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25 janvier 2023 3 25 /01 /janvier /2023 09:56

Je viens déjà de vous conter la descendance de Maximilien 1er de Bavière et de Wilhelmine de Hesse Darmstadt... C'était son 1er mariage et cette descendance nous a fait découvrir les Beauharnais avec Joséphine qui épousera Napoléon, les enfants de son premier mariage, Eugène et Hortense qui nous conduiront vers Bernadotte, Désirée Clary, Joseph Bonaparte, Julie Clary, Louis Bonaparte, Napoléon III et Eugénie de Montijo...

Aujourd'hui, c'est la descendance du second mariage de Maximilien 1er de Bavière avec Caroline de Bade qui nous intérèsse...

Maximilien 1er de Bavière et Caroline de Bade sont les parents de :

Sophie de Bavière qui épouse François Charles d'Autriche et

Ludovica de Bavière épouse Maximilien Joseph "Max" en Bavière de Wittelsbach.

Comme vous pouvez le voir sur les extraits de leurs généalogies, François Charles et Sophie seront les parents du futur empereur d'Autriche François Joseph 1er Charles qui va épouser sa cousine Sissi.

Maximilien Joseph et Ludovica sont les parents de Sissi...

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.

Maximilien Ier de Bavière peint par Joseph Karl Stieler en 1822.

Maximilien Ier de Bavière est le troisième fils de Frédéric-Michel de Deux-Ponts-Birkenfeld et de Françoise de Soulzbach.

Il épouse en premières noces à Darmstadt le Wilhelmine de Hesse-Darmstadt (1765-1796), fille de Georges-Guillaume de Hesse-Darmstadt (fils cadet de Louis VIII et frère de Louis IX) et de Louise de Leiningen.

Cinq enfants sont issus de ce premier mariage :

Veuf à moins de quarante ans, Maximilien Ier de Bavière épouse à Karlsruhe le Caroline de Bade (17761841), fille de Charles-Louis de Bade et d'Amélie de Hesse-Darmstadt (Amélie de Hesse était fille de Louis IX, et cousine germaine tant de Maximilien Ier de Bavière par les Deux-Ponts-Birkenfeld, que de sa première femme Wilhelmine par les Hesse-Darmstadt).

De cette seconde union naissent huit enfants, dont deux fois des jumelles :

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.
GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.

Les trois filles cadettes de Maximilien Ier, Ludovica, Sophie et Marie

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.
GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.
Archduke Franz Karl of Austria (1802-1878)

Archduke Franz Karl of Austria (1802-1878)

François-Charles Joseph, archiduc d'Autriche, né à Vienne le et mort dans la même ville le est le troisième fils de l'empereur François Ier d'Autriche et de Marie-Thérèse de Bourbon, et le père de l'empereur François-Joseph.

Héritier du trône durant le règne de son frère l'empereur Ferdinand Ier, il renonce au trône en faveur de son fils aîné, après l'abdication de son frère à la suite de la révolution autrichienne.

Dixième enfant et troisième fils de l'empereur François II du Saint-Empire, il est troisième dans l'ordre de succession mais la mort de son frère Joseph-François en 1807 (la même année que leur mère) ainsi que le handicap de son frère aîné le Kronprinz Ferdinand laissent supposer qu'il puisse un jour devenir empereur, ainsi que l'envisagera le congrès de Vienne.

L'archiduc François-Charles naît dans une Autriche humiliée par la France révolutionnaire puis impériale. Il n'a que trois ans quand l'Autriche est vaincue à la bataille d'Austerlitz. L'impératrice a dû fuir la capitale avec ses enfants et trouver refuge en Hongrie. L'empereur François II se proclame empereur d'Autriche sous le nom de François Ier avant de devoir se résoudre à dissoudre le séculaire Saint-Empire romain germanique.

L'archiduc perd sa mère et son frère Joseph-François. Son père se remarie avec une charmante cousine qui adoptera avec ses beaux-enfants une attitude maternelle. En 1809, l'Autriche est de nouveau envahie par la France et ses alliés. Son frère benjamin Jean Népomucène meurt à l'âge de quatre ans. L'année suivante, sa sœur aînée Marie-Louise épouse « l'ogre corse », le « Krampus », l'ennemi Napoléon Ier, empereur des Français, roi d'Italie, protecteur de la Confédération Helvétique et de la Confédération du Rhin. À huit ans, l'archiduc est donc le beau-frère de Napoléon Ier et à neuf l'oncle du roi de Rome, qu'il accueillera à Vienne avec toute la famille impériale après la chute de l'Empire français (le fils de Napoléon et de Marie-Louise portera alors le titre « duc de Reichstadt »).

Si l'archiduc est peu brillant et d'un naturel effacé, son frère aîné le Kronprinz Ferdinand est visiblement handicapé mental. Jugé incapable de régner, son père songe à l'écarter de la succession. François-Charles devient l'héritier potentiel du trône. Dès le congrès de Vienne, le roi Maximilien Ier de Bavière, après avoir été le meilleur soutien de Napoléon en Allemagne, se rapproche de l'Autriche et envisage de marier sa fille Sophie, alors âgée de neuf ans, à l'archiduc qui en a douze.

Les noces sont célébrées le 4 novembre 1824, à Vienne. La princesse Sophie, que cette union avec un être limité effrayait, s'entendit répondre par sa mère la reine Caroline : "Que voulez-vous, cela a été décidé au congrès de Vienne". Sophie compensera cette déception en s'intéressant à la politique. La jeune femme, qui n'a pas vingt ans, écrira à sa mère : "Je ne suis pas heureuse, je suis satisfaite".

Le caractère affirmé et l'énergie de la jeune archiduchesse, à qui son mari était tout dévoué, se heurtera à l'ambition du tout-puissant ministre Metternich. Celui-ci parvint à faire changer d'avis l'empereur François Ier sur sa succession et maria même en 1831 l'archiduc-héritier, âgé de 38 ans, à Marie-Anne de Sardaigne. Ce mariage, qui peut-être ne fut pas consommé, resta stérile, la Kronprinzessin, belle, digne, servant davantage d'infirmière que d'épouse à son mari. À la mort de l'empereur, Ferdinand monta sur le trône, laissant la totalité du pouvoir au chancelier Metternich, désormais tout-puissant. Humiliée, l'archiduchesse déposa ses ambitions déçues sur les épaules de son fils aîné François-Joseph, né en 1830, allant jusqu'à demander au chancelier dont elle reconnaissait la valeur de donner des cours à son fils.

 

L'archiduc François-Charles et son épouse l'archiduchesse Sophie.

L'archiduc François-Charles et son épouse l'archiduchesse Sophie.

En 1848, la révolution obligea la famille impériale à se réfugier à Prague. Metternich dut s'enfuir dans un panier à linge et l'archiduchesse Sophie, aidée par sa sœur, l'impératrice douairière, et sa belle-sœur l'impératrice Marie-Anne, amena sans trop de mal son époux à renoncer à ses droits en faveur de leur fils aîné François-Joseph qui n'avait que dix-huit ans. Après cet épisode qui le mit un court instant en lumière, l'archiduc retourna sans acrimonie à sa vie effacée.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.

La famille impériale en 1861 : l'archiduc François-Charles assis à côté de sa femme et de sa belle-fille, l'impératrice Elisabeth avec le Kronprinz Rodolphe et l'archiduchesse Gisèle. Debout, l'empereur, l'archiduc "Max" et sa femme, les archiducs Louis-Victor et Charles-Louis.

Du mariage de l'archiduc avec la duchesse Sophie de Bavière sont issus :

L'archiduchesse Sophie (1832).

L'archiduchesse Sophie (1832).

Frédérique Sophie Dorothée Wilhelmine de Wittelsbach, duchesse de Bavière puis archiduchesse d'Autriche, princesse de Bohème et de Hongrie, née le à Munich et morte le à Vienne, est un membre par alliance de la maison de Habsbourg-Lorraine, « le seul homme de la famille » disait d'elle le chancelier Metternich. Elle est la mère des empereurs François-Joseph Ier d'Autriche et Maximilien Ier du Mexique.

Membre de la maison de Wittelsbach, Sophie et sa sœur jumelle, Marie, sont les filles de l'électeur Maximilien IV de Bavière et de sa seconde épouse, Caroline de Bade.

 

Sophie, duchesse de Bavière, adolescente.

L'électrice Caroline est la petite-fille du margrave Charles-Frédéric de Bade, souverain d'un État petit et de peu d'influence (il n'est même pas un électorat) mais qui est bordé par la France et dont la politique éclairée est admirée en Europe. L'Électrice a de nombreuses sœurs qui se marient avec de bons partis et « trustent » les trônes d'Europe. Alors que la France révolutionnaire sombre dans la guerre et la Terreur, la première, Louise-Auguste est choisie en 1793 par la tsarine Catherine II de Russie pour être l'épouse de son petit-fils, le futur tsar Alexandre Ier de Russie. Dès lors les trônes européens sont offerts aux princesse de Bade : Frédérique est mariée en 1796 au roi Gustave IV de Suède (qui est détrôné en 1809), Marie devient duchesse de Brunswick en 1802 et Wilhelmine, landgravine puis grande-duchesse de Hesse-Darmstadt en 1804.

L'an 1805 qui commence par la naissance des deux princesses bavaroises se termine par la victoire des Français à Austerlitz. L'empereur d'Autriche ne peut que se résigner à entériner la fin du quasi-millénaire Saint Empire romain germanique sur lequel il règne depuis 1792 et ne conserve que ses possessions patrimoniales mais doit céder le Tyrol et le Vorarlberg donnés à la Bavière qui, opportunément et comme ses voisins Badois, Wurtembergeois et Saxon, choisit le camp du vainqueur.

L'empereur des Français Napoléon Ier crée de toutes pièces une « Confédération du Rhin », dont il s'arroge la mission de « protecteur », à laquelle la Bavière et ses voisins adhèrent sans rechigner. Par la grâce de l'empereur des Français, la Bavière, le Wurtemberg et la Saxe deviennent des royaumes tandis que Bade, dont le soutien à la politique Française n'a pas été jugé suffisamment enthousiaste par l'empereur, n'est qu'un grand-duché.

Soucieux d'une véritable union avec les familles royales d'Europe, Napoléon, ne craignant pas le scandale, envisage de marier ses proches aux membres de grandes dynasties : tandis qu'une fille du roi de Wurtemberg est mariée à Jérôme Bonaparte, promu par son frère roi d'un royaume de Westphalie créé ex nihilo, le grand-duc héritier de Bade épouse Stéphanie de Beauharnais, une nièce du premier mari de l'impératrice des Français, adoptée et créée princesse impériale pour l'occasion. La sœur aînée de Sophie, Augusta-Amélie de Bavière, épouse en 1806 Eugène de Beauharnais, le fils de Joséphine, adopté lui aussi par l'empereur des Français et promu vice-roi d'Italie à Milan. La duchesse Marie-Élisabeth en Bavière, une cousine de la branche cadette, a été mariée en 1808 au maréchal Berthier, promu depuis peu au rang de prince (prince de Neuchâtel et de Valangin (1806) puis de Neuchâtel, de Valagin et de Wagram (1809)), qui représente l'empereur de Français à Vienne lors des cérémonies du second mariage par procuration du souverain avec l'archiduchesse Marie-Louise. Nonobstant l'alliance française, lorsque Napoléon envisage d'unir le prince héritier de Bavière à une de ses parentes, le jeune homme est rapidement marié à une princesse de sang royal bien que d'une Maison secondaire et protestante. Sans l'exprimer, le roi de Bavière considère une union avec les Bonaparte comme une mésalliance et ne souhaite pas que le mariage de l'héritier de la dynastie puisse un jour être considéré comme morganatique.

À la chute de l'Empire français, le roi de Bavière ayant opportunément rallié les alliés, conserve son royaume et son titre et, pour faire oublier son passé « bonapartiste », marie ses filles cadettes aux vainqueurs du jour. Caroline-Auguste, après un mariage annulé avec le prince héritier de Wurtemberg, épouse en 1816 l'empereur François Ier d'Autriche, veuf pour la troisième fois, Élisabeth épouse en 1820 le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, Marie-Léopoldine et Amélie sont chacune à leur tour reines de Saxe. Seule, la benjamine Ludovica ne porte pas couronne, elle est mariée pour des raisons familiales à un cousin d'une branche cadette, le duc Maximilien en Bavière. Elle souffrit beaucoup de sa différence de rang avec ses sœurs mais prit sa revanche en mariant brillamment ses filles.

Ainsi, Sophie est également la tante (et belle-mère) de l'impératrice Élisabeth d'Autriche, la célèbre « Sissi », de la reine Marie des Deux-Siciles et de la duchesse d'Alençon.

 L'archiduchesse Sophie d'Autriche

L'archiduchesse Sophie d'Autriche

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.

L'archiduchesse au sein de la famille impériale de gauche à droite l'impératrice, l'empereur, le duc de Reichstadt, la duchesse de Parme, l'archiduchesse, le Kronprinz Ferdinand, l'archiduc François-Charles.

 L'archiduc François-Charles (vers 1825).

L'archiduc François-Charles (vers 1825).

Belle et intelligente, Sophie épouse à contrecœur le 4 novembre 1824 à Vienne l'archiduc François-Charles d'Autriche, homme faible, sans beauté et sans charme, mais apparemment promis au trône impérial, son frère étant visiblement incapable. En revanche, le jeune archiduc, passionné de chasse, est très amoureux de sa très jolie épouse. N'ayant aucun goût pour le pouvoir ni la politique, il est un époux et un père dévoué voire soumis.

Sa mère, à qui la jeune Sophie se plaignait, lui répondit : « Que voulez-vous, cela a été décidé au congrès de Vienne ». Cependant, quelque temps après son mariage, la jeune archiduchesse écrivait froidement à sa mère : « je ne suis pas heureuse, je suis satisfaite ».[réf. nécessaire]1.

La jeune fille est accueillie chaleureusement par l'empereur François Ier qui est en même temps son beau-père et son beau-frère puisque celui-ci a épousé en troisièmes noces Caroline-Auguste de Bavière, demi-sœur de l'archiduchesse.

Après six années de stérilité dont quatre fausses-couches (notamment en 1827 et en 1829) – un handicap politique –, le couple a six enfants :

L'archiduchesse est une mère aimante et attentionnée, particulièrement attentive à l'éducation donnée à ses enfants. La mort de sa fille la laisse inconsolable.

 

 Le duc de Reichstadt.

Le duc de Reichstadt.

Si certains ragots non fondés prétendent que le prince de Vasa serait le père de l'empereur François-Joseph, des rumeurs affirment que le père de son second fils Ferdinand-Maximilien n'était autre que le neveu de son mari le duc de Reichstadt, le fils de Napoléon, qui n'était que de six ans son cadet, avec lequel elle était intimement liée : elle fut, dit-on, le grand amour de l'Aiglon et l'assista dans ses derniers jours. Membre à part entière de la Maison d'Autriche par sa mère l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche devenue duchesse régnante de Parme, et traité avec affection par son grand-père l'empereur François, le duc de Reichstadt éveilla en Sophie, elle aussi en exil, des sentiments probablement partagés entre amour romantique et amour maternel mais rien ne permet d'affirmer qu'ils furent amants, bien que l'empereur Napoléon III le crut. Avant de partir pour le Mexique, l'archiduc Maximillien prétendait être le petit-fils illégitime de Napoléon Ier. Pourtant, aucune source n'a jamais pu vérifier la véracité de ces déclarations. Dans le journal que Sophie tenait depuis son enfance, on retrouva des déclarations d'amour et une particulière affection envers le jeune duc de Reichstadt, sans, pourtant, aucune affirmation ou mot laissant entendre une possible histoire d'amour entre les deux.

De même, l'archiduchesse sympathisa avec le prince de Vasa, son cousin utérin, fils du roi détrôné Gustave IV de Suède. De six ans son aîné, le prince était officier dans l'armée impériale. D'une belle prestance et d'une grande beauté, il l'emportait largement sur l'archiduc François-Charles, quelque peu victime de la consanguinité. Rien ne permet de confirmer les rumeurs qui firent de l'archiduchesse et du prince des amants. L'archiduchesse était trop consciente de son rang, ses ambitions pour son mari puis pour son fils trop puissantes et son sens politique trop développé pour prendre le risque d'une disgrâce. En revanche, la princesse Amélie de Suède, sœur du prince de Vasa, fut agréée comme dame de compagnie de l'archiduchesse. Les deux femmes tissèrent des liens d'amitié qui durèrent jusqu'à la mort de la princesse en 1853.

Par ailleurs, la famille paternelle de Sophie devait beaucoup à l'ex-empereur des Français : le roi Maximilien Ier, père de l'archiduchesse, devait son titre royal à Napoléon et sa sœur aînée, la duchesse Augusta-Amélie de Bavière avait épousé le prince Eugène de Beauharnais, créé duc de Leuchtenberg - mariage d'État devenu véritable union amoureuse ; Sophie ne cacha jamais son admiration pour Napoléon ni son affection pour son beau-frère Beauharnais. En revanche, elle concevait la France comme la mère des idées révolutionnaires et ne cachait pas son mépris pour les différents régimes qui succédèrent à la Restauration.

La Maison de Wittelsbach se faisait aussi remarquer par son goût pour les arts et son excentricité. Le roi Louis Ier, frère aîné de l'archiduchesse, fonda la pinacothèque de Munich et se rendit célèbre par sa Galerie des beautésil souhaita voir figurer le portrait de sa sœur en bonne place[réf. nécessaire]. Sa passion pour la danseuse Lola Montez l'obligea à abdiquer en 1848. Son philhellénisme permit à son fils Othon de monter sur le trône de Grèce en 1831. Le beau-frère de l'archiduchesse, le duc Max, escalada la pyramide de Khéops et joua de la cithare à son sommet.

 Le prince de Vasa.

Le prince de Vasa.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.

Josef Kriehuber. L'archiduchesse Sophie d'Autriche, princesse de Bavière, 1849, aquarelle sur crayon, partiellement rehaussée de blanc, sur papier, 38,2 × 27,9 cm, collection privée.

L'archiduchesse (en costume Biedermeier) et son fils aîné, l'archiduc François-Joseph.

L'archiduchesse (en costume Biedermeier) et son fils aîné, l'archiduc François-Joseph.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.

L'archiduchesse Sophie présidant la prière du soir de ses enfants, les archiducs François-Joseph, 9 ans, Charles-Louis, 6 ans et Ferdinand-Maximilien, 7 ans ainsi que l'archiduchesse Marie-Anne, 4 ans qui mourra l'année suivante (Fendi, 1839).

L'archiduchesse Sophie (1858) par Franz Schrotzberg.

L'archiduchesse Sophie (1858) par Franz Schrotzberg.

Dès son arrivée à la Cour de Vienne, la jeune fille y occupe de facto la première place. Sa demi-sœur (et belle-mère), Caroline-Augusta, bien qu'impératrice en titre, lui laisse jouer ce rôle qui convient parfaitement à sa personnalité. L'empereur François Ier la considère comme sa fille et lui témoigne une extrême bienveillance. À la mort de l'empereur François Ier, en 1835, l'impératrice Caroline se retire à Salzbourg et la nouvelle impératrice en titre, née Marie-Anne de Sardaigne et qui ne parle pas l'allemand, ne lui conteste pas ce rôle.

Cependant, elle trouve en face d'elle, le chancelier de l'empire, le prince de Metternich qui gouverne depuis 1810, il se méfie de cette jeune archiduchesse ambitieuse à la forte personnalité qui pourrait lui faire de l'ombre si un jour elle était l'épouse de l'empereur.

Confronté aux capacités très limitées de son héritier, l'archiduc Ferdinand, homme d'un caractère doux et aimable mais à la limite de la débilité l'empereur songeait à transmettre la couronne à son fils cadet l'archiduc François-Charles. Celui-ci aurait dû à la mort de son père devenir empereur d'Autriche et Sophie impératrice. Le chancelier Metternich évoqua le principe dynastique pour s'opposer à cette substitution. Le chancelier voyait dans le monarque plus l'institution que l'homme et il craignait aussi d'avoir à compter avec Sophie, dont le mari était à sa dévotion. D'ailleurs le chancelier, après la naissance de l'archiduc François-Joseph, avait incité l'empereur à conserver ses droits à la couronne à l'archiduc Ferdinand et à le marier alors qu’il approchait de la quarantaine, afin de procréer et d'éloigner Sophie du trône. Avec Ferdinand, un empereur faible, marié à une femme sans intérêt pour les affaires politiques comme l'archiduchesse Marie-Anne, Metternich put ainsi conserver la haute main sur la politique autrichienne durant les treize années suivant la mort de l'empereur François Ier. Cette période de l'histoire est appelée le Vormärz.

Déçue dans ses ambitions, l'archiduchesse reporte ses espoirs sur son fils appelé à succéder à son oncle. Reconnaissant la valeur du chancelier, elle se rapproche de lui et lui confie une partie de l'éducation de son fils, François-Joseph, en qui elle voit déjà le futur empereur.

Bien que quatre de ses sœurs soient souveraines, deux reines de Saxe et une reine de Prusse, une impératrice d'Autriche, et que son frère Louis Ier soit roi de Bavière, et qu'étant devenue par mariage membre de la Maison de Habsbourg-Lorraine (comme un certain nombre de princesses de sa Maison), Sophie est la véritable tête de la famille. En 1841, l'archiduchesse perd sa mère. La reine douairière de Bavière, née Caroline de Bade était un soutien et une confidente pour l'archiduchesse qui ressentit douloureusement cette disparition. Enceinte pour la onzième fois, elle met au monde un quatrième fils, l'archiduc Louis-Victor d'Autriche son dernier enfant, et commence à tenir un journal.

Durant la période Biedermeier, l'archiduchesse fut une figure éminente du monde viennois. Son salon était réputé ouvert aux artistes et elle y reçut, entre autres Franz Liszt et Johann Strauss qui lui consacra une valse. Une des salles de bals les plus fréquentées de Vienne portait son nom, la Sophiensaal. En 1827, le rosiériste français Jean-Pierre Vibert lui dédie une rose créée en 1824 par Cottin, la rose « Princesse Sophie de Bavière ».

