demeurer chancelier, et mourut le 4 septembre 1443 à Nantes.

Comme évêque de Nantes, Jean de MALESTROIT lance, avec le duc Jean V, le chantier de construction de l'actuelle cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Le duc et l'évêque en posent la première pierre le .

Par la suite, il préside le procès ecclésiastique de Gilles de Rais en octobre 1440 à Nantes.

On ne peut évoquer Jean V sans parler de son compère, féal cousin, chancelier et confesseur, Jean de Malestroit. D'abord évêque de Saint-Brieuc, le duc le fait nommer à Nantes en 1419, et lui fera coiffer le chapeau de cardinal en 1440. Sa carrière civile est toute aussi remarquable, réunissant dans ses mains les charges de chancelier et de trésorier-receveur général. Il est de ceux qui ne se contentèrent pas d'appliquer une politique, mais qui la firent, déployant une intense activité diplomatique, d'une neutralité teintée d'anglophilie. D'une grande intelligence, Malestroit fut aussi mécène : les cathédrales de Saint-Brieuc et de Nantes lui doivent leur reconstruction.

Toute médaille a son revers : on l'a accusé de malversations et de toucher des subsides de la caisse noire du gouvernement anglais. Le chancelier a su tirer parti de sa situation et exploiter la confiance, voire la faiblesse du duc, pour devenir moult riche d'or et d'argent. Son attitude dans l'affaire de Gilles de Rais, n'est pas exempte de critiques ; mais le maréchal pouvait-il s'en tirer autrement ? Jean de Malestroit devait rester fidèle à son maître jusqu'au bout ; il mourut un an après lui, le 14 septembre 1443.

GENEALOGIE : GILLES DE RAIS, UN COUSIN QUI FAIT TACHE OU UNE LEGENDE ?...

Tombe de Jean de Malestroit, cathédrale de Nantes. Dessin anonyme (Louis Boudan ?), 1695 (BnF)

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