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23 janvier 2023 1 23 /01 /janvier /2023 13:12
 Gravure du prince sur un mémorial du couronnement (1658).

Gravure du prince sur un mémorial du couronnement (1658).

 Henriette-Adélaïde de Savoie.

Henriette-Adélaïde de Savoie.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

1ère branche en descendant d'Henri IV le vert galant...

Ferdinand Marie de Wittelsbach (Munich, - Schleißheim, ) est un électeur palatin de Bavière.

Fils aîné de Maximilien Ier de Bavière et de Marie-Anne d'Autriche, fille de Ferdinand II, il fut marié en 1652 à Henriette-Adélaïde de Savoie (1636-1676), fille de Victor-Amédée Ier de Savoie et de Christine de France.

Le couple eut 8 enfants dont :

Neveu de l'empereur Ferdinand III du Saint-Empire et du roi Philippe IV d'Espagne, voisin des états héréditaires de la Maison d'Autriche, le duc Ferdinand-Marie est un allié (et client) de la France. Il est membre de la Ligue du Rhin en 1658 et signe en 1670 un traité défensif avec le roi Louis XIV au cas où l'un des deux derniers monarques de la Maison de Habsbourg, Léopold Ier du Saint-Empire ou Charles II d'Espagne viendrait à mourir sans héritier direct. Son épouse meurt en 1676 à l'âge de 40 ans. L'électeur Ferdinand-Marie meurt en 1679 à l'âge de 42 ans.

A suivre une autre branche des wittelsbach, qui va nous faire découvrir des personnages intéréssants et connus...

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

Le 1er mariage  de Maximilien 1er de Bavière avec Wilhelmine de Hesse Darmstadt le 30 septembre 1785.

 Maximilien Ier de Bavière peint par Joseph Karl Stieler en 1822.

Maximilien Ier de Bavière peint par Joseph Karl Stieler en 1822.

Maximilien Joseph de Wittelsbach ou de Deux-Ponts-Birkenfeld-Bischwiller, né le à Schwetzingen, près de Mannheim, et mort le à Munich, est comte de Ribeaupierre (et prince héritier de nombreux fiefs alsaciens1), puis duc de Deux-Ponts et comte de Birkenfeld, puis électeur palatin et électeur de Bavière (Maximilien IV), et premier roi de Bavière sous le nom de Maximilien Ier de 1806 à sa mort.

Issu d'une branche cadette de la maison de Wittelsbach régnant sur le Palatinat, la famille Palatine de Deux-Ponts, fils cadet de Frédéric-Michel de Deux-Ponts-Birkenfeld, Maximilien grandit à Strasbourg2 où ses précepteurs furent Pierre de Salabert, abbé de Tholey, puis le Breton Agathon Guinement. Orphelin de père à l'âge de 11 ans, il devint officier au service de la couronne de France.

L'électeur palatin Charles-Théodore de Bavière, également électeur de Bavière, n'avait pas d'enfant légitime, et son plus proche héritier était le frère aîné de Maximilien, Charles II Auguste. Charles-Auguste n'ayant pas non plus d'enfant de son mariage avec Marie-Anne de Saxe, Maximilien, titré comte de Ribeaupierre en 1778, était à son tour son plus proche héritier.

En 1778, l'empereur Joseph II proposa à l'électeur palatin la souveraineté sur les Pays-Bas autrichiens, ceux-ci étant plus proches du Palatinat, en échange de la Bavière, limitrophe de l'Autriche. Les deux souverains s'étaient mis d'accord, mais le vieux roi Frédéric II de Prusse craignit un renforcement des Habsbourg-Lorraine en Allemagne au détriment de l'influence des Hohenzollern. Se posant en ami des Lumières et en défenseur des « libertés germaniques », Frédéric dénonça l'impérialisme autrichien (Maximilien et son frère, héritiers de l'électeur de Bavière, ne pouvaient disposer à leur gré de cet électorat au mépris des lois de l'Empire) et alerta la Diète impériale. La guerre de Succession de Bavière éclata ; l'issue maintint le statu quo, l'empereur renonçant à la Bavière et l'électeur aux Pays-Bas, l'Autriche n'annexant à son allié bavarois que le minuscule district de Braunau am Inn.

En 1785, Maximilien épousa Wilhelmine de Hesse-Darmstadt. Cette année-là, une seconde tentative d'échange eut lieu, mais si elle ne compromit pas la paix européenne, elle n'eut pas plus de succès. Frédéric II mourut l'année suivante, et la Révolution française allait bientôt redessiner autrement la carte des souverainetés touchant aux rives du Rhin.

En 1786 également naquit à Strasbourg le premier enfant de Maximilien et Wilhelmine, un fils. Officier au service de la France, Maximilien le prénomma Louis, un prénom courant dans la maison de Hesse, mais qui faisait surtout honneur au parrain de l'enfant, le roi de France Louis XVI. Maximilien montrait déjà ainsi ses talents de diplomate. Il est en outre le protecteur de la presse en permettant l'édition de la Gazette des Deux-Ponts sur son territoire.

 Portrait de Wilhelmine de Hesse-Darmstadt (1765-1796), 1ère épouse de Maximilien Ier

Portrait de Wilhelmine de Hesse-Darmstadt (1765-1796), 1ère épouse de Maximilien Ier

Wilhelmine de Hesse-Darmstadt, (en allemand : Auguste Wilhelmine Maria), née le , décédée le , est une princesse allemande de la maison de Hesse et duchesse de Deux-Ponts-Birkenfeld par son mariage en 1785.

Fille de Georges-Guillaume de Hesse-Darmstadt et de Marie-Louise de Linange, Wilhelmine de Hesse-Darmstadt épouse en 1785 Maximilien de Deux-Ponts-Birkenfeld, cousin et héritier de Charles-Théodore, Électeur de Bavière et de Palatinat, qui devient Electeur en 1799 puis le premier roi de Bavière en 1806.

Cinq enfants sont issus de ce mariage :

Son époux épouse en secondes noces Caroline de Bade qui lui donne de nombreuses filles, lesquelles après la période napoléonienne, montent sur les principaux trônes allemands.

Par sa sœur Frédérique de Hesse-Darmstadt, épouse du duc Charles II de Mecklembourg-Strelitz elle est la tante de la fameuse reine Louise de Prusse. Une autre sœur, Louise, épousa leur cousin, le margrave Louis X de Hesse-Darmstadt. Ses frères restent célibataires ou contractent des unions morganatiques ce qui met fin à cette branche cadette de la Maison de Hesse-Darmstadt.

 Caroline de Bade.

Caroline de Bade.

Frederica Caroline Wilhelmina de Bade est née le à Karlsruhe, et morte le à Munich. Elle devient reine consort de Bavière en 1806 par son mariage avec Maximilien Ier de Bavière et le demeure jusqu'à la mort de ce dernier en 1825.

Seconde fille de Charles-Louis de Bade et d'Amélie de Hesse-Darmstadt (fille de Louis IX de Hesse), elle a une sœur jumelle Catherine Amélie Christiane Louise, quatre autres sœurs et deux frères.

Son grand-père, le margrave Charles IV Frédéric de Bade (Charles Ier), était considéré comme l'archétype des souverains éclairés. Néanmoins son veuvage lui pesant, il contracta à un âge avancé une union morganatique qui, du fait des ambitions de sa nouvelle épouse, allait compliquer la succession du margraviat (devenu grâce à la protection de France napoléonienne, électorat en 1803 puis grand-duché en 1806).

En 1793, sa sœur cadette Louise Augusta de Bade est choisie par la tsarine Catherine II de Russie comme épouse pour le futur tsar Alexandre Ier de Russie.

Dès lors, Caroline et ses sœurs (sauf sa sœur jumelle Amalie qui mourra célibataire) contracteront des unions brillantes en Europe, notamment au sein de l'Empire germanique dont les princes, confrontés à la Révolution puis à l'Empire français mais désireux aussi de s'émanciper de la suprématie de l'Autriche et de résister aux ambitions prussiennes, cherchent une protection puissante. Ainsi, sa sœur Frédérique épouse le roi de Suède Gustave IV Adolphe, tandis que sa sœur Marie devient duchesse de Brunswick en épousant Frédéric-Guillaume de Brunswick-Wolfenbüttel.

Il est un temps question de fiançailles entre la jeune princesse Caroline et le duc d'Enghien, lointain cousin du roi de France Louis XVI, qui vivait en émigration à Ettenheim dans le margraviat. Par crainte d'indisposer les révolutionnaires français et pour préserver ses États et ses sujets, le vieux margrave Charles-Frédéric doit s'opposer au mariage.

Caroline de Bade épouse le Maximilien de Bavière, duc de Deux-Ponts, héritier des électorats de Palatinat et de Bavière, qui devient roi de Bavière en 1806 (il était veuf depuis 1796 de Wilhelmine de Hesse-Darmstadt, qui était la nièce de Louis IX et la cousine germaine d'Amélie de Hesse).

Caroline de Bade s'impose à la cour de Bavière par sa grande dignité et fait donner à ses filles une éducation stricte qui leur inculque au plus haut point le sens du devoir. Le Congrès de Vienne sera également le lieu de négociations des mariages de ses filles qui épouseront à leur tour les plus importants souverains allemands (Prusse, Saxe et Autriche).

En 1828, la reine consort de Bavière est sensibilisée à l'affaire Kaspar Hauser. En effet, il se disait que le jeune homme était son neveu, le légitime héritier du grand-duché de Bade.

Caroline de Bade est la grand-mère de plusieurs souverains :

La Révolution éclata en 1789 et la Rhénanie fut bientôt envahie par les armées françaises. Le duc de Deux-Ponts franchit le Rhin et trouva refuge auprès de son cousin, l'électeur de Bavière, dont il était l'héritier. La guerre se porta dans la région du Rhin et le duché de Deux-Ponts fut bientôt envahi. Le frère aîné de Maximilien, Charles II Auguste, mourut en 1795, avant l'électeur de Bavière septuagénaire qui, veuf depuis peu, se remaria avec Marie-Léopoldine d'Autriche-Este, toujours dans l'espoir d'une descendance directe. La même année mourut Wilhelmine.

Maximilien devenait duc souverain de Deux-Ponts et comte de Birkenfeld, et de plus héritier des trônes du Palatinat et de Bavière. On prétend qu'il devint l'amant de la seconde épouse du vieil électeur, une archiduchesse d'Autriche de 50 ans la cadette de son époux (et 20 ans plus jeune que Maximilien, par ailleurs séduisant quadragénaire), qui défendit au mieux les intérêts de Maximilien en refusant de consommer son mariage et de donner une postérité à un époux qu'elle malmenait.

Cela n'empêcha pas le nouveau duc de Deux-Ponts de se remarier avec une femme également de 20 ans sa cadette, la très belle mais austère Caroline de Bade. Devenu par son mariage beau-frère du futur tsar et du roi de Suède, le petit duc de Deux-Ponts prenait de plus en plus d'importance en Europe. Déjà père de deux fils et deux filles, Maximilien eut avec sa seconde épouse une nombreuse progéniture féminine qui lui permit de nouer des alliances matrimoniales avec les dynasties les plus puissantes de son temps.

Ses États étant occupés par l'armée révolutionnaire (laquelle avait incendié le château de Karlsberg près de Deux-Ponts) Maximilien n'avait pu prendre possession de son duché de Deux-Ponts. Succédant enfin à son cousin Charles-Théodore mort en 1799, il connut le même empêchement pour le Palatinat, mais put gagner le duché de Bavière et commencer son règne sous le nom de l'électeur Maximilien IV.

Francophile, Maximilien soutint politiquement et militairement la France napoléonienne dès son accession, face à la coalition européenne anti-française, ce qui lui valut la bienveillance de Napoléon.

A la fin de la Deuxième Coalition, par le jeu des négociations de paix, Maximilien perdit certes le Palatinat du Rhin qui passa à la France, mais le traité de Lunéville (1801) l'en dédommagea par d'importantes annexions territoriales. L'enjeu qui lui importait était l'indépendance de la Bavière, ce à quoi il parvint, érigeant la Bavière en royaume en 1805. Pour sceller son alliance avec la France, il consent à rompre les fiançailles de sa fille aînée Augusta avec le grand-duc héritier de Bade (propre frère de Caroline, la seconde épouse de Maximilien, de la tsarine de Russie et de la reine de Suède), pour lui faire épouser Eugène de Beauharnais, fils adoptif et héritier présomptif de l'empereur des Français. Par suite, la Bavière intégra la confédération du Rhin, créée à l'instigation de la France

Cependant, ayant appris que l'empereur des Français cherchait également à marier une "Napoléonide" à son fils et héritier, le futur Louis Ier de Bavière (le filleul du défunt Louis XVI de France), Maximilien s'empressa de marier le jeune homme à une princesse allemande de rang moindre mais issue d'une "véritable" maison souveraine, Thérèse de Saxe-Hildburghausen. Ce fut l'occasion de la première Oktoberfest de Munich. De même, pour éviter un mariage napoléonien, le roi de Wurtemberg avait-il précipitamment et sans l'accord des jeunes gens fait épouser à son fils une fille de Maximilien Ier en 1808. Dans les deux cas, les parents des conjoints avaient soigneusement ignoré les confessions religieuses divergentes des futurs mariés.

À la suite de la désastreuse campagne de Russie et de l'impopularité croissante de l'occupation française, Maximilien, dès les premières défaites napoléoniennes, se rangea opportunément du côté de la coalition des Alliés. En échange, lors du congrès de Vienne qui s'ouvrit à la chute de l'Empire français (1814/1815), il se vit reconnaître les annexions territoriales de 1801, son titre royal, et retrouva le Palatinat rhénan (amputé de la rive droite du Rhin devenue badoise sous Napoléon). Il y conclut aussi une alliance avec l'empire d'Autriche, alliance scellée par la promesse de mariage de sa fille Sophie avec l'archiduc François-Charles, fils cadet mais héritier présomptif de l'empereur François Ier d'Autriche. La Bavière intégra logiquement la Confédération germanique.

En 1818, à la mort du grand-duc Charles II de Bade (ex-fiancé de sa fille Augusta) mais également son beau-frère, Maximilien fit valoir certains droits sur les anciens districts du Palatinat de la rive droite du Rhin annexés au pays de Bade par Napoléon. Il y eut quelques mouvements de troupes mais la guerre fut évitée et Maximilien fit taire ses prétentions. Le roi de Bavière n'en accorda pas moins sa protection et son amitié à sa belle-sœur, la veuve du grand-duc défunt Stéphanie de Beauharnais, une "Napoléonide" qui n'avait pas 30 ans, mère de trois filles en bas âge et frappée d'ostracisme par les cours souveraines en mal de légitimité, y compris par la cour de Bade.

En effet, les années suivant le congrès de Vienne virent l'instauration de politiques autoritaires voire réactionnaires sous l'égide de la Sainte-Alliance, lesquelles étaient également formalisées par des mariages dynastiques, et Maximilien maria très brillamment ses filles, leur procurant des positions enviables mais pas forcément un bonheur domestique. "Je ne suis pas heureuse, je suis satisfaite", écrivait sa fille Sophie peu après son mariage.

Ayant fait annuler dès 1814 mais d'un commun accord son mariage avec le prince héritier de Wurtemberg, Caroline-Auguste épousa en 1816 l'empereur François Ier d'Autriche, veuf pour la troisième fois, mais ce mariage n'eut pas non plus de postérité. En 1823, Élisabeth épousa le prince royal de Prusse (le futur Frédéric-Guillaume IV). En 1824, conformément aux accords du congrès de Vienne, Sophie épousa l'archiduc François-Charles, devenant en quelque sorte la belle-fille de sa sœur Caroline. Elle sera la mère de l'empereur François-Joseph. Quant à Marie-Léopoldine et Amélie, elles seront successivement reines consorts de Saxe, ayant épousé les deux frères Frédéric-Auguste II de Saxe et Jean Ier de Saxe.

Plus discrètement, en 1823, sa petite-fille Joséphine de Leuchtenberg avait épousé le prince-héritier de Suède Oscar, fils de Charles XIV Jean. Les Wittelsbach ne reniaient pas totalement leur passé napoléonien. En politique intérieure, outre l'adoption du code civil, Maximilien Ier entreprit de nombreuses réformes libérales et accorda à son peuple une Constitution () établissant ainsi une monarchie constitutionnelle parlementaire. Il signa un Concordat avec Rome (le ) ; il accueillit également son gendre Eugène de Beauharnais et sa fille en exil.

Pour se réconcilier avec la branche cadette de sa maison, il maria (contre leur gré) sa plus jeune fille Ludovica au duc Maximilien en Bavière. La princesse souffrit de tenir un rang inférieur à celui de ses sœurs (son mari n'obtiendra le prédicat d'Altesse Royale qu'en 1845) et souhaitera de brillants mariages pour ses filles. Elle sera la mère de l'impératrice Élisabeth d'Autriche (la fameuse Sissi, femme de son cousin germain François-Joseph : les deux époux étaient petits-enfants de Maximilien !), de la reine Marie des Deux-Siciles (l'héroïne de Gaëte, femme de François II) et de la duchesse d'Alençon (qui mourra dans l'incendie du bazar de la Charité en 1897).

Le lendemain de sa paricipation à un bal donné par l'ambassadeur de Russie à Munich, Maximilien meurt le , à l'âge de 69 ans d'une apoplexie foudroyante au château de Nymphembourg. Son fils Louis lui succède.

Les trois filles cadettes de Maximilien Ier, Ludovica, Sophie et Marie

Les trois filles cadettes de Maximilien Ier, Ludovica, Sophie et Marie

Maximilien Ier de Bavière est le troisième fils de Frédéric-Michel de Deux-Ponts-Birkenfeld et de Françoise de Soulzbach.