Se posant résolument comme la championne de la tradition, elle s'opposa avec succès aux projets de mariage du duc d'Orléans, héritier du « roi des barricades » et petit-fils d'un prince régicide avec l'archiduchesse Marie-Thérèse, fille de l'archiduc Charles-Louis (qui épouse en 1837 le roi Ferdinand II des Deux-Siciles).

 

L'empereur François-Joseph en 1853.

Sophie savait également former autour d'elle un cercle familial chaleureux dans ce monde curial qui l'était si peu.

La révolution de 1848 chasse Metternich du pouvoir et l'oblige à l'exil le . La Hongrie se soulève et le roi Charles-Albert de Sardaigne, profitant des difficultés de l'empire lui déclare la guerre. La famille impériale se réfugie à Innsbruck puis à Prague et, après l'assasinat du ministre de la guerre Theodor Baillet von Latour, à Olmütz.

Cependant, ayant conscience que la monarchie devait se rénover et que, seul, un jeune souverain pourrait faire face aux troubles causés par les révolutions nationales, l'archiduchesse Sophie, avec la complicité de sa sœur, l'impératrice douairière, veuve de François Ier d'Autriche, et de sa belle-sœur, l'impératrice Marie-Anne, obtient que son mari, l'archiduc François-Charles, trop faible de caractère pour assumer la fonction impériale, renonce à ses droits à la couronne, et que son beau-frère l'empereur Ferdinand Ier abdique en faveur de François-Joseph, ce fut le « complot des Dames ».

L'archiduchesse accorde son soutien au forces conservatrices et à la répression conduite par le général-comte von Grünne, les princes Felix zu Schwarzenberg et Alfred de Windisch-Graetz

Par son caractère et sa fermeté, ainsi que grâce à l'appui des ultramontains, Sophie asseoit les débuts du règne de son fils aîné sur un régime absolutiste et autoritaire qui s'appuie sur l'armée et le clergé catholique. Le Concordat de 1855 qui met un terme à la politique joséphiste autrichienne et renforce le contrôle du clergé sur la société la réjouit. Cependant cette politique se heurte aux résistances des nationalités qui minent l'empire et aux échecs en politique extérieure. L'empereur est contraint d'adhérer au parlementarisme et de reconnaître une large autonomie à la Hongrie. Déplorant l'évolution de la politique autrichienne, minée par les échecs, l'archiduchesse ne s'efface du pouvoir qu'à l'approche de la mort.

Après avoir écarté l'archiduchesse Elisabeth dont l'empereur s'était épris mais qui cumulait les handicaps politiques - issue de la branche hongroise, veuve d'un prince de la branche de Modène et mère d'une petite fille -, elle souhaite affaiblir la Prusse en mariant une nièce du roi, la princesse Anne de Prusse, à l'empereur. Mais les Hohenzollern ne veulent pas d'une alliance avec les Habsbourg-Lorraine et l'archiduchesse se tourne vers sa Bavière natale, seconde puissance catholique de la Confédération Germanique après l'Autriche. Cependant, François-Joseph faisant preuve pour la première fois d'indépendance, n’épouse pas la fiancée désignée par sa mère, Hélène en Bavière mais sa sœur, dont il est tombé éperdument amoureux, Elisabeth de Wittelsbach, dite "Sissi".

Les autres fils se marient aussi selon leur cœur. D'abord le troisième Charles-Louis épouse en 1856 la duchesse Marguerite de Saxe, une cousine saxonne qui meurt prématurément, puis la princesse Maria-Annunziata des Deux-Siciles, une cousine sicilienne en exil qui meurt après lui avoir donné quatre enfants et enfin une princesse de Bragance, fille de l'ex-roi du Portugal, elle aussi exilée, Marie-Thérèse de Portugal.

Ferdinand-Maximilien, le second, épouse très diplomatiquement une princesse ni Allemande, ni Hongroise, ni Slave, ni Italienne : Charlotte, l'ambitieuse fille de l'ambitieux roi des Belges.

La défaite de l'Autriche face à la Sardaigne, alliée de la France, qui permet la création du Royaume d'Italie en 1861 puis celle de 1866 face à la Prusse qui exclut l'Autriche de la sphère germanique, le Diplôme d'octobre 1860 qui met fin au néo-absolutisme, le compromis austro-hongrois de 1867, victoire de l'impératrice Élisabeth et la révision du concordat sous l'impulsion de la majorité libérale de la diète consacre l'échec politique de l'archiduchesse. La mort tragique de son fils, l'empereur du Mexique, fusillé en 1867 à Queretaro après un procès inéquitable la brise. La guerre franco-prussienne de 1870/1871 qui consacra l'unification de l'Allemagne sous l'égide de la Prusse la confine un peu plus dans une solitude morale. Elle se rend alors à Possenhofen chez sa sœur Ludovika mais s'y trouve confrontée à une famille endeuillée : Hélène, veuve éplorée mais digne de son mari mort prématurément et le duc Charles-Théodore, dont la jeune épouse Sophie de Saxe est morte à l'âge de 22 ans, laissant une fille, Amélie Marie.

Sans une plainte ni une critique, l'archiduchesse se retire peu à peu du monde. Elle n'assiste pas au couronnement de son fils et de sa belle-fille à Budapest. Elle ne pardonna jamais à Napoléon III d'avoir entraîné son fils dans l'aventure mexicaine, puis de l'avoir abandonné, et refuse de le rencontrer lors de la visite de condoléances que celui-ci fait à Vienne quelque temps plus tard. Elle salue cependant la bravoure des troupes bavaroises pendant la guerre franco-prussienne mais déplore l'inféodation de sa patrie à la Prusse. Enfin, la mort prématurée de sa belle-fille l'archiduchesse Maria-Annunziata, qui laisse l'archiduc Charles-Louis, veuf pour la seconde fois à l'âge de 38 ans avec quatre enfants en bas âge, affecte l'archiduchesse qui soutient son fils et se consacre à sa vie familiale, notamment à ses petits-enfants, l'archiduchesse Gisèle et le Kronprinz Rodolphe ainsi qu'aux enfants de la défunte Maria-Annunziata, les archiducs François-Ferdinand dont elle note le caractère nerveux, Othon et Ferdinand-Charles et la petite Marguerite née en 1870.

En 1872, elle assiste aux fiançailles de sa petite-fille, l'archiduchesse Gisèle à peine âgée de 15 ans, avec le prince Léopold de Bavière. Tout en respectant les convenances sociales, cette union est un mariage d'inclination auquel l'impératrice a largement contribué. Une fois encore Habsbourg-Lorraine et Wittelsbach s'allient mais, tout en se réjouissant du bonheur des amoureux, l'archiduchesse, fidèle à elle-même, conclut : « politiquement, ce mariage ne vaut rien ».

Sans se départir de sa dignité, l'archiduchesse meurt d'une pneumonie le à l'âge de 67 ans. Elle sera veillée jusqu'à sa mort par l'Impératrice Elisabeth, sa belle-fille.

 L'exécution de Maximilien, (Manet, 1868).

L'exécution de Maximilien, (Manet, 1868).

 Portrait de l'empereur François-Joseph en 1910

Portrait de l'empereur François-Joseph en 1910

François-Joseph Ier (en allemand Franz Joseph I.), né le à Vienne et mort le dans la même ville, est empereur d’Autriche et roi apostolique de Hongrie. Membre de la maison de Habsbourg-Lorraine, il règne sur l'Autriche et la Hongrie du 2 décembre 1848 au 21 novembre 1916. Du au , il occupe également la fonction de président de la Confédération germanique.

Il détient le plus long règne en tant que souverain d'Autriche et de Hongrie, ainsi que le quatrième plus long règne de tous les pays de l'histoire européenne, après le roi de France Louis XIV, la reine Élisabeth II du Royaume-Uni et le prince Jean II de Liechtenstein, soit près de 68 ans.

En décembre 1848, à la suite du Printemps des peuples et de la révolution autrichienne, l'empereur Ferdinand Ier abdiqua le trône, dans le cadre du plan du ministre-président Felix zu Schwarzenberg visant à mettre fin aux révolutions de 1848 en Hongrie. Cela permit à François-Joseph, neveu de Ferdinand, d'accéder au trône. Largement considéré comme un réactionnaire, François-Joseph a passé son règne à résister au constitutionnalisme dans ses domaines. L’Empire autrichien fut contraint de céder son influence sur la Toscane et l’essentiel de ses prétentions sur le royaume de Lombardie-Vénétie au royaume de Piémont-Sardaigne, à la suite de la deuxième guerre d'indépendance italienne en 1859 et de la troisième en 1866. Malgré la défaite de l'Empire après la guerre austro-prussienne, l'Autriche, avec la paix de Prague signée le 23 août 1866, ne céda aucun territoire au royaume de Prusse, mais dut abandonner ses prétentions à l'unification de l'Allemagne sous l'égide de la maison de Habsbourg.

Le règne de François-Joseph a été troublé par le nationalisme dans plusieurs de ses territoires. Il conclut le compromis austro-hongrois de 1867, accordant une plus grande autonomie à la Hongrie et transformant l'empire autrichien en une double monarchie austro-hongroise. Il régna pacifiquement pendant 45 ans, mais il subit personnellement les tragédies de l'exécution de son frère, l'empereur Maximilien Ier du Mexique en 1867, de la mort dans des conditions mystérieuses de son fils et héritier, le prince Rodolphe en 1889, de l'assassinat de sa femme, l'impératrice Élisabeth (« Sissi ») en 1898, et de l'assassinat de son neveu et héritier présomptif, l'archiduc François-Ferdinand, en 1914.

Après la guerre austro-prussienne, les intérêts de l’Autriche-Hongrie se sont portés vers les Balkans, point chaud de la tension internationale en raison de conflits d’intérêts avec l’Empire russe. La crise en Bosnie est le résultat de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par François-Joseph en 1908. Celle-ci était occupée par les troupes autrichiennes depuis le Congrès de Berlin en 1878.

Le 28 juin 1914, l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc François-Ferdinand, son neveu et héritier présomptif, aboutit à la déclaration de guerre au royaume de Serbie, allié de l'Empire russe. Cela déclenche le système d'alliances qui débouche sur la Première Guerre mondiale.

François-Joseph décède le 21 novembre 1916, après avoir régné sur l'Autriche pendant près de 68 ans. Son petit-neveu Charles lui succède.

François Joseph Charles de Habsbourg-Lorraine naît le à 9 h 45 au château de Schönbrunn à Vienne. Petit-fils de l'empereur François Ier, il est le fils aîné de l’archiduc François-Charles et de la princesse Sophie de Bavière. François-Joseph est l'aîné d'une fratrie de cinq. Il a trois frères et une sœur :

L'empereur François Ier, tenant la main de son petit-fils, l'archiduc François-Joseph, faisant ses adieux à sa famille (1835).

L'empereur François Ier, tenant la main de son petit-fils, l'archiduc François-Joseph, faisant ses adieux à sa famille (1835).

À sa naissance, François-Joseph est troisième dans la ligne de succession de son grand-père, l’empereur François Ier. L'héritier présomptif du trône, son oncle l'archiduc Ferdinand, est un homme sujet à de nombreuses crises d'épilepsie et toujours célibataire à 37 ans. Le deuxième dans l'ordre de succession, le propre père de François-Joseph, est lui aussi très limité au point de vue physique et intellectuel, de sorte que les chances de l'enfant de devenir rapidement empereur sont réelles. Confié aux bons soins de la baronne Louise Sturmfeder von Oppenweiler, la petite enfance de François-Joseph se déroule entre Vienne et les résidences impériales des environs. Il a cinq ans quand son grand-père l'empereur François Ier d'Autriche, qui a combattu la France révolutionnaire et impériale, fut contraint de donner sa fille aînée en mariage à Napoléon puis accueillit son petit-fils en exil, meurt. Son oncle Ferdinand devient empereur. À six ans, l'éducation du jeune archiduc est pris en charge par le comte Heinrich Bombelles, un proche du prince de Metternich, chancelier tout-puissant de l'empire. Le jeune prince reçoit un apprentissage classique et est élevé dans un environnement traditionaliste et catholique. Son précepteur en philosophie est l'abbé Rauscher, un conservateur partisan de la restauration catholique qui aura une grande influence sur son élève. Metternich en personne fait son éducation politique, fondée sur le rejet du libéralisme. Mais François-Joseph s'enthousiasme surtout pour le métier des armes. On lui décerne un brevet de colonel alors qu'il est âgé de treize ans. La chasse devient son passe-temps favori.

L'archiduc François-Joseph tient très jeune un rôle de représentation important, c'est ainsi qu'il se rend en Hongrie en 1847.

En éclate une révolution des patriotes italiens. La révolution gagne alors tout l'empire. La Hongrie et la Bohême bougent tandis que le 13 mars — jour anniversaire de la naissance de l'empereur Joseph II, révéré par les révolutionnaires — , une émeute bourgeoise, étudiante et ouvrière à Vienne provoque le renvoi de Metternich. L'empereur Ferdinand convoque une assemblée constituante qui émet une constitution inspirée de la Joyeuse entrée belge le 25 avril ; mais elle ne satisfait pas les populations révoltées.

En avril, François-Joseph, 17 ans, est nommé gouverneur de Bohême, mais sa mère préfère l'envoyer en Italie où il est laissé aux soins de l'armée. Aux côtés du général Radetzky, il connaît son baptême du feu à la bataille de Santa Lucia (en) le 6 mai. Mais il est assez vite rappelé auprès de la famille impériale, à Innsbruck puis à Vienne. Comme sa mère, il est un farouche partisan de l'écrasement de la révolution par l'armée.

Après les émeutes sanglantes du 6 octobre, la famille et la cour impériale quittent Vienne pour Olmütz. C'est alors que le général Windischgrätz, auréolé par la reprise de Prague, propose aux Habsbourg de mettre un terme à la révolution en marchant sur Vienne. Ceci fait, Ferdinand Ier, trop compromis avec les révolutionnaires et inapte à gouverner, serait remplacé par son jeune neveu François-Joseph. L'empereur, pressé par l'impératrice-consort Marie-Anne de Sardaigne, accepte l'accord. Son père François-Charles, poussé quant à lui par Sophie, renonce à ses droits au trône au profit de son fils.

Le 31 octobre, après un court siège, Windischgrätz et Jellačic investissent Vienne. Le 21 novembre, le prince Felix zu Schwarzenberg forme un gouvernement réactionnaire.

 

Portrait de l'empereur en 1848, émission du Jubilé de 1908 réalisée par Koloman Moser.

Le temps de l'avènement est venu pour François-Joseph. La passation de pouvoir entre lui et son oncle a officiellement lieu le dans la grande salle du palais archiépiscopal d'Olmütz (Moravie). Le nouvel empereur, acceptant ses nouvelles charges, aurait dit « Adieu, ma jeunesse ». Il a 18 ans et prend le nom de François-Joseph Ier (et non François II comme attendu, le prénom Joseph rappelle Joseph II, empereur réformateur). Il choisit comme devise Viribus unitis (avec nos forces unies), ce qui est de circonstance au moment où l'empire est au bord de la désagrégation. Il fait son entrée dans Vienne le , une fois les troubles matés.

 L'empereur en 1853.

L'empereur en 1853.

Le nouvel empereur prend immédiatement en main les affaires de l'État, et dévoile au passage une force de travail impressionnante. Ce jeune homme de dix-huit ans est cependant alors sous l'influence de trois personnes essentielles : sa mère, l'archiduchesse Sophie de Bavière ; le Premier ministre Schwarzenberg, artisan de la restauration du pouvoir impérial ; et son premier aide de camp, le baron von Grünne, qui a la haute main sur les affaires militaires. Après avoir rejeté le projet de constitution du Reichstag de Kremsier, jugé trop libéral, François-Joseph promulgue la Constitution du 4 mars 1849 (de), conservatrice et centralisatrice. L'empereur et Schwarzenberg souhaitent en effet unifier l'empire plutôt que d'accorder l'autonomie aux minorités. Le Reichstag est dans le même temps dissous.

Reste à écraser les Hongrois. Ces derniers remportent en des succès en repoussant une offensive autrichienne. François-Joseph, qui doit livrer une autre guerre en Italie du Nord, demande l'aide de l'empereur Nicolas Ier de Russie. L'alliance écrase finalement la rébellion en . S'ensuit une terrible répression encouragée par l'empereur et organisée sur place par le général Haynau, chef de l'armée autrichienne en Hongrie, déjà rendu célèbre par les tueries qu'il a commises dans le nord de l'Italie et qui lui ont valu le surnom de « Hyène de Brescia ». La Hongrie disparaît en tant qu'entité politique et est absorbée dans l'Autriche.

En Italie, une trêve a été conclue avec les Piémontais fin 1848, mais les hostilités reprennent le . Cependant, après la victoire autrichienne de Novare, le roi Charles-Albert est contraint de demander l'armistice puis d'abdiquer. Avec la paix signée le 6 août, le gouvernement piémontais doit verser 75 millions de francs d'indemnité à l'Autriche. Quant à la population italienne, la répression qui s'abat sur elle est moins lourde que celle subie par les Hongrois.

L'Empire doit parallèlement lutter avec la Prusse pour la suprématie en Allemagne. Frédéric-Guillaume IV souhaite en effet prendre la direction d'une Union allemande dont l'Empire d'Autriche serait exclu. Schwarzenberg propose, lui, une solution « grande-autrichienne » qui regrouperait l'Allemagne et toutes les possessions habsbourgeoises. Lorsque la Hesse-Cassel demande l'aide en de la Confédération germanique dominée par l'Autriche contre la Prusse, la guerre semble inévitable. Finalement, les Prussiens doivent renoncer à leur projet, c'est la « reculade d'Olmütz ». François-Joseph est conforté dans sa position de premier prince allemand, même si la question allemande n'est pas tranchée.

Les révoltes étant réprimées, François-Joseph peut se concentrer sur les affaires intérieures. Inspiré par Schwarzenberg, il tente d'unifier politiquement et administrativement l'empire afin d'empêcher de nouvelles révolutions nationalistes.

Pour cela, il ne tolère aucun contre-pouvoir. C'est ainsi que la Constitution du 4 mars 1849 est peu à peu vidée de sa substance pour être finalement abrogée. L'empereur concentre désormais tous les pouvoirs entre ses mains, assisté d'un Conseil de l'Empire (Reichsrat) dirigé par un de ses affidés, le baron von Kübeck (de). Les ministres deviennent de simples exécutants de la volonté impériale. François-Joseph bénéficie alors de plus de pouvoir encore que ses prédécesseurs du Vormärz. Ce n'est toutefois pas un retour à l'ordre ancien puisque l'abolition du système féodal est confirmée ; on qualifie donc ce régime de néo-absolutiste.

 L'impératrice Élisabeth d'Autriche, par Franz Xaver Winterhalter, 1865.

L'impératrice Élisabeth d'Autriche, par Franz Xaver Winterhalter, 1865.

Après la mort de Schwarzenberg en 1852, François-Joseph s'appuie sur des ministres talentueux et relativement dociles comme Karl Ludwig von Bruck (en) au ministère de la Justice, Karl von Buol-Schauenstein aux Affaires étrangères et surtout Alexander von Bach à l'Intérieur. Ce dernier procède à une importante modernisation de l'administration, qui est peu à peu centralisée à Vienne.

Le régime s'appuie sur une puissante bureaucratie, unifiée par l'utilisation de l'allemand comme seule langue officielle et chargée de tracer la voie vers une Autriche unitaire. Les institutions régionales comme les diètes sont mises à l'écart. La Croatie et surtout la Hongrie sont divisées en districts soumis à l'administration viennoise. Toujours dans le souci d'unifier l'empire, l'allemand est favorisé au détriment des autres langues. Cette politique visant à étouffer les nationalismes engendre l'hostilité des minorités, comme le montre l'attentat de Libenyi du , lorsqu'un exalté hongrois manque de peu d'assassiner l'empereur.

L'armée et surtout l'Église catholique sont les autres grands soutiens du régime. Afin de s'assurer le soutien du clergé, le régime lui redonne un poids important dans la société, et négocie un concordat avec le Saint-Siège qui est signé le .

François-Joseph souhaite également faire de Vienne une grande métropole européenne, au même titre que Londres et Paris. Il ordonne ainsi en 1857 la destruction des remparts de la ville.

Les années 1850 sont marquées par une croissance économique importante. L'État adopte le libéralisme économique en abaissant les droits de douane ; de plus, la fiscalité est unifiée pour tout l'empire.

L'agriculture se modernise après le remembrement des terres au profit des grands propriétaires. L'industrie se développe tandis que de grandes banques d'affaires apparaissent. L'économie autrichienne connaît donc un essor incontestable mais encore insuffisant et inégal selon les régions. Sur le plan culturel, le ministre de l'Éducation Leo von Thun crée l'Université autrichienne.

Au début de son règne, le jeune empereur vit quelques relations amoureuses épisodiques, notamment avec sa cousine Élisabeth de Habsbourg-Hongrie, une jeune veuve qui, bien des années plus tard, plaira énormément à son gendre, le roi Alphonse XII d'Espagne. Plus sérieusement, sa mère l'archiduchesse Sophie, faute d'avoir pu fiancer son fils à la princesse Anne de Prusse, nièce du roi de Prusse, décide de lui faire épouser Hélène en Bavière, fille du duc Maximilien en Bavière.

La rencontre entre les deux futurs époux est organisée dans la résidence impériale d’été de Bad Ischl, le , pour le vingt-troisième anniversaire de François-Joseph. Hélène est accompagnée de sa mère et de sa jeune sœur Élisabeth dite « Sissi ». Or, à la surprise générale, l'empereur tombe immédiatement amoureux de cette dernière, qui est sa cousine germaine et n'a que 15 ans. Dès le lendemain de l'entrevue, il annonce son intention de l'épouser.

François-Joseph épouse Élisabeth à Vienne le . Le début du mariage n'est pas heureux, Sissi souffrant de la pesante étiquette habsbourgeoise tout comme de l'influence qu'exerce sa belle-mère sur son époux. Si celui-ci adore sa femme, ses obligations le tiennent éloigné d'elle comme tout monarque de l'époque. Au fil du temps, l'impératrice affichera un dégoût de plus en plus net pour la vie de couple, surtout après la mort en bas âge de leur première fille Sophie en 1857. Elle posera plusieurs diagnostics permettant de prendre la mesure de la médiocre estime dans laquelle elle tenait le caractère de son mari, notamment celui-ci :

« Quand quelqu'un lui présente une requête en termes respectueux et qu'il ne peut lui donner une suite favorable, il sait dire non avec l'amabilité qui lui est propre. En revanche, si quelqu'un s'adresse à lui sans ménagement et avec insistance, il est tellement déconcerté par cette manière inhabituelle qu'il se laisse en quelque sorte intimider et acquiesce. »

 L'empereur en 1859.

L'empereur en 1859.

La situation de l'Empire d'Autriche vis-à-vis de la crise orientale est complexe. D'un côté, François-Joseph se devrait d'aider la Russie afin de la remercier de l'aide obtenue en 1849 pour écraser la Hongrie. Mais de l'autre, l'empire a tout à redouter d'une expansion russe dans les Balkans aux dépens de l'Empire ottoman. De plus, l'alliance russe mettrait l'empire en porte-à-faux vis-à-vis du Royaume-Uni et de la France.

François-Joseph refuse finalement d'accorder son aide à Nicolas Ier. Au contraire, il le menace et fait envahir en les principautés de Moldavie et de Valachie que convoite le tsar. Dans le même temps une alliance défensive est signée avec la Prusse, puis avec la France et le Royaume-Uni le . La prise de Sébastopol et la mort de l'empereur russe empêcheront toutefois le conflit de dégénérer.

L'Autriche ressort affaiblie de la crise : l'Empire russe ne lui pardonne pas sa « trahison », l'alliance française n'était que de pure forme tandis que les Prussiens en veulent à François-Joseph d'avoir voulu les entraîner dans une guerre avec la Russie qui n'était pas l'objectif du traité d'alliance.

A partir de 1857, l'empire entre dans une période de crise. Le ralentissement économique mondial et l'entretien d'une armée constamment sur le pied de guerre au cours de la crise orientale ont creusé le déficit de l'État.

Surtout, les problèmes intérieurs resurgissent, et en particulier celui de l'Italie. La province de Lombardie-Vénétie gronde contre les Autrichiens, et la visite officielle du couple impérial en 1857 n'arrange rien. Surtout, le royaume de Piémont-Sardaigne, sous l'impulsion de son Premier ministre Cavour, caresse plus que jamais l'espoir de réaliser l'unité italienne. Pour ce faire, Cavour sollicite l'aide de Napoléon III et l'alliance franco-piémontaise est scellée par les accords de Plombières.

Les Piémontais multiplient alors les provocations envers les Autrichiens. Après le rejet d'un ultimatum envoyé à Turin, François-Joseph déclare la guerre au Piémont le , sans même prendre le temps de mobiliser ses armées. En effet, sûr du soutien prussien, l'empereur s'attend à une campagne facile.

Mais Berlin ne bouge pas et la guerre tourne au désastre. Le 4 juin, l'armée franco-piémontaise bat les Autrichiens à Magenta. Après cet échec, l'empereur prend en personne le commandement de ses armées, mais doit évacuer Milan tandis que la révolution gagne toute l'Italie. Le 24 juin, François-Joseph est battu à Solférino. Après avoir sollicité sans succès une intervention prussienne, il doit prendre contact avec Napoléon III pour négocier. Le 8 juillet, les deux hommes se rencontrent à Villafranca et signent quatre jours plus tard un armistice.

En novembre est signé le traité de Zurich. L'Autriche parvient à limiter les dégâts. S'il cède la Lombardie à la France qui la rétrocède au Piémont, il conserve la Vénétie ainsi que les forteresses de Mantoue et Peschiera. De plus, les souverains alliés de Modène, de Parme et de Toscane conservent leurs trônes.

En 1860, l’empire subit encore de graves déconvenues. La population italienne chasse les souverains pro-autrichiens de leurs territoires tandis que les Chemises rouges de Garibaldi conquièrent le royaume des Deux-Siciles. Le pape Pie IX est chassé de la grande partie de ses États, ne conservant que la région de Rome. L’Autriche ne peut qu'assister impuissante à l’établissement du royaume d’Italie le .

 

Après la défaite, le système néo-absolutiste est contesté. François-Joseph est alors contraint d’appeler au pouvoir le parti nobiliaire, dominé par les conservateurs hongrois tel Szécsen. Sous l’influence de ces derniers, l’empereur promulgue le le diplôme impérial rétablissant les diètes et la constitution du royaume de Hongrie. C’est un retour au « fédéralisme historique » et un premier pas vers le dualisme austro-hongrois. Mais le diplôme suscite contre lui une levée de boucliers de la bourgeoisie allemande, tout comme des libéraux hongrois qui le jugent trop modéré.

François-Joseph est donc contraint d’appeler aux affaires un cabinet de libéraux modérés menés par Anton von Schmerling. La patente du 26 février 1861 établit une nouvelle constitution. Celle-ci marque un net retour au centralisme, même si les diètes conservent encore quelques pouvoirs. Les libéraux hongrois comme Ferenc Deák, majoritaires à la Diète, s’opposent à ce nouveau régime en refusant d’appliquer les lois impériales et de payer l’impôt autrichien. Après avoir été tenté par la répression, François-Joseph accepte de négocier. En 1865, il renvoie Schmerling et nomme le fédéraliste Richard Belcredi Premier ministre. Ce dernier suspend la patente et entame des négociations avec les Hongrois en vue de l’instauration définitive du dualisme.

Au début des années 1860, la Prusse devient peu à peu la première puissance allemande aux dépens de l’Autriche. Les nationalistes préfèrent en effet la solution petite-allemande centrée sur la Prusse à une solution grande-allemande intégrant l’empire multiculturel des Habsbourg. La politique prussienne, dirigée à partir de 1862 par Otto von Bismarck, n’a de cesse de saper l’influence autrichienne en Allemagne. Ainsi le traité de libre-échange franco-prussien de 1862 donne-t-il à la France des allègements tarifaires préférentiels inacceptables pour l’empire habsbourgeois. En ratifiant ce traité peu après, les États allemands excluent l’Autriche du Zollverein.

Pour contrer la Prusse sur le plan politique, François-Joseph réunit un Congrès des princes à Francfort le . Il s’agit d’entériner une réforme conservatrice et antiprussienne de la constitution de la Confédération germanique. Mais par son absence, la Prusse rend nulles les décisions du congrès qui se termine donc par un échec.

En 1864 éclate aussi l’affaire des duchés. Pour l’occasion, François-Joseph accepte l’alliance prussienne contre le Danemark, mais il n’est pas suivi dans sa démarche par les autres États allemands. Ainsi, si la guerre est un facile succès militaire, c’est aussi un nouvel échec politique pour l‘empire, comme le souhaitait Bismarck. Toutefois, François-Joseph croit naïvement à un retour de la Sainte-Alliance et accepte un partage des duchés, recevant le Holstein (pacte de Gastein).

Après la guerre des Duchés, Bismarck prépare l'offensive finale contre l'empire d'Autriche. Il s'assure de la neutralité de la France et conclut une alliance avec le royaume d'Italie, qui recevrait en échange la Vénétie.

Sentant la menace, François-Joseph tente d'empêcher le conflit et accepte même la cession de la Vénétie sur une proposition de Napoléon III. De plus, afin de reprendre l'avantage auprès de ses alliés allemands, il propose un vote d'autodétermination populaire sur l'avenir du duché de Holstein. Mais il précipite ainsi le conflit qui éclate le . Officiellement, l'empire d'Autriche peut compter sur le soutien de la Confédération germanique, mais seul le royaume de Saxe la soutient fermement.

Dépassées par la modernité de l'armée prussienne, les troupes autrichiennes reculent rapidement et finissent par être écrasées à la bataille de Sadowa le .

François-Joseph est alors contraint de demander la paix, qui est conclue par les traités de Prague et de Vienne. L'Italie y gagne la Vénétie. La Confédération germanique disparaît et laisse place à une confédération de l'Allemagne du Nord, dirigée par le royaume de Prusse. L'Autriche se retrouve définitivement exclue d'Allemagne.

Après la guerre, François-Joseph et son gouvernement sont pressés de régler les problèmes internes, afin de pouvoir mener ensuite une politique étrangère agressive. Pressé par l’impératrice et son ministre des Affaires étrangères Beust, François-Joseph poursuit les négociations avec les nationalistes hongrois. Deux solutions s’offrent à lui : instaurer le fédéralisme qui permettrait à toutes les nations, notamment slaves, de trouver leur place dans l’empire, ou imposer le dualisme avec les seuls Magyars. C’est cette seconde option qu’il adopte, malgré l’opposition de Belcredi.

Ceci consacre l’union de deux États souverains au sein d’une même monarchie. Ces deux États, la Cisleithanie et la Hongrie, respectivement dominés par les Allemands et les Magyars, possèdent chacun leurs propres constitution, parlement et gouvernement, soumis à un gouvernement central à Vienne. C'est le fameux compromis de 1867. Aussitôt, Gyula Andrássy est placé à la tête du gouvernement hongrois tandis que la constitution d’avril 1848 est rétablie.

Le , François-Joseph et Élisabeth sont couronnés roi et reine de Hongrie dans l’église Matthias de Buda. Franz Liszt a composé la musique de la célébration.

En Cisleithanie, sous la pression de Beust et plus généralement des classes bourgeoises libérales, l’empereur est contraint d’adopter un régime constitutionnel établi par les lois de . Si cette constitution introduit la responsabilité ministérielle devant le Reichsrat, les pouvoirs du monarque ne sont guère entamés. La création d’une chambre haute, dite « Chambre des Seigneurs », permet de contrebalancer l’influence du Reichsrat. Des droits d’association et de réunion sont toutefois accordés.

La mise en place de la constitution de 1867 coïncide avec l’avènement des libéraux menés par Eduard Herbst et Léopold von Hasner. François-Joseph est contraint de les appeler au gouvernement après leur victoires aux élections de 1867, et ils conserveront le pouvoir pendant douze ans.

La clarification des politiques intérieures et extérieures de la double monarchie engendre une nouvelle ère de croissance économique entre 1867 et 1873. Le retour au libre-échange permet à l’économie autrichienne de connaître une croissance importante, stimulée par le développement des productions agricoles. L’embellissement de Vienne se poursuit par de nombreuses constructions, notamment celle de la Ringstrasse.

L'exposition universelle de 1873 à Vienne marque l'apogée de cette période. Le krach de 1873 et la grande crise économique qui s’ensuit affecteront profondément l'économie du pays jusqu'aux années 1880.

Sur le plan religieux, les libéraux abolissent le concordat de 1856, au grand dam des catholiques qui perdent ainsi une part importante de leur assise sociale, notamment dans l’éducation. Les lois confessionnelles de 1874 aboutissent à un certain équilibre dans les relations entre l’État et l’Église catholique, mais les autres confessions (chrétiens protestants ou orthodoxes, Juifs, et après 1878 musulmans de Bosnie) continuent à être seulement « tolérées ».

Marginalisées par le dualisme austro-hongrois, les populations latines (Italiens, Roumains) et slaves s’agitent, notamment les Tchèques qui réclament le rétablissement du royaume de Bohême à l’égal de celui de Hongrie. Pour régler ce problème, François-Joseph promulgue en 1871 les Articles fondamentaux reconnaissant le droit de l'État de Bohême. Mais il annulera aussitôt ses velléités de réformes devant l'opposition des libéraux allemands et surtout des aristocrates hongrois.

Sur le plan extérieur, François-Joseph est confronté à l’affaire mexicaine. En 1864, son frère Ferdinand Maximilien est choisi par les conservateurs mexicains pour devenir leur empereur, et ce alors que la guerre civile contre les républicains de Benito Juárez fait rage. L’empereur accepte le départ pour l’Amérique de son frère, qu’il n’aime guère, mais lui ôte tout droit dans sa succession. L’aventure se termine en 1867 par la capture et l’exécution du malheureux archiduc.

Sur la scène européenne, l’Autriche amorce un rapprochement avec la France. En , l’empereur rencontre Napoléon III à Salzbourg, puis se rend en personne à Paris (il est sensible à la beauté de l'impératrice Eugénie). En fait le rapprochement entre l'Empire austro-hongrois et la France est ténu : il ne prend la forme que de deux lettres d'intention ne comportant aucune volonté d'engagement ni d'un côté ni de l'autre. Soucieux d’obtenir les bonnes grâces françaises, François-Joseph participe aussi aux côtés de sa « chère impératrice Eugénie » (comme le dit son épouse) à l’inauguration du canal de Suez fin 1869.

Mais l'Autriche-Hongrie n'est d'aucune utilité à Napoléon III lors de la guerre franco-prussienne de 1870. François-Joseph ne souhaite pas intervenir, de peur de subir une attaque de la Russie, alliée de la Prusse. Ainsi, il assiste passivement à la proclamation de l'Empire allemand le à Versailles, ce qui met un terme à la question allemande.

L'empire se tourne alors vers l'Est et les Balkans. En , sous le patronage de Bismarck, est signé un accord austro-russe. Lorsque éclate la guerre russo-turque de 1877-1878, l'Autriche se voit promettre par Alexandre II l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine en cas de succès. Mais la Russie ne tient pas parole et le Congrès de Berlin se réunit pour résoudre ce problème. Finalement l'Autriche-Hongrie obtient l'occupation de la Bosnie-Herzégovine, mais pas l'annexion.

Le est conclue l’alliance entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Cet accord, impensable quelques années auparavant, est conclu en vue de contrer l'influence russe à l'est de l'Europe. Se sentant menacés sur les frontières de l’est de l’empire, François-Joseph et son ministre des Affaires étrangères Andrássy n’ont d’autre choix que de se rapprocher de Bismarck. Une alliance défensive dirigée explicitement contre la Russie est donc conclue.

Au cours de la crise orientale, les libéraux s’opposent fermement à la politique étrangère de l’empereur, n’acceptant pas la mise à l’écart des parlementaires en ce domaine tout comme l’intégration de la Bosnie-Herzégovine dans l’empire. Ils craignent en effet que les Slaves finissent à terme par compromettre la primauté des Allemands au sein de la monarchie. Las de cette opposition, François-Joseph organise de nouvelles élections pour l’été 1879. Menés par Eduard von Taaffe, les conservateurs parviennent à rallier les nationalistes tchèques, qui faisaient la grève parlementaire depuis 1871. Forts de ce soutien, ils remportent les élections au grand bonheur du monarque. Taaffe prend alors la tête du gouvernement.

Les années 1880 marquent un apaisement des tensions intérieures. Le compromis de 1867 n’est plus guère contesté. Avec Taaffe, François-Joseph a découvert un Premier ministre habile et surtout soumis à ses vues. Conscient que l’empire est un « compromis permanent » (J-P. Bled), le Premier ministre fait des concessions à ses alliés tchèques qui lui ont permis de renverser les libéraux : adoption du bilinguisme dans l’administration de la Bohême, création d’une université tchèque, etc. Les conservateurs polonais deviennent à la même époque les soutiens efficaces du gouvernement, à travers le ministre des Finances Julian Dunajewski. En revanche, les catholiques ne tirent aucun bénéfice du gouvernement conservateur, l’empereur s’en tenant à la politique joséphiste instaurée par les libéraux.

Une des difficultés auxquelles Taaffe doit faire face est la montée du paupérisme urbain. En effet, la croissance urbaine, stimulée par un exode rural, s’est accrue dans les années 1880. La nouvelle population urbaine vient le plus souvent grossir les rangs du prolétariat ouvrier, dont les conditions de vie sont misérables. La petite bourgeoisie, victime de la concurrence des entreprises capitalistes, se joint aux mécontents. Pour éviter toute révolte ou progression du socialisme, Taaffe prend des mesures sociales importantes : abaissement de la durée quotidienne de travail à onze heures, réglementation du travail des femmes et des enfants, institution d’une assurance maladie, etc.

Les années 1880 voient aussi apparaître de puissants mouvements qui vont ébranler la double monarchie. Tout d’abord le suffrage universel, rejeté par les conservateurs et les libéraux, est de plus en plus réclamé par les couches populaires. Surtout, on assiste à un réveil des nationalismes : nationalisme slave, encore embryonnaire, en Hongrie contre la domination des Magyars, et pangermanisme en Cisleithanie en réaction à la montée en puissance des autres minorités. Des mouvements politiques de masses se créent : les nationalistes antisémites de Georg von Schönerer, les chrétiens-sociaux de Karl Lueger et les sociaux-démocrates de Victor Adler.

En 1882, l'Autriche-Hongrie accepte l'élargissement de l'alliance allemande à l'Italie, ce qui permet de fonder la Triplice. L'alliance austro-italienne est toutefois loin de mettre un terme aux revendications irrédentistes de Rome. Les nationalistes italiens vouent toujours la même haine à l'égard de l'Autriche, comme le montre un attentat manqué la même année à Trieste contre François-Joseph.

Le nouveau ministre des Affaires étrangères Gusztáv Kálnoky entend étendre l'influence autrichienne dans les Balkans tout en ménageant la Russie. Ainsi Vienne place-t-elle dans son orbite la Serbie du prince Milan Obrenović et la Roumanie du roi Carol Ier par deux traités en 1881 et 1883. Sur la question bulgare, la diplomatie austro-hongroise reste prudente mais peut se réjouir de la montée sur le trône en 1885 de Ferdinand de Saxe-Cobourg. Toutefois ces accords ne sont le fait que des gouvernements et un sentiment anti-autrichien subsiste dans ces pays.

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Anna Nahowski (Vienne, 1859 - Vienne, 1931) fut la discrète maîtresse de l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche de 1875 à 1889.

Anna Nowak fut mariée à l'âge de 14 ans à Johann Heuduck, industriel de la soie joueur et alcoolique. La jeune fille rencontra l'année suivante, au cours d'une promenade très matinale dans le parc de Schönbrunn, l'empereur François-Joseph. La jeune fille devint la maîtresse du souverain quadragénaire qui régla les dettes de son mari et fit prononcer la dissolution du mariage malheureux.

Anna épousa en secondes noces Franz Nahowski, un fonctionnaire des chemins de fer compréhensif mais dépensier avec qui elle eut cinq enfants. Le couple déménagea souvent dans Vienne avant de s'installer dans une maison qui jouxtait le parc de Schönbrunn (officieusement achetée par l'empereur). L'empereur pouvait ainsi se rendre sans être vu chez sa maîtresse tandis que le mari importun, dont l'empereur payait les dettes, pouvait sortir officiellement par la rue. Le souverain donna de nombreux cadeaux et des sommes considérables à sa maîtresse.

À la fin des années 1880, Anna apprit la relation que l'empereur entretenait avec la comédienne Katharina Schratt. L'empereur rompit toute relation avec Anna Nahowski après le drame de Mayerling. Il fit convoquer la jeune femme au palais le . Un fonctionnaire anonyme du palais remit à Anna la somme de 50 000 florins en échange d'un contrat de silence. Anna Nahowski mourut à Vienne en 1931 à l'âge de 71 ans. Selon ses volontés, son journal a été publié par sa fille en 1976.

Deux des cinq enfants d'Anna étaient réputés être les enfants de l'empereur, sa fille Hélène, qui épousa en 1911 le compositeur Alban Berg et son fils François-Joseph. Or, il ressort du journal d'Anna Nahowski que sa dernière rencontre avec l'empereur datait d'un an avant la naissance de son fils. Le prénom de l'enfant ne signifierait pas que l'empereur soit son père. François-Joseph Nahowski, après une auto-mutilation volontaire en 1930 à l'occasion du centenaire de la naissance de l'empereur, fut interné dans un hôpital psychiatrique.

L'empereur François-Joseph avec les symboles impériaux.

L'empereur François-Joseph avec les symboles impériaux.

Les relations entre François-Joseph et son épouse sont à cette époque de plus en plus limitées, Élisabeth poursuivant ses éternels voyages et n’éprouvant plus pour son mari qu’une tendre affection. Si l'empereur est et reste profondément épris de son épouse, la solitude et le poids de ses responsabilités lui pèsent. Il nouera des relations discrètes avec quelques dames de la cour ou gravitant dans son entourage telle qu'Anna Nahowski ou la baronne Vetsera. En 1886, l'impératrice présente à son mari une comédienne du Burgtheater, Katharina Schratt. L'empereur quinquagénaire entame avec cette dame de 33 ans une relation d’amitié amoureuse qui durera jusqu'à sa mort.

Il doit également faire face à l'opposition de son fils Rodolphe, lequel, acquis aux idées libérales, n'a de cesse de critiquer la politique menée par son père. À partir de 1888, le prince héritier, gravement malade et dépressif, s'éloigne encore plus de son père qui lui reproche ses relations extra-conjugales. François-Joseph ne parvient pas à saisir la détresse de son fils qui mène au drame de Mayerling le . La mort de Rodolphe aux côtés de sa jeune maîtresse (le mystère de ce tragique incident ne fut jamais élucidé car des versions portent au suicide et d'autres à l'assassinat politique) est pour l'empereur un véritable traumatisme qu'il ne surmontera jamais complètement.

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Katharina Schratt (née à Baden le et morte à Vienne le ) est une actrice autrichienne, connue pour ses liens avec le couple impérial, François-Joseph Ier et Élisabeth de Wittelsbach.

Katharina Schratt est la fille du producteur de papier Anton Schratt (1804-1883).

À l'âge de six ans, elle se découvre un amour du théâtre et une vocation de comédienne. Ses parents essaient de l'en dissuader et l'envoient étudier à Cologne avant de lui permettre de prendre des cours de théâtre. Elle fait ses débuts à 17 ans en tant qu'invitée du Théâtre de Vienne.