Il épouse en premières noces à Darmstadt le Wilhelmine de Hesse-Darmstadt (1765-1796), fille de Georges-Guillaume de Hesse-Darmstadt (fils cadet de Louis VIII et frère de Louis IX) et de Louise de Leiningen.

Cinq enfants sont issus de ce premier mariage :

Veuf à moins de quarante ans, Maximilien Ier de Bavière épouse à Karlsruhe le Caroline de Bade (17761841), fille de Charles-Louis de Bade et d'Amélie de Hesse-Darmstadt (Amélie de Hesse était fille de Louis IX, et cousine germaine tant de Maximilien Ier de Bavière par les Deux-Ponts-Birkenfeld, que de sa première femme Wilhelmine par les Hesse-Darmstadt).

De cette seconde union naissent huit enfants, dont deux fois des jumelles :

L'alliance avec les BEAUHARNAIS...

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

Augusta  Amélie de Bavière et  Eugène de Beauharnais...

Augusta Amélie de Bavière

Augusta Amélie de Bavière

 Le mariage d'Augusta avec Eugène de Beauharnais, par François Guillaume Ménageot

Le mariage d'Augusta avec Eugène de Beauharnais, par François Guillaume Ménageot

 Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie, par Andrea Appiani en 1810.

Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie, par Andrea Appiani en 1810.

Eugène Rose de Beauharnais, né le à Paris et mort le à Munich, est un membre de la famille impériale française, fils adoptif de l'empereur Napoléon Ier, avec qualification d'Altesse impériale, vice-roi d'Italie, prince de Venise, grand-duc de Francfort, duc de Leuchtenberg et prince d'Eichstätt. Il est également l'un des plus fidèles et des plus talentueux subordonnés de Napoléon qui le fait général en chef. Il commande le IVe corps d'armée lors de la campagne de Russie. Au cours de l'hiver 1812-1813, après le départ de Napoléon pour Paris et la fuite de Murat, c'est le prince Eugène qui ramène avec beaucoup d'habileté et d'audace stratégique les restes de la Grande Armée jusqu'à faire sa jonction avec les nouvelles troupes en Saxe, malgré les tentatives d'anéantissement menées par les Russes et leurs nouveaux alliés prussiens.

Eugène de Beauharnais naît le à Paris. Il est le fils d'Alexandre de Beauharnais, un jeune gentilhomme, sous-lieutenant au régiment du duc de la Rochefoucauld, le Sarre-Infanterie, et de Marie-Josèphe Tascher de la Pagerie, plus connue sous le prénom que lui donne son second époux : Joséphine.

Il grandit dans une période historiquement très troublée. Pendant les années 1789 et 1790, alors que sa mère et sa jeune sœur Hortense de Beauharnais sont en Martinique, il assiste aux séances de l'Assemblée constituante auxquelles participe son père qui en est élu président en . Le , lors de la tentative de fuite de la famille royale, ce dernier, comme président de l'Assemblée nationale constituante, fait tout ce qu'il faut pour rattraper le roi en fuite.

Le , l'Assemblée législative déclare la guerre à la monarchie de Habsbourg. Alexandre de Beauharnais rejoint l'armée du Rhin et fait venir son fils auprès de lui. Le jeune Eugène, âgé de onze ans, partage alors son temps entre un collège strasbourgeois et le quartier général de Wissembourg.

L'avènement de la Convention modifie considérablement la situation de la famille. Alexandre doit rejoindre les rangs de l'armée du Nord puis de l'Est où il est général en chef avant de perdre la ville de Mayence. Quittant alors l'armée sans autorisation, il regagne son fief de La Ferté-Beauharnais près de Romorantin avant d'être mis en accusation et arrêté en 1794. Il est enfermé à la prison des Carmes à Paris où sa femme le rejoint quelques semaines plus tard. Alexandre de Beauharnais est guillotiné le , juste avant la chute de Robespierre le 9 thermidor (27 juillet 1794). Joséphine étant en prison, ses deux enfants Eugène et Hortense ont été confiés à des mains étrangères, Mlle Lannois, une gouvernante prend soin de la jeune Hortense ; Eugène est mis en service et en apprentissage chez un menuisier. Joséphine est relâchée après Thermidor. À l'automne 1795, Eugène et Hortense sont mis en pension à Saint-Germain-en-Laye, lui au collège irlandais McDermott, elle chez Mme Campan.

Sous le Directoire, la « veuve Beauharnais », qui tient salon à Paris, rencontre le général Napoléon Bonaparte. Ils se marient le à Paris. Le jeune général doit partir quelques jours plus tard pour le front d'Italie et fait venir quelques mois plus tard Eugène comme aide de camp. Eugène entre dans la carrière militaire en qualité d'aide de camp de son beau-père ; mais avant de partir pour la campagne d'Italie, il complète son éducation imparfaite.

Eugène suit Bonaparte dans l'expédition d'Égypte. Il participe à l'attaque de Suez où il entre le premier, à la tête de l'avant-garde, le , et mérite le grade de lieutenant, puis à la bataille d'Aboukir.

De retour en France, le coup d'État du 18 Brumaire fait de lui le beau-fils du Premier Consul et lance le jeune officier de 18 ans dans le monde. Il est fait chef d'escadron sur le champ de bataille de Marengo au cours de la campagne d'Italie de 1799-1800. En 1802, il est nommé colonel.

La proclamation de l'Empire, le , profite à Eugène de Beauharnais qui est nommé grand-officier de la Légion d'honneur, général de brigade et colonel-général des chasseurs de la Garde le . Napoléon lui fait confiance et n'hésite pas à s'appuyer sur un prince dont la devise est « Honneur et Fidélité ». Le , jour anniversaire de Marengo, Napoléon, empereur, donne à son beau-fils le titre de prince français. Le , il est promu général de brigade.

En 1805, il obtient les dignités d'archichancelier d'État et de Grand aigle de la Légion d'honneur ; il n'a encore que 24 ans. Le , Eugène est chargé, en qualité de vice-roi, de l'administration du royaume d'Italie où il passe presque la moitié de son temps.

Après la campagne d'Italie de 1805, il épouse à Munich le la princesse Augusta-Amélie, fille du roi Maximilien Ier de Bavière, allié de la France. Napoléon l'investit du titre de prince de Venise, le déclare son fils adoptif et l'héritier présomptif de la couronne d'Italie.

Eugène reste vice-roi d'Italie de 1805 à 1814.

En 1809, pendant la guerre de la cinquième coalition, 100 000 Autrichiens attaquent l'Italie. Eugène, à la tête de l'armée d'Italie, va les repousser après un échec initial à la bataille de Sacile. Il fait sa jonction avec la Grande Armée aux environs de Vienne. Cette marche glorieuse est couronnée par la bataille de Raab, le , que Napoléon Ier surnomme petite-fille de Marengo et de Friedland.

C'est pendant cette campagne d'Autriche de 1809 qu'Eugène commande en chef pour la première fois. Parti de Milan le , il va à la rencontre de l'archiduc Jean, qui s'avance sur l'Isonzo avec des forces considérables, éprouve un échec sur le Piave qui ne le décourage pas, notamment le à Sacile. Aidé des généraux Macdonald, Baraguay d'Hilliers, Barbou, Grenier, Broussier, il repousse bientôt l'ennemi, s'empare de Vicence et de Bassano, bat l'archiduc à la bataille du Piave et s'empare de toutes les positions sur le revers des montagnes de la Carinthie.

Pendant qu'il poursuit sa marche victorieuse vers les frontières de la Hongrie, il apprend que le général autrichien Franjo Jelačić cherche à se réunir à l'archiduc Jean. Eugène l'attaque et l'oblige à poser les armes avec la totalité des troupes qu'il commande. Le succès de cette journée décisive lui permet d'opérer sa jonction avec la Grande Armée sur les hauteurs de Semmering. Les 5-, il participe ensuite à la bataille de Wagram.

C'est à l'occasion de cette marche d'Eugène que l'Empereur adresse ces paroles aux soldats du vice-roi : « Soldats de l'armée d'Italie, vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais marqué, soyez les bienvenus ! Je suis content de vous ».

Comme vice-roi d'Italie, il est ensuite chargé de réprimer la rébellion du Tyrol où les montagnards, commandés par l'aubergiste Andreas Hofer, refusent leur cession au royaume de Bavière, allié de Napoléon.

À l'époque de la répudiation de Joséphine, en , il vient à Paris, mandé par l'Empereur, et prie Napoléon de lui accorder une explication en présence de l'Impératrice. Dans cette circonstance, où Napoléon ne pouvait motiver sa résolution qu'en faisant valoir l'intérêt de la France, Joséphine sait se taire et se résigner ; mais tremblant de voir l'avenir de son fils compromis, et portant ses yeux remplis de larmes sur Eugène, elle dit à l'Empereur : « Une fois séparés, mes enfants ne seront plus rien pour vous. Faites Eugène roi d'Italie, et votre politique, j'ose le croire, sera approuvée par toutes les puissances de l'Europe. » — Le prince dit alors vivement : « Ma bonne mère, qu'il ne soit nullement question de moi dans cette triste occurrence. Votre fils ne voudrait pas d'une couronne qui semblerait être le prix de votre séparation. » Napoléon, que la noblesse de ce discours émeut profondément, tend la main au vice-roi, la serre avec force et répond avec gravité : « Je reconnais Eugène dans ces paroles ; il a raison de s'en rapporter à ma tendresse. » Après le divorce de sa mère, qui le navre, Eugène veut renoncer aux affaires mais, vaincu par les instances de Joséphine et de Napoléon lui-même, il sacrifie ses ressentiments personnels. Dès lors, il refuse toute faveur nouvelle qui n'aurait été pour lui que le prix du divorce de sa mère.

En 1812, il obtient le commandement des troupes italiennes, françaises et bavaroises du 4e corps d'armée dans la campagne de Russie. Il se signale à la bataille d'Ostrovno (25-). Après l'évacuation de Moscou, il cherche à ouvrir une voie de retraite par Kalouga : lors de la bataille de Maloïaroslavets (), il livre un combat acharné aux Russes de Dokhtourov mais n'a pas assez de réserves pour percer ; Napoléon finit par renoncer à suivre la route du sud et repart vers l'ouest par la grande route de Smolensk, dans un pays déjà ravagé à l'aller.

Eugène commande le 4e corps, entièrement détruit au cours de la retraite. Les conditions épouvantables de la retraite de Russie assombrissent son caractère et le vieillissent prématurément. La défection de Murat le laisse à la tête des débris de la Grande Armée, réduite à quelques milliers d'hommes dénués de tout. Il est menacé d'encerclement par des armées russes supérieures en nombre ; heureusement pour lui, les troupes russes sont presque aussi épuisées que les siennes et commandées par deux chefs prudents, le maréchal Koutouzov et l'amiral Tchitchagov, qui hésitent à s'aventurer hors de Russie, tandis que le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III craint encore de se déclarer contre Napoléon. Eugène, en évitant les batailles rangées, conduit une retraite habile vers Poznań, puis vers l'Oder et l'Elbe en abandonnant aux Russes le duché de Varsovie et en laissant quelques garnisons françaises encerclées à Dantzig et autres places. Son armée, grossie de recrues polonaises et autres unités recueillies en route, arrive à Leipzig le  : elle compte alors 50 000 hommes avec lesquels Eugène peut tenir la ligne de l'Elbe, menacée par 150 000 Russes et Prussiens, jusqu'au retour de Napoléon avec la nouvelle armée levée en France. Napoléon aura plus tard ce propos élogieux : « Nous avons tous commis des fautes, Eugène est le seul qui n'en ait pas fait. »

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

L'impératrice Joséphine reçoit à la Malmaison la visite du Tsar Alexandre Ier, toile d'Hector Viger (1819-1879), vers 1864, Musée national du Château de Malmaison.

En 1813, le vice-roi doit retourner en Italie pour empêcher les révoltes anti-françaises et maintenir l'ordre et la sécurité. Après la défaite de Napoléon dans la campagne d'Allemagne, les Autrichiens menacent la plaine du , cependant que Murat oscille entre les deux camps avec l'espoir de régner sur toute l'Italie. Eugène doit affronter seul les armées autrichiennes. Il abandonne rapidement les provinces illyriennes après des revers de ses subordonnés mais il oppose une défense tenace à l'Autriche en Italie et retarde l'échéance inéluctable grâce à sa victoire lors de la bataille du Mincio, le . Il sait résister aux pressions de son beau-père Maximilien, qui lui laisse espérer le royaume d'Italie s'il trahit Napoléon. Pourtant, le fait qu'il ne donne pas suite à l'ordre de l'Empereur, au mois de , de laisser l'Italie, lui vaut l'accusation de trahison par quelques généraux.

En , en marge des négociations du traité de Paris, le tsar Alexandre rend une visite courtoise à Joséphine qui lui recommande ses enfants, le prince Eugène, la reine Hortense et ses fils Napoléon-Louis et Louis-Napoléon. Cependant, elle contracte une pneumonie et meurt le .

À la mort de sa mère, Eugène hérite de sa résidence, le château de Malmaison.

Au congrès de Vienne, il attend une principauté et une rente annuelle. On lui propose Pontecorvo, dont Bernadotte était précédemment prince héréditaire. Eugène se trouve toujours dans la capitale autrichienne, lorsque l'Empereur débarque de l'île d'Elbe à Golfe Juan le .

Au retour de Napoléon, en 1815, il ne prend aucune part à la guerre. Il est obligé, pour ne pas être arrêté, de s'engager sur parole à ne pas quitter Vienne. Il assiste en spectateur aux Cent-Jours, à la défaite de Waterloo, et à la seconde abdication. Le 6 avril, il quitte Vienne avec son beau-père pour attendre à Munich la nouvelle de l'abdication de Napoléon. Il ne joue plus aucun rôle ni politique ni militaire et se contente, après avoir reçu de son beau-père le duché de Leuchtenberg, de gérer sa fortune et de placer sa nombreuse progéniture.

Eugène de Beauharnais meurt le à Munich, d'une attaque d'apoplexie, à l'âge de quarante-deux ans. Ses funérailles sont grandioses, le deuil étant conduit par son beau-père, le roi de Bavière.

Le couple ayant particulièrement bien marié ses enfants, Eugène de Beauharnais est l'ancêtre de la plupart des dynasties régnantes d'Europe : Norvège, Suède, Danemark, Belgique (via Astrid de Suède), Luxembourg, anciens rois de Portugal et de Grèce…

 
 

 

Augusta Amélie Louise de Bavière, née le à Strasbourg et morte le à Munich, est une princesse impériale et membre de la maison Bonaparte. Elle fut vice-reine d'Italie et puis duchesse de Leuchtenberg et princesse d'Eichstätt.

La princesse est, entre autres, la tante de l'impératrice d'Autriche « Sissi » et (par alliance) de l'empereur Napoléon III.

Augusta-Amélie de Bavière est la fille aînée du roi Maximilien de Deux-Ponts et de Wilhelmine de Hesse-Darmstadt. Elle perd sa mère en 1795 et son père se remarie deux ans plus tard avec Caroline de Bade, laquelle impose à la cour de son mari un sérieux que d'aucuns jugeaient bénéfique.

La même année, à la mort de son frère aîné, son père Maximilien devient duc régnant de Deux-Ponts mais ses États sont occupés par les troupes de la jeune Première République française. En 1799, à la mort de son lointain cousin Charles-Théodore, Maximilien devient comte-électeur Palatin du Rhin et duc-électeur de Bavière sous le nom de Maximilien III.

En 1805, Augusta est fiancée à Charles de Bade, petit-fils et héritier de l'électeur Charles Ier Frédéric. Pourtant ce mariage n'a pas lieu, l'empereur des Français Napoléon Ier cherchant à s'allier les princes allemands, organise un double mariage : Eugène de Beauharnais, fils adoptif de l'empereur des Français Napoléon Ier, épouse Augusta tandis que Charles de Bade est marié à Stéphanie de Beauharnais, cousine d'Eugène, que l'empereur adopte et élève à la dignité de princesse impériale. En « compensation » la Bavière est érigée en royaume.

Le mariage d'Augusta-Amélie de Bavière et d'Eugène a lieu les 13 et 14 janvier 1806. Napoléon Ier assiste au mariage. Le couple part pour Milan au lendemain du mariage car Eugène a été nommé par son beau-père vice-roi d'Italie. Le mariage se révèle heureux.

En 1814, l'Empire français s'effondre. Eugène, Augusta et leurs enfants se réfugient auprès du roi de Bavière. Eugène est fait duc de Leuchtenberg et prince d'Eichstätt en 1817. Il meurt prématurément en 1824.

Princesse bavaroise et catholique, la duchesse douairière de Leuchtenberg s'oppose en vain au mariage de son fils cadet Maximilien avec la fille aînée du tsar de Russie. En effet, la grande-duchesse est orthodoxe et le mariage est inégal, Maximilien n'étant pas de sang royal. À la demande du tsar, le jeune couple s'installe à Saint-Pétersbourg.

Les autres enfants d'Augusta et Eugène se marient :

  • Caroline (1816-1816)

Augusta meurt en 1851 à l'âge de 63 ans.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

Joséphine de Leuchtenberg, Joséphine Maximilienne Eugénie Napoléone de Beauharnais va épouser Oscar Bernadotte.

Joséphine Maximilienne Eugénie Napoléone de Leuchtenberg (Josefina Maximiliana Eugenia Napoleona), née le à Milan, morte le à Stockholm, en Suède, fut reine de Suède-Norvège de 1844 à 1859. Elle était mariée au roi Oscar Ier. Joséphine était la fille aînée de la fratrie, princesse de Bologne dès sa naissance et, à partir de 1813, duchesse de Galliera suo jure. Son père était le général français Eugène de Beauharnais, fils de Joséphine de Beauharnais et beau-fils et fils adoptif de Napoléon Ier. Par sa mère la princesse Augusta-Amélie de Bavière, fille du roi Maximilien Ier de Bavière, Joséphine est également descendante des anciens rois de Suède par Catherine Vasa, fille de Charles IX.