Après un engagement au Théâtre allemand de Saint-Pétersbourg, elle épouse au printemps de 1879 un consul hongrois, Nicolas Kiss von Ittebe (1852-1909). De cette union naît un fils, Anton (1880-1970). Le couple se sépare peu après pour incompatibilité d'humeur. En 1883, la comédienne intègre la troupe du Burgtheater dont elle sera plus tard une sociétaire à vie.

C'est au cours d'une représentation théâtrale dans la ville de Kremsier en Moravie, lors d'une visite de l'empereur de Russie Alexandre III, que l'empereur François-Joseph Ier la vit pour la première fois.

.L'impératrice, qui s'absente de plus en plus souvent de la cour qu'elle ne supporte plus, éprouve des scrupules à laisser son mari seul face aux soucis que lui cause la charge de l'Empire. Il s'est épris en 1875 de la jeune Anna Nahowski. Elle cherche une compagnie amicale qui distrairait le souverain pendant ses absences. Une dame de la cour serait une rivale, une courtisane, un objet de scandale. Katharina Schratt, comédienne reconnue est une femme droite dont l'empereur se montre un admirateur enthousiaste. L'impératrice commande un portrait de la comédienne qu'elle compte offrir à son mari. Le couple impérial se rend dans l'atelier du peintre pendant les séances de pose et fait connaissance avec la comédienne. Aux yeux du monde, la comédienne est une amie de l'impératrice, qui bien des fois a choqué la cour par son anticonformisme. La comédienne possède une villa à Bad Ischl, lieu de villégiature de la famille impériale. L'impératrice et sa fille l'archiduchesse Marie-Valérie - qui a 15 ans - rendent visite à la comédienne. Une amitié s'affirme entre le souverain et la comédienne à partir de 1883 jusqu'à la mort de l'empereur en , avec uniquement une interruption à la suite d'un désaccord en 1900-1901.

La comédienne imite en tout l'impératrice qui s'en irrite et se moque de l'amie de son mari dans son journal intime mais n'en laisse rien paraître. Quant à l'archiduchesse, qui s'est éprise en 1886 d'un cousin de la branche de Toscane, elle trouve la présence de la comédienne encombrante. L'amitié qui lie l'empereur à la comédienne s'attiédit cependant après la mort de l'impératrice Élisabeth en 1898[réf. nécessaire] et connaîtra même une interruption entre 1900 et 1901.

En effet, si l'empereur comble Katharina Schratt de bijoux précieux et lui offre une villa dans la Gloriettegasse à Vienne - près du château de Schönbrunn - et à proximité de l'opéra, il n'entend pas rendre publics les liens platoniques qui l'attachent à la comédienne et résiste à toutes les tentatives de Catherine Schratt de gagner, par son influence, la direction du théâtre impérial. À la suite de désaccords avec le directeur, Katharina Schratt prend sa retraite en 1900. Faute de temps libre, la relation entre l'empereur et la comédienne consiste surtout en un petit déjeuner que l'empereur prend quotidiennement chez son amie entre 7h00 et 8h00 du matin.

L'année 1909 marque la mort de son ex-mari.

L'empereur François-Joseph meurt le . Le comte de Montenuovo, chef du protocole, interdit à l'amie de l'empereur l'accès à la chambre mortuaire. L'empereur Charles Ier, jeune homme de 29 ans, mènera lui-même l'ancienne actrice sexagénaire au pied du lit mortuaire.

Katharina Schratt vit le reste de ses jours dans la solitude de son appartement sur Kärntnerring. Elle s'occupait d'animaux (elle avait un singe, des perroquets et sept chiens), elle faisait des lectures publiques pour le bénéfice d'organismes de bienfaisance.

Dans ses dernières années, Catherine Schratt est une femme profondément religieuse, qui va à l'église tous les jours et fait plusieurs fois par semaine un pèlerinage sur la tombe de l'empereur défunt. Le , Katharina Schratt meurt à l'âge de 86 ans dans une Autriche qui n'est plus qu'une partie du Troisième Reich nazi. Elle est inhumée au cimetière de Hietzing (groupe 19, numéro 108) à Vienne.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.
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Comme bon nombre de ses prédécesseurs, le Premier ministre tente de régler le problème de la Bohême. En 1890, il parvient à un compromis entre les Allemands et les « Vieux Tchèques », c'est-à-dire les nationalistes modérés. Mais les « Jeunes tchèques », nationalistes radicaux, rejettent cet accord et leur victoire aux élections de 1891 enterre celui-ci.

Face aux progrès des nationalistes, Taaffe propose d'instaurer le suffrage universel, afin de se rallier les classes populaires. Mais l'opposition des conservateurs catholiques et des libéraux fait échouer cette réforme et Taaffe démissionne le

Après la démission de Taaffe, François-Joseph appelle au pouvoir une coalition de conservateurs et de libéraux menés par le prince de Windisch-Graetz. Ce fragile cabinet démissionne en 1895 après l'Affaire de Cilli, un conflit linguistique entre Allemands et Slovènes. Après un gouvernement de transition dirigé par Erich von Kielmansegg, l'empereur fait appel au Polonais Kasimir Badeni. Celui-ci forme un gouvernement regroupant les conservateurs catholiques allemands et slaves. Badeni opère pour les élections législatives autrichiennes de janvier 1897 une première étape vers le suffrage universel, en instituant une cinquième curie électorale, créant ainsi cinq millions et demi de nouveaux électeurs.

Ces années sont aussi marquées par l'ascension des chrétiens-sociaux de Karl Lueger, lequel devient maire de Vienne en 1897, après deux vetos préalables de François-Joseph l'année précédente.

Toujours en 1897, Badeni publie deux ordonnances obligeant les fonctionnaires en poste en Bohême à maîtriser l'allemand et le tchèque. Les minorités allemandes de Bohême rejettent violemment cette décision et des affrontements ont lieu. Au Reichsrat, les partis allemands, et surtout les pangermanistes, se déchaînent contre les ordonnances. De violents troubles éclatent dans les rues de la capitale, et Badeni doit démissionner le 28 novembre.

Ce sont alors les Tchèques qui s'agitent, craignant d'être abandonnés par l'empereur. De leur côté, des nationalistes allemands comme Schönerer attaquent la dynastie habsbourgeoise et l'Église catholique. Cette cristallisation des nationalismes contribue à l'affaiblissement de la double monarchie. Durant trois ans, les gouvernements se succèdent sans pouvoir agir, ne bénéficiant pas d'une assise parlementaire solide.

À partir de la fin des années 1880 se forge l'image de l'« alte Herr » (le « vieux monsieur » en français), du vieux monarque symbole vivant et ciment de la double monarchie.

Le portrait de l'empereur est omniprésent dans les lieux publics. Un véritable culte populaire s'organise autour de sa personne, comme le montrent les jubilés organisés en 1898 et 1908. Toutefois cette incontestable popularité de l'empereur souligne aussi la fragilité de l'État austro-hongrois, dont le principal facteur d'unité est le simple lien dynastique.

Mais la célébration de l'empereur concerne également la famille des Habsbourg-Lorraine, à laquelle François-Joseph appartient. En effet, la centaine d'archiducs qui la composent jouent un rôle dans la diffusion de la popularité de personne impériale : par leur présence dans l'armée et leur dispersion dans les provinces, ces membres de la famille impériale contribuent à la mise en place du culte à la personne et à la famille de François-Joseph (dont ils sont un peu les représentants) dans l'ensemble de l'empire.

L'armée austro-hongroise joue un rôle non négligeable dans l'adhésion des populations de la double monarchie à la personne du souverain. Enfin, garant du caractère multinational de l'armée de la double monarchie, François-Joseph s'oppose vigoureusement à partir de 1903 à la politique hongroise qui vise à la mise en place d'unités hongroises cantonnées en Hongrie. Au sein de l'armée, l'encadrement est personnellement et fidèlement attaché à la personne du souverain, lié par un serment de fidélité, alors que François-Joseph montre son attachement à l'armée de multiples manières : il vit en uniforme.

Au milieu des années 1890, la santé de l'impératrice Élisabeth se dégrade sérieusement, ce qui inquiète au plus haut point François-Joseph.

Début , l'impératrice est à Genève où elle séjourne comme à son habitude sous un nom d'emprunt afin d'éviter les réceptions officielles. Elle est cependant reconnue par un jeune anarchiste italien, Luigi Luccheni. Celui-ci la suit pendant plusieurs jours. Le , alors que suivie par sa dame d'honneur, l'impératrice presse le pas sur l'embarcadère de peur de rater l'heure de départ du bateau, le jeune homme se jette sur elle avec un poinçon avant de s'enfuir. Se croyant indemne, l'impératrice embarque mais alors que le bateau s'éloigne du quai, elle s'évanouit. Ramenée à quai, transportée à son hôtel, elle meurt peu après.

Ce nouveau drame porte un coup terrible à l'empereur qui confie au comte Paar en parlant de son épouse : « Nul ne sait combien nous nous sommes aimés16. »

Pour atténuer son chagrin, il se réfugie alors dans le travail et dans l'amitié que lui apporte Katharina Schratt. Celle-ci, de vingt-trois ans la cadette de son souverain, était comédienne au Burgtheater de Vienne. L'empereur n'était pas indifférent à sa fraîcheur et en avait fait part à son épouse. C'est l'impératrice, culpabilisant de laisser son mari si seul, qui lui présenta la comédienne en 1885 et les engagea à devenir amis. Rien ne permet de dire que Katharina Schratt ait été la maîtresse de l'empereur.

Celle-ci imita le comportement de l'impératrice, notamment pour promouvoir sa carrière. Elle reçut du souverain quantité de bijoux et une maison dans la Gloriettegasse, près du palais impérial.

Tous les matins, l'empereur se rendait chez « la dame » prendre un petit déjeuner dans le plus pur style viennois. Cependant, les relations de l'empereur et de Katharina se dégradèrent deux ans après la mort de l'impératrice. Katharina, dont la cinquantaine approchait, n'avait plus l'âge de jouer les jeunes premières mais ne se résolvait pas à abandonner ces rôles qui lui avaient valu tant de succès. Elle aurait également voulu devenir directrice du Burgtheater. Déçue de n'avoir pas reçu de l'empereur le soutien qu'elle attendait, elle s'éloigna de 1900 à 1901, avant de se réconcilier, pour le plus grand bonheur du vieux souverain, de plus en plus envahi par la solitude.

Au milieu des années 1890, la santé de l'impératrice Élisabeth se dégrade sérieusement, ce qui inquiète au plus haut point François-Joseph.

Début , l'impératrice est à Genève où elle séjourne comme à son habitude sous un nom d'emprunt afin d'éviter les réceptions officielles. Elle est cependant reconnue par un jeune anarchiste italien, Luigi Luccheni. Celui-ci la suit pendant plusieurs jours. Le , alors que suivie par sa dame d'honneur, l'impératrice presse le pas sur l'embarcadère de peur de rater l'heure de départ du bateau, le jeune homme se jette sur elle avec un poinçon avant de s'enfuir. Se croyant indemne, l'impératrice embarque mais alors que le bateau s'éloigne du quai, elle s'évanouit. Ramenée à quai, transportée à son hôtel, elle meurt peu après.

Ce nouveau drame porte un coup terrible à l'empereur qui confie au comte Paar en parlant de son épouse : « Nul ne sait combien nous nous sommes aimés. »

Pour atténuer son chagrin, il se réfugie alors dans le travail et dans l'amitié que lui apporte Katharina Schratt. Celle-ci, de vingt-trois ans la cadette de son souverain, était comédienne au Burgtheater de Vienne. L'empereur n'était pas indifférent à sa fraîcheur et en avait fait part à son épouse. C'est l'impératrice, culpabilisant de laisser son mari si seul, qui lui présenta la comédienne en 1885 et les engagea à devenir amis. Rien ne permet de dire que Katharina Schratt ait été la maîtresse de l'empereur.

Celle-ci imita le comportement de l'impératrice, notamment pour promouvoir sa carrière. Elle reçut du souverain quantité de bijoux et une maison dans la Gloriettegasse, près du palais impérial.

Tous les matins, l'empereur se rendait chez « la dame » prendre un petit déjeuner dans le plus pur style viennois. Cependant, les relations de l'empereur et de Katharina se dégradèrent deux ans après la mort de l'impératrice. Katharina, dont la cinquantaine approchait, n'avait plus l'âge de jouer les jeunes premières mais ne se résolvait pas à abandonner ces rôles qui lui avaient valu tant de succès. Elle aurait également voulu devenir directrice du Burgtheater. Déçue de n'avoir pas reçu de l'empereur le soutien qu'elle attendait, elle s'éloigna de 1900 à 1901, avant de se réconcilier, pour le plus grand bonheur du vieux souverain, de plus en plus envahi par la solitude.

Depuis la mort de Rodolphe en 1889, l'héritier du trône est l'archiduc Charles-Louis, frère de l'empereur. Mais personne ne songe un instant à lui confier la couronne, et c'est son fils François-Ferdinand qui apparaît comme le successeur désigné de son oncle. En 1896, la mort de Charles-Louis fait de François-Ferdinand l'héritier officiel des couronnes impériale et royale. Cependant celui-ci, qui n'est toujours pas marié, décide d'épouser Sophie Chotek, fille d'un aristocrate tchèque. L'empereur refuse énergiquement de consentir à cette union qu'il considère comme une mésalliance. Le règlement de 1839 impose à un membre de la maison impériale d'épouser une femme de sang royal sinon celui-ci perd ses titres, dignités et fonctions, doit renoncer pour lui et ses descendants à ses droits au trône, est exclu de la famille impériale et doit changer de nom.

Si François-Ferdinand s'entête, il devra céder ses droits à son frère cadet Otto. Plus cynique que son frère, celui-ci s'est marié très jeune à la fille du roi de Saxe dont il a eu deux fils, mais mène ouvertement une vie de débauche émaillée de scandales. François-Joseph se refuse à voir en lui un successeur possible.

Le souverain et son héritier se disputent ainsi pendant deux ans avant que François-Joseph, sous l'influence de sa belle-sœur Marie-Thérèse de Bragance, ne cède en 1900. Tout en imposant le fait que ce mariage soit considéré comme morganatique, François-Ferdinand reste l'héritier du trône mais son épouse ne fera pas partie officiellement de la famille impériale et leurs enfants n'auront aucun droit au trône. François-Ferdinand accepte la rage au cœur, ce qui augure nombre de complications si ce dernier vient à monter un jour sur le trône.

Après la crise des années 18971900, le calme revient avec le gouvernement d'Ernest von Koerber, qui parvient à se maintenir au pouvoir de 1900 à 1904. Koerber tente d'opposer le développement économique à la poussée nationaliste. S'il met en place un vaste programme de construction de chemins de fer et de canaux, il est cependant renversé à la suite de nouvelles agitations au Reichsrat.

Dès lors, François-Joseph se résout à enfin faire adopter le suffrage universel complet (sans système de classes). C'est la mission qu'il confie aux gouvernements de Paul Gautsch (19041906) et de Max von Beck (19061908). Bien que toujours opposé à la démocratie, l'empereur espère détourner ainsi l'attention des classes populaires vers les questions économiques et sociales.

Malgré l'opposition d'une frange de l'aristocratie menée par François-Ferdinand, la loi instaurant le suffrage universel en Cisleithanie pour les élections au Reichsrat est votée et promulguée le . Les premières élections en voient le succès des chrétiens-sociaux et des sociaux-démocrates.

Avant le début des années 1900, la tension monte également en Hongrie, au sujet de l'accord décennal de 1897 et de l'armée. Le compromis de 1887 se finissant le 31 décembre 1897, il est prorogé d'une année, sous pression de l'empereur pour une année, puis pour deux, puis jusqu'en 1903. Durant l'année 1902, un accord valable jusqu'en 1907 est conclu. Les patriotes hongrois réclament en effet le passage des régiments hongrois sous l’autorité de Budapest et non plus de Vienne. Ceci entraînerait la création d’une armée nationale hongroise, ce que François-Joseph ne peut permettre, l’armée étant l’un des derniers piliers de l’unité de la double monarchie. L’empereur parvient finalement à trouver un compromis avec le gouvernement libéral de István Tisza, mais les élections de 1905 voient la défaite de ce dernier et la victoire des indépendantistes. Après un an d’affrontement, un accord est finalement conclu en 1906 : les indépendantistes entrent dans un gouvernement dirigé par Sándor Wekerle tandis que la question militaire est reportée à la négociation prévue pour l'Ausgleich de 1917.

François-Joseph parvient donc à maintenir le statu quo en Hongrie mais ne peut empêcher la politique de « magyarisation » à l’encontre des autres nationalités entreprise par le gouvernement de Budapest à partir de 1907.

La politique étrangère austro-hongroise des années 1890-1900 est marquée par le conservatisme et la recherche d’une bonne entente avec la Russie. Cependant, le système bismarckien se défait peu à peu avec l’alliance franco-russe, les accords entre la France et l’Italie de 1900 et 1902 et enfin l‘Entente cordiale de 1904. Il se crée ainsi un axe Paris-Londres-Saint-Pétersbourg opposé à la Triplice réunissant l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et une Italie peu sûre.

Dans les Balkans, l’influence autrichienne recule. L’arrivée au pouvoir en 1903 à Belgrade de Pierre Karageorgévitch marque un tournant dans les relations austro-serbes. Belgrade se convertit effectivement au panserbisme et entame un rapprochement avec la Russie. Cette dernière étant au bord d’un conflit armé avec le Japon, François-Joseph pourrait lancer une opération militaire pour rétablir l’ordre en Serbie, mais il s‘y refuse de peur de déclencher une révolte des nationalités dans son empire. En effet, les peuples slaves de Hongrie, et particulièrement les Croates, sont séduits par les projets panslavistes de la Serbie.

Pour s’opposer au gouvernement serbe, Vienne décide plutôt d’appliquer des mesures de rétorsion économique et ferme sa frontière avec la Serbie. Mais ceci n’a pas d’autre effet que de favoriser l’introduction française et britannique dans le petit royaume qui rejoint ainsi le camp de la Triple-Entente.

 L'empereur et roi peint par Adell Henri Trouk en 1913.

L'empereur et roi peint par Adell Henri Trouk en 1913.

François-Joseph conserve une relative bonne forme jusqu’à ses 75 ans, mais voit sa santé se dégrader assez sérieusement à partir de 1907. Il ne cesse pour autant de s’astreindre aux cérémonies et voyages officiels, gages d’une popularité toujours aussi grande parmi ses peuples.

Mais en 1911, deux graves refroidissements le laissent longtemps convalescent. Après cela, les sorties officielles de l’empereur deviennent beaucoup plus rares. Sur le plan familial, François-Joseph goûte la compagnie de ses filles, particulièrement Marie-Valérie, et de ses nombreux petits-enfants. Katharina Schratt l’entoure toujours d’une tendre affection.

Ses relations avec François-Ferdinand sont en revanche exécrables, l’héritier du trône supportant de plus en plus mal l’attente de son avènement, ainsi que la supposée passivité de son oncle face aux dangers qui menacent l’empire.

C’est dans ce climat qu’est décidée en 1907, sous l’impulsion du ministre des Affaires étrangères Aehrenthal, l’annexion de la Bosnie-Herzégovine, occupée depuis 1878. La Russie n'est pas opposée à cette annexion, mais à condition que cela se fasse avec l’accord de la communauté internationale. Néanmoins l’Autriche-Hongrie passe outre et le rattachement est officialisé le . Ceci entraîne une véritable crise internationale, la Russie et la Serbie, mais aussi la France, le Royaume-Uni et la Turquie réclamant la tenue d’une conférence internationale. De son côté, le chef de l’état-major pousse à une guerre préventive contre la Serbie.

Mais finalement, la pression allemande fait reculer Serbes et Russes qui reconnaissent l’annexion en 1909.

Cependant, la reculade russe ne doit faire oublier l'évacuation par l'Autriche des places où elle tenait garnison dans le Sandjak de Novipazar, et donc la perte d'influence vers le Sud des Balkans.

En 1910, toujours administrée par le ministre des finances communes, la Bosnie-Herzégovine se voit dotée d'une constitution qui institue un suffrage universel par classes, sur le modèle de celui en vigueur en Cisleithanie entre 1896 et 1907. Si cette crise s’achève par une victoire diplomatique de la double monarchie, elle cristallise cependant la haine des Serbes et des panslavistes à l’égard de l'État habsbourgeois et sonne le glas de la bonne entente austro-russe.

Les années 1912-1913 voient un net recul de l'influence austro-hongroise dans les Balkans au profit de la Russie. C'est ainsi sous l'égide de cette dernière qu'est conclue en 1912 la Ligue balkanique contre l'Empire ottoman, mais aussi contre l'Autriche-Hongrie. Pour éviter tout affrontement avec Saint-Pétersbourg, l'empire décide de ne pas intervenir au cours des guerres balkaniques. François-Joseph se contente de menacer la Serbie lorsque cette dernière tente d'occuper l'Albanie, avec succès. Mais ceci n'empêche pas la monarchie habsbourgeoise de se retrouver presque isolée dans cette région à l'issue de ces conflits. La diplomatie dirigée par Berchtold essaie pourtant de rallier la Bulgarie, vaincue lors de la deuxième Guerre balkanique, sans grand succès, tout comme de maintenir une alliance roumaine de plus en plus fragile.

Les tensions entre les nationalités sont toujours au cœur de la vie politique du pays, comme le montrent les élections de 1911 qui voient le recul des chrétiens-sociaux au profit des partis nationalistes. La question de la Bohême reste essentielle et les conflits entre Tchèques et Allemands créent de nombreux remous au Reichsrat. Les gouvernements dirigés par Bienerth puis par Stürgkh ne bénéficient pas d'assises parlementaires solides et se contentent de gérer les affaires courantes.

En Hongrie, les libéraux de Tisza reviennent au pouvoir en 1910. Toutefois, le nouveau gouvernement poursuit la politique de magyarisation, au grand dam des minorités, notamment des Croates.

Toutefois, les passions nationalistes semblent un peu s'apaiser en 1914. Des compromis politiques sont conclus en Moravie, en Ruthénie ou encore en Bukovine. Le développement économique et la hausse du niveau de vie que connaît la double monarchie au début du XXe siècle favorisent une certaine détente.

 L'attentat vu par Le Petit Journal, journal français.

L'attentat vu par Le Petit Journal, journal français.

En 1914, l'archiduc François-Ferdinand semble très proche de succéder à son vieil oncle âgé de 84 ans. Son avènement prochain préoccupe grandement la Serbie, inquiète de sa volonté d'une réconciliation austro-russe qui se ferait aux dépens des intérêts de Belgrade. L'association terroriste panslave La Main noire, manipulée directement par le chef des services secrets serbes, le colonel Dragutin T. Dimitrijevic, qui avait déjà tenté d'assassiner François-Joseph en 1910, prend l'archiduc pour cible, malgré l'opposition du Premier ministre serbe Nikola Pašić.

François-Ferdinand décide de se rendre en en Bosnie afin d'assister à des manœuvres militaires dans la capitale, Sarajevo. La Main noire prend alors contact avec de jeunes bosniaques panslaves afin de l'assassiner à cette occasion. Le gouvernement serbe de Nikola Pašić, bien qu'informé de l'imminence de l'attentat, ne parvient pas à trouver assez rapidement un intermédiaire fiable pour prévenir les autorités autrichiennes sans risquer d'être accusé de duplicité.

Le , l'archiduc arrive à Sarajevo. L'attentat a lieu et réussit (la présence de son épouse n'a pas permis à François-Ferdinand de bénéficier de la présence policière qui aurait été déléguée auprès d'un des membres de la Maison impériale). François-Ferdinand et son épouse sont assassinés par le jeune Gavrilo Princip, après une première tentative infructueuse. On apprendra plus tard que Gavrilo Princip a agi de son propre chef, même si son action a bien arrangé la Main noire.

Si François-Joseph n'est pas peiné par la mort de son neveu, il est en revanche décidé avec Berchtold de punir la Serbie par la force, même si aucune preuve de son implication dans l'attentat n'apparaît sur le moment. Selon lui la monarchie doit rompre avec la politique de passivité menée depuis plusieurs années et frapper le cœur des menées anti-autrichiennes. Pour cela, l'empereur s'assure du soutien allemand, mais aussi hongrois, Tisza s'étant a priori montré tiède quant à une intervention militaire.

Au cours d'une réunion tenue début juillet à Berlin, l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne décident d'utiliser la manière forte au risque de provoquer une guerre européenne.

Le , un Conseil des ministres extraordinaire décide l'envoi d'un ultimatum à Belgrade.

L'ultimatum est notifié au gouvernement serbe le suivant. Ses conditions sont humiliantes pour Belgrade, demandant notamment de punir les commanditaires du meurtre, de combattre toute action anti-autrichienne et d'accepter la présence d'enquêteurs autrichiens sur le territoire serbe. Belgrade refuse ce dernier point mais accepte huit des neuf autres exigences. Ce n'est cependant pas assez pour l'Autriche-Hongrie qui rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie. François-Joseph lance alors le processus menant à la guerre et décrète la mobilisation des troupes.

Le , le gouvernement austro-hongrois déclare la guerre à la Serbie. Le , l'Allemagne, subodorant peut-être que l'alliance franco-russe fonctionnera au profit de la Serbie, envoie un double ultimatum, sous 48 heures, à la France et à la Russie leur enjoignant de déclarer que ces deux puissances se déclareront neutres dans le conflit qui se prépare. La France répond qu'elle agira « conformément à ses intérêts ».

Le , l'Allemagne attaque le Luxembourg neutre et adresse un ultimatum à la Belgique. Le , l'Allemagne déclare la guerre à la France et attaque la Belgique le .

S'il est patent que l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie ont fait fonctionner leur pacte et ont de concert entamé les hostilités, il n'est, par contre, pas possible d'affirmer que l'alliance franco-russe a, elle, fonctionné puisque ces pays n'ont pas eu le choix de se déterminer, et que ce sont l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie qui ont décidé de les attaquer et de se les choisir comme adversaires.

Au reste, ce sera seulement le que débutera le conflit entre la Russie et l'Autriche-Hongrie par la déclaration de guerre envoyée de Vienne à Saint-Pétersbourg. La guerre avait déjà débuté depuis cinq jours.

Le Royaume-Uni, garant des traités fondateurs de la Belgique au même titre que l'Allemagne, ne peut admettre que celle-ci viole la neutralité belge. Après un ultimatum demandant à l'Allemagne de retirer ses armées de Belgique, et n'obtenant aucune réponse, le Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne.

L'Italie, quant à elle, constatant que l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie auxquelles elle s'était alliée sont les agresseurs du conflit qui commence, décide de ne pas prendre part à la guerre aux côtés de ses alliés et de rester neutre. Elle tiendra cette position jusqu'au printemps 1915, date à laquelle elle se rangera aux côtés de la France et des alliés de cette dernière.

Le début du conflit se déroule mal pour la double monarchie. Sur le front serbe, les armées autrichiennes piétinent et se brisent sur la farouche résistance des Serbes.

De la fin août à la mi-septembre 1914, les troupes doivent subir le choc des offensives russes. La Galicie et la Bukovine sont évacuées tandis que Lviv est prise le . Le tiers des effectifs de l'armée est perdu alors que la Hongrie est menacée. Entre le 3 et le 14 décembre, Conrad von Hötzendorf remporte la bataille de Limanowa arrêtant les Russes et fixant le front dans les Carpates.

Sur le plan diplomatique, François-Joseph tente de négocier la neutralité de l'Italie, avec laquelle les relations s'étaient dégradées peu avant la guerre. Les Italiens acceptent de rester neutres à condition que la double monarchie leur cède une partie du Trentin. L'empereur refuse dans un premier temps ce marché, mais sous la pression allemande est contraint d'accepter en . Cependant les exigences italiennes ayant entretemps augmenté, les négociations sont rompues. L'Italie rejoint le camp de la Triple-Entente et entre en guerre le .

Malgré l'ouverture de ce troisième front, une grande contre-offensive est lancée en Galicie contre les Russes à partir du . Cette opération est un succès et permet de chasser l'armée tsariste de la quasi-totalité du territoire autrichien. À l'automne, la Serbie est envahie et vaincue en six semaines. Cependant ces victoires doivent beaucoup à l'aide allemande, et l'état-major du Reich entend mettre en partie sous tutelle l'armée austro-hongroise, d'où la naissance de frictions entre les commandants en chef Conrad von Hötzendorf et Erich von Falkenhayn.

Le nouveau couple impérial, Charles, Zita et ses enfants Otto et Adélaïde (1914) : un empereur de 29 ans succède à un empereur octogénaire.

Le nouveau couple impérial, Charles, Zita et ses enfants Otto et Adélaïde (1914) : un empereur de 29 ans succède à un empereur octogénaire.

L'année 1916 débute cependant mal pour l'Autriche-Hongrie. L'offensive lancée en mai contre l'Italie est un échec tandis que sur le front oriental une nouvelle offensive russe fait plier les défenses autrichiennes. En outre, des régiments tchèques et ruthènes désertent et rejoignent l'armée russe. Le mouvement russe est arrêté en août grâce à l'appui allemand, mais l'armée impériale a perdu 750 000 hommes.

La Roumanie entame la guerre aux côtés de la Triple-Entente. Les attaques roumaines contre la Transylvanie sont toutefois repoussées, et l'armée austro-hongroise entre en territoire roumain, prenant Bucarest peu après la mort de l'empereur le 6 décembre.

En revanche, l'armée austro-hongroise se retrouve de fait sous la tutelle de l'Allemagne, après la création d'un commandement interallié dirigé par Hindenburg.

De plus, des troubles intérieurs apparaissent. La pénurie alimentaire qui se développe entraîne un mécontentement populaire important. Les agitations politiques, et notamment la question tchèque, réapparaissent. De nombreux groupes demandent la convocation du Reichsrat, mis en sommeil depuis 1914. Considéré comme étant le principal responsable des problèmes, le Premier ministre Karl von Stürgkh est assassiné le par Friedrich Adler, fils du leader social-démocrate et proche ami d'Albert Einstein.

François-Joseph charge alors de nouveau Koerber de former le gouvernement. Inquiet de la tournure prise par les évènements, le vieux monarque aurait alors envisagé d'entamer des pourparlers en vue de la paix dans les mois suivants.

Bien que robuste, la santé de François-Joseph s'était légèrement dégradée depuis le début de la guerre. Au début du mois de , le souverain est frappé par une congestion pulmonaire entraînant des poussées de fièvre et une grande fatigue, générée par le maintien du rythme de vie et des obligations officielles du monarque. La maladie évolue à partir du puis s'aggrave considérablement le . L'empereur remplit pourtant ce jour-là ses obligations au château de Schönbrunn (paraphe de dossiers, entrevue…) mais son état ne cesse d'empirer : il doit faire des pauses fréquentes et semble éprouver des difficultés à se tenir debout, selon ses proches collaborateurs. Le soir, lorsqu'il s'endort, il est au plus mal. L'archiduc Charles, héritier du trône, alors sur le front, est appelé en urgence à Vienne par son épouse, appuyée par les médecins de l'empereur.

Le , à huit heures et demie du matin, François-Joseph reçoit l'extrême onction. Après plus de 67 ans de règne, l'un des plus longs de l'époque contemporaine, l'empereur François-Joseph s'éteint quelques minutes plus tard à l'âge de 86 ans, au Palais de Hofburg, à Vienne. Son petit-neveu, l'archiduc Charles, lui succède sous le nom de Charles Ier à seulement vingt-neuf ans.

Le , devant des milliers de personnes, ont lieu les obsèques officielles de François-Joseph Ier, selon le cérémonial des funérailles des Habsbourg. Son cercueil est déposé dans la crypte des Capucins à Vienne, surplombant d'environ un mètre le sarcophage de sa femme Élisabeth et celui de son fils Rodolphe.

Empress Elisabeth in the Hungarian coronation dress and rose diadem

Empress Elisabeth in the Hungarian coronation dress and rose diadem

Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach — plus connue sous le surnom de « Sissi » — duchesse en Bavière puis, par son mariage, impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, de Bohême et de Lombardie-Vénétie, est née le à Munich, dans le royaume de Bavière, et morte assassinée le à Genève.

Mariée dès l'âge de 16 ans à l'empereur François-Joseph Ier, le , elle refuse régulièrement de se plier aux usages de la monarchie, ce qui provoque un conflit durable avec sa belle-mère, l'archiduchesse Sophie de Bavière. Ne pouvant s'adapter à la vie de la cour de Vienne, Élisabeth passe une grande partie de son existence à voyager. Elle perd deux enfants de son vivant, ainsi que des membres de sa famille, parfois de façon tragique. Elle est en partie à l'origine du compromis austro-hongrois de 1867. Son assassinat, en 1898, fait la manchette en Europe, car elle jouit d'une bonne réputation sur le continent en raison de sa beauté et des tragédies qui ont marqué sa vie.

Régulièrement peinte de son vivant, sa vie a aussi inspiré des romans et des films, en particulier les films d'Ernst Marischka, qui révèlent Romy Schneider dans le rôle de l'impératrice.

Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, dite « Sissi » ou « Sisi » comme elle signe parfois, est née le dans le palais de la Ludwigstrasse à Munich, résidence hivernale de ses parents. La sage-femme constate que l'enfant à peine née possède une dent sur la gencive.

Sissi est le quatrième enfant et la deuxième fille du duc Maximilien en Bavière et de la duchesse née Ludovica de Bavière. Le duc est le chef de la branche cadette des Wittelsbach à qui n'est accordé qu'en 1845 le prédicat d'« Altesse royale ». La duchesse Ludovica de Bavière est la benjamine des filles du roi Maximilien Ier de Bavière et de sa seconde épouse, née Caroline de Bade.

Leur mariage est au sens le plus strict un mariage dynastique servant à réconcilier les branches aînées et cadettes de la maison de Wittelsbach. Les deux époux n'ont aucun goût en commun. La duchesse, dont les sœurs contractent des unions brillantes, est une princesse des plus conformistes et est éprise de l'ex-roi du Portugal Michel Ier. Elle vit son mariage avec un « cadet » comme une humiliation. Le duc Maximilien se révèle un époux excentrique et volage. Grand voyageur, il délaisse très souvent femme et enfants, allant par exemple jouer de la cithare en haut de la pyramide de Khéops. Le père du duc, le duc Pie en Bavière, vivant en reclus, neurasthénique et misanthrope, est décédé peu avant la naissance de sa petite-fille. Le mariage de ses filles est, pour Ludovica, l’occasion d’une revanche sur le destin.

L'enfant reçoit le prénom d'Élisabeth en l'honneur de sa marraine et tante maternelle, la reine de Prusse Élisabeth de Bavière. Les autres sœurs et demi-sœurs de sa mère sont Augusta-Amélie de Bavière, duchesse de Leuchtenberg, belle-fille de l'ex-empereur des Français Napoléon Ier et veuve de son fils adoptif l'ex-vice-roi d'Italie, l'impératrice douairière Caroline-Auguste de Bavière, les reines consorts de Saxe Marie et Amélie ainsi que la fameuse archiduchesse Sophie de Bavière, mère de l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche.

 

La jeune Élisabeth (à droite) et sa sœur Hélène.

Le père de Sissi est fils unique. Son père, le duc Pie-Auguste de Bavière épouse Amélie Louise d'Arenberg, fille du duc d'Arenberg. Il s'agit d'un mariage convenable, ce dont on raille plus tard l'impératrice. Le duc Pie meurt l'année même de la naissance de Sissi en 1837.

Élisabeth grandit l'hiver à Munich et l'été dès que possible à la campagne, au château de Possenhofen, dit « Possi », petit château aux tourelles carrées situé sur les rives du lac de Starnberg. Paradoxalement, malgré les ambitions matrimoniales de sa mère pour ses filles, Sissi, comme ses frères et sœurs, est élevée sans contraintes ni manières. Elle est passionnée d'équitation, de poésie et adore faire de longues promenades en forêt. Élisabeth porte en elle la mélancolie des Wittelsbach, également incarnée par le non moins célèbre Louis II de Bavière, protecteur de Richard Wagner. Élisabeth est l'enfant préféré de son père. Cela s'explique par leurs caractères très proches : même goût pour les chevaux, l'indépendance, les voyages…

À 14 ans, la jeune duchesse s'éprend d'un écuyer de son père nommé Richard et songe à l'épouser. Refusant cette alliance trop peu brillante (l'adolescent est issu d'une famille comtale), la duchesse Ludovica éloigne le jeune homme qui meurt quelque temps plus tard de la tuberculose. Sissi est désespérée et se confie à son journal dans un poème déchirant.

Pour lui changer les idées, la duchesse, qui doit emmener sa fille aînée Hélène en Autriche, emmène son autre fille.

 Duchesse en Bavaria , Elisabeth (15 ans), de Karl von Piloty.

Duchesse en Bavaria , Elisabeth (15 ans), de Karl von Piloty.

Le jeune empereur François-Joseph Ier, vivant dans une étroite complicité avec sa mère l'archiduchesse Sophie, demande d'abord la main de la princesse Anne de Prusse. Malgré l'intervention de la reine Élisabeth, sœur de l'archiduchesse Sophie, la cour de Berlin refuse cet honneur qui risque de contrarier ses ambitions hégémoniques. L'archiduchesse se tourne alors vers une autre de ses sœurs, Marie de Bavière reine consort de Saxe, mais sa nièce, la princesse Sidonie, ne plaît pas à son impérial cousin. L'archiduchesse se tourne en troisième choix vers la Bavière, troisième puissance allemande, et choisit l'aînée de ses nièces, la duchesse Hélène en Bavière, âgée de 19 ans.

Les fiançailles doivent être célébrées le , dans la résidence impériale d'été de Bad Ischl, à l'occasion des fêtes données pour le vingt-troisième anniversaire du souverain autrichien. Mais c'est de Sissi que le jeune souverain s'éprend. À la surprise de sa mère, il annonce le son intention d'épouser la jeune femme, sa cousine germaine, âgée de 15 ans et 8 mois.

Le mariage est célébré le à Vienne, en Autriche. Contrairement à la tradition, la nuit de noces n'est pas publique. La cour est surprise par cette jeune femme qui s'oppose aux volontés de l'empereur. En effet, à l'époque, une souveraine est la première sujette de son mari et doit, à ce titre, être disponible et soumise afin de donner le jour au plus tôt à l'héritier mâle nécessaire à la consolidation de la dynastie[réf. nécessaire]. Beaucoup plus tard, Élisabeth confie à sa fille Marie-Valérie que « le mariage est une institution absurde. Enfant de 15 ans, j'ai été vendue… ». De plus, la jeune impératrice, habituée aux manières simples de son entourage provincial, supporte mal la pesante étiquette viennoise, et s'enfonce vite dans une profonde dépression.

Les premiers temps du mariage, le couple prend ses quartiers au château de Laxenbourg, aux environs de la capitale. Élisabeth se sent perdue et surveillée par sa belle-mère — une femme intelligente mais dirigiste et traumatisée par la révolution autrichienne de 1848 — et par son entourage. L'empereur est peu présent. La guerre de Crimée vient d'être déclarée, opposant la France de Napoléon III et le Royaume-Uni de la reine Victoria à la Russie du tsar Nicolas Ier, précieux allié de l'Autriche pendant la révolution de 1848 puisqu'il a permis aux Habsbourg-Lorraine de conserver en leur possession le vaste royaume de Hongrie. Le jeune empereur est accaparé par les obligations de sa fonction et doit se rendre tous les jours à Vienne, au palais Hofburg ou au château de Schönbrunn, et n'en revient que très tard dans la soirée. Élisabeth se sent abandonnée.

Cependant, elle est rapidement enceinte et donnera naissance à quatre enfants :

 Photo prise le jour du couronnement de l'impératrice Élisabeth à Budapest le 8 juin 1867.

Photo prise le jour du couronnement de l'impératrice Élisabeth à Budapest le 8 juin 1867.

L'archiduchesse Sophie, trouvant que sa jeune nièce est quelque peu immature, décide de prendre en charge l'éducation des trois premiers enfants du couple ; cela entraîne des conflits à répétition[réf. nécessaire]. De plus, la mort de Sophie, la première fille d'Élisabeth, marque profondément sa mère. La naissance difficile de Rodolphe par la suite et la culpabilité qui la ronge n'arrangent rien ni avec François-Joseph, ni avec sa belle-mère.

Les relations entre Élisabeth et sa belle-mère (qui est aussi sa tante), sont souvent orageuses. Bien au-delà du conflit familial traditionnel, il y a entre elles le fossé de deux visions différentes des devoirs d'une souveraine. Sophie a sacrifié sans remords les espérances d'une jeune fille romantique, qui doit accepter son destin de princesse mariée malgré elle.

Contrairement à la légende, Sophie n'a pas été déçue du choix d'Élisabeth ; surprise certes, mais pas déçue. En femme politique, elle souhaite une alliance avec la Bavière et l'a conclue ; peu lui importe la personne choisie par son fils. Sur le plan dynastique et diplomatique, une duchesse en Bavière en vaut bien une autre : l'essentiel est de trouver des alliés au sein de la Confédération germanique pour contrer les ambitions du royaume de Prusse.

Elle aime sa belle-fille et apprécie ses qualités personnelles. Seulement, Sissi n'a aucun goût pour la vie de la cour, et elle souffre d'un protocole auquel elle ne sait s'adapter.

L'archiduchesse Sophie reproche à sa belle-fille, qui refuse de sacrifier sa vie privée et ses goûts à ses devoirs, un tempérament « puéril et égoïste ». Intelligente, sensible et cultivée, ayant sacrifié sa vie, ses ambitions et ses amours à une union certes prestigieuse mais avec un homme sans éclat, Sophie ne peut comprendre ni admettre que la jeune impératrice, mariée à un prince séduisant et très épris d'elle, n'aime pas être une souveraine, et surtout qu'elle rechigne à remplir ses devoirs de représentation.

De fait, Élisabeth devient rapidement impopulaire tant à la ville qu'à la cour de Vienne. Elle ne sait réagir que par un mépris affiché pour la capitale autrichienne et ses institutions. Malgré tout, elle est très populaire partout dans l'Empire d'Autriche, surtout en Hongrie, pays qu'elle aime beaucoup.

 

La Villa Hermès.

Élisabeth ne souhaite pas être impératrice, mais elle profite largement des avantages financiers de sa position. Comprenant tout le parti qu'elle peut tirer de sa beauté, qu'elle entretient avec soin, elle dépense sans compter en toilettes, chevaux, équipages et voyages. François-Joseph paie toutes ses dépenses sans jamais lui en faire le reproche. Pour l'encourager à rester proche de la cour tout en respectant son plus cher désir de ne pas se sentir observée, François-Joseph lui a fait construire la Villa Hermès située à l'ouest de Vienne. En 1875, à la mort de l'empereur Ferdinand Ier, qui a abdiqué en sa faveur en 1848, François-Joseph remet à Élisabeth des sommes importantes prélevées sur cet héritage considérable, car il a reçu la possession de tous les biens du défunt. Ils seront ensuite partagés entre les héritiers d'Élisabeth à sa mort.

Si sa beauté est unanimement admirée et célébrée, ses aptitudes équestres sont également remarquables.

En 1859, après la guerre contre la France et le royaume de Sardaigne, l'empereur revient à Vienne après sa défaite. Dans la foule, on crie à l'abdication en faveur de Maximilien. De plus, il ne reconnaît plus sa femme et s'en éloigne. Il part retrouver les comtesses qu'il voyait avant son mariage, et on ne se gêne pas pour en parler à la cour, en espérant que cela arrive aux oreilles d'Élisabeth. C'est la goutte d'eau qui provoque son mal. L'impératrice, qui a 22 ans, se met à tousser et on la croit perdue comme sa belle-sœur et cousine, Marguerite de Saxe, décédée l'année précédente à l'âge de 18 ans. Les médecins diagnostiquent une tuberculose, mais il s'agit peut-être d'une conséquence de son anorexie ou de la pression psychologique qu'elle subit depuis 5 ans.