Joséphine naquit dans la résidence du Vice-roi à Milan le . Elle était l'aînée des enfants du vice-roi d'Italie, Eugène de Beauharnais. Il fut nommé par Napoléon en 1805. Au baptême, Joséphine reçut les noms de Joséphine Maximilienne Eugénie Napoléone; le prénom après un vœu de Napoléon, le dernier en hommage à lui. Quelques mois seulement après sa naissance, elle fut nommée princesse de Bologne le et le , elle fut nommée duchesse de Galliera. Durant son enfance, elle vécut au château de Monza, en périphérie de Milan. Après la chute de Napoléon en 1814, Eugène de Beauharnais tenta de se proclamer roi d'Italie. Lorsque cela échoua, la famille dut partir pour Munich. En 1817, il acheta la ville et le titre de prince d'Eichstädt où la famille s’établit, et il fut nommé duc de Leuchtenberg. En hiver, la famille vivait à Munich, l’été au château d’Ismaning et l’automne à Eichstädt. La langue maternelle de Joséphine était le français et, avec ses frères et sœurs, elle apprit également l'allemand, l'italien et l'anglais. Les autres matières étaient l'arithmétique, l'histoire, la géographie et l'astronomie. Le , Joséphine fut confirmée par un prêtre catholique. En tant que sœur aînée, elle devait également prendre soin de ses petites sœurs. Le philosophe allemand Friedrich von Schelling, qui travaillait à Munich, la décrit comme une enfant ravissante et gaie.

Le roi de Suède Charles XIV Jean s’engagea sérieusement dans le mariage du prince héritier Oscar à partir de 1821. Le roi considérait que certaines princesses de cet âge étaient particulièrement intéressantes. En , le prince héritier, âgé de 23 ans, entreprit une tournée en Europe pour rencontrer ces princesses. À Copenhague, il rencontra les princesses Caroline et Wilhelmine, âgée de 29 et 15 ans. Aux Pays-Bas, il visita la cour royale et se passionna pour la princesse Marianne ; son âge, 12 ans, signifiait cependant que le mariage ne serait pas effectif dans l'immédiat.

Le , Oscar se rendit à Eichstädt où il rencontra Joséphine, âgée de 15 ans, et ses frères et sœurs. Avant l'arrivée du prince héritier, le père de Joséphine, le prince Eugène, l'avait accompagnée dans le parc et lui avait expliqué le but de la visite du prince héritier. Le prince héritier l'aima et, le , il lui toucha la main. Que Joséphine soit catholique était une question discutée avant le mariage. Elle était croyante, alors que son père était religieusement indifférent. Cependant, le père demanda que le prince héritier suédois, par courtoisie à l'égard de la mère de Joséphine, la laisse garder sa foi. Les conseillers suédois Wetterstedt et Löwenhielm avaient des opinions divergentes sur ce qui était le plus approprié. Il y avait cependant un précédent : la reine Désirée avait conservé sa foi catholique lorsqu'elle devint reine de Suède. Le document de mariage stipulait seulement que Joséphine participerait aux cérémonies de l'église.

Le prince héritier Oscar revint en Suède et Joséphine commença à apprendre le suédois. À son retour à Munich en , le comte Wetterstedt s'aperçut que Joséphine avait fait d'énormes progrès dans la langue: « J'ai déjà eu l'honneur de mener des entretiens en suédois avec Son Altesse Royale plus d'une demi-heure. » La cérémonie de mariage catholique eut lieu à Munich le , en l'absence du prince héritier. Joséphine fut amenée à l'autel par son père Eugène tandis que le prince héritier Oscar était représenté par l'oncle maternel de Joséphine, Charles de Bavière. Deux jours plus tard, elle quitta la maison familiale en compagnie de la comtesse Marcelle Tascher de la Pagerie, de la baronne Wurms et de sa femme de chambre, Berta Zück, pour se rendre en Suède. À Lübeck, Mariana Koskull et la comtesse Brahe rencontrèrent la compagnie et prirent place dans le navire de ligne Carl XIII. À Vaxholm, le prince héritier Oscar monta à bord et lorsque le navire arriva à Stockholm le , des dizaines de milliers de personnes s'étaient rassemblées sur les plages.

Lorsque le navire arriva à Stockholm, Joséphine et la reine embarquèrent dans le sas de Vasaorden et arrivèrent à Manilla, dans le sud de Djurgården. Sur le pont, le roi et le prince héritier attendaient. Les femmes se rendirent ensuite avec huit chevaux blancs galvanisés au château de Haga où elles furent accueillies par la princesse Sophie-Albertine, sœur du défunt roi Charles XIII. Joséphine resta quelques jours à Haga avant la confirmation de la cérémonie du mariage catholique lors d'une cérémonie qui se déroula dans la Grande Église de Stockholm le . Il s'ensuivit une série de festivités qui se terminèrent au Théâtre royal et comprenaient la représentation du festival de Per Adolf Granbergs Freja sur une musique de Franz Berwald et la douceur de l'opéra Titus de Mozart. Avant le mariage, le père du marié, le roi Charles XIV Jean, avait supprimé des traditions telles que la danse du flambeau, les dîners publics et la gestion de lits, qui avaient été utilisées pour les mariages royaux en Suède.

Le , le roi décida de nommer le prince héritier au poste de vice-roi de Norvège et de l'y envoyer avec Joséphine. Dans la politique norvégienne, la question dite du veto était devenue une question pertinente en 1821. À l'origine, le roi ne disposait que d'un droit de veto suspensif, mais en , le roi avait proposé des amendements à la Constitution norvégienne qui lui donneraient un veto absolu. En retour, le roi était prêt à répondre à un certain nombre de demandes norvégiennes. La vague de royalisme qui avait déferlé sur Stockholm au cours de l'été 1823 espérait que le roi se retrouverait à Kristiania, ce qui rendrait le Storting, le parlement norvégien, encore plus compatissant. Le voyage du prince héritier en Norvège avait été reporté à la mort du père de Joséphine, le . Le , le couple quitta Stockholm et passa par Västerås, Örebro, Karlstad, Kongsvinger et se rendit à Kristiania, où il arriva le . Le couple princier vécut à la résidence royale de Kristiania. Le matin, Joséphine accueillait des réceptions et les après-midis, elle effectuait des visites officielles dans des écoles ou des églises. Le soir, ils avaient des invités puis, ensuite, ils examinaient en commun les documents qu’exigeait la signature du prince héritier. Après six semaines, le couple se rendit à l’abbaye de Herrevad, en Scanie, pour assister aux exercices militaires. Ils rentrèrent à Kristiania en août. Lorsque le parlement ne voulut pas accorder un veto absolu au roi, le prince héritier était présent lors de la dissolution du parlement. Après la dissolution, le prince héritier fit un tour de la Norvège. Le , ils quittèrent Kristiania pour retourner en Suède via Fredrikshald.

Joséphine n'avait que 16 ans à son mariage et était « étroite comme un tuyau d'orgue », mais elle grandit en quelques années. Söderhjelm (1944) déclare qu’ « elle était belle à regarder : grande, intelligente, élégante, simple et avec en même temps une démarche gracieuse. » Joséphine et son beau-père s'aimaient beaucoup; un spectateur contemporain décrit comment Joséphine avait l'habitude de remplir ses poches de caramels. Le , naquit le premier enfant du prince héritier, Charles. Quelques années plus tard, quatre frères et sœurs étaient nés. Pour les enfants, des chambres individuelles avaient été aménagées dans la partie donnant sur le château de Stockholm et donnant sur la cour. À l'automne de 1834, les deux fils aînés étaient suffisamment adultes pour être pris en charge par deux professeurs, le philosophe Christopher Jacob Boström et le professeur de norvégien Otto Aubert. Joséphine donna à Aubert de grands pouvoirs en matière de discipline. Dans une lettre à sa tante, Joséphine expliqua comment elle veillait à gâter les enfants. Aubert lui-même écrit sur cette période de sa vie et insistait, entre autres choses, que la princesse héritière était toujours belle, simple, naturelle et avec laquelle il était agréable de dialoguer. Il s’étonna de son éducation; une fois, elle lui demanda quel était son avis à propos du philosophe allemand Friedrich Schlegel.

Le prince héritier Charles était tombé amoureux de l'une des dames de compagnie de Joséphine, mais cela, en 1848, s'arrêta parce que Sigrid Sparre avait quitté la cour, sous ordre de Joséphine, malgré les protestations du prince héritier. Cependant, chez Charles XV, elle laissa une trace indélébile; à sa mort, il avoua au frère de Sigrid Sparre: « Ta sœur a été mon seul amour - si elle était devenue mienne, j'aurais été une autre personne ». Charles XV pensait que derrière l'action résolue de sa mère, se cachait l’œuvre de son confesseur catholique, Jacob Studach, et l'événement renforça son antipathie contre le catholicisme. Pour lui, le catholicisme était devenu le même que le jésuitisme et le sécrétisme. Lorsque Charles devint régent en 1857 due à la maladie de son père, le Riksdag, le parlement suédois, était engagé dans la question de la liberté de religion, y compris l'abolition du Konventikelplakatet, question soutenue par Oscar Ier. Secrètement, Karl travailla comme régent pour que le Riksdag retire la proposition, ce qui se produisit finalement. Joséphine eut avec le roi Oscar Ier 5 enfants :

Lorsque Oscar devint roi, Joséphine acquit une influence accrue sur la politique et, pour Oscar, sa femme devint son seul conseiller de confiance. Son influence concrète est difficile à prouver, mais les lettres conservées de Joséphine à sa tante la reine Élisabeth montrent qu'elle tenta de rétablir la paix dans la guerre du Schleswig-Holstein, qui prit fin en 1848. Le prince héritier Charles la désigna comme étant à l'origine du traité de conclu entre la Suède-Norvège d’un côté et la France et la Grande-Bretagne de l'autre (Joséphine était cousine de Napoléon III et marraine du prince impérial Louis Napoléon Bonaparte). Dans chaque cas, elle joua un rôle important dans la diplomatie secrète d'Oscar Ier. Son fils, le futur roi Charles dut dire une fois, compte tenu de son influence: « Quand je deviendrai roi, je ne laisserai pas la France prendre le contrôle ! ». Lorsque l'état de santé du roi se détériora, ils tentèrent d'abord de le dissimuler: en 1857, ils firent signe au public, mais Joséphine leva la main du roi et la fit signe de la main.

Lorsque Joséphine vint en Suède pour la première fois, l’aumônier du château familial, Jakob Lorenz Studach, la suivit. Il devint son fondateur à Stockholm, mais également prit part à la petite paroisse catholique de Stockholm. Le fait d'être catholique en Suède à cette époque était renversé par de dures restrictions et la foire catholique était interdite aux Luthériens. Les Suédois convertis au catholicisme étaient punis par l'ordre national. La petite congrégation était donc à la fois petite et pauvre. Studach, comme sa femme de chambre Bertha Zück, resta son amie la plus proche en Suède et les trois s'appelaient souvent « Trion » à la cour. Après l’édit de tolérance de Gustave III en 1781, l'Assemblée catholique avait quatre dirigeants ou « vicaires apostoliques ». Après la mort de Johann Baptist Gridaine, confesseur de la reine Désirée, en 1833, Studach devint le nouveau chef de la congrégation. La congrégation était pauvre, mais Studach réussit à collecter des fonds de l’étranger pour la construction d’une église catholique, la chapelle Eugenia, à Norra Smedjegatan à Stockholm. Ce nom était un hommage à la fois à la princesse héritière et à la reine, dont le prénom était Eugénie, mais également au père de la princesse héritière, Eugène de Beauharnais.

La foi catholique de Joséphine fut forte toute sa vie. Selon Lundebeck (1943), après la naissance du prince héritier Charles, le consistoire lui avait demandé d'assister à une célébration de l'église protestante dans la Grande Église de Stockholm, un souhait que le roi Charles Jean avait accepté. La cérémonie signifiait que Joséphine avait plié un genou devant l'archevêque. Selon Lundebeck, Joséphine était la plus réticente à y assister. Le , Joséphine est couronnée reine dans la Grande Église de Stockholm. Cependant, ni Oscar Ier ni Joséphine ne furent couronnés en Norvège. Le gouvernement norvégien voulait certes un message sur le couronnement, mais il nota que la cathédrale de Trondheim était vétuste et qu'une rénovation entraînerait des coûts importants. En Norvège, l'évêque de Trondheim, Hans Riddervold, s'opposait à ce que la reine soit couronnée pour des raisons appartenant à l'État: selon la Constitution norvégienne, la reine était de toute façon exclue du gouvernement et le couronnement ne serait qu'une cérémonie à vide. Oscar Ier ne voulais pas être couronné en Norvège à moins que la reine ne soit couronnée en même temps. La question du couronnement norvégien revint plusieurs fois jusqu'en 1853 sans jamais être réalisée. Braun (1950) n'exclut pas la résistance de Hiddervold du à la foi catholique de la reine Joséphine. Lundebeck (1943) affirme que l'évêque norvégien refusait de couronner une reine catholique. Dans l’Église catholique de Suède, Joséphine est vénérée depuis sa mort en tant que grande bienfaitrice et l’une des figures les plus importantes de l’église en Suède après la Réforme.

En 1852, en raison de la mauvaise santé d'Oscar Ier, les médecins recommandèrent une excursion de santé à Bad Kissingen, en Allemagne. En juillet de la même année, le couple royal de Stockholm voyagea avec la princesse Eugénie et le prince Gustave. À Munich, Joséphine put rendre visite à sa sœur Theodolinde. Le roi fut bientôt restauré et début septembre, la famille rentra chez elle. De Lübeck, ils prirent la corvette à vapeur Thor jusqu’en Norvège, mais à cause du grand lac, ils jetèrent l’ancre au large de Frederikshavn sur la côte est danoise. Alors que la famille attendait à Kristiania, le roi décida de poursuivre le voyage malgré la tempête sur le Kattegat. Le bateau fit que le prince Gustave resta dehors toute la nuit. Lorsque le navire arriva à Kristiania le , le prince avait une forte fièvre. La fièvre typhoïde fut rapidement diagnostiquée et il devint plus faible. Le , il décéda.

Après la mort soudaine du prince Gustave, le roi et la princesse Eugénie tombèrent très malades. Joséphine écrit au médecin d'Oscar, Magnus Huss, à Paris, pour lui demander de revenir le plus rapidement possible. Lorsque Huss eut examiné le roi de plus près, il sentit que sa vie était en danger. Dans une lettre de Fredrika Bremer, elle écrivit que les médecins avaient prédit la mort d'Eugénie. Bremer écrivit également que la reine veillait sur les deux maladies et que sa colère vieillissait très rapidement. Selon l'archevêque Reuterdahl, la reine et son aumônier se seraient enfermés dans la chapelle de prière catholique du palais et auraient prié Dieu. Bientôt, il y eut une amélioration chez le roi malade, une amélioration que Joséphine attribua au pouvoir de la prière.

Cependant, Oscar mourut en 1859 et Joséphine devint veuve.

En 1872, Joséphine se rendit au Portugal pour rendre une dernière visite à sa sœur mourante, Amélie de Leuchtenberg, veuve de l'empereur du Brésil, Pierre Ier. Par Paris, elle arriva à Madrid où elle fut reçue par le roi d'Espagne, Amédée Ier à l’Escurial. À Lisbonne, elle rencontra sa sœur malade des poumons pendant une quinzaine de jours. Une chose dont elles discutèrent probablement est le testament d'Amélie qui fit de Joséphine la principale héritière de la grande fortune d'Amélie. Joséphine prit également en charge l'Hospicio Donna Maria Amélia, une maison de repos et de soins du poumon située à Madère, du nom de la fille d'Amélie, Marie-Amélie, décédée en 1853. Le voyage dura plusieurs années, passant par Lourdes et en Bavière. En rentrant chez elle le , elle reçut un télégramme à Hambourg indiquant que son fils Charles XV était très malade. Le roi, malade, mourut le même jour à Malmö et Joséphine s'y rendit deux jours plus tard.

En , Joséphine se rendit à Rome pour rencontrer le pape. Le voyage fut entrepris incognito en tant que comtesse de Tullgarn. À Rome, elle fut reçue par le roi Victor-Emmanuel II qui l'accompagna dans Rome. Elle fut reçue par le pape Pie IX, avec lequel elle était en contact par lettre depuis les années 1850. Elle profita également de l'occasion pour voir les sites touristiques de Rome. Malgré son âge, elle se dépêcha de grimper jusqu'au dôme de Saint-Pierre. En rentrant chez elle, elle resta dans sa ville natale de Milan et également à Bologne, où Napoléon l’avait nommée princesse de Bologne, titre qu'elle avait occupé jusqu'à l'âge de sept ans. À Tegernsee, en Bavière, elle avait l'intention de rencontrer son oncle Charles de Bavière; malheureusement, celui-ci fut désarçonné par son cheval quelques jours avant la rencontre et décéda sur le coup. À Salzbourg, elle eut la chance de rencontrer l'ex-impératrice des Français, Eugénie de Montijo, veuve de Napoléon III.

Au cours de l'hiver 1875/1876, la reine douairière Joséphine s'affaiblit et le , elle fut atteinte d'une pneumonie compliquée d'une maladie cardiaque le . Elle demanda à l'ancien ministre de la Justice, Louis De Geeratt, d'être son exécuteur testamentaire pour une fortune de 9,5 millions de couronne suédoise. Le , elle reçut les derniers sacrements et le à 15 h 30, elle rendit l’âme. Ses dernières paroles furent; « Ce que je suis heureuse! ... Maintenant je rentre chez moi ... Je te remercie, mon Dieu! ». Les funérailles eurent lieu le dans le Seraphim Hall du château de Stockholm, selon les rites de l'Église catholique. Le lendemain, les funérailles eurent lieu dans l'église de Riddarholmen. Une mémoire fut dite par l'archevêque Anton Niklas Sundberg puis le cercueil fut placé dans la crypte des Bernadotte.