Les médecins préconisent une cure dans une région ensoleillée et l'on pense aux provinces dalmates du sud de l'Empire où la sécurité de la souveraine peut être facilement assurée, mais l'impératrice s'y refuse. Elle choisit l'île de Madère, une île portugaise au large de l'Afrique, qui est, pour l'époque, très exotique et surtout très lointaine. Elle veut fuir la cour d'Autriche, quitter Vienne.

Sa maladie est la conséquence d'une série d'événements. Il y a d'abord la mort de sa première fille ; la culpabilité qui la ronge, les tracasseries perpétuelles de sa belle-mère, notamment le fait qu'elle l'accuse sans cesse d'avoir tué sa fille ; puis la naissance de Rodolphe qui l'a affaiblie. Le peu de soutien qu'elle reçoit de son mari, toujours soumis au caractère impérieux de sa mère l'archiduchesse Sophie, peut aussi avoir déçu la jeune souveraine peu au fait des relations interpersonnelles au sein de la cour impériale.

C'est à cette époque que François-Joseph part faire la guerre contre Napoléon III et laisse son épouse seule à Vienne. Élisabeth combat son désœuvrement en inaugurant un hôpital au château de Franzensburg pour soigner les blessés qui reviennent vers la capitale. Elle y passe des journées entières et suscite même l'admiration de sa belle-mère, qui reconnaît son courage.

Quand elle n'en peut plus des blessés, elle part des journées entières à cheval pour épuiser ses forces. La nuit, elle écrit à son mari, l'implorant de revenir et détrempant le papier par ses larmes. Elle s'est mise à fumer et scandalise la cour. Surtout que beaucoup de jeunes filles se mettent à l'imiter, ce qui conduit à un drame. Une de ses jeunes cousines, l'archiduchesse Mathilde de Teschen, promise au prince héritier d'Italie, entendant son père arriver et voulant cacher sa cigarette dans un des pans de sa robe, meurt brûlée en 1867.

Pour célébrer le printemps, Élisabeth organise des bals privés dans ses appartements avec de jeunes couples de petite noblesse, mais elle se lasse très vite. Elle vit la nuit et le jour, épuise ses forces et mange très peu. De plus, à la cour, il y a maintenant une nouvelle rivale : sa belle-sœur Charlotte de Belgique, qui épouse en 1857 l'archiduc Maximilien, futur empereur du Mexique.

Elle embarque, avec sa suite, le à bord d'un yacht prêté par la reine d'Angleterre. Elle passe cinq mois sur l'île de Madère, puis on la fait revenir à Vienne le . Dès son retour, son mal réapparaît encore plus fort que lorsqu'elle est partie. On l'emmène à Corfou, croyant qu'elle n'en reviendra pas. Là-bas, les médecins cherchent à soigner son aversion pour Vienne et pour la cour, bien plus que son mal physique. C'est à Corfou qu'elle commence une collection de photos de femmes en tout genre, afin de l'aider à apprivoiser son image. Elle revient à Vienne après deux ans d'absence. Plus sereine, prête à accepter la cour et le palais qu'elle appelle sa « prison dorée », elle a pourtant envie de voyager de par le monde, ce qu'elle fait très souvent, délaissant ses devoirs de représentation, son mari et ses enfants.

Bien qu'Élisabeth n'ait pas eu le droit d'éduquer ses trois premiers enfants, elle a su intervenir quand il le fallait, par exemple pour le choix du précepteur de l'archiduc héritier Rodolphe. Elle ne craint pas de menacer son mari de quitter la cour, ce qui n'aurait pas manqué de créer un scandale retentissant et nui au prestige de l'Autriche (1865).

Pour éviter de prendre du poids, elle s'astreint à la pratique du « corsetage », qui consiste à enserrer l'abdomen dans un corset extrêmement serré et à consommer uniquement du lait, du bouillon de poulet et des substances très nourrissantes (par exemple le jus de six kilos de viande de bœuf en guise de déjeuner) mises au point pour combler les besoins alimentaires des ouvriers trop pauvres pour acheter la nourriture normale des marchés. Dans le même but, elle passe beaucoup de temps à la marche forcée, à cheval, une à deux heures chaque matin à la gymnastique, notamment dans des salles d'agrès aménagées dans tous ses appartements. Ainsi, dans le palais de la Hofburg, un portique en bois comporte onze agrès, des barres parallèles et deux anneaux encore visibles. L'impératrice est tellement obsédée par la peur de grossir — elle vise un poids maximum de 50 kg pour 1,72 m — que certains la considèrent a posteriori comme souffrant d'anorexie mentale.

Souffrant de neurasthénie, elle drape ses pièces de noir et les orne de statues cadavériques et exige que ses domestiques portent une livrée noire.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU :  LES WITTELSBACH DE BAVIERE... DE MAXIMILIEN A SISSI IMPERATRICE.

Le , Élisabeth, passionnée par la Hongrie, sa langue et son peuple, est couronnée reine de Hongrie aux côtés de son mari (c'est la naissance de la double monarchie austro-hongroise). Le compositeur Franz Liszt, présent à la cérémonie, dit d'elle, émerveillé : « Elle n'avait jamais été aussi belle… elle apparaissait comme une vision céleste dans le déroulement d'un faste barbare ».

Élisabeth traduit spontanément son prénom en hongrois Erzsébet. Elle est une souveraine admirée et acclamée par le peuple magyar, ravi par la mesure de clémence consécutive au couronnement, l'amnistie de tous les délits politiques commis en Hongrie depuis 1848. L'État hongrois lui offre à cette occasion le château de Gödöllő situé à une trentaine de kilomètres de Budapest. C'est le seul endroit où elle se sent véritablement chez elle. Elle s'y rend très souvent.

Le rôle politique d'Élisabeth dans l'élaboration du Compromis austro-hongrois, sans avoir été déterminant, est incontestable. Au moins dans l'influence qu'elle a auprès de François-Joseph pour surmonter sa répugnance vis-à-vis des Magyars et auprès de ces derniers pour celle à l'encontre de leur roi. La répression de la révolution hongroise de 1848 a laissé des traces d'amertume d'autant plus profondes dans les élites et dans le peuple hongrois qu'il a fallu que François-Joseph, tout jeune souverain, fasse appel aux troupes russes pour rétablir l'ordre.

La joie éprouvée lors du compromis avec la Hongrie ravive pour une courte période sa relation avec François-Joseph et Sissi revient sur sa décision de ne plus avoir d'enfant. Un an après le couronnement, c'est à Budapest qu'elle choisit de donner le jour à son quatrième enfant, une fille, prénommée Marie-Valérie (inspirée de la Valérie ou Pannonia Valeria (en), soit l'ancienne province romaine correspondant au sud de la Hongrie). La reine de Hongrie aurait préféré un fils qui serait devenu plus tard roi de Hongrie, consommant la séparation des deux monarchies. Cependant, cette couronne de Hongrie et la naissance de cette enfant, pour laquelle elle éprouve toute sa vie un amour exclusif et oppressant, marquent un tournant dans la vie d'Élisabeth. Elle s'est enfin imposée.

L'archiduchesse Sophie, encore sous le choc de l'exécution de son fils, l'empereur Maximilien à Querétaro au Mexique, n'est plus que l'ombre d'elle-même. La création de la double monarchie signe l'échec de sa vision politique de l'Autriche. Elle meurt cinq ans plus tard.

Si le couronnement de François-Joseph et d'Élisabeth comme roi et reine de Hongrie le consacre le rôle politique de l'impératrice ; si, dans le même temps, la beauté et la grâce de la souveraine sont renommées dans toute l'Europe et au-delà même des frontières du continent ; si, ayant acquis de haute lutte sa liberté personnelle, l'impératrice souhaite devenir mère une quatrième fois, la joie du triomphe s'efface rapidement devant les tragédies qui touchent ses proches.

L'année a pourtant commencé par une grande joie : l'annonce officielle des fiançailles de Sophie-Charlotte en Bavière, la plus jeune des sœurs de l'impératrice, avec leur cousin, le roi Louis II de Bavière. Cependant, ne pouvant se résoudre à s'unir à une femme, Louis II, après avoir plusieurs fois repoussé la date des noces, rompt ses fiançailles en octobre. Entre-temps, désorientée, la jeune Sophie-Charlotte a noué une chaste mais compromettante idylle avec le fils du photographe de la cour.

Le , l'épouse de Charles-Théodore en Bavière, (frère préféré de l'impératrice), Sophie de Saxe, dont la santé a été très éprouvée par son premier accouchement, meurt, emportée par une méchante grippe à l'âge de 22 ans. Le jeune duc en est désespéré. Il quitte bientôt l'armée pour entreprendre des études de médecine, au grand dam de sa famille pour qui un prince ne peut être que soldat, prélat ou diplomate.

Bien plus tragique est la mort de l'archiduchesse Mathilde de Teschen, âgée de 18 ans, deux jours avant le couronnement. La jeune archiduchesse, destinée à ceindre la couronne d'Italie, meurt brûlée un soir de bal. Pour imiter l'impératrice, l'archiduchesse Mathilde s'est mise à fumer, ce que son père réprouve avec véhémence. Une soirée se donne au théâtre de Vienne et la jeune archiduchesse se prépare pour cet événement. Déjà parée, elle allume une cigarette quand elle entend le pas de son père se dirigeant vers ses appartements. Prestement, elle dissimule la cigarette dans son dos. La robe, enduite de glycérine pour mieux lisser les tissus, s'enflamme et l'archiduchesse, en quelques secondes, est transformée en torche vivante sous les yeux de son père horrifié. Elle meurt deux semaines plus tard, le .

À la fin du mois de juin, c'est le mari de sa sœur Hélène, Maximilien de Tour et Taxis, qui est emporté par la maladie à l'âge de 36 ans, laissant son épouse et ses quatre jeunes enfants désespérés.

Quelques semaines plus tard, la cour apprend l'exécution de l'empereur Maximilien Ier, frère de l'empereur d'Autriche et éphémère empereur du Mexique, le après un simulacre de procès, tandis que sa femme Charlotte a sombré dans la folie. L'archiduchesse Sophie, brisée par la mort de son fils préféré, se retire du monde politique.

La seule bonne nouvelle de cette année est l'annonce de la quatrième grossesse de l'impératrice et reine. Encore cette annonce est-elle ternie par les rumeurs qui prétendent que le père de l'enfant à naître n'est pas l'empereur.

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La nouvelle position d'Élisabeth a pour effet de distendre un peu plus les liens qui l'unissent à l'Autriche, et surtout à cette cour impériale qu'elle déteste. Elle s'entoure de dames de compagnie uniquement hongroises, parmi lesquelles Marie Festetics et Ida Ferenczy. L'impératrice passe de plus en plus de temps à l'étranger, en particulier à Gödöllő, et ne rentre à Vienne qu'en de rares occasions. Elle se surnomme « la mouette des mers ». Elle confie un jour à son fils Rodolphe que, si elle doit s'établir au même endroit pour le restant de ses jours, « le séjour dans un paradis même lui paraîtrait l'enfer ». À travers ses évasions, c'est elle-même qu'elle fuit, et cette relation conjugale qu'elle ne peut assumer et qui l'étouffe. Au fil des années, les époux ne se retrouvent que rarement. François-Joseph en souffre (il prend pour maîtresse Anna Nahowska de 1875 à 1889) et Élisabeth, qui culpabilise de ses absences répétées, pousse son époux dans les bras d'une actrice réputée, Katharina Schratt. La relation, qui dure de 1883 à la mort de l'empereur, en reste d'ailleurs au stade de l'amitié, mais François-Joseph trouve auprès de « l'amie » — c'est ainsi que le couple impérial désigne Schratt dans ses lettres — l'atmosphère « familiale » qui lui manque depuis la mort de sa mère en 1872.

L'impératrice soutient financièrement la formation de la cantatrice Irene von Chavanne.

Au cours des années, les morts successives de sa fille aînée Sophie, de son beau-frère l'empereur du Mexique Maximilien Ier, celle prématurée de Maximilien, prince Maximilien de Tour et Taxis (mari d'Hélène) la même année, de son cousin le roi Louis II de Bavière, retrouvé noyé dans le lac de Starnberg, de son père le duc Maximilien en Bavière, de sa mère la duchesse Ludovica de Bavière, de son ami le comte Gyula Andrássy, de sa sœur Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon, brûlée vive lors de l'incendie du Bazar de la Charité, la folie dont est atteinte sa belle-sœur Charlotte de Belgique qui dure 60 ans, mais surtout la mort restée mystérieuse et entourée d'une atmosphère de scandale de son fils unique, l'archiduc Rodolphe d'Autriche à Mayerling en 1889, plongent Élisabeth dans une douleur et une mélancolie indescriptibles.

Détruite psychologiquement par la mort de son seul fils, elle reste à jamais choquée. Le soir de l'inhumation de celui-ci, elle se rend à la crypte des Capucins pour voir Rodolphe. Elle demande alors aux moines de la laisser seule. L'impératrice reste quelques instants devant la tombe de son fils unique. Soudain, elle pousse deux horribles cris de douleur, appelant son fils à travers l'immensité de la crypte. Après s'être recueillie, elle rentre à la Hofburg, mais plus rien ne sera jamais comme avant.

Très tôt, elle voyage en Europe, notamment sur les conseils de ses médecins ; ainsi, elle séjourne durant l'été 1875 dans le château du village de Sassetot-le-Mauconduit. Elle se baigne aux Petites Dalles et parcourt à cheval la campagne environnante, en pays de Caux.

Une quinzaine d'années plus tard, peu après le décès tragique de son unique fils, l'archiduc Rodolphe d'Autriche, elle ne porte plus que le deuil. N'ayant plus de liens avec la cour de Vienne (sa fille Valérie s'est mariée en 1890), elle multiplie ses voyages à travers l'Europe.

Passionnée par la Grèce antique et les héros d'Homère, elle apprécie particulièrement Corfou, où elle fait construire, à Gastoúri, un magnifique palais de style antique, l'Achilleion.

Elle séjourne aussi en 1896-1897 en France, à Roquebrune-Cap-Martin, au Grand Hôtel du Cap-Martin, près duquel est érigé un monument à sa mémoire dans le petit « square Sissi ».

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L'impératrice est atteinte d'anémie, en raison de son régime alimentaire. Elle souffre aussi de névrite, d'insomnie et d'une légère dilatation cardiaque. Le , elle part pour une nouvelle cure. Le , elle arrive par le train à Munich après un périple en Allemagne avec une suite réduite. François-Joseph est resté pour fêter le 50e anniversaire de son accession au trône.

Le , en sortant de l'hôtel Beau-Rivage de Genève, situé face au lac Léman, l'impératrice-reine est assassinée par un anarchiste italien, Luigi Lucheni. À son procès, il dit avoir voulu tout d’abord tuer le duc d’Orléans, puis s’être décidé ensuite pour l’impératrice et avoir voulu frapper à travers elle « les persécuteurs des ouvriers ». Il est condamné à la réclusion à perpétuité

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La mère de Sissi lui a toujours dit qu'elle n'était pas belle, car elle ne respectait pas les critères de beauté de cette époque. Elle n'est ni blonde, ni brune, et a des yeux marron. Mais lorsqu'elle remarque que, malgré tout, son charme attire les regards, elle fait de sa non-conformité une force. Elle fait beaucoup de sport et mange peu, en plus d'être obsédée par son tour de taille, qui ne mesure que 51 centimètres.

Elisabeth possède de longs cheveux ondulés et auburn qui pèsent près de 5 kg. Mais le poids de ces derniers lui donne des migraines et des maux de dos. Elle ne peut pas se tenir bien droite, ce qui fait que sur certains tableaux, elle se penche sans en avoir l'air. Pour la coiffer, elle ne fait confiance qu'à Fanny Angerer (de), qui consacre trois heures par jour à cette tâche. Dès lors qu'un cheveu est mort ou reste sur la brosse, Fanny Angerer doit le montrer à Sissi. Cette dernière déteste au plus haut point perdre des cheveux, il doit donc y en avoir le moins possible. Dans ses cheveux, Sissi apprécie de porter des bijoux en diamants en forme d'étoiles. Elle possède deux lots de 27 étoiles : un qu'elle a donné à sa fille l'archiduchesse Marie-Valérie d'Autriche, et l'autre, qu'elle a légué à ses dames d'honneur.

L'impératrice possède une immense garde-robe. Ses robes sont d'une taille impressionnante et faites avec de nombreux tissus qu'elle choisit. Elle exige que ses robes soient confectionnées en deux jours, alors qu'il faut ordinairement environ un mois pour cela. Trente couturières travaillent donc en même temps sur une même robe. De manière générale, elle porte des robes avec de la dentelle, et un collier de perle pour fermer le corsage. Pour mettre la finesse de sa taille en valeur, elle aime porter des grosses ceintures. Elle fait également ressortir la finesse de ses mains grâce à des gants longs blancs. De plus, elle se parfume beaucoup, surtout avec des odeurs de roses et de violettes.

Le thème de son mariage était « Fleurs et Diamants », mais la robe n'a pas été conservée.

Parents

Frères et sœurs

Enfants

L'impératrice donne naissance à quatre enfants :

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 Le duc Maximilien en Bavière en 1850.

Le duc Maximilien en Bavière en 1850.

Maximilien Joseph, duc en Bavière (en allemand : Maximilian Joseph, Herzog in Bayern), né le à Bamberg et mort le à Munich, est un membre de la maison de Bavière, chef de la branche cadette de celle-ci.

Issu de la maison de Wittelsbach, Maximilien, surnommé Max, est le fils unique du duc Pie Auguste en Bavière (1786-1837) et de la duchesse Amélie (née duchesse Amélie d'Arenberg) (1789-1823). À sa naissance, le détenteur du titre est son grand-père Guillaume en Bavière qui a épousé en 1780 Marie-Anne de Deux-Ponts-Birkenfeld (1752-1824), une sœur du futur roi Maximilien Ier de Bavière.

Le roi Maximilien Ier étant un allié de la France napoléonienne qui lui a octroyé son titre royal, la maison de Wittelsbach s'unit aux Bonaparte. La princesse Auguste, fille aînée du roi, épouse en 1806 le prince Eugène de Beauharnais, fils adoptif de l'empereur. En 1808, la tante de Maximilien, la duchesse Élisabeth épouse un dignitaire de l'empire, le maréchal Berthier, à qui Napoléon a accordé le titre de prince de Neuchâtel.

En , le duc Guillaume en Bavière, grand-père de Max, meurt suivi en août de son père le très misanthrope duc Pie Auguste. Devenu duc en Bavière, et bien qu'il affiche un mépris profond pour la pompe monarchique, il reçoit en 1845 le prédicat d'altesse royale du roi Louis Ier de Bavière, son beau-frère.

D'un caractère fantasque voire misanthrope, il mène une vie plutôt bohème. Passant ses étés dans son domaine de Possenhofen et ses hivers dans son palais ducal de Munich édifié par Leo von Klenze, il ne fréquente la cour royale de Bavière que contraint et forcé, lors des cérémonies officielles ou familiales et préfère de loin la compagnie des gens simples. Il voyage également beaucoup allant jusqu'à jouer de la cithare au sommet de la pyramide de Khéops. Sous le pseudonyme de Phantasus, il publie des poésies et des nouvelles. Il collectionne également les portraits-charges du statuaire caricaturiste Jean-Pierre Dantan dit le Jeune.

Le à Tegernsee, pour des raisons dynastiques et dans un souci de réconciliation entre les deux branches, Max épouse la duchesse Ludovica de Bavière, sœur du roi Louis Ier. Si les deux conjoints se respectent, le mariage, bien que prolifique, n'est guère heureux et la duchesse se plaindra de l'indifférence de son mari.

Max se contentera de lui faire des enfants et la laissera gérer la famille à sa guise, afin qu'elle le laisse vivre plus librement. Veuve, la duchesse révélera que son mari n'eut aucune attention pour elle avant leurs noces d'or. Elle-même, fille du roi Maximilien Ier, eut à souffrir de ce mariage avec un prince de second rang, alors que toutes ses sœurs avaient épousé des têtes couronnées : elle passa sa nuit de noces enfermée dans une chambre, refusant d'aller retrouver son mari.

Le couple eut néanmoins dix enfants  :

Les enfants sont élevés sans contrainte entre Possenhofen et Munich. Leur mère, fille de roi, tient cependant à marier brillamment ses filles. Pour atteindre son but, elle compte sur ses sœurs qui ont épousé les souverains allemands catholiques (Saxe, Autriche) ou protestant (Prusse). Ainsi au lieu d'Hélène d'abord pressentie, Élisabeth épouse-t-elle en 1854 son cousin l'empereur d'Autriche. En 1859, Marie-Sophie devient reine des Deux-Siciles. Elle défendra ardemment mais en vain sa nouvelle patrie contre les menées de Garibaldi. Surtout Sophie, la benjamine, sera fiancée au roi Louis II de Bavière mais le souverain, ancien ami d'enfance de ses cousins de la branche cadette, rompra ses fiançailles et sombrera dans la neurasthénie. Destitué et enfermé en 1886, son corps sera retrouvé noyé dans le Lac de Starnberg qui borde la propriété des ducs en Bavière. À défaut d'un roi, Sophie épousera un prince en exil, le duc d'Alençon, tout comme Mathilde mariée au comte de Trani, frère cadet du roi des Deux-Siciles. Refusée publiquement par l'empereur d'Autriche, Hélène n'épousera pas un membre d'une famille royale mais - avec l'aide des souverains autrichiens contrits pour lever l'interdiction du roi de Bavière - le richissime prince héritier de Tour-et-Taxis. Ces mariages ne sont guère heureux et les jeunes femmes reviennent si fréquemment à Possi pour se plaindre de leurs maris que le duc Max les renvoie vertement dans leurs foyers. Charles-Théodore, le fils cadet, qui quittera l'armée pour entreprendre des études de médecine, dira un jour : « Nous avons tous un grain dans la famille ».

Max meurt le d'une attaque d'apoplexie à près de 81 ans. Sa femme Ludovica lui survécut quatre ans. Il est inhumé dans la nécropole familiale à l'abbaye de Tegernsee.

 Possi, la maison de campagne des ducs en Bavière

Possi, la maison de campagne des ducs en Bavière

 Portrait der Prinzessin Ludovika (1808-1892) von Bayern

Portrait der Prinzessin Ludovika (1808-1892) von Bayern

Ludovica de Bavière, née Marie Louise Wilhelmine, princesse de Bavière (Maria Ludovica Wilhelmine von Bayern), est née le à Munich et morte le à Munich à l'âge de 83 ans. Par son mariage avec le duc Maximilien en Bavière, elle devient duchesse en Bavière.

Elle est la mère de la célèbre Sissi, de la dernière reine des Deux-Siciles, et de la duchesse d'Alençon, victime célèbre de l'incendie du Bazar de la Charité.

Son père ayant décidé de réconcilier les différentes branches de la famille de Bavière, elle épouse le à Tegernsee son cousin le duc Maximilien en Bavière, chef d'une branche cadette des Wittelsbach. Ludovica aurait préféré épouser le roi Michel Ier de Portugal qui vivait en exil en Bavière. Seule de ses sœurs à ne pas épouser un souverain ou un proche de souverain, elle en conçoit un dépit certain et passe sa nuit de noces enfermée dans sa chambre, refusant d'aller rejoindre son époux.

Le duc en Bavière est un prince peu conformiste, musicien et bon vivant qui, dira la duchesse, « n'a eu d'attentions pour moi qu'après nos noces d'or ». Le duc frivole ne craint pas de recevoir à sa table les enfants qu'il a eus de ses maîtresses, sans se préoccuper de l'humiliation ressentie par sa femme. Cette désinvolture cache également une sorte de désespérance qu'il communiquera à ses enfants.

Le duc s'implique peu dans la vie de ses enfants qu'il élève à la diable négligeant de les préparer à leurs futures fonctions et battant en brèche l'ordre que la duchesse essaie en vain de maintenir dans sa maison. L'inadaptation de sa fille préférée, Élisabeth, à la vie de cour sera un profond handicap pour la future impératrice d'une grande puissance mondiale. De son côté, la duchesse souhaite pour ses filles des unions brillantes, qui seront autant de revanches sur sa propre destinée. Fille de roi, la duchesse souffre de son mariage avec un prince sans importance. Il lui faudra attendre 1845 pour que son mari reçoive le prédicat d'Altesse Royale qu'elle portait avant de se marier.

Elle apprend avec fierté que leur fille aînée Hélène a été choisie pour épouser l'empereur d'Autriche. Cependant, lors du bal précédant l'annonce des fiançailles, ce n'est pas à "Néné" que l'empereur offre le fameux bouquet de roses signalant à tous son choix mais à sa jeune sœur Élisabeth. La duchesse est en plein désarroi devant consoler Hélène bafouée et rassurer Sissi apeurée.

Pour la duchesse comme pour sa sœur l'archiduchesse, future belle-mère de Sissi, cette dernière a la chance d'avoir contracté l'union la plus brillante du monde mais aussi d'avoir un époux amoureux d'elle, ce qu'elles-mêmes n'ont pas connu. Mais la jeune fille ne s'adapte ni à la vie d'épouse ni à la vie de souveraine, et le mariage est un désastre.

Sa seconde fille à se marier, Marie, devient reine des Deux-Siciles, en épousant François II. La troisième, Mathilde, épouse le comte de Trani, frère du roi des Deux-Siciles — qui entre-temps a perdu son trône — et devient la belle-sœur de sa sœur Marie. Hélène, qui, humiliée avait peu de chance de trouver une couronne, est demandée en mariage par le richissime prince de Tours-et-Taxis. Le roi de Bavière s'y oppose : aussi riche soit-il, le prince n'est pas de sang royal. Sissi et François-Joseph, culpabilisés de l'affront qu'ils ont infligé à Hélène, s'entremettent et le roi cède devant l'empereur.

Ce sera la seule union harmonieuse des filles des ducs en Bavière. En effet, impératrice, reine et duchesse se retrouvent fréquemment à « Possi » (Château de Possenhofen) pour se lamenter sur leur vie conjugale. La duchesse admettra que si ses gendres n'étaient pas parfaits, ils étaient de bons maris et que ses filles avaient été des épouses particulièrement difficiles. Quant au duc, toujours débonnaire mais qui n'aime pas être dérangé dans ses habitudes, il finit par renvoyer vertement ses filles dans leur foyer.

1867 qui s'annonce comme une année faste sera en fait une année calamiteuse.

La reine des Deux-Siciles, tombée enceinte d'un officier des zouaves pontificaux, et la comtesse de Trani, qui s'était éprise d'un diplomate, se repentent de leur vie adultère. Mathilde et son mari mettent tout de même au monde en janvier leur seule enfant, Marie-Thérèse.

En janvier également, le jeune roi Louis II de Bavière demande la main de la plus jeune des filles du couple ducal, la duchesse Sophie-Charlotte. Mais les fiançailles se prolongent bien que les préparatifs soient terminés. Le roi a un comportement étrange laissant sa fiancée sans nouvelles ou la faisant réveiller en pleine nuit pour lui offrir des fleurs. Sophie se désespère : "Vous voyez bien qu'il ne m'aime pas" s'exclame-t-elle au sein du cercle familial ; elle noue dans le même temps une relation compromettante avec le fils du photographe de la cour.

En mars, l'épouse de Charles-Théodore, Sophie de Saxe, meurt à 22 ans laissant le jeune homme désespéré et une orpheline de 2 ans, Amélie Marie en Bavière.

L'archiduc d'Autriche Maximilien, devenu empereur du Mexique, est fusillé en avril par ses opposants, tandis que sa femme Charlotte de Belgique devient folle.

En mai, l'archiduchesse Mathilde met le feu à sa robe ; elle meurt des suites de ses brûlures à l'âge de 18 ans, au début du mois de juin. À la fin du mois, c'est le mari d'Hélène qui décède prématurément, la laissant veuve avec quatre enfants et un empire financier à gérer.

Toujours en mai, l'Autriche s'incline devant la Hongrie rebelle et institue la double monarchie austro-hongroise ; l'archiduchesse Sophie ne peut que constater sa défaite politique.

Tous se retrouvent à Possi cherchant une consolation à leurs malheurs. En octobre, le duc en Bavière somme le roi de Bavière d'officialiser son mariage avec Sophie. Celui-ci en profite pour rompre ses fiançailles au grand désarroi de la famille ducale ; Sophie épousera l'année suivante un prince français, le duc d'Alençon, un mariage de raison mais aussi d'inclination.

 Ludovica de Bavière en 1836 avec ses 2 aînés Louis Guillaume et Hélène

Ludovica de Bavière en 1836 avec ses 2 aînés Louis Guillaume et Hélène

En 1878, le couple ducal fête ses noces d'or ; le duc meurt en 1888, deux ans après son gendre le comte de Trani. L'année suivante est marquée par le scandale de Mayerling : le petit-fils de la duchesse, Rodolphe, héritier de la couronne austro-hongroise est retrouvé mort dans un pavillon de chasse aux côtés de sa maîtresse, une jeune fille mineure, Marie Vetsera. Sa mère Sissi en restera inconsolable et s'éloignant de plus en plus de l'Autriche, passera le restant de sa vie à voyager. En 1890, la fille préférée de Sissi Marie-Valérie épouse un cousin de Toscane, François-Salvator, tandis que la fille de Sophie-Charlotte, Louise, épouse un cousin bavarois, Alphonse de Bavière.

La duchesse Ludovica meurt en 1892 à l'âge de 83 ans.

De leur mariage naissent néanmoins dix enfants :

 

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Rodolphe François Charles Joseph de Habsbourg-Lorraine (Rudolf Franz Karl Joseph von Habsburg-Lothringen), né à Laxenbourg le et décédé à Mayerling le , est un membre de la maison impériale et royale d'Autriche-Hongrie.

Fils de l'empereur François-Joseph Ier d’Autriche et d'Élisabeth de Wittelsbach (« Sissi »), il épouse le la princesse Stéphanie de Belgique, fille de Léopold II et Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine.

Par sa naissance archiduc d’Autriche et prince héritier de l’Empire austro-hongrois, il meurt à 30 ans dans des circonstances mystérieuses aux côtés de sa maîtresse Marie Vetsera, dans le pavillon de chasse de Mayerling.

Troisième des quatre enfants et seul fils de l’empereur François-Joseph Ier d’Autriche et de l'impératrice Élisabeth en Bavière, dite Sissi, l'archiduc naît le au château de Laxenbourg, près de Vienne. Il est prénommé Rodolphe en l'honneur de son ancêtre Rodolphe Ier du Saint-Empire, premier empereur germanique de la dynastie Habsbourg.

Selon la tradition instaurée par son arrière-arrière-grand-père François-Étienne de Lorraine, époux de Marie-Thérèse La grande, dès le lendemain de sa naissance, le jeune prince héritier est proclamé Colonel du dix-neuvième régiment d'infanterie par son père.

Comme ses deux sœurs aînées, l'archiduchesse Sophie (morte à l'âge de deux ans avant la naissance de Rodolphe) et l'archiduchesse Gisèle, l'archiduc héritier est élevé par sa grand-mère paternelle, l’archiduchesse Sophie.

Peu robuste, le petit archiduc est un enfant de tempérament craintif. Cependant, en homme de devoir, l'empereur veut en premier lieu faire de son fils un soldat et dès l'âge de trois ans, le petit archiduc apprend des exercices militaires tels que le tir ou la revue des troupes et puisqu'il sera appelé un jour à gouverner l'un des plus puissants empires du monde et de multiples peuples, l'enfant reçoit des cours de lecture, d'écriture, de religion, de tchèque et de hongrois.

À l'âge de six ans et suivant la tradition, comme le voulait l'éducation des princes de l'époque, le petit Rodolphe « passe aux hommes », ainsi séparé de sa sœur aînée bien-aimée Gisèle et confié à un précepteur, le général-comte d'origine lorraine Charles-Léopold de Gondrecourt (de)(1814 – 1888), héros des guerres de l'Empire et grand maître de la cour, connu pour sa sévérité. Celui-ci, par des méthodes très dures voire d'une cruauté contre-productive, en tout cas inadaptées, traumatise l'enfant. Après l'intervention de l'impératrice, Gondrecourt est remplacé par le colonel-comte Joseph Latour von Thurmburg (de) (1820 – 1904), un aide de camp de l'empereur également d'origine lorraine mais plus pédagogue et libéral, qui saura se faire aimer de son élève.

 

Rodolphe en 1879.

Rodolphe souffre des absences de sa mère qui court le monde, des défaites de l'Autriche face à la Prusse (1866), de la création de la double monarchie (1867), de l'amour exclusif de sa mère pour sa dernière-née (Marie-Valérie, 1868), des ragots propagés par les mauvaises langues qui prétendent que l'enfant est le fils du comte Andrássy, de la création de l'Empire allemand sous l'égide des Hohenzollern (1871). L'année suivante survient la mort de sa grand-mère l'archiduchesse Sophie, qui s'était chargée de son éducation. En 1873, sa sœur Gisèle est mariée à l'âge de 16 ans au prince Léopold de Bavière ; mariage de convenance mais politiquement inutile. L'archiduc de 15 ans vit alors dans une grande solitude morale, mais commence sa vie amoureuse avec des « comtesses hygiéniques ».

Lorsqu'il atteint l'âge de dix-neuf ans, Rodolphe achève ses études. Latour est remplacé par le comte Aloÿs de Bombelles, de quatre ans son aîné, bien que ce dernier souffre d'une réputation douteuse, ayant pris part à l'aventure tragique de son oncle Maximilien Ier du Mexique et de sa tante Charlotte. Alors qu'il veut faire des études de sciences naturelles, notamment d'ornithologie, Rodolphe est contraint de poursuivre sa carrière militaire et, en 1879, il sert au Trente-sixième .

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Rodolphe dans les bras de sa mère SISSI avec sa sœur Gisèle.

Rodolphe et son père ne parlent jamais ensemble, sinon de sujets secondaires comme la chasse. L'empereur, d'une nature secrète, se protège en se cachant derrière le protocole et a très tôt rappelé à son fils que ledit protocole ne permet à personne — pas même au prince héritier — de lui adresser la parole en premier ; le jeune prince ne peut donc guère discuter de ce qui lui tient à cœur avec son père.

Rodolphe a des idées politiques libérales opposées au conservatisme de son père. Proche des milieux progressistes et libéraux, le seul moyen qu'il ait trouvé pour critiquer la ligne suivie par son père est d'écrire de nombreux articles dans divers quotidiens viennois, publiés sous plusieurs pseudonymes, où il défend son idéal. D'un point de vue social, il combat ainsi le cléricalisme et les privilèges de l'aristocratie, dénonce la misère des travailleurs. Sur un plan diplomatique, il refuse le traité avec l'Allemagne au profit d'une alliance avec la Russie et la France.

Par ailleurs, Rodolphe tient de sa mère un amour profond pour la Hongrie et porte aux Magyars un intérêt fédéraliste. Il est frustré de n'être que prince héritier à trente ans alors que son père était empereur à dix-huit ans et que le nouvel empereur allemand Guillaume II, qu'il méprise profondément, en a 29. Craignant également de mourir avant d'avoir eu le temps d'accomplir son œuvre de libéralisation de l'empire (comme le père de Guillaume II, Frédéric III, mort en 1888 après trois mois de règne), Rodolphe est également très affecté par le sort tragique du roi de Bavière Louis II.

En 1879, on commence à lui chercher une épouse qui soit à la fois de son rang, catholique et dont l'union ne provoquera pas la susceptibilité des différents peuples de la monarchie. Après avoir refusé l'infante María del Pilar d'Espagne, ainsi que les princesses de Portugal et de Saxe, il épouse la très jeune princesse Stéphanie de Belgique le en l’église des Augustins de Vienne.

Pour le couple impérial, c'est un pis-aller : l'empereur n'a guère d'estime pour le père de la fiancée, l'arriviste roi Léopold II. Celui-ci trompe ouvertement son épouse la reine Marie-Henriette, une archiduchesse d'Autriche de la branche hongroise. Il est également le beau-frère du dernier empereur du Mexique, frère jalousé de François-Joseph, tombé tragiquement sous les balles des républicains de Juárez. L'impératrice trouve Stéphanie beaucoup trop jeune et laide (elle la surnommera d'ailleurs plus tard « le hideux dromadaire » ou « la paysanne flamande »). Le couple ne rencontre donc aucun succès.

La princesse Stéphanie lui donnera une fille, l’archiduchesse Élisabeth, née le au château de Franzensburg. La naissance de la petite princesse, surnommée « Erzsi », est une déception pour ses parents qui espéraient un fils. Rodolphe est également le père présumé de Robert Pachmann, fils probable de l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche-Toscane.

 Le couple archiducal, en 1881.

Le couple archiducal, en 1881.

Le mariage, heureux au départ, est rapidement un échec. Rodolphe est très intelligent, peu conventionnel, impulsif et très libéral, alors que Stéphanie est plutôt sérieuse, protocolaire et terne. Les désaccords grandissent peu à peu, et Rodolphe finit par retrouver son ancienne vie de célibataire, délaissant son couple. Il multiplie les conquêtes, et rencontre Mizzi Kaspar dès 1886, qui deviendra sa maîtresse officielle, sans que cela l'empêche de continuer à en rencontrer d'autres.

À la suite de ses nombreuses liaisons, le prince héritier contracte une forme de blennorragie très grave. Il contamine alors son épouse, qui en conséquence ne peut plus avoir d'enfants. Rodolphe « se soigne » alors par de la morphine, de la cocaïne et de l'alcool, afin de surmonter son impuissance. Sujet à des états de dépression et d'anxiété, il se sait incurable, et tente par tous les moyens de cacher son mauvais état de santé à son père.

Durant l'été 1888, dans un état physique et psychologique très inquiétant, il propose à sa maîtresse Mizzi Kaspar de se suicider avec lui. Après le refus de celle-ci, Rodolphe rencontre au début de l'automne 1888 (par l'intermédiaire de sa cousine la comtesse Marie-Louise Larisch) Marie, la plus jeune fille de la baronne Hélène Vetsera. Une relation intime se noue entre eux ; on a dit que Marie Vetsera était enceinte de quatre ou cinq mois au moment de sa mort mais si elle l'était, ce n'était pas de l'archiduc qu'elle ne connaissait que depuis moins d'un mois.

Le , le prince Rodolphe a une violente dispute avec son père. Celui-ci a en effet appris que Rodolphe a demandé au pape Léon XIII la reconnaissance de nullité de son mariage. L'empereur est en colère et exige que son fils rompe avec sa jeune maîtresse Marie Vetsera. Ce dernier refuse.

Le 27 janvier, Rodolphe va voir sa cousine la comtesse Marie-Louise Larisch et lui apprend qu'il est en danger. À la question de savoir si le danger vient de Stéphanie, Rodolphe répond : « Stéphanie ! Ah non, elle ne représente qu'un malheur privé. Le danger qui me menace est de nature politique. »

Le 28 janvier, Marie Vetsera et Rodolphe quittent chacun de leur côté Vienne pour se rendre au pavillon de chasse de Mayerling, où le prince héritier doit chasser avec le comte Joseph Hoyos et son beau-frère, le prince Philippe de Cobourg (époux de la sœur de Stéphanie). Rodolphe envoie des lettres d'adieu à ses proches et écrit au chef de section au ministère des Affaires étrangères d'ouvrir seul son bureau et de détruire toutes les lettres de la comtesse Larisch et de Marie Vetsera.

Le 29 janvier les deux invités, le comte Hoyos et le prince Philippe de Saxe-Cobourg, arrivent à Mayerling sans soupçonner la présence de Marie Vetsera.

Rodolphe et Marie sont retrouvés morts au matin du dans le pavillon de chasse, tués par balles : suicide organisé par Rodolphe et sa maîtresse ou attentat politique ?.

Zita de Bourbon-Parme, épouse de Charles Ier et par conséquent dernière impératrice d'Autriche, était la fille du duc de Parme Robert Ier de Parme et de l'infante de Portugal Antonia de Bragance. Ses tantes maternelles étaient de très proches parentes de l'archiduc Rodolphe. L'infante Marie-Josèphe de Bragance était en effet l'épouse du duc Charles-Théodore en Bavière, frère préféré de l'impératrice Élisabeth. L'infante Marie-Thérèse de Bragance était quant à elle l'épouse de l'archiduc Charles-Louis, frère de l'empereur François-Joseph dont le petit-fils fut l'empereur Charles Ier d'Autriche.

Née en 1892, soit trois ans après la tragédie, l'impératrice Zita (décédée en 1989) affirma en 1983 que le couple avait été assassiné pour des raisons politiques. Selon elle, l'archiduc aurait été assassiné car il aurait refusé de participer à un complot contre son père, qui visait à détrôner François-Joseph et à le remplacer, sur le trône de Hongrie par Rodolphe et sur le trône d'Autriche par l'archiduc Jean de Habsbourg-Toscane ; Rodolphe, informé de certains éléments relatifs à ce complot, aurait été assassiné afin que les instigateurs ne soient pas inquiétés. Cette thèse est appuyée par des auteurs tel Jean des Cars, notamment depuis la découverte d'un télégramme de l'empereur adressé au pape Léon XIII, où il explique que son fils a été assassiné. L'impératrice Zita ne fournit aucun élément permettant d'identifier ces instigateurs mais cite Georges Clemenceau comme homme politique ayant participé à cette conjuration. De nombreux documents ont toutefois été détruits par les Habsbourg, ce qui ne permet pas de répondre à toutes les questions soulevées par cette hypothèse.

Une autre version, dont on ne sait d'où elle émane, affirme que le commanditaire de l'assassinat serait le chancelier allemand Bismarck, inquiet de la francophilie de Rodolphe : l'archiduc haïssait le pangermanisme et projetait, une fois monté sur le trône, de détacher l'Autriche-Hongrie de l'Allemagne et de la lier à la France.

D'autres hypothèses font état d'un complot fomenté par des milieux liés à la hiérarchie catholique qui auraient supprimé l'archiduc au motif que, influencé par le radicalisme français, il aurait souhaité instaurer en Autriche une législation réfrénant davantage les privilèges de l'Église catholique.

Un autre élément en faveur de la thèse du complot est le fait que le couple avait de nombreuses blessures qui ne pouvaient pas s'expliquer par un suicide. Marie aurait eu notamment une blessure au crâne.

Dans Les Entretiens de l'Impératrice Eugénie de Maurice Paléologue, la dernière souveraine des Français, très amie avec le couple impérial d'Autriche-Hongrie, explique à l'auteur que l'impératrice Élisabeth lui a confié ce qui s'est réellement passé cette nuit-là, lors de son dernier séjour au cap Martin. En réalité, l'empereur François-Joseph eut une explication très vive avec son fils au sujet de Mlle Vetsera et le menaça même de le déshériter s'il ne rompait pas aussitôt cette liaison. L'empereur s'exprima sur un ton tellement violent que l'archiduc, effrayé, finit par consentir à congédier sa maîtresse. Il demanda cependant l'autorisation de la revoir une dernière fois. L'empereur accepta. Le soir venu, il expliqua à sa maîtresse la dispute qu'il avait eue avec son père. Il raconta donc à Marie Vetsera qu'il dut consentir sous la menace d'être déshérité. Cette dernière lui répondit froidement qu'elle était enceinte. Ce fut alors une scène affreuse de désespoir et de tendresse. Ils se répétaient : « Nous ne pouvons plus vivre ! Mourons dans les bras l'un de l'autre ! Finissons-en ce soir même ! Dieu aura pitié de nous ! ». Rodolphe saisit alors son revolver et tua Marie d'une balle dans le sein. Puis, l'ayant dévêtue, il la disposa pieusement sur son lit, il prit des roses et en couvrit la morte. Après quoi, il écrivit à sa mère une longue lettre qui débutait ainsi : « Ma mère, je n'ai plus le droit de vivre : j'ai tué… » C'est par cette lettre que l'empereur et l'impératrice ont pu connaître les péripéties du drame. Vers six heures du matin, Rodolphe se tua d'une balle dans la tête.