 Portrait de la famille Bernadotte en 1837 par Fredric Westin.

Portrait de la famille Bernadotte en 1837 par Fredric Westin.

Oscar Ier (en norvégien : Oskar Ier), né le à Paris et mort le à Stockholm, est roi de Suède et de Norvège de 1844 à sa mort.

Seul fils de Jean-Baptiste Bernadotte (Charles XIV), il est le premier souverain de la maison Bernadotte à comprendre et parler le suédois. Il joue un rôle important dans l'enracinement en Scandinavie de cette nouvelle dynastie.

Oscar Ier voit le jour le à Paris au 291 de la rue Cisalpine (aujourd'hui 32 rue de Monceau), dans l'ancien premier arrondissement de Paris. Une plaque commémorative est apposée sur cet édifice le .

Il est le fils unique de Jean-Baptiste Bernadotte et de Désirée Clary. Baptisé Joseph François Oscar, il est nommé Joseph d'après son parrain et oncle Joseph Bonaparte, le mari de la sœur ainée de sa mère Julie Clary. Le prénom Oscar, d'origine celtique, provient du cycle poétique Ossian, particulièrement apprécié de Napoléon Bonaparte. Il passe ses premières années en France, et grandit aux côtés de sa mère et sa tante, en partie à Paris, en partie au château de Mortefontaine, la résidence de campagne de Joseph Bonaparte au nord de Paris. En 1807, il obtient son premier précepteur, Louis Le Moine.

Le roi de Suède Charles XIII n'ayant pas d'héritiers légitimes, le père d'Oscar est proposé comme candidat au trône de Suède en 1810. L'un des arguments en faveur de son élection est qu'il a déjà un fils et que la future succession au trône de Suède est donc assurée. Le , Bernadotte est élu prince héritier de Suède par une Diète réunie à Örebro. Un portrait du jeune Oscar est distribué lors de la Diète, servant de levier à l'élection de Bernadotte. Deux mois plus tard, le , Bernadotte est officiellement adopté par le roi sous le nom de « Carl Johan » et nommé prince héritier de Suède ; Oscar quant à lui reçoit le titre de prince de Suède avec le prédicat d'altesse royale et reçoit également le titre de duc de Södermanland du roi Charles XIII.

Le nouvel héritier quitte la France en octobre, tandis que sa femme et Oscar le rejoignent en à Stockholm. Alors qu'Oscar s'acclimate rapidement à la vie à la cour royale, sa mère a du mal à s'adapter et méprise le froid. En conséquence, elle quitte la Suède à l'été 1811 et n'y retourne qu'en 1823.

Oscar, accompagné en Suède par Le Moine, se voit immédiatement assigner un gouverneur, le baron de Cederhielm, ainsi qu'un professeur de suédois, le bibliothécaire de la Bibliothèque royale Per Adam Wallmark (sv). Il apprend rapidement cette langue, ce qui lui permet de servir d'interprète à son père. De nombreuses figures importantes font partie de son équipe pédagogique, parmi lesquelles Adolf Fredrik Lindblad comme professeur de piano, le peintre Fredrik Westin, le poète Per Daniel Amadeus Atterboom ou le prêtre Johan Olof Wallin (sv) pour l'éducation religieuse.

À l'automne 1819, il devient étudiant à l'université d'Uppsala. Il est le premier prince suédois à étudier à l'université. Ses enfants suivent son modèle et cela devient une tradition encore appliquée de nos jours.

En 1824 et en 1833, le prince héritier est brièvement vice-roi de Norvège. En 1838, le roi commence à soupçonner son héritier de comploter avec le Parti libéral afin d'entraîner un changement de ministère, voire son abdication. Si Oscar n'aide pas concrètement l'opposition à cette occasion, sa désapprobation du comportement despotique de son père est de notoriété publique, bien qu'il ait toujours évité une réelle rupture. En 1839, il rédige une série d'articles sur l'éducation de masse et, en 1841, un texte anonyme, Om Straff och straffanstalter, défendant l'idée d'une réforme du système carcéral.

Son libéralisme est des plus prudents et des plus modérés, comme l'opposition le découvre à son grand regret peu après son accession au trône le . Il refuse d'entendre parler de la moindre réforme radicale de la Constitution de 1809. L'une de ses premières mesures est toutefois d'établir la liberté de la presse. Il met en place une égalité formelle entre ses deux royaumes en introduisant de nouveaux drapeaux. L'essentiel de la législation édictée pendant le règne d'Oscar Ier a comme objectif d'améliorer les positions économiques de la Suède et le Riksdag, dans la déclaration qu'il lui adresse en 1857, déclare qu'il a plus amélioré la prospérité matérielle du royaume que n'importe lequel de ses prédécesseurs.

Dans le domaine des affaires étrangères, Oscar Ier est un partisan de la défense des nationalités. En 1848, il soutient le Danemark contre la Prusse lors de la première guerre de Schleswig ; il positionne des troupes suédoises et norvégiennes en Fionie et au nord du Schleswig (1849-1850) ; il négocie la trêve de Malmö du . Il est également l'un des garants de l'intégrité du Danemark (traité de Londres, ).

Dès 1850, Oscar Ier conçoit un plan d'union dynastique des trois royaumes scandinaves (panscandinavisme), mais les difficultés qui surgissent l'obligent à abandonner ce plan. Il réussit toutefois à renverser la politique obséquieuse de son père envers la Russie. Sa crainte que celle-ci ne réclame une partie de la côte le long du Varangerfjord le conduit à rester neutre durant la guerre de Crimée et, en conséquence, à conclure une alliance avec le Royaume-Uni et la France le dans le but de préserver l'intégrité territoriale de la Scandinavie.

Oscar Ier meurt le à l'âge de 60 ans. Sa dépouille est inhumée dans la crypte située sous la chapelle Bernadotte de l’église de Riddarholmen de Stockholm. Son fils aîné lui succède sur le trône sous le nom de Charles XV (en Suède) et Charles IV (en Norvège).

 Le prince héritier Charles Jean de Suède. Huile sur toile de François Gérard, 1811.

Le prince héritier Charles Jean de Suède. Huile sur toile de François Gérard, 1811.

Ses parents :

Jean-Baptiste Jules Bernadotte (Jean Bernadotte selon son baptême), né le à Pau et mort le à Stockholm, est un militaire français devenu roi de Suède en 1818 après avoir été choisi par le Parlement suédois comme héritier et régent du roi Charles XIII. Il fut roi de Suède sous le nom de Charles XIV Jean (en suédois Karl XIV Johan) et roi de Norvège sous le nom de Charles III Jean (en norvégien Karl III Johan) de 1818 jusqu'à sa mort.

Il s'engagea dans l'armée française en 1780 et connut un avancement rapide sous la Révolution française, atteignant le grade de général en 1794 après avoir longtemps végété dans des fonctions subalternes. Il se distingua à plusieurs reprises sur les champs de bataille et occupa également, pendant une courte période, le poste de ministre de la Guerre. Ses relations avec Napoléon Bonaparte furent houleuses, mais les deux hommes se réconcilièrent en 1804 et Bernadotte fut élevé à la dignité de maréchal d'Empire, la plus haute distinction militaire du pays. Il participa aux campagnes napoléoniennes à la tête d'un corps d'armée, mais son inaction le jour de la bataille d'Auerstaedt en 1806 et le mauvais comportement de ses troupes à celle de Wagram en 1809 lui attirèrent les critiques de l'Empereur.

En 1810, il fut choisi par le Parlement suédois comme héritier du roi Charles XIII, vieux, malade et sans enfants, prenant alors le nom de Charles Jean et le titre de régent du royaume. Alors que sa nomination laissait entrevoir une amélioration des relations entre la France et la Suède ainsi que la possibilité pour cette dernière de recouvrer la Finlande, le nouveau prince héritier conduisit la politique étrangère suédoise dans une direction totalement opposée en s'alliant avec la Russie et le Royaume-Uni contre l'Empire français. Il accepta d'entrer dans la Sixième Coalition contre Napoléon en 1813, prenant personnellement la tête de l'armée du Nord, et obtint en contrepartie que la Norvège fût cédée à la Suède. Cette revendication fut satisfaite par le traité de Kiel de 1814, ratifié quelques mois après la victoire des Alliés à la bataille de Leipzig. Les Norvégiens s'étant rebellés contre la domination suédoise, Charles Jean mena une brève campagne militaire qui se solda par la convention de Moss et l'entrée de la Norvège dans une union personnelle avec la Suède.

Il monta sur les trônes suédois et norvégien en après la mort de Charles XIII/II. En tant que nouveau souverain, Charles Jean s'efforça d'améliorer l'économie du pays en équilibrant le budget intérieur avec le paiement de la dette extérieure et en développant les infrastructures, avec par exemple la construction du canal Göta. Il essaya également de rapprocher la Norvège de la Suède par le biais d'un projet de fusion territoriale mais se heurta à l'opposition du Parlement norvégien. La politique étrangère qu'il mit en œuvre permit de maintenir les droits de douane à un niveau relativement acceptable, et le royaume connut sous son règne une période de paix sur le plan intérieur tout en adoptant une attitude neutre dans les affaires internationales. Ses adversaires libéraux lui reprochèrent néanmoins son entêtement, particulièrement manifeste au cours des années 1830, ce qui incita le roi à effectuer certaines concessions dans les dernières années de son règne. Il mourut en 1844 à l'âge de 81 ans et fut remplacé par son fils Oscar Ier.

Jean-Baptiste Bernadotte naquit le à Pau, dans l'ancienne province de Béarn, au sud-ouest du royaume de France. Il était le dernier d'une fratrie de trois enfants qui comprenait un frère, Jean, et une sœur, Marie, issus du mariage d'Henri Bernadotte et de Jeanne de Saint-Jean. La famille Bernadotte appartenait à la bourgeoisie de robe et était établie à Pau depuis plusieurs générations.

La venue au monde de l'enfant fut prématurée et il fut baptisé dès le lendemain à l'église. Prénommé Jean à sa naissance, il reçut en complément le nom de Baptiste en l'honneur de saint Jean-Baptiste. Son père, avocat de profession, exerçait la charge de procureur du roi dans un petit tribunal de province. Sa fortune était si peu considérable qu'il dut attendre l'âge de 43 ans pour se marier, et il mourut peu de temps après le 17e anniversaire de son fils cadet.

Le nouveau-né fut confié pendant un an aux soins d'une nourrice à quelques kilomètres de Pau. Ses relations avec sa mère ne furent sans doute pas très bonnes car il ne lui rendit visite qu'une seule fois après son engagement dans l'armée. Il fut éduqué chez les bénédictins mais il est possible qu'il reçût une partie de son instruction au domicile familial, comme cela se faisait couramment à l'époque. À l'âge de 15 ans, il commença à travailler comme apprenti chez Jean-Pierre de Batsalle, un avocat réputé de Pau.

Les soldats du Royal-La Marine pris à partie par la foule lors de la journée des Tuiles à Grenoble, le 7 juin 1788. Huile sur toile d'Alexandre Debelle conservée au musée de la Révolution française à Vizille.

Les soldats du Royal-La Marine pris à partie par la foule lors de la journée des Tuiles à Grenoble, le 7 juin 1788. Huile sur toile d'Alexandre Debelle conservée au musée de la Révolution française à Vizille.

Son père mourut le , laissant sa famille dans une situation financière difficile. Le de la même année, Bernadotte s'engagea comme simple soldat dans le régiment Royal-La Marine, une unité particulièrement utilisée dans la protection des colonies et des ports. Après avoir effectué son instruction à Collioure, alors âgé de 18 ans, il fut envoyé en service actif en Corse. Il y resta deux ans en garnison et fut affecté à la compagnie de grenadiers de son régiment le . Il rentra chez lui à l'automne suivant en congé maladie, suivit ensuite son régiment en garnison dans plusieurs villes parmi lesquelles Besançon, Grenoble, Vienne, Marseille ainsi qu'en Charente-Maritime, avant de s'absenter de nouveau au printemps 1784 pour raisons de santé.

Le , Bernadotte fut promu caporal, puis sergent le confia diverses tâches : il fut ainsi tour à tour chargé de trouver de nouvelles recrues, de fournir des uniformes et de donner des cours d'escrime aux soldats. En 1788, son régiment fut envoyé à Grenoble et Bernadotte fut promu au grade de sergent-major le . Un mois plus tard, le , éclata la journée des Tuiles, considérée comme un prélude à la Révolution française. Selon l'historien Alan Palmer, ce fut Bernadotte qui commanda les troupes chargées de la répression de l'émeute. Pour Dunbar Plunket Barton, ce dernier participa effectivement aux événements mais sans y jouer un rôle particulier, l'auteur réfutant le récit de Michelet selon lequel Bernadotte aurait fait tirer sur la population. Le Royal-La Marine fut dirigé au printemps 1789 à Avignon puis à Marseille durant l'été, alors que la ville était déjà en proie à des troubles révolutionnaires. Le , Bernadotte fut promu adjudant sous-officier, qui était alors le plus haut grade qu'un roturier pût atteindre dans l'armée royale. Son avancement fut bloqué à compter de cette date et il fallut attendre les développements ultérieurs de la Révolution pour que Bernadotte fût promu de nouveau.

Durant son séjour à Marseille, Bernadotte fit à plusieurs reprises preuve d'initiative. Peu après son arrivée dans la ville, il vint en aide à son colonel, le marquis d'Ambert, dans un conflit avec les autorités locales et lui évita d'être lynché par une foule en colère. Une autre fois, alors qu'il se trouvait dans le village de Lambesc, non loin de Marseille, il parvint, grâce à son éloquence, à empêcher ses camarades de se mutiner. L'incident se serait déroulé à l'intérieur d'une église où certains des soldats étaient logés et Bernadotte serait monté sur une chaire pour prononcer un sermon qui aurait rapidement mis fin au désordre. L'épisode reste controversé mais il semble qu'à cette période le régiment de Bernadotte était beaucoup moins sujet aux désertions que la plupart des autres unités.

 

La Révolution française éclata en . À l'automne 1790, le régiment de Bernadotte fut transféré sur l'île d'Oléron avant d'être envoyé en sur l'île de Ré, où il resta pendant un an. Bernadotte fut nommé lieutenant en et chargé de commander le dépôt du 36e régiment d'infanterie à Saint-Servan, en Bretagne. Peu de temps après, son unité reçut l'ordre de marcher vers l'est. À la même époque, la Révolution entra dans une phase plus radicale et des commissaires politiques furent désignés pour surveiller l'armée. Le régiment de Bernadotte fut dirigé sur la ville allemande de Bingen am Rhein après la victoire française de Valmy et y séjourna pendant l'hiver.

Les hostilités reprirent au printemps 1793, lorsque les troupes prussiennes franchirent le Rhin et commencèrent à faire pression sur les Français. L'Espagne ayant rejoint la coalition contre la France, Bernadotte tenta vainement d'être transféré à l'armée des Pyrénées-Occidentales avec l'appui de son frère. Dans une lettre à ce dernier, il raconta comment il était parvenu à empêcher la panique de gagner ses soldats lors d'une attaque des Impériaux au sud de la ville de Spire, en . Ce fut la première fois que Bernadotte parvint à maintenir la cohésion de ses troupes sous le feu en excitant les hommes par son ardeur.

Ses brillants états de service lui assurèrent une promotion rapide au sein de l'armée. Nommé capitaine en après s'être signalé dans des combats autour de Spire et de Mayence, son grade fut officiellement confirmé l'année suivante par le ministère de la Guerre et il fut promu chef de bataillon le . Ce dernier avancement intervint alors que le 36e d'infanterie avait quitté les rives du Rhin pour se porter au sud des Pays-Bas, combattant les forces britanniques à Wervik et Menin en essayant de se frayer un passage jusqu'à Ostende.

Bernadotte reçut les épaulettes de chef de brigade le et fut placé à la tête de la 74e demi-brigade. Cette unité de formation récente, composée pour moitié de soldats réguliers et pour moitié de volontaires, fut déployée sur la Sambre et la Meuse. Les premiers engagements ne se passèrent toutefois pas très bien et Bernadotte dut une fois de plus s'exposer personnellement pour empêcher ses troupes de céder face à l'ennemi.

Le , il se fit remarquer à la bataille de Fleurus en expulsant les Autrichiens d'un bois. Le général Kléber lança une pétition en faveur de l'élévation de Bernadotte au grade de général de brigade, pour « traits de bravoure et actions d'éclat », ce qui fut fait le . Il participa ensuite à la bataille de la Roer en octobre et au siège de Maastricht de septembre à novembre, ce qui lui valut d'être nommé général de division le .

Contrairement à la plupart des autres commandants, Bernadotte s'attacha à respecter les populations locales et à maintenir une stricte discipline parmi ses troupes pour éviter le pillage. Sa correspondance révèle qu'il était un chef travailleur et impliqué dans ses fonctions, s'efforçant d'assurer l'approvisionnement en nourriture des unités placées sous ses ordres et de procurer de meilleurs soins aux malades et aux blessés. Il avait ainsi l'habitude d'envoyer des instructions détaillées aux hôpitaux de campagne sur la façon dont ils devaient fonctionner ou sur le type de traitement que les patients devaient recevoir, ce qui était extrêmement inhabituel chez les généraux de l'époque.

En 1795, il prit part à d'autres opérations militaires sur la Sambre et la Meuse. Au mois de décembre, ses troupes se rendirent à Bad Kreuznach dans le Palatinat. Plusieurs soldats de sa division tentèrent de voler et d'extorquer les habitants, mais Bernadotte fit punir les coupables et indemniser les familles qui avaient été victimes de ces abus. Ses hommes passèrent ensuite l'hiver dans la ville de Boppard avant de traverser le Rhin à Neuwied le .

L'armée de Sambre-et-Meuse commandée par le général Jourdan se heurta cependant à une résistance autrichienne déterminée qui la força à évacuer Darmstadt et Nuremberg et à se replier sur Ratisbonne. Des contingents français situés à Deining, Neumarkt et dans le Haut-Palatinat furent également contraints de battre en retraite. Bernadotte, à la tête de l'arrière-garde, fit preuve de compétence stratégique en se repliant face à des forces autrichiennes quatre fois supérieures aux siennes, avec des pertes relativement négligeables. Il tomba malade peu après au mois de septembre. Alors que la campagne s'était achevée sur un échec français, Bernadotte fut salué pour son exploit. Il passait alors pour être l'un des meilleurs généraux de l'armée de Sambre-et-Meuse.

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La bataille de Fleurus, le 26 juin 1794, où Bernadotte s'illustra. Huile sur toile de Jean-Baptiste Mauzaisse, 1837, château de Versailles.

L'évacuation de la Bavière par les troupes républicaines mit fin aux opérations françaises dans ce secteur. À l'automne 1796, Bernadotte fut nommé gouverneur de Coblence. Il était fier de la discipline qu'il avait réussi à instaurer parmi ses régiments, et lorsqu'un journal l'accusa d'avoir laissé ses hommes se livrer au pillage dans la ville de Nuremberg, lors de la dernière campagne, Bernadotte sollicita un congé pour venir se défendre à Paris. Carnot refusa au motif que des troupes supplémentaires ne seraient pas de trop pour prêter main-forte aux forces françaises déployées en Italie. Au début de l'année 1797, Bernadotte fut ainsi désigné pour conduire une armée de renfort en Lombardie afin de soutenir le général Napoléon Bonaparte contre les Autrichiens.

Bernadotte se mit en route avec 20 000 hommes, répartis en deux divisions, et atteignit le massif du Mont-Cenis en passant par Dijon, Lyon et Chambéry ; de là, il se dirigea vers Suse puis Turin situés en territoire piémontais. Cette grande marche à travers les Alpes, accomplie en plein hiver et en dépit des tempêtes de neige, fut considérée comme un exploit remarquable pour l'époque. Les divisions de Bernadotte firent leur entrée à Milan le mais l'accueil fut glacial. Le général eut notamment maille à partir avec le gouverneur militaire de la ville, le colonel Dupuy, qu'il fit arrêter pour insolence et insubordination. Ce que Bernadotte ne savait pas, c'était que Dupuy était un proche du général Louis-Alexandre Berthier, chef d'état-major de Bonaparte. Mis au courant de l'incident, Berthier adressa une lettre de blâme à Bernadotte à laquelle ce dernier riposta vivement, scellant le début d'une longue inimitié entre les deux hommes.

De son côté, Bonaparte choisit d'ignorer cet incident car il avait été impressionné par le périple effectué par Bernadotte et ses troupes. Il lui confia le commandement de la 4e division de l'armée d'Italie placée à l'avant-garde de l'aile droite française, qui constituait le pivot de l'offensive que Bonaparte s'apprêtait à déclencher contre les Impériaux. Lorsque celle-ci débuta le , les troupes républicaines franchirent le Piave avant de s'arrêter sur les rives du fleuve Tagliamento, dont le passage était gardé par l'armée autrichienne. Selon certaines sources, Bernadotte parvint à traverser le cours d'eau en usant d'un stratagème qui surprit ses adversaires ainsi que l'officier de l'état-major de Bonaparte qui l'accompagnait. Selon un autre de ses biographes, voyant ses soldats hésiter à entrer dans l'eau, il donna personnellement l'exemple en descendant de cheval et en conduisant l'attaque sous le feu ennemi. Il emporta peu après la forteresse de Gradisca d'Isonzo par un assaut frontal qui coûta 500 hommes à sa division. Napoléon jugea ces pertes excessives mais Bernadotte se plaignit de l'ambiguïté des ordres donnés par le général en chef.

 

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Les troupes de Bernadotte occupèrent ensuite la ville de Postojna où elles firent preuve de discipline et reçurent un bon accueil de la part des habitants. Suivant les ordres du général en chef, elles s'emparèrent également d'Idrija pour affermir la présence française en Carniole. Une fois cette mission achevée, Bernadotte se rendit à Leibach via Klagenfurt pour rejoindre Bonaparte en Styrie. Les deux hommes se retrouvèrent au château d'Eggenberg de Graz où se tenaient des pourparlers de paix. Ce fut là que Bernadotte eut sa première expérience de la politique européenne. Un armistice fut signé le et les forces françaises commencèrent à évacuer les territoires du Saint-Empire. Bernadotte fut nommé gouverneur de la province de Frioul, fonction qui lui procura une grande responsabilité administrative aussi bien dans le domaine civil que militaire.

En , Bernadotte, sur ordre de Bonaparte, rentra à Paris, officiellement pour présenter au Directoire des drapeaux pris à l'ennemi, en même temps que le général Augereau dont la mission était de mener un coup d'État contre l'exécutif. Selon Alan Palmer, le véritable motif de ce rappel était de détacher Bernadotte, réputé pour son indépendance de caractère, de sa division qui lui était fidèle et de rendre compte des développements politiques de la campagne. Plunket Barton écrit que « les historiens ne sont pas d'accord sur les mobiles de Bonaparte envoyant Bernadotte. Était-ce pour aider Augereau ? Barras le pensait. Ou pour le compromettre ? Ou bien pour avoir un correspondant indépendant à Paris ? Il y avait envoyé son aide de camp, Lavalette, qui était en relations avec les Royalistes. De cette façon, il avait un correspondant dans chaque camp. Peut-être Bonaparte avait-il en vue tout cela ». Torvald Höjer estime que l'envoi de Bernadotte à Paris n'était peut-être pas étranger au coup d'État du 18 fructidor mais note que le général, après avoir hésité, décida de ne pas soutenir la conspiration, qui se solda par l'éviction des directeurs royalistes. Lors de son séjour dans la capitale, Bernadotte fit la connaissance de plusieurs membres de l'élite politique et sociale française, parmi lesquels Germaine de Staël avec qui il resta en contact étroit.

Bonaparte ne voulait pas d'un retour de Bernadotte en Italie et s'arrangea pour que ce dernier fût nommé commandant en chef de l'armée du Sud de la France, mais Bernadotte déclina le poste et rejoignit sa division qui stationnait à Udine, dans le Frioul. Le , les deux hommes assistèrent à un dîner de gala organisé à la villa Manin. Au cours du repas, Napoléon humilia Bernadotte devant tous les autres invités en l'accusant de n'avoir aucune connaissance militaire classique. Cet incident marqua fortement Bernadotte qui passa l'hiver suivant à lire des livres consacrés à l'histoire et à la théorie militaire. Il est probable que l'algarade contribua également à durcir les relations entre Bernadotte et le futur empereur.

La guerre prit fin avec la signature du traité de Campo-Formio le et Bonaparte quitta la péninsule italienne. En prévision d'un éventuel débarquement en Grande-Bretagne, des ponctions furent effectuées sur l'armée d'Italie et Bernadotte, en dépit de ses protestations, dut se séparer d'une partie de ses troupes. Il réclama alors d'être transféré dans les colonies. Le Directoire lui attribua le commandement de l'île de Corfou, mais alors que Bernadotte était sur le point de partir, Napoléon obtint l'annulation de cette décision. Bernadotte fut nommé à la place commandant en chef de toutes les forces françaises en Italie. Le général était satisfait de cette promotion mais Napoléon intrigua une nouvelle fois auprès du ministre des Relations extérieures, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, pour que Bernadotte fût envoyé comme ambassadeur à Vienne.

Bernadotte fut officiellement nommé ambassadeur en Autriche le , à une époque cruciale pour la diplomatie française. La fonction en elle-même, qu'il jugeait très inférieure à ses ambitions, ne l'enthousiasmait guère mais il était plus intéressé par le montant de sa rémunération, laquelle s'élevait à l'importante somme de 144 000 francs. Le choix de Bernadotte pour l'ambassade fut accueilli avec stupéfaction en Autriche et de nombreuses lettres de protestation furent adressées à Talleyrand ; celles-ci demeurèrent néanmoins sans effet car le général était déjà parti pour Vienne. Bernadotte arriva dans la capitale autrichienne au mois de février et fut logé dans le palais Caprara-Geymueller. Il présenta ses lettres de créance à l'empereur François II le et, contre toute attente, fit bonne impression à la cour impériale.

Une tâche considérable l'attendait pourtant : l'Autriche avait en effet été l'adversaire le plus acharné de la France révolutionnaire et son gouvernement considérait que la paix entre les deux États n'était pas faite pour durer. Du fait de ce climat tendu, Bernadotte était escorté par la police locale dans tous ses déplacements. Sa liberté de mouvement s'en trouva considérablement restreinte, même s'il effectuait parfois des promenades à cheval dans Peter Park quand il ne se trouvait pas à l'ambassade. Au cours de son séjour à Vienne, il s'entretint avec des royalistes français en exil et reçut également la visite des compositeurs Johann Nepomuk Hummel et Ludwig van Beethoven.

Alors que l'opinion publique autrichienne était majoritairement hostile à la France, la plupart des fonctionnaires de l'ambassade étaient des républicains fanatiques, ce qui ne laissait à Bernadotte qu'une faible marge de manœuvre. Il avait même parmi ses collaborateurs un Polonais qui haïssait l'Autriche pour son rôle dans la partition de la Pologne. La presse locale véhicula la rumeur selon laquelle l'ambassadeur aurait interdit à ses employés d'arborer la cocarde tricolore pour éviter toute provocation. L'information parvint à la connaissance du Directoire et Talleyrand envoya à Bernadotte une missive qui fut probablement interprétée comme une réprimande, à une période où tout manque de ferveur révolutionnaire était considéré comme suspect.

Bernadotte fit alors hisser le drapeau français devant l'ambassade le . La population viennoise en colère entoura rapidement le bâtiment et des fenêtres furent brisées. La situation s'aggrava lorsque Bernadotte sortit du bâtiment et menaça la foule avec son sabre. Plusieurs attelages furent mis en pièce, le drapeau français fut brûlé et la multitude tenta de prendre d'assaut l'édifice. Après cinq heures d'agitation, l'arrivée des troupes autrichiennes permit finalement le retour au calme.

Profondément déçu de l'attitude des Autrichiens, Bernadotte quitta Vienne deux jours plus tard. Son séjour dans la capitale autrichienne suscita de nombreuses réactions au sein de la Coalition, en particulier chez les Britanniques. Le chancelier impérial Thugut déclara que l'attitude de l'ambassadeur était de nature à rallumer la guerre, tandis que Bernadotte compara son ambassade en Autriche à un exil et argua qu'il avait reçu l'ordre de faire respecter les symboles de la République. L'une des conséquences indirectes de l'incident du drapeau fut l'abandon du blocus de Cadix par la flotte britannique, laquelle fit voile vers la Méditerranée pour y livrer la bataille d'Aboukir au mois d'août.

 

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Désirée Clary, qui épousa Bernadotte en 1798. Huile sur toile de François Gérard, 1808, Palais royal de Stockholm.

De retour en France, Bernadotte se vit offrir le poste d'ambassadeur en République batave, mais il refusa au motif qu'il en avait assez de servir dans la diplomatie. Sans affectation, il décida de louer une maison de campagne à Sceaux pour s'y reposer et se consacra assidûment à la lecture. Il se rendait parfois à Paris pour rendre visite à Joseph Bonaparte, le frère aîné de Napoléon, qu'il avait rencontré pendant la campagne d'Italie. Il entretint également des contacts avec les membres du Directoire qui siégeaient au palais du Luxembourg.

Par l'intermédiaire de Joseph et de sa femme Julie Clary, Bernadotte fit la connaissance de la sœur de cette dernière, Désirée Clary, fille d'un négociant de Marseille avec laquelle Napoléon avait eu une relation par le passé. Ils tombèrent amoureux et se marièrent le . En plus de la dot substantielle apportée par Désirée, cette union fut profitable à Bernadotte sur le plan politique. Le couple emménagea d'abord dans la maison de Bernadotte à Sceaux mais, s'y jugeant trop à l'écart des cercles parisiens, les deux époux jetèrent finalement leur dévolu sur une résidence de la capitale située non loin de celle de Joseph et de Julie.

En octobre, Bernadotte prit le commandement d'une division à Giessen, à l'est du Rhin, où il fit preuve de respect à l'égard des populations civiles. Il s'intéressa également aux travaux de l'université locale qui lui décerna par la suite un doctorat honorifique, ce qui le flatta énormément. Ces traits de caractère peu communs pour un général de son temps lui valurent d'être admiré et il manifesta toute sa vie un grand intérêt pour les questions scientifiques et artistiques.

Il fut rappelé à Paris en novembre 1798 pour prendre la tête de l'armée d'Italie. Un an plus tôt, Bernadotte aurait sans doute accepté le poste sans réfléchir, mais il préféra se montrer prudent pour cette fois : en effet, les moyens qui lui étaient attribués étaient insuffisants à ses yeux et il réclama 20 000 soldats supplémentaires. Ses exigences déplurent au ministre de la Guerre Barthélemy Louis Joseph Schérer qui décida de prendre lui-même le commandement des troupes tandis que Bernadotte fut renvoyé à Giessen.

Lorsque la guerre se ralluma en entre la France et les pays membres de la Deuxième Coalition, les erreurs commises par le Directoire et l'état d'impréparation des troupes entraînèrent de nombreuses déconvenues sur le plan militaire. Bernadotte, en sous-effectif, assiégea vainement la forteresse de Philippsbourg avant de tomber malade début avril. Après quelques semaines de convalescence en Allemagne, il rentra à Paris au mois de juin, à une époque où les rivalités politiques étaient exacerbées. L'un des principaux personnages du Directoire, Paul Barras, lui confia le commandement des troupes de la capitale. À la même période, il fut pressé par ses aides de camp et Joseph Bonaparte de soutenir le coup d'État du 30 prairial () mais il choisit finalement de se tenir à l'écart des événements. Le , Désirée, enceinte depuis la fin de l'année précédente, donna naissance à leur fils unique, Joseph François Oscar Bernadotte.

En Italie, la campagne militaire de Schérer tourna au désastre et le clan Bonaparte suggéra à l'un des directeurs, Sieyès, de confier à Bernadotte le ministère de la Guerre. Après une période d'hésitation, ce dernier accepta et prit ses fonctions le . Ses nouvelles responsabilités faisaient de lui, dans la pratique, le commandant en chef de toutes les armées françaises. Il œuvra à la réorganisation de l'armée, qui avait subi plusieurs défaites face aux armées de la Coalition, promut de nouveaux généraux, envoya de la nourriture et des uniformes neufs sur le front pour remonter le moral des troupes et s'assura du paiement régulier de la solde, ce à quoi il avait été familiarisé du temps où il servait comme simple soldat. Il fit également publier dans les journaux des proclamations enthousiastes qui incitèrent bon nombre d'anciens soldats à reprendre du service. Il montra aussi un vif intérêt pour les services médicaux et s'efforça d'améliorer la qualité des soins en faisant effectuer des inspections fréquentes dans les hôpitaux militaires.

Bernadotte entretenait avec les autres ministres des relations assez tendues, allant même jusqu'à menacer avec son sabre le ministre des Finances qui l'informait que l'argent manquait pour payer les fournisseurs de l'armée. Plusieurs de ses collègues furent cependant impressionnés par sa capacité à mémoriser les détails et par la rapidité avec laquelle il organisa les renforts pour contrer le débarquement anglo-russe en République batave. À la même époque, il se mit à critiquer de plus en plus ouvertement la politique du Directoire dont l'impopularité était grandissante, et afficha une certaine proximité avec les jacobins. Sieyès, redoutant qu'il ne préparât un coup d'État, obtint sa démission du ministère le

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Bernadotte refusant de soutenir le coup d'État de Bonaparte le jour du 18 brumaire. Illustration d'Henri Félix Emmanuel Philippoteaux.

Bonaparte revint d'Égypte en et fut accueilli avec enthousiasme sur le sol français. Bernadotte estimait pour sa part que le comportement du général, qui avait transmis le commandement de son armée à Kléber dans des conditions mal établies, devait être sanctionné et il fit vainement pression sur Barras pour l'inciter à traduire Bonaparte en cour martiale. Dix jours après l'arrivée de ce dernier, cédant aux pressions de Joseph et de Désirée, il se rendit au domicile de Napoléon, qu'il n'avait pas revu depuis la signature du traité de Campo-Formio, mais la réunion ne se passa pas très bien. Dans les jours qui suivirent, les deux hommes se rencontrèrent plusieurs fois mais Bonaparte ne l'informa qu'au dernier moment de son projet de coup d'État. Lorsqu'il prit conscience de la situation, Bernadotte refusa catégoriquement de le soutenir, déclarant qu'il « préférerait être mis en pièces plutôt que de contribuer à asservir son pays ».

De fait, malgré des sollicitations tant de la part du Directoire que des conjurés, Bernadotte ne joua aucun rôle dans les événements qui se préparaient. Les 18 et 19 brumaire (8 et ), Bonaparte passa à l'action, jeta à bas les institutions du Directoire et proclama le Consulat, lui-même s'octroyant le titre de Premier consul. Par crainte de représailles, Bernadotte chercha refuge, avec sa femme et son fils, auprès du général Jean Sarrazin. Le coup d'État du 18 Brumaire mit fin à sa carrière politique en France, les rênes du pouvoir passant dès lors quasi-exclusivement entre les mains de Napoléon.