Cependant, dans la biographie qu'elle consacre à l'impératrice d'Autriche, l'historienne autrichienne Brigitte Hamann prétend qu'au contraire, « Sissi » méprisait l'impératrice Eugénie et que ses confidences n'avaient d'autre but que de mieux dissimuler la vérité.

Le prince héritier est enterré le 5 février dans la Crypte impériale de l’église des Capucins à Vienne après avoir été d'abord exposé à la Hofburg sur un catafalque élevé masqué, notamment par des palmiers, comme pour cacher sa tête. De même ses gants — contrairement à l'usage de l'époque — remplis de coton font naître des rumeurs sur les circonstances de sa mort.

Rodolphe, en 1887.

Rodolphe, en 1887.

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Marie Vetsera, de son nom complet Marie Alexandrine von Vetsera, dite « Mary », née à Vienne le et morte à Mayerling le , est une noble autrichienne et la dernière des maîtresses de l'archiduc Rodolphe d'Autriche. Elle meurt dans des circonstances mystérieuses aux côtés de l'archiduc dans le pavillon de chasse de Mayerling.

Son père, le baron Albin de Vetsera, noble grec, ancien diplomate attaché à l'ambassade autrichienne auprès de la cour ottomane, est administrateur des biens du sultan de Constantinople. Sa mère, Hélène Baltazzi, était fille du banquier Théodore Baltazzi et de son premier mariage avec Despina Vukovitch (également parents d'Elizabeth, Lady Nugent). La famille Baltazzi, de souche vénitienne, richissime, est composée de quatre frères, fondateurs du Jockey Club de Vienne et de quatre sœurs, personnages très en vue par leur vie sociale et leurs mariages :

  • Aristide marié à la comtesse Maria-Theresia von Stockau, nièce du comte Georg von Stockau, époux d'Evelyne Baltazzi ;

  • Alexandre, célibataire ;

  • Hector, chevalier Baltazzi (marié à la comtesse Anna von Ugarte, puis divorceront. Son fils naturel fut le grand directeur d'orchestre Clemens Krauss (1893-1954) qui utilisa le nom de famille de sa mère Clementine Krauss ;

  • Heinrich, marié à la baronne Paula Scharschmid von Adlertreu ; leur descendance porte le titre de Baron von Baltazzi-Scharschmid ;

  • Marie Virginie, qui épousera successivement le comte von Saint-Julien et le comte Otto von Stockau ;

  • Évelyne, comtesse Georges von Stockau ;

  • Charlotte, baronne Georges Erdödy von Monyorókerék und Monoszló ;

  • Julia (1861-1869).

Malgré leurs origines aristocratiques de l'île de Chios et le fait que la grand-mère d'Hélène Vetsera était une Mavrogoratos de Smyrne, les Baltazzi n'avaient pas l'Hoffähigkeit, c'est-à-dire les seize quartiers de noblesse exigés par la Cour de l'Empire des Habsbourg. Il ne s'agissait pas seulement d'étiquette mais du système de la Hofburg. Cependant, les Baltazzi jouissaient de l'amitié particulière de l'impératrice Élisabeth, toujours anticonformiste, qui les recevait au château de Gödöllő en Hongrie. Dès l'été 1886, la maison Vetsera est fréquentée par toute l'aristocratie autrichienne. Suivant la tradition anglaise imposée par sa grand-mère, Marie Vetsera était appelée « Mary » (l'anglais était l'une de ses langues maternelles).

En , Mary aperçoit le prince héritier Rodolphe au Prater, puis à Freudenau à l'occasion d'une course de chevaux . Plus tard le Prince de Galles, grand ami des Baltazzi, avouera à sa mère la reine Victoria que c'est lui qui avait fait les présentations dans la loge impériale. Tombée amoureuse de Rodolphe, Marie, qui vient d'avoir 17 ans, essaie d'attirer l'attention de l'archiduc trentenaire, et sollicite pour cela l'aide de la comtesse Marie-Louise Larisch von Moennich qui avait autrefois été la maîtresse de son oncle Heinrich Baltazzi, et qui est restée une bonne amie de sa mère Hélène. En effet, la comtesse Larisch n'est autre que la nièce morganatique de l'Impératrice Élisabeth, ce qui fait d'elle la cousine germaine de Rodolphe, et par conséquent un appui important pour la jeune Marie.

Marie écrit alors une lettre au prince héritier et celui-ci lui accorde à l'automne 1888 un rendez-vous au Prater par l'intermédiaire de la comtesse Larisch. Débute alors une relation amoureuse qui va peu à peu devenir intime. Chaque soir lorsque la baronne Hélène rentre tard, un fiacre attend la jeune Marie devant chez elle afin de la conduire à la Hofburg chez l'archiduc. Il paraît aujourd'hui probable que Marie Vetsera était enceinte de quatre ou cinq mois fin , même si on a souvent dit que sa première relation physique avec Rodolphe eut lieu le .

Elle est retrouvée morte auprès de son amant le matin du au pavillon de chasse de Mayerling. Enterrée le à Heiligenkreuz, elle ne recevra des funérailles et une sépulture décentes que longtemps après sa mort. Comme beaucoup d'autres, sa sépulture a été profanée en 1945 par des soldats soviétiques à la recherche de bijoux, puis sa dépouille exhumée en 1959 à des fins scientifiques. En 1991, Helmut Flatzelsteiner, marchand de meubles de Linz, exhuma à nouveau le corps afin d'élucider les causes de sa mort. Voulant vendre les résultats de l'autopsie et le squelette à un journaliste, Flatzelsteiner est arrêté et les restes sont réinhumés le . Le drame de Mayerling est sans aucun doute un suicide mais a donné naissance à toute une littérature romantique ainsi que des pièces de théâtre et des longs métrages, périodiquement alimentée par des « révélations ».

En 2015, trois lettres d'adieu de Marie Vetsera, adressées à sa mère Hélène, à sa sœur Hanna et à son frère Feri, ont été découvertes dans un coffre de la banque autrichienne, Schoellerbank (de), à Vienne, par son archiviste. Les lettres et divers documents officiels avaient été déposés à la banque Schoeller en 1926 et ont été remis officiellement à la Bibliothèque nationale autrichienne.

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La baronne Marie Vetsera
 

Marie Vetsera en 1888.

Marie Vetsera, fille du baron Albin Vetsera, administrateur des biens du sultan de Constantinople, et d'Hélène Baltazzi (ou Baltatsi), connue sous le nom d'Hélène Vetsera, est née le à Vienne. Les frères d'Hélène Vetsera sont des familiers de la Cour, puisqu'ils montent à cheval en compagnie de l'impératrice Élisabeth dite « Sissi ». Marie rencontre l'archiduc probablement à l'automne 1888 par l'intermédiaire d'une cousine morganatique de l'archiduc Marie von Wallersee-Larisch.

Mayerling est un pavillon dépendant du monastère cistercien de Heiligenkreuz ; construit autour du XIVe siècle, il est saccagé par les Turcs puis reconstruit. Il est ensuite sécularisé et abandonné.

Le pavillon est acquis en 1887 par l'archiduc, qui le transforme en pavillon de chasse, tout en conservant la chapelle. Il se compose alors d'une grande bâtisse trapue, rectangulaire, à un étage ainsi qu'une aile basse destinée au logement du personnel de service, un chenil, des écuries, des communs. L'ensemble sera presque totalement rasé après le drame et remplacé par un monastère de carmélites

Les différentes versions

La version du meurtre suivi d'un suicide

Cette version des amants maudits fut, pendant des décennies, la version officielle du drame, propagée par l'entourage de la famille impériale.

Miné par une vie qu'il considère comme un échec, prématurément vieilli par la syphilis, atteint de troubles nerveux (peut-être une psychose maniaco-dépressive), aggravés par l'impossibilité de divorcer et sa stérilité (due sans doute à une gonococcie), l'archiduc-héritier songeait, de plus en plus souvent, au suicide. Craignant de ne pouvoir y arriver seul, il avait proposé à Mizzi Kaspar, une de ses maîtresses de l'accompagner dans la mort. Celle-ci refusa, voulut prévenir la police qui n'accorda pas foi aux allégations d'une demi-mondaine. En revanche, le prince aurait convaincu Marie Vetsera, jeune fille de petite noblesse âgée de 17 ans. Il la tua d'un coup de pistolet avant de se tirer lui-même une balle dans la tête.

Dans Les Entretiens de l’Impératrice Eugénie de Maurice Paléologue, la dernière souveraine des Français, très amie avec le couple impérial d'Autriche-Hongrie, explique à l'auteur que l'impératrice Élisabeth lui a confié ce qui se serait passé cette nuit-là, lors de son dernier séjour au cap Martin. L'empereur François-Joseph aurait eu une explication très vive avec son fils au sujet de Mlle Vetsera, il le menaça même de le déshériter s'il ne rompait pas aussitôt cette liaison. L'empereur s'exprima sur un ton tellement violent, que l'archiduc effrayé, finit par consentir à congédier sa maîtresse. Il demanda cependant l'autorisation de la revoir une dernière fois. L'empereur accepta. Le soir venu, il raconta à sa maîtresse la dispute qu'il avait eue avec son père, l'empereur, et expliqua donc à Marie Vetsera qu'il devait consentir sous la menace d'être déshérité. Cette dernière lui répondit froidement qu'elle était enceinte. Ce fut alors une scène affreuse de désespoir et de tendresse. Ils se répétaient : « Nous ne pouvons plus vivre ! Mourons dans les bras l'un de l'autre ! Finissons en ce soir même ! Dieu aura pitié de nous ! ». Rodolphe saisit alors son revolver et tua Marie d'une balle dans le sein. Puis, l'ayant dévêtue, il la disposa pieusement sur son lit, il prit des roses et en couvrit la morte. Après quoi, il écrivit à sa mère une longue lettre qui débutait ainsi : « Ma mère, je n'ai plus le droit de vivre : j'ai tué… ». C'est par cette lettre que l'empereur et l'impératrice ont pu connaitre les péripéties du drame. Vers six heures du matin, Rodolphe se tua d'une balle dans la tête.

Pour préserver l'image de la dynastie, l'empereur et roi François-Joseph fera l'impossible pour obtenir du pape Léon XIII que son fils soit inhumé chrétiennement dans la crypte impériale du couvent des Capucins (envoi après le télégramme diplomatique officiel d'un autre télégramme codé dans lequel l'empereur annonce que son fils a été tué), et non à l'écart comme l'Église l'impose à l'époque à tous les suicidés (la rumeur du suicide se propagera cependant jusqu'à Rome où le cardinal Rampolla, secrétaire d'État de Léon XIII, tentera sur ce fondement de s'opposer aux obsèques religieuses de l'archiduc - en conséquence de quoi, en 1903, l'empereur-roi usera de son droit d'exclusive pour empêcher l'élection du cardinal Rampolla à la papauté). De même, François-Joseph tentera-t-il de cacher les circonstances exactes du décès (notamment la présence de Marie Vetsera). Ces dissimulations vont vite alimenter les rumeurs sur l'hypothèse d'un double meurtre politique, passionnel ou même crapuleux.

Les thèses du double meurtre
 

Le prince héritier sur son lit de mort, en 1889.

Éléments

Plusieurs éléments viennent jeter le doute sur la réalité d'un double suicide et accréditent l'hypothèse d'un assassinat. Selon les partisans de cette version :

  • le corps de Rodolphe montrait des signes d'une confrontation violente avant sa mort. Des lacérations avaient été découvertes sur plusieurs parties du corps. Ses mains très abimées, montraient des signes de lutte (contrairement aux usages, l'archiduc sera inhumé, ses mains revêtues de gants noirs). Selon le témoignage de l'archiduchesse Gisèle (sœur aînée de Rodolphe), les poignets de l'archiduc avaient été sectionnés. Enfin, le crâne de l'archiduc était enfoncé selon le témoignage de l'archiduchesse Marie-Thérèse (tante de Rodolphe) ;

  • une fenêtre de la chambre avait été défoncée de l'extérieur ;

  • le mobilier de la chambre était renversé et fracassé, de larges flaques de sang répandues sur le sol (témoignage du menuisier Frédéric Wolff) ;

  • le 9 février 1889, soit deux semaines après les faits, dans une missive envoyée à Berlin, l'ambassadeur allemand à Vienne rapporte une conversation avec le nonce apostolique Luigi Galimberti, et l'aumônier de la cour des Habsbourg-Lorraine Lorenz Mayer : « Les deux prélats, généralement bien informés, ont exprimé leurs doutes les plus sérieux au sujet de la version officielle des événements de Mayerling [le double suicide]. » ;

  • le Premier ministre britannique, Lord Salisbury, informa rapidement la reine Victoria — qui appréciait énormément l'archiduc — que les services de renseignements britanniques détenaient la preuve d'un double assassinat ;

  • le revolver ayant servi à tuer Rodolphe n'était pas celui possédé par le prince impérial et les six balles furent tirées.

Marie Vetsera à 17 ans.

Marie Vetsera à 17 ans.

Hypothèses

La version du meurtre a été officiellement avancée en 1983 par l'impératrice Zita, veuve de l'empereur Charles Ier d'Autriche. Zita de Bourbon-Parme était la fille du duc de Parme Robert Ier de Parme et de l'infante de Portugal Antonia de Bragance. Ses tantes maternelles étaient de très proches parentes de l'archiduc Rodolphe. L'infante Marie-Josèphe de Bragance était en effet l'épouse du duc Charles-Théodore en Bavière, frère préféré de l'impératrice Elisabeth. L'infante Marie-Thérèse de Bragance était quant à elle l'épouse de l'archiduc Charles-Louis, frère de l'empereur François-Joseph dont le petit-fils fut l'empereur Charles Ier d'Autriche.

Selon Zita, l'archiduc aurait été assassiné car il aurait refusé de participer à un complot contre son père, complot qui visait à détrôner François-Joseph et à le remplacer, sur le trône de Hongrie par Rodolphe, et sur le trône d'Autriche par l'archiduc Jean de Habsbourg-Toscane ; Rodolphe aurait été informé de certains éléments relatifs à ce complot et aurait été assassiné, afin que les instigateurs ne soient pas inquiétés. Cette thèse est appuyée par des auteurs tel Jean des Cars, notamment depuis la découverte d'un télégramme de l'empereur adressé au pape Léon XIII, où il explique que son fils a été assassiné. L'impératrice Zita ne fournit aucun élément permettant d'identifier ces instigateurs mais cite Georges Clemenceau comme homme politique ayant participé à cette conjuration. De nombreux documents ont toutefois été détruits par les Habsbourg, ce qui ne permet pas de répondre à toutes les questions soulevées par cette hypothèse.

Une autre version, émanant d'on ne sait où exactement, affirme que le commanditaire de l'assassinat aurait été le chancelier allemand Bismarck, inquiet de la francophilie de Rodolphe : l'archiduc, haïssant le pangermanisme, projetait, une fois monté sur le trône, de détacher l'Autriche-Hongrie de son alliance avec l'Allemagne et de la lier à la France. En septembre 2022, l'écrivain François Varay, qui est aussi le filleul de Maurice Druon, publie, aux éditions Michel de Maule un livre "Mayerling, la vérité révélée", dans lequel il livre un nouveau témoignage accréditant la piste d'un complot dont le commanditaire aurait été Otto von Bismarck. En effet, le demi-frère de François Varay était le journaliste Ladislas de Hoyos, descendant du Comte Hoyos, témoin du drame. Un secret, qui se transmet de père en fils, ou à défaut au frère cadet est ainsi parvenu jusqu'à François Varay, qui a décidé de le révéler "l'Europe ne pouvant pas se bâtir sur un mensonge".

D'autres hypothèses font état d'un complot fomenté par les milieux liés à la hiérarchie catholique qui aurait supprimé l'archiduc au motif que, lié à des milieux fréquentant le radicalisme français, il aurait souhaité instaurer en Autriche une législation modifiant les privilèges de l'Église catholique.

La version de l'inceste

Peter Poetschner, critique et historien d'art et expert des musées de Vienne, a comparé les portraits de Rodolphe et Marie, trouvant une troublante ressemblance notamment au niveau du nez, des oreilles et du menton. Ce constat le pousse à fouiller le passé de la mère de Marie. Une dizaine de mois avant la naissance de Marie en 1871, le mari d'Hélène Vetsera, diplomate, se trouvait à Saint-Pétersbourg. Il ne fait guère de doute que Marie est une fille adultérine. Hélène occupait une petite maison près du Prater à Vienne. Du côté de Rodolphe, François-Joseph et Élisabeth étaient séparés et des aventures de l'empereur sont avérées. Dans ce contexte, Peter Poetschner a avancé l'hypothèse que Rodolphe et Marie étaient frère et sœur. C'est ce secret que François-Joseph aurait révélé à son fils en privé le 18 janvier précédant le drame. Cette annonce couplée à la découverte de la grossesse de Marie pourrait être une raison qui poussa Rodolphe à tuer Marie avant de se suicider.

Les autres versions

D'autres hypothèses plus fantaisistes évoquent :

  • Un assassinat perpétré par la femme de Rodolphe, Stéphanie de Belgique, lassée de ses adultères ;

  • Une mascarade pour masquer l'exil des deux amants à Corfou, Rodolphe n’ayant pu divorcer de Stéphanie ;

  • Lorsque les troupes d'occupation soviétiques évacuent l'Autriche, à la faveur du traité du Belvédère en 1955, des soldats russes profanent la tombe de Marie Vetsera, probablement pour récupérer des bijoux. Le docteur Gerd Holler aurait inspecté le corps et remarqué que celui-ci ne portait pas de trace de balles. Il imagina un autre scénario et supposa que la baronne Hélène Vetsera (mère de Marie) aurait conçu une fille avec Rodolphe. Marie serait donc sa fille, et, enceinte à son tour à la suite de sa liaison incestueuse avec Rodolphe, elle serait morte des conséquences de l'avortement ordonné par l'empereur François-Joseph. Rodolphe, désespéré, se suicida ensuite.

Cette littérature fantaisiste refusant la version officielle du double suicide — ou le meurtre de Marie suivi du suicide de Rodolphe — est contredite par une découverte : le 31 juillet 2015, la Bibliothèque nationale autrichienne annonce qu'un récent inventaire de la banque privée autrichienne Schoellerbank (de) a mis au jour une chemise en cuir avec, à l'intérieur, des photographies et trois lettres d'adieu manuscrites authentifiées de Marie Vetsera.

Hélène Vetsera

Hélène Vetsera

Hélène Vetsera, née Hélène Beltazzi le à Marseille et morte le à Vienne, est une baronne gréco-autrichienne. Connue sous son nom de jeune fille, elle est la mère de Marie Vetsera.

Née en 1847 à Marseille, Hélène Baltazzi est la fille de Théodore Baltazzi, banquier grec, et d'Elisabeth Sarel, son épouse. Elle est considérée comme la fille la plus riche de Constantinople. Son frère est le chevalier Alexander Baltazzi.

En 1864, elle se marie avec le diplomate autrichien Albin Ritter von Vetsera (1825-1887). Le couple a quatre enfants :

  • Ladislaus « Lazi » de Vetsera (1865-1881 chez Ringtheaterbrand)

  • Johanna « Hanna » comtesse de Bylandt-Rheydt, Freiin von Vetsera (1868-1901)

  • Marie « Marie » Alexandrine Freiin von Vetsera (1871-1889)

  • Franz Albin « Feri » de Vetsera (1872-1915)

La famille vit dans un immeuble dans le Schüttelstraße 7-9, et en 1880 dans un palais dans la Salesianergasse 11 à Vienne. En , après le drame de Mayerling, à l'issue duquel sa fille Marie et le l'archiduc héritier d'Autriche Rodolphe sont retrouvés morts, Hélène Baltazzi tombe en disgrâce à la cour et plus largement dans la société aristocratique.

La baronne survit à ses deux derniers enfants et perd sa fortune après la Première Guerre mondiale. Elle meurt ruinée à Vienne en 1925. Elle est enterrée au cimetière local de Payerbach en Basse-Autriche

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Marcela Kaspar, dite Mizzi Kaspar, née à Graz le et morte à Vienne le ), est une actrice autrichienne, maîtresse de l'archiduc Rodolphe d'Autriche, prince héritier d'Autriche-Hongrie. Son nom apparaît lors de la tragédie de Mayerling.

Mizzi Kaspar est une actrice autrichienne. Comme nombre de ses consœurs, elle vit également de ses charmes et des cadeaux que lui font ses riches amants. Le plus notable d'entre eux fut à partir de 1886 le prince royal Rodolphe qui alla jusqu'à lui offrir une maison valant 60 000 gulden en plein centre-ville de la capitale autrichienne en 1887 puis, deux ans plus tard, 130 000 gulden quelques jours avant sa mort.

Mizzi Kaspar fut peut-être le seul véritable amour du prince qui proposa à la jeune femme un pacte pour se suicider avec lui. Mizzi, âgée de 24 ans, refusa. La jeune femme tenta d'avertir la police qui ne tint aucun cas des déclarations alarmistes d'une courtisane. C'est cependant avec Mizzi que l'archiduc passa la nuit qui précéda celle de sa mort.

Quelque temps plus tard, c'est à la jeune Marie Vetsera que l'archiduc proposa d'être sa partenaire dans la mort et ce fut la tragédie de Mayerling. L'archiduc légua par testament 30 000 gulden à sa maîtresse.

Mizzi Kaspar mourut à 42 ans des suites de la syphilis.

Jamais la jeune femme n'a évoqué devant quiconque la tragédie de Mayerling, refusant les interviews et ne laissant ni lettres, ni journal, ni mémoires.

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