Après son accession au pouvoir, le nouveau chef de l'État s'efforça de rester en bons termes avec les élites politiques du pays ; dans ce contexte, les compétences militaires et administratives de Bernadotte trouvèrent à s'exprimer. Le , il fut nommé conseiller d'État à la section de la guerre, puis désigné le suivant au poste de commandant en chef de l'armée de l'Ouest en Vendée. Napoléon avait songé au départ lui confier le commandement nominal de l'armée destinée à combattre en Italie, mais Bernadotte pensait qu'une affectation à l'armée de l'Ouest lui apporterait davantage de gloire ; en effet, une rumeur circulait selon laquelle des troupes britanniques se préparaient à débarquer en Bretagne. Napoléon quitta Paris au mois de mai pour affronter les Autrichiens en Italie tandis que Bernadotte se rendit à Rennes pour s'opposer à une éventuelle incursion anglaise. Sa mission fut toutefois largement en deçà de ses espérances : les Britanniques furent facilement repoussés et le quotidien des troupes se résuma à la lutte contre les insurgés royalistes de Cadoudal.

Bernadotte conserva le commandement de l'armée de l'Ouest jusqu'en 1802, mais effectua de fréquents séjours à Paris où il faisait toujours partie du Conseil d'État. À la même époque, plusieurs complots dirigés contre Napoléon furent découverts mais Bernadotte n'était impliqué de près ou de loin dans aucun d'eux. Bien que lavé de tout soupçon, ses relations avec le Premier consul étaient toujours tendues. Il vendit sa résidence parisienne le et fit l'acquisition du château de la Grange à Savigny-le-Temple, au sud-est de la capitale. Alors que Désirée préférait la plupart du temps rester à Paris en compagnie de sa mère ou de sa sœur, Bernadotte passa le plus clair de son temps dans sa maison de campagne lorsqu'il était en France.

La guerre contre la Deuxième Coalition reprit au mois de et Bernadotte espérait obtenir un commandement à l'étranger. La victoire du général Moreau à la bataille de Hohenlinden le précipita cependant la signature du traité de Lunéville qui mit fin aux hostilités. Bernadotte regagna son poste à l'armée de l'Ouest en pour se préparer à commander une division dans un projet de débarquement au Royaume-Uni, mais l'expédition fut annulée en raison des préliminaires de paix avec Londres. Bernadotte fut alors chargé de licencier l'armée de l'Ouest et se vit proposer successivement le poste d'ambassadeur à Constantinople et la lieutenance-générale de la Guadeloupe, qu'il refusa tous les deux. Il n'obtint finalement aucune fonction d'envergure et, selon les mots de son biographe Plunket Barton, Bernadotte termina l'année « déçu et mécontent ».

Durant le printemps 1802, le général séjourna à la campagne mais se rendit régulièrement à Paris. La période était marquée par une grande agitation politique et la loyauté de Bernadotte apparut suspecte aux yeux de Napoléon et de ses partisans. Comme d'autres officiers, ses déplacements étaient étroitement surveillés par la police secrète. Plusieurs hauts responsables militaires et politiques pensaient même que Bernadotte était prêt à user de moyens constitutionnels pour renverser le Premier consul. La même année, son nom fut associé au complot des libelles organisé à Rennes, lors duquel des pamphlets hostiles à Napoléon furent distribués à l'armée. La participation de Bernadotte à cette conspiration n'a jamais été prouvée, mais le chef de l'État s'emporta contre le général et alla jusqu'à déclarer qu'il devrait le faire fusiller. Bernadotte se retira à Plombières où il vécut un temps en disgrâce, malgré l'intercession du général Rapp en sa faveur auprès du Premier consul. Ce dernier, soucieux d'éloigner un potentiel rival, lui proposa à la fin de l'année 1802 le gouvernement de la Louisiane. Bernadotte se montra intéressé par l'offre. Il consulta le marquis de La Fayette, héros de la guerre d'indépendance américaine, et demanda à être accompagné de 3 000 soldats et d'autant de laboureurs, ce que Napoléon refusa.

Les tensions entre les deux hommes atteignirent leur paroxysme au mois de décembre lorsque Talleyrand approcha Bernadotte pour lui proposer le poste d'ambassadeur aux États-Unis. Sa nomination fut officiellement annoncée le , avec ordre de quitter la France dans les plus brefs délais, mais Bernadotte différa son départ. Furieux, Napoléon transmit le une nouvelle missive au général pour le sommer de s'en aller sur-le-champ, mais il fallut attendre le mois de mai pour que Bernadotte, accompagné de Désirée, se rendît à La Rochelle afin de s'embarquer sur un navire à destination du continent américain. Ce fut alors que la nouvelle de la rupture de la paix d'Amiens et la reprise des hostilités entre la France et l'Angleterre lui parvint. Il écrivit aussitôt à Napoléon pour l'informer que, dans ces circonstances, il renonçait à sa mission diplomatique et qu'il mettait son épée à la disposition du gouvernement.

Bernadotte resta néanmoins sans affectation et séjourna la plus grande partie de l'année 1803 sur ses terres de la Grange. Napoléon lui reprochait en effet le manque d'enthousiasme qu'il avait manifesté à l'idée d'être ambassadeur à Washington. Dans les premiers mois de 1804, il se rapprocha du cercle des généraux hostiles au pouvoir en place, mais contrairement à certains d'entre eux, comme Moreau, Bernadotte considérait qu'il n'était plus possible de préserver la République et que mieux valait en conséquence se rallier à Napoléon que de courir le risque d'une restauration monarchique. Le Premier consul, que Désirée tenait informé de l'état d'esprit de son mari, sentit que le moment d'un rapprochement était venu. Début mai, Bernadotte fut très surpris d'apprendre qu'il était convié à une entrevue avec le chef de l'État. Au cours de cet entretien, en dépit des rancunes et des suspicions passées, les deux hommes s'entendirent pour coopérer l'un avec l'autre et Bernadotte promit sa loyauté au futur régime impérial que Napoléon se préparait à instaurer. Le , il fut nommé gouverneur du Hanovre, nomination qui précéda de quatre jours seulement l'instauration de l'Empire et la proclamation de Napoléon comme empereur des Français. Le , Bernadotte fut élevé, avec dix-sept autres généraux, à la dignité de maréchal d'Empire, la plus haute distinction militaire du pays.

Bernadotte arriva à Hanovre le et y fut bien accueilli, sa réputation comme général et administrateur sur le Rhin l'ayant précédé. En l'espace de quelques semaines seulement, il démontra clairement au gouvernement local et à l'université de Göttingen que sa direction serait plus juste que celle de ses prédécesseurs. Sa popularité s'explique aussi par le comportement de nombre de ses collègues, prêts à s'enrichir par tous les moyens sur les territoires occupés. Les honneurs venus de France ne furent pas en reste puisqu'il fut fait grand-officier de la Légion d'honneur le et grand-aigle de l'ordre le .

En ce début de XIXe siècle, le Hanovre était un électorat dont le souverain n'était autre que le roi George III du Royaume-Uni. Les Britanniques envoyèrent sur place Sir George Rumbold, un diplomate venu de Hambourg. Le ministre de la Police Joseph Fouché ordonna à Bernadotte d'arrêter Rumbold car celui-ci était soupçonné d'être un espion à la solde des ennemis. Rumbold fut appréhendé sans grande difficulté, mais cet événement provoqua une forte agitation et le diplomate fut relâché à l'initiative des Prussiens. La propagande britannique se déchaîna contre Bernadotte tout en reconnaissant que Rumbold avait été bien traité durant sa captivité.

Le maréchal rentra à Paris au mois de décembre pour assister au couronnement de Napoléon. Lors de la cérémonie du sacre, il porta le collier de l'Empereur. La réconciliation entre les deux hommes eut des répercussions importantes sur la situation matérielle du couple Bernadotte, qui bénéficia d'un traitement plus élevé et se vit attribuer une nouvelle résidence dans la capitale. À la mi-, Bernadotte regagna le Hanovre et, au printemps, fit importer des céréales pour atténuer la pénurie locale de nourriture. Désirée lui rendit visite au début de l'été et profita beaucoup des lieux, mais son séjour fut assez bref. Ce fut également la même année qu'un ami d'enfance de Bernadotte, Louis Marie de Camps, se fit adjoindre à son service comme secrétaire particulier, devenant son confident pour le reste de sa vie. Le passage de Bernadotte à Hanovre fut une étape importante dans la carrière du maréchal, dans la mesure où il put pour la première fois gérer une entité administrative de grande taille de façon relativement autonome.

 

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

Jean-Baptiste-Jules Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, roi de Suède, maréchal d'Empire (1763-1844), Joseph Nicolas Jouy (1809 – 1880), musée de l'Histoire de France, Versailles.

Abandonnant ses projets d'invasion du Royaume-Uni en , Napoléon envoya sa Grande Armée vers l'est pour combattre l'Autriche et la Russie. Le , Bernadotte reçut l'ordre d'emmener 15 000 soldats de Hanovre à Wurtzbourg. Sa mission était de soutenir le corps principal de l'armée bavaroise, allié à la France et dont l'effectif se montait à environ 20 000 hommes. L'ensemble de ces forces devait être réuni sous son commandement pour former le Ier corps de la Grande Armée. Au cours de la manœuvre d'Ulm, qui permit à Napoléon d'anéantir la principale armée autrichienne, les soldats de Bernadotte étaient positionnés sur le flanc gauche pour empêcher une éventuelle retraite des Autrichiens commandés par le général Mack.

Le corps de Bernadotte conserva une bonne discipline même s'il dut parcourir 350 km en dix jours. Après leur arrivée à Wurtzbourg, les soldats français du Ier corps traversèrent Anspach, Eichstätt et Ingolstadt. Le territoire d'Anspach faisait partie de la Prusse, un pays neutre à cette époque, et Bernadotte fit de son mieux pour que cette violation de la souveraineté prussienne ne soit pas ressentie trop durement par la population locale. Le maréchal arriva à Munich, capitale de la Bavière, le , ramassa 1 500 prisonniers et prit ses dispositions en cas d'attaque du général russe Mikhaïl Koutouzov.

Après le succès remporté par les Français à Ulm, les troupes de Bernadotte reçurent l'ordre de marcher à la rencontre de Koutouzov le . Le Ier corps fit son entrée dans Salzbourg en Autriche le , fit route en direction de Melk et, de là, prit pied sur l'autre rive du Danube pour y croiser le fer avec les Russes. Cependant, la traversée du fleuve ne fut pas aussi rapide que Napoléon l'aurait souhaité et l'armée de Koutouzov put s'échapper. L'Empereur, furieux, écrivit à son frère Joseph : « il [Bernadotte] m'a fait perdre un jour, et d'un jour dépend le destin du monde ».

Une fois le Danube franchi, le corps de Bernadotte se dirigea au nord et se trouvait dans la ville de Jihlava lorsqu'il devint évident que la bataille décisive allait avoir lieu en Moravie. Le , les éléments français de son corps d'armée attaquèrent le village d'Austerlitz, l'idée de Napoléon étant d'inciter l'ennemi à tomber sur ce qu'il ne pensait être qu'un petit contingent français. Le plan fonctionna parfaitement et les forces austro-russes convergèrent vers la localité, où les attendait la Grande Armée sous le commandement suprême de Napoléon. Lors de la bataille d'Austerlitz le , le Ier corps de Bernadotte fut initialement tenu en réserve, mais il reçut l'ordre au cours du combat de soutenir le flanc gauche de la division Vandamme. Son chef se vit cependant reprocher le mouvement rétrograde d'une de ses divisions qui, après avoir chargé l'infanterie de la Garde russe, reprit sa position initiale, manquant par là même une occasion de couper la retraite à l'aile gauche de l'armée austro-russe. Cela n'empêcha pas Napoléon, satisfait de la contribution de Bernadotte et de ses troupes à la victoire, de nommer le maréchal au poste de gouverneur d'Anspach après la signature du traité de Presbourg.

À Anspach, Bernadotte se fit de nouveau remarquer comme un administrateur intègre et compétent. Alors que Napoléon commençait à attribuer des titres et des terres à ses lieutenants en récompense de leur service, beaucoup s'attendaient à ce que Bernadotte devînt duc d'Anspach. Le , ce dernier devint finalement prince-duc de Pontecorvo, du nom d'une bourgade italienne érigée en duché. Cet honneur, dont Bernadotte fut l'un des tout premiers maréchaux à bénéficier, suscita la jalousie d'un grand nombre de maréchaux et de généraux français.

La guerre se ralluma à l'automne 1806, cette fois-ci contre la Prusse. Lors de cette campagne, Bernadotte reprit le commandement du Ier corps, avec pour objectif de pousser vers Nuremberg avec ses 21 000 hommes et, de là, marcher en tête de l'armée vers Leipzig, l'électorat de Saxe — allié aux Prussiens — et enfin Berlin. À la mi-octobre, Napoléon modifia ses plans alors que le Ier corps, qui s'était mis en marche bien avant le reste des forces françaises, avait déjà parcouru plus de 120 km sur des chemins accidentés et coupant à travers bois, ce qui fit que Bernadotte n'était pas idéalement placé à la veille de l'affrontement avec les Prussiens. Les ordres peu clairs transmis à Bernadotte par le chef d'état-major de l'Empereur, le maréchal Berthier, et les relations exécrables entretenues par le commandant en chef du Ier corps avec le maréchal Davout, qui opérait à proximité, n'étaient pas de nature à arranger la situation.

Le choc entre les armées prussienne et française eut lieu le . Pendant que Napoléon livrait bataille à Iéna, le IIIe corps de Davout se heurta au gros des troupes prussiennes à proximité du village d'Auerstaedt. Bien qu'informé de la situation de son camarade qui se trouvait confronté à des forces largement supérieures aux siennes, Bernadotte ne fit rien pour lui venir en aide, ce qui n'empêcha pas les Français de remporter une victoire éclatante sur leurs adversaires. L'Empereur était furieux contre Bernadotte et fut à deux doigts de le traduire en cour martiale, avant de se raviser en pensant aux réactions que cela entraînerait chez Joseph, Julie et Désirée. Les efforts accomplis par le maréchal pour se racheter dans les jours suivants adoucirent sa position. L'historien Torvald Höjer souligne de son côté la responsabilité personnelle de Napoléon dans le comportement de Bernadotte le , en estimant que sa gestion très centralisée des opérations ne permettait pas à ses maréchaux d'avoir une vision stratégique d'ensemble.

Après Iéna et Auerstaedt, Bernadotte se lança à la poursuite des Prussiens qu'il battit trois jours plus tard au combat de Halle. En une semaine, ses troupes parcoururent 150 km à travers les plaines du nord de l'Allemagne : le , le Ier corps franchit l'Elbe, s'empara du Brandebourg le et remporta la bataille de Lübeck le , forçant le général Gebhard von Blücher à capituler. La prise de la ville fit l'objet de débordements de la part des soldats français, mais Bernadotte parvint à restaurer la discipline en promettant la peine de mort à quiconque se livrerait au pillage. Le Sénat de Lübeck le remercia officiellement peu après pour son attitude juste et ferme durant l'occupation.

Bernadotte entra pour la première fois en contact avec les troupes suédoises le . Ce jour-là, en franchissant la rivière Trave, il tomba par surprise sur un petit contingent suédois d'environ 1 000 hommes qui avait quitté Lauenburg et tentait de regagner son pays. Les prisonniers furent bien traités et renvoyés en Suède sur ordre du maréchal. Le lieutenant Gustaf Fredrik Mörner, commandant des Suédois, fut reçu en personne par Bernadotte qui était très curieux d'en savoir plus sur le pays scandinave. Les Suédois furent impressionnés par le comportement des Français à leur égard et, tout comme les habitants de Lübeck, témoignèrent à Bernadotte leur satisfaction d'avoir été bien traités.

Malgré la défaite de la Prusse, la Russie était toujours en guerre avec la France et Bernadotte quitta Lübeck avec son Ier corps pour rejoindre Toruń dans les plus brefs délais. En dépit des fortes chutes de neige, ses troupes parcoururent 200 km en seulement 35 heures. Napoléon, déjà présent à Toruń, confia la direction de l'aile gauche de la Grande Armée aux maréchaux Ney et Bernadotte. Les deux mois qui s'ensuivirent furent marqués, pour les forces de Bernadotte, par des affrontements avec l'armée russe du général Bennigsen, dans une région que le maréchal qualifiait dans une lettre à Joseph comme « la pire du monde ».

Le Ier corps se distingua en dans les combats pour le contrôle de la route reliant Toruń à Grodno ; toutefois le ravitaillement était insuffisant et Bernadotte obtint de Napoléon l'autorisation de prendre ses quartiers d'hiver. Pendant ce temps, les troupes de Bennigsen continuaient de se battre et lancèrent une attaque surprise contre Ostróda, mais Bernadotte réagit rapidement et, le , défit le général Markov à la bataille de Mohrungen. À la fin du mois de janvier, Napoléon essaya d'attirer Bennigsen dans un piège, mais l'interception de courriers français permit au commandant en chef de l'armée russe d'éventer la manœuvre. L'Empereur décida finalement de marcher sur Königsberg, au nord-est. Le Ier corps ne reçut ses ordres qu'avec une semaine de retard et ne put pour cette raison participer à la bataille d'Eylau. Le maréchal accusa par la suite Napoléon d'avoir délibérément empêché ses troupes de prendre part au combat. S'étant rendu compte de la méprise commise par Berthier dans la transmission des ordres, Napoléon écrivit à Bernadotte pour complimenter le dévouement de ses soldats et les deux hommes discutèrent respectueusement de la situation.

 Le maréchal Jean-Baptiste Bernadotte. Lithographie par Gregorius et Ruotte.

Le maréchal Jean-Baptiste Bernadotte. Lithographie par Gregorius et Ruotte.

En , Bernadotte s'installa au château de Schlobitten où il reçut la visite inattendue de Désirée, qui avait parcouru 1 300 km en plein hiver et sur des routes en mauvais état pour venir le rejoindre. Bennigsen ayant de nouveau attaqué le Ier corps à Elbing, Bernadotte se porta sur Spanden où il repoussa le plusieurs assauts des Russes. Le lendemain, alors qu'il encourageait ses soldats occupés à défendre un pont, une balle lui érafla le cou et le blessa grièvement. Il fut transporté à la forteresse de Marienbourg où il effectua sa convalescence sous la surveillance de Désirée. En raison de sa blessure, il ne put participer à la bataille de Friedland qui mit fin à la campagne mais il fut suffisamment rétabli pour assister aux cérémonies organisées pour la paix de Tilsit en

Peu de temps après, il fut nommé gouverneur des villes hanséatiquesHambourg, Brême et Lübeck —, avec quartier général à Hambourg. Napoléon voulait faire appliquer le Blocus continental en Allemagne du Nord afin d'interrompre toute relation commerciale entre cette région et la Grande-Bretagne et favoriser au contraire les échanges avec la France. Bernadotte reçut l'ordre d'empêcher les Britanniques de s'implanter au Danemark et de se préparer à envahir la Suède, cette dernière ayant reçu des subsides supplémentaires de la part du Royaume-Uni. Le maréchal se rendit très vite compte que l'application rigoureuse du blocus entraînerait des conséquences financières catastrophiques pour les villes relevant de son autorité, et il fit preuve d'une certaine souplesse en matière commerciale, ce dont les habitants lui furent reconnaissants. Le Danemark était une question tout aussi sensible, l'attaque britannique contre Copenhague ayant eu lieu un mois seulement après l'arrivée de Bernadotte à Hambourg. Ce dernier n'avait ni troupes ni plan pour aider les Danois, mais il reçut au mois d'octobre le renfort de contingents hollandais du Jutland et espagnols de Fionie.

Dans les premiers jours de , Bernadotte pénétra au Danemark avec une armée composée d'unités françaises, hollandaises, danoises et espagnoles pour envahir la province suédoise de Scanie. Napoléon avait promis son soutien au tsar Alexandre Ier dans la guerre de Finlande qui opposait la Russie à la Suède, mais l'empereur français n'avait aucun intérêt à faciliter la victoire de son nouvel allié. De son côté, Bernadotte fit savoir à Berthier qu'il estimait possible de franchir l'Öresund, d'occuper le sud de la Suède et « peut-être même d'atteindre Stockholm ». Il émit toutefois des réserves sur la loyauté des troupes espagnoles et pensait qu'il serait difficile d'occuper tout le pays.

Bernadotte avait suivi de près la situation en Suède durant son séjour à Hambourg, et il informa Napoléon qu'il existait au sein de la noblesse suédoise un parti francophile mais résolument opposé au Danemark. Le maréchal en concluait qu'une ingérence française dans les affaires scandinaves au profit de Copenhague serait une grave erreur. Alors qu'il opérait au Danemark, il résida quelques jours à Odense où Désirée le rejoignit avec son fils Oscar au mois de mars. Son épouse, trouvant la ville trop ennuyeuse, écourta sa venue mais elle retrouva son mari lorsque celui-ci fut de retour à Hambourg à l'automne et resta avec lui tout l'hiver.

En , à l'annonce du soulèvement de l'Espagne contre les Français, 9 000 soldats espagnols de l'armée de Bernadotte, sous les ordres du marquis de La Romana, réussirent à embarquer à bord de navires britanniques pour se joindre à la lutte dans leur pays natal, au nez et à la barbe de leurs anciens alliés. Napoléon ne tint pas rigueur à Bernadotte de cet incident. Peu après, il fut même approché comme candidat potentiel pour le trône d'Espagne et le commandement en chef des armées françaises dans cette région, mais le projet n'eut pas de suite. Le maréchal tomba malade en et dut s'aliter sur l'insistance de sa femme. À la même époque, la perspective d'une nouvelle guerre avec l'Autriche se précisa, et Bernadotte reçut l'ordre de marcher sur le Hanovre avec la division du général Dupas. De là, il se porterait rapidement sur Dresde pour y prendre la tête de l'armée saxonne. Le fait d'être relégué une nouvelle fois au commandement de troupes étrangères ne l'enchanta guère, d'autant qu'il avait eu par le passé des déboires avec des unités allemandes placées sous ses ordres.

Les divisions saxonnes de l'armée de Bernadotte quittèrent Dresde le . Suivant les ordres changeants de Berthier, elles firent route vers Linz où elles remportèrent sur les Autrichiens, le , la bataille de Linz-Urfahr conjointement avec les troupes wurtembergeoises du général Vandamme. Après s'être reposé quelques semaines à Linz, Bernadotte se mit en marche vers Sankt Pölten. Ses plaintes au sujet du comportement des soldats allemands furent en partie entendues et il reçut le renfort d'une division française commandée par le général Dupas. Il fut convié peu après par Napoléon au château de Schönbrunn où il résida pendant un temps.

À son arrivée à Vienne, le corps d'armée de Bernadotte traversa le Danube sur un pont flottant et fut chargé d'occuper le petit village d'Aderklaa lors de la bataille de Wagram. Dans la soirée du , au moment de la confrontation avec les forces autrichiennes, les unités saxonnes, inexpérimentées, furent contraintes de céder du terrain sous les coups de boutoir de l'adversaire. Le maréchal voulut engager la division de réserve de Dupas mais cette dernière avait été affectée ailleurs et n'était donc pas disponible. De nouvelles attaques frontales furent menées qui se soldèrent par de lourdes pertes sans grand résultat. Se croyant menacé sur son flanc, Bernadotte ordonna l'évacuation d'Aderklaa dans la nuit sans en informer Napoléon. À l'aube, voyant les troupes autrichiennes prendre position autour du village, il les fit canonner par 26 pièces d'artillerie, mais les Autrichiens ripostèrent avec leurs propres canons et, en l'espace de trois heures, une quinzaine de bouches à feu furent démontées du côté français. Les Saxons commencèrent même à se débander, ce qui mit en péril l'aile gauche du dispositif napoléonien.

La bataille de Wagram s'acheva en définitive sur une victoire décisive de Napoléon, mais les forces saxonnes avaient payé un lourd tribut, avec plus d'un tiers de leur effectif tué ou blessé. Dans les jours qui suivirent, Bernadotte tenta vainement d'améliorer le niveau des soins pour ses soldats. L'Empereur, qui de son côté n'avait pas été satisfait de la conduite des Saxons, ne mentionna aucune fois le maréchal ou ses troupes dans son rapport final sur la bataille. Le maréchal vécut cela comme une injustice et, dès le lendemain, publia un ordre du jour reproduit dans les gazettes allemandes qui attribuait à ses soldats le mérite de la victoire. Napoléon fut ulcéré par ce geste et ordonna dans la foulée la dissolution du IXe corps d'armée ; il rédigea également un communiqué à l'intention de ses ministres et de ses maréchaux pour indiquer qu'il ne fallait tenir aucun compte des propos de Bernadotte. Le prince de Pontecorvo fut renvoyé en France une semaine plus tard, officiellement pour raisons de santé.

Bernadotte rentra dans ses foyers le et y retrouva Désirée et Oscar. Trois jours plus tard, les Britanniques débarquèrent sur l'île de Walcheren aux Pays-Bas, dans l'intention de capturer Anvers. Devant l'urgence de la situation, Napoléon se résigna le à confier à Bernadotte et à son ministre Fouché la défense de l'Empire en cas d'invasion. Le , le maréchal arriva à Anvers où régnait la confusion la plus totale et prit rapidement des dispositions pour mettre la cité en état de défense. Le corps expéditionnaire britannique, ravagé par la maladie, finit cependant par rembarquer et la campagne prit fin sans autre événement marquant.

Quelques jours après son arrivée à Anvers, Bernadotte avait publié une proclamation dans laquelle il encourageait ses troupes à faire preuve de courage et de patriotisme. Apprenant cela, Napoléon commença à suspecter le maréchal de fomenter une conspiration contre lui et le convoqua à Vienne. Bernadotte parcourut 1 250 km en neuf jours et arriva le au château de Schönbrunn. L'accueil de l'Empereur fut courtois et amical et Bernadotte parvint à clarifier la situation. Napoléon souhaitait néanmoins le tenir éloigné de Paris et lui offrit le poste de gouverneur général de Rome. Le maréchal n'était pas hostile à l'idée mais sollicita un congé afin de pouvoir se reposer. Huit mois plus tard, il était cependant toujours sans fonction officielle et en disgrâce auprès de l'Empereur.

Pendant ce temps, au nord de l'Europe, la Suède connaissait de profonds bouleversements politiques. En , un groupe d'officiers et d'hommes politiques suédois de haut rang se révoltèrent contre le roi Gustave IV Adolphe à la suite de la défaite catastrophique de la Suède lors de la guerre de Finlande, qui s'était soldée par la perte de cette région au profit de la Russie. Le roi fut contraint d'abdiquer et son oncle le prince Charles, duc de Södermanland, lui succéda sur le trône sous le nom de Charles XIII. La politique étrangère suédoise changea alors du tout au tout : le pays, jusque là adversaire acharné de la France, chercha à développer des relations plus amicales avec Napoléon. Charles étant un souverain âgé, prématurément sénile et sans enfants, le Parlement suédois désigna le duc Christian Auguste de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg en tant que prince héritier. Ce dernier fut officiellement adopté sous le nom de Charles Auguste par le roi en , mais sa mort accidentelle au mois de mai relança le problème de la succession.

Le général Georges d'Adlersparre, moteur de la conspiration qui avait permis d'évincer Gustave IV Adolphe, craignait qu'avec la disparition de Charles Auguste les partisans du roi déchu n'en profitassent pour imposer le fils de ce dernier, Gustave de Holstein-Gottorp, comme héritier présomptif du trône. Adlersparre et le Conseil d'État envisagèrent donc de faire appel à Frédéric-Christian II, frère aîné de Charles Auguste, mais ce projet n'eut pas de suite. Parallèlement à ces événements, deux émissaires furent envoyés en France pour y trouver un éventuel candidat à la succession : parmi eux figurait le baron Carl Otto Mörner qui partageait avec un certain nombre d'hommes politiques suédois l'idée que la venue d'une importante armée française serait à même de galvaniser les forces de la nation et permettre à la Suède de mener une guerre de revanche contre la Russie.

Mörner arriva à Paris le . Il reçut un message qui l'informait de l'évolution de la situation en Suède et se mit immédiatement au travail. Un ami français l'aida à entrer en contact avec Bernadotte et il fut reçu par le maréchal le . Mörner lui fit part de l'objet de sa venue, en affirmant que ce qu'il disait reflétait l'opinion d'un grand nombre de ses compatriotes. Bernadotte se montra réservé à l'idée de devenir l'héritier du trône de Suède mais il ne rejeta pas la proposition. Le baron parvint également à s'entretenir avec le général suédois Fabian Wrede qui se trouvait alors à Paris. Wrede fut enthousiasmé par le projet de Mörner et il rendit visite à Bernadotte dès le lendemain. Ce dernier afficha cette fois clairement son intérêt pour l'offre et considérait que Napoléon ne s'y opposerait pas. Fort de cette réponse et d'une lettre de Wrede faisant l'éloge du maréchal, Mörner rentra en Suède et arriva à Stockholm le . Il s'entretint dans la foulée avec le ministre des Affaires étrangères Lars von Engeström, qui fut surpris par les résultats de la mission de Mörner et par l'identité du potentiel prétendant à la succession suédoise. L'ambassadeur de Suède en France, le comte Gustaf Lagerbielke, fut tenu à l'écart des négociations et ne fut informé de la démarche de Mörner qu'après que celui-ci eût regagné son pays.

Bernadotte, son épouse et leur fils quittèrent Paris le pour aller prendre les eaux pendant trois semaines à Plombières. Avant de partir, le maréchal envoya une lettre à Napoléon pour l'informer de la proposition suédoise. L'Empereur fut très surpris car il n'avait pas été informé de la disparition du prince Charles Auguste, et il estimait d'autre part qu'un certain nombre de maréchaux français étaient plus qualifiés que Bernadotte pour la fonction. Pendant son séjour à Plombières, Bernadotte se tint régulièrement informé de la situation en Suède par l'intermédiaire de marchands de Hambourg qui avaient gardé un bon souvenir de son passage du temps où il était gouverneur de la ville. La famille Bernadotte fut de retour dans la capitale le . À cette période, le choix de la personne appelée à hériter du trône suédois n'était pas encore très clair et Bernadotte se rendit compte qu'il aurait besoin d'un représentant pour défendre sa candidature sur place. Il fit alors appel à Jean Antoine Fournier, un marchand français qui avait vécu pendant seize ans en Suède et qu'il jugeait capable de plaider sa cause devant le Parlement. Fournier se mit en route avec dans ses bagages les portraits en médaillon de Bernadotte, Désirée et Oscar ainsi que des documents faisant état de la fortune du maréchal. Napoléon ne soutint ni ne présenta aucun candidat au trône, ce qui contribua à maintenir l'élection ouverte.

À Stockholm, la situation était particulièrement tendue à la suite du lynchage du comte Axel de Fersen peu avant la réunion du Parlement à Örebro le . En dépit de quelques hésitations, le processus de sélection commença. Un premier vote eut lieu le dans lequel onze des douze votants se prononcèrent pour Frédéric-Christian, seul le général Wrede votant contre. Cependant, le résultat fut reconsidéré deux semaines plus tard et l'élection de Frédéric-Christian annulée. Fournier arriva en Suède peu de temps après et eut la difficile tâche de convaincre les parlementaires de modifier leur vote. Il argua notamment que l'élection de son subordonné ne pouvait que plaire à Napoléon. L'un des principaux atouts de Bernadotte était sa vaste expérience dans le domaine de l'administration, qui faisait justement défaut à Frédéric-Christian. Cet aspect revêtait une grande importance car, même si la constitution suédoise de 1809 avait aboli l'absolutisme, le pouvoir était traditionnellement incarné dans le pays par un monarque fort, rôle que Charles XIII, affaibli, était dans l'incapacité d'assumer.

À l'occasion d'un nouveau vote organisé le , dix des douze électeurs se rallièrent à la candidature de Bernadotte. L'élection fut confirmée par le reste du Parlement le . Le contexte du moment, marqué par les défaites essuyées lors de la dernière guerre contre la Russie et par le climat d'anarchie qui avait suivi la mort de Fersen, avait beaucoup joué en faveur de Bernadotte, jugé comme étant le plus à même de restaurer le prestige du pays. La désignation de ce dernier en tant que prince héritier fit naître l'espoir que, désormais dirigée par un maréchal français et peut-être même avec le concours de Napoléon, la Suède serait capable de récupérer la Finlande. L'empereur français accepta à contre-cœur le résultat de l'élection et, le , reconnut Bernadotte en tant que prince héritier de Suède. S'adressant à l'ambassadeur autrichien Metternich, Napoléon déclara au sujet de Bernadotte : « je ne lui vois aucun talent pour régner : il est bon militaire, voilà tout. Au reste, je suis enchanté d'en être quitte, et je ne demandais pas mieux que de le voir éloigné de France ».

Officiellement libéré de toutes ses obligations en tant que sujet français, Bernadotte quitta Paris le en compagnie de Mörner. Il arriva au Danemark au milieu du mois d'octobre et se convertit au luthéranisme le de ce mois au consulat suédois d'Helsingor, en présence de l'archevêque d'Uppsala Jacob Axelsson Lindblom et de plusieurs autres Suédois. Le lendemain, il traversa l'Öresund et fit son entrée dans la ville d'Helsingborg où il fut accueilli par une foule immense. Il se rendit ensuite au château de Drottningholm et y rencontra pour la première fois le roi Charles XIII et la reine Hedwige de Holstein-Gottorp le . Le roi était initialement sceptique vis-à-vis de son successeur mais lui et sa femme furent rapidement séduits par le nouveau prince héritier. Bernadotte fit son entrée solennelle à Stockholm le au milieu d'une foule en liesse. Trois jours plus tard, il prêta serment d'allégeance au roi et fut officiellement adopté sous le nom de Charles Jean.

La reine-veuve Sophie Madeleine de Danemark, épouse du roi Gustave III et mère de Gustave IV Adolphe, décrivit le nouveau prince héritier comme un « choix heureux » et nota qu'il « s'habitue très bien à sa nouvelle position ». Désirée et Oscar, restés à Paris, partirent pour la Suède fin novembre et arrivèrent à Stockholm le . La princesse, car tel était son titre désormais, fut cependant déçue par le pays et ne fut pas très aimée en retour. Malade, elle retourna prendre les eaux à Plombières, affirmant qu'elle reviendrait à Stockholm sitôt sa santé rétablie ; en réalité, elle ne remit les pieds en Suède que douze ans plus tard.

Charles Jean, quoique naturellement doué d'une grande éloquence, n'apprit jamais à parler le suédois, ce qu'il regretta par la suite. Entre 1810 et 1813, il suivit des cours avec le bibliothécaire Pierre-Adam Wallmark mais ne réussit à apprendre que quelques mots ou expressions. Alors qu'avant son arrivée la Cour était réglée par une étiquette stricte, le prince la rendit plus décontractée et invita la bourgeoisie émergente à participer aux réceptions et mondanités dans les résidences royales, dans le but de renforcer les liens entre les représentants de cette nouvelle classe sociale et la Couronne.

Tout au long de l'année 1812, qui fut surnommée par la suite l'« année politique », Charles Jean exprima l'opinion que la Suède devait protéger ses frontières naturelles en recherchant une union avec la Norvège. Le roi Charles XIII eut une attaque cérébrale un mois seulement après l'arrivée du nouveau prince héritier et ce dernier fut proclamé régent. Bien que familiarisé avec la situation intérieure et extérieure de la Suède, Charles Jean ne connaissait pas la langue et dut s'entourer de plusieurs membres éminents de la société qui parlaient également couramment le français pour traduire des documents et servir d'interprètes en cas de besoin. Parmi ces individus figuraient, outre Mörner, les frères Gustaf et Carl Axel Löwenhielm, l'homme politique Gustaf af Wetterstedt, les généraux Carl Johan Adlercreutz et Magnus Björnstjerna et le diplomate Curt von Stedingk.

En politique étrangère, Charles Jean ignorait la plupart du temps l'avis de ses conseillers et décidait souvent de façon arbitraire en court-circuitant le Conseil d'État. Un certain nombre de responsables politiques commencèrent à se demander si le prince n'était pas une marionnette au service de Napoléon et cette incertitude augmenta lorsque la France obligea la Suède à respecter le Blocus continental et à déclarer la guerre au Royaume-Uni. Ce climat de méfiance interne plaça Charles Jean dans une position difficile : pour lui, la déclaration de guerre faite à l'Angleterre, si elle permettait de contenter l'Empereur, restait purement formelle car des échanges commerciaux continuaient d'avoir lieu secrètement avec les Britanniques. Le prince était en revanche de plus en plus intéressé par l'idée d'affermir la puissance de la Suède afin d'occuper la Norvège, alors même que la majeure partie de la population aspirait à une reconquête de la Finlande. Soucieux d’asseoir sa légitimité en tant qu'héritier du trône, Charles Jean devait se résoudre à l'occupation de l'une des deux provinces, mais il savait qu'en cas de guerre avec la Norvège il lui faudrait s'allier avec le Royaume-Uni et la Russie contre la France et le Danemark, qui était alors dans une situation d'union personnelle avec la Norvège.

Peu de temps après son arrivée en Suède, Charles Jean créa une police secrète, à la lumière de son expérience en France ainsi qu'en raison de la méfiance que lui inspirait la police locale, qui avait par le passé joué un rôle actif dans un certain nombre de complots et d'assassinats politiques, notamment lors du récent lynchage du comte de Fersen. L'une des premières personnes arrêtées par cette police secrète fut le général et diplomate Gustaf Mauritz Armfelt qui fut expulsé du pays.

Le prince héritier avait une bonne connaissance du système bancaire et financier depuis son séjour en France et connaissait les avantages d'une politique économique stable. Il œuvra ainsi à la stabilisation des finances suédoises et à l'équilibre des dépenses publiques. Pour faciliter l'accès au crédit, il mit en place des caisses d'épargne calquées sur le modèle britannique dont la première vit le jour en 1810. Il pensait également que la hausse de l'inflation avait été causée par la spéculation d'agents étrangers et il appliqua une politique protectionniste de restrictions sur les importations et la spéculation sur les devises avec des fonds privés et gouvernementaux, afin d'empêcher une nouvelle dévaluation de la monnaie.

À la fin du mois de , les troupes françaises occupèrent la Poméranie suédoise sans avertissement. Cela fournit à Charles Jean le prétexte dont il avait besoin pour se détourner de Napoléon et initier un rapprochement avec la Russie. Il entra rapidement en négociation avec cette dernière par l'intermédiaire de l'ambassadeur du tsar à Stockholm, Jan Pieter van Suchtelen, et envoya Carl Axel Löwenhielm à Saint-Pétersbourg. À l'issue des tractations, Alexandre Ier accepta de soutenir la Suède dans ses revendications sur la Norvège tandis que les Suédois reconnurent la domination russe sur la Finlande et déclarèrent la guerre à la France. Le prince héritier écrivit également à l'ambassadeur britannique Edward Thornton pour solliciter l'appui du Royaume-Uni à propos de la question norvégienne, promettant que le pays ne serait pas annexé à la Suède « mais qu'il jouirait d'une autonomie progressive, avec un parlement et des lois spécifiques ».

Une nouvelle session du Parlement se tint à Örebro au printemps et à l'été 1812. Dans un contexte politique tendu mais fort du soutien des puissances étrangères, Charles Jean obtint l'accord des parlementaires pour l'instauration de la conscription, le prélèvement de taxes supplémentaires pour la guerre, l'augmentation des apanages et le renforcement du contrôle de la presse via la politique de l’Indragningsmakten qui autorisait le gouvernement à interdire toute publication critique à l'égard du régime. Si cette mesure constituait sur le papier une atteinte non négligeable à la liberté de la presse, elle ne fut pas appliquée de façon très efficace.

La Suède affrontait à cette époque une crise financière caractérisée par une inflation élevée et une dette extérieure importante. Les dépenses liées à la guerre de Finlande avaient grevé lourdement l'économie du pays, et la Banque nationale fut contrainte de modifier le cours de l'étalon-argent. Au cours de la réunion du Parlement de 1812, Charles Jean suggéra de renoncer au paiement des créanciers situés dans les pays sous contrôle ou influence français, au motif que la France avait agi de même avec les créances suédoises et avait saisi les navires battant pavillon suédois. La proposition fut approuvée et la dette extérieure chuta de onze millions de riksdalers à quatre. Le prince apprit l'invasion de la Russie par Napoléon alors qu'il se trouvait à Örebro et s'efforça de conclure rapidement un accord de paix avec le Royaume-Uni. Les Britanniques acceptèrent de fournir un soutien financier à l'armée suédoise et reconnurent, au moins initialement, le bien-fondé des revendications suédoises sur la Norvège. Dans une lettre adressée à Napoléon, Charles Jean protesta cependant de la neutralité de la Suède et déclara qu'il n'avait fait que prodiguer des conseils au tsar Alexandre.

La paix russo-suédoise améliora fortement la réputation de Charles Jean à l'étranger, et son prestige fut encore renforcé lorsque lui et Alexandre se rencontrèrent à Åbo le . Le monarque russe, inquiet des progrès effectués par les troupes de Napoléon, demanda des conseils au prince héritier en sa qualité d'ancien maréchal de l'Empire français et lui proposa même de prendre le commandement d'une partie des forces russes. Un accord formel fut signé entre les deux pays qui autorisait la Suède à entrer en guerre contre le Danemark sous réserve de l'approbation du Royaume-Uni. La Suède était également tenue de participer à la Sixième Coalition contre Napoléon, en échange de quoi la Russie mettait à disposition 35 000 soldats pour une attaque de diversion dans le nord de l'Allemagne et sur le Danemark. L'exécution de ce traité fut cependant reportée jusqu'à sa ratification par le gouvernement britannique le . Un accord secret russo-suédois garantissait par ailleurs la pérennité de la maison Bernadotte. Lors de l'entrevue d'Åbo, le tsar avait affirmé qu'il n'était pas hostile à l'idée de voir Charles Jean succéder à Napoléon sur le trône de France, éventualité que le prince lui-même n'avait pas complètement écartée.

Les discussions avec le Royaume-Uni se poursuivirent à l'automne 1812. Dans le même temps, des agents suédois furent déployés en Norvège afin d'influencer l'opinion publique sur la nécessité d'une alliance avec la Suède. L'écrivaine Germaine de Staël et son ami, l'écrivain et philosophe allemand Auguste Schlegel, arrivèrent à Stockholm au mois de septembre et se mirent aussitôt à la disposition de la diplomatie suédoise. S'il avait anticipé la défaite française en Russie, Charles Jean fut surpris par l'ampleur du désastre consécutif à la retraite de la Grande Armée en plein hiver. Avec la France ainsi affaiblie, les Russes et les Britanniques pouvaient raisonnablement envisager de gagner la guerre sans la participation suédoise, ce qui compromettait leur soutien à une conquête de la Norvège.

Au début de l'année 1813, la Prusse rompit ses engagements à l'égard de la France et se rapprocha de la Suède, avec laquelle le Royaume-Uni conclut une alliance formelle en mars. Les Britanniques promirent aux Suédois une aide financière d'un million de livres sterling et le concours de la Royal Navy pour le transport de troupes en Poméranie et, ultérieurement, pour la conquête de la Norvège. De son côté, le Danemark continuait de bénéficier du soutien de l'Autriche dont le ministre des Affaires étrangères, le comte de Metternich, n'aimait pas Charles Jean et craignait qu'un affaiblissement du royaume de Danemark ne compromît l'équilibre des puissances en Europe.

Le , le prince héritier ordonna à ses troupes, soit environ 30 000 hommes, de faire mouvement sur Stralsund et Rügen dans le but de reconquérir la Poméranie. Le plan initial qui prévoyait d'attaquer la Norvège dès 1813 fut en conséquence remis à plus tard. Napoléon rassembla ses forces et battit les Russes et les Prussiens le à la bataille de Lützen, mais le manque de cavalerie empêcha de transformer ce succès en victoire décisive. Le , Charles Jean fit son entrée à Stralsund. Depuis la France, Désirée tenta de négocier un accord entre son mari et l'Empereur mais en vain.

La Russie et la Prusse conclurent un armistice avec la France le . Charles Jean, qui n'avait pas été prévenu de cette initiative diplomatique, s'emporta contre le messager d'Alexandre, le général Charles André Pozzo di Borgo, accusant ses alliés de conspirer contre lui. Pozzo di Borgo parvint néanmoins à le convaincre que cette trêve n'était qu'une manœuvre tactique afin de donner à la Prusse le temps nécessaire pour réorganiser ses forces et de négocier avec l'Autriche pour faire entrer cette dernière dans la coalition. En juillet, Charles Jean rencontra Alexandre et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III à Trachemberg, en Silésie, pour discuter d'une stratégie de lutte contre la France. En tant qu'ancien maréchal de l'Empire, le prince joua un rôle essentiel dans la planification de la campagne à venir, et le général britannique William Cathcart qualifia la stratégie adoptée de « plan du prince héritier ». L'idée principale était de créer trois armées indépendantes avec pour objectif d'éviter la confrontation directe avec Napoléon et d'attaquer en priorité ses maréchaux et généraux ; une fois les forces napoléoniennes suffisamment affaiblies, les troupes de la coalition effectueraient alors leur jonction pour porter le coup de grâce à l'empereur français. Charles Jean commandait personnellement l'armée du Nord, composée majoritairement de Suédois mais qui comprenait aussi des unités russes et prussiennes, pour un effectif total d'environ 158 000 hommes. L'alliance avec la Russie était cependant mal perçue en Suède et entraîna pour le prince des difficultés sur le plan intérieur.

Avec la reprise de la guerre, des divergences se firent jour au sein de la coalition, chacun de ses États membres voulant recouvrer ses anciennes possessions. Charles Jean retira les contingents destinés à l'invasion de la Norvège pour les employer contre le Danemark. Dans le même temps, sa position de commandant en chef de l'armée du Nord le conduisit à affronter par deux fois les Français pour la défense de Berlin. Il vainquit tout d'abord le maréchal Oudinot à la bataille de Gross Beeren le , puis le maréchal Ney à la bataille de Dennewitz le , même si les Prussiens subirent l'essentiel des pertes. Charles Jean se rendit ensuite dans la ville de Zerbst, où il passa plusieurs semaines dans l'expectative, ce que ses alliés ne manquèrent pas de lui reprocher197. Il se décida finalement à franchir l'Elbe le pour se diriger au sud vers Leipzig, où la coalition se préparait à affronter Napoléon en rase campagne.

La « bataille des Nations », appelée ainsi en raison du nombre des belligérants, se déroula du 16 au . Une fois de plus, les forces suédoises furent tenues en réserve et ne furent engagées dans le combat qu'à partir du deuxième jour, Charles Jean n'hésitant pas à diriger en personne plusieurs attaques. À l'époque où il servait encore dans l'armée française, le prince jouissait d'une bonne réputation en Allemagne et cela contribua entre le 17 et 18 à la défection de plusieurs unités allemandes servant du côté des Français dans le camp des coalisés. La bataille s'acheva en définitive sur une défaite majeure de Napoléon. La période s'étalant de la réunion de Trachemberg à la bataille de Leipzig marqua l'apogée de la renommée internationale du prince héritier, son rôle dans la préparation de la campagne et à la tête de l'armée du Nord ayant fortement contribué à la mise en échec de l'empereur français. Toutefois, l'entrée de nouveaux pays dans la coalition de même que l'insistance de Charles Jean à vouloir marcher contre le Danemark et à l'amputer de la Norvège conduisirent à sa marginalisation au sein de l'alliance après Leipzig.

La bataille de Dennewitz, 6 septembre 1813, huile sur toile d'Alexander Wetterling, 1842, Nationalmuseum, Stockholm.

La bataille de Dennewitz, 6 septembre 1813, huile sur toile d'Alexander Wetterling, 1842, Nationalmuseum, Stockholm.

Après la victoire des Alliés à Leipzig, Charles Jean se réunit avec les autres chefs de la coalition pour décider ensemble de la marche à suivre. Napoléon était parvenu à regagner la France avec les restes de son armée, mais alors que les Russes, les Prussiens et les Autrichiens étaient d'avis de le poursuivre, le prince insista pour faire campagne plus au nord. De fait, l'armée suédoise ne conduisit aucune opération militaire d'envergure contre Napoléon de la fin à la mi-. La raison officielle de cette absence était que les troupes du prince héritier devaient faire route vers le nord pour soutenir les Britanniques contre les Français retranchés à Hambourg et Hanovre, mais l'objectif de Charles Jean était en réalité de faire pression sur le roi Frédéric VI de Danemark en attaquant le duché de Holstein pour l'obliger à abandonner la Norvège.

Le , les forces suédoises remportèrent une victoire sur leurs adversaires danois à la bataille de Bornhöved. L'armée de Charles Jean continua sa progression vers le nord et s'empara le du fort de Christianpris, non loin de Kiel. Les Danois capitulèrent officiellement à Glückstadt le . Dix jours plus tard, le Danemark fut contraint de signer le traité de Kiel par lequel il cédait officiellement la Norvège à la Suède. Alors qu'il résidait encore à Kiel, Charles Jean fut informé par ses agents que le prince Christian-Frédéric de Danemark, héritier présomptif de Frédéric VI et gouverneur de la Norvège, était prêt à réoccuper cette dernière en cas d'invasion suédoise.

Le traité de Kiel mit fin aux hostilités dans le nord et l'opinion publique en Suède réclamait le retour du prince héritier. Le ministre des Affaires étrangères britannique, le vicomte Castlereagh, convainquit néanmoins Charles Jean de ne pas retirer ses troupes de la coalition tant que la défaite de Napoléon ne serait pas complète. De Kiel, Charles Jean se dirigea vers le sud en passant par Cologne, où il publia une proclamation au peuple français dans laquelle il expliquait les raisons de sa présence dans le camp adverse ; cependant, l'accueil réservé au texte fut glacial. De plus, malgré le soutien apparent d'Alexandre Ier, Charles Jean fut rapidement marginalisé en tant que candidat à la succession de Napoléon.

Les troupes suédoises poussèrent encore jusqu'à Liège où elles arrêtèrent leur marche. À ce stade, une certaine discorde régnait entre le prince héritier et ses alliés et Charles Jean répugnait à l'idée d'entrer en ennemi sur le territoire de sa patrie d'origine. Un messager envoyé par Désirée et Napoléon lui laissa entendre qu'il serait bien placé pour succéder à ce dernier s'il parvenait à être le premier chef de la coalition à entrer dans Paris. En guise de réponse, le prince rappela que Napoléon devait d'abord abdiquer le trône, mais que lui-même ne ferait rien pour provoquer une guerre civile et n'accepterait la proposition que si celle-ci correspondait à la volonté collective du peuple français. Pendant son séjour à Liège, Charles Jean dut faire face à l'opposition croissante de ses alliés tout en essayant vainement de jouer un rôle dans l'imbroglio de la succession française. Ses ambitions personnelles furent même accueillies avec suspicion et amertume par ses compatriotes suédois. Cette longue période d'inaction fut préjudiciable à l'union suédo-norvégienne, encore fragile ; en l'absence du prince héritier et devant le manque d'initiatives destinées à faire respecter le traité de Kiel, Christian-Frédéric prit les Suédois de vitesse en occupant la Norvège, où il se proclama régent et promit l'élection d'une assemblée constituante qui devait se réunir à Eidsvoll à partir du .

L'armée russe, commandée par le tsar Alexandre en personne, fut la première à défiler dans les rues de Paris le . Dans les jours suivants, Talleyrand s'entretint avec Alexandre et avança l'idée que la présence de Charles Jean sur le trône serait plus profitable à la France que la restauration des Bourbons, mais ses conseils furent rapidement écartés. Parti de Liège, le prince héritier se rendit à Bruxelles puis à Paris où il arriva le  ; Napoléon avait abdiqué la veille et le comte de Provence, frère de Louis XVI, fut proclamé roi de France sous le nom de Louis XVIII. Très vite, Charles Jean s'efforça de manifester sa loyauté aussi bien envers la Suède qu'à l'égard de la France : il refusa notamment de s'associer aux revendications des Alliés contre les Français et signa avec ces derniers un traité de paix séparé. Sa visite avait essentiellement pour but de s'assurer du soutien des dirigeants étrangers dans son projet d'union avec la Norvège, au moment où des rapports inquiétants lui parvenaient sur la dégradation de la situation dans ce territoire. Il rencontra successivement Alexandre, Frédéric-Guillaume III et Castlereagh, et ce dernier lui promit que le Royaume-Uni continuerait d'exercer des pressions sur la Norvège au moyen d'un embargo commercial. Charles Jean quitta Paris au milieu du mois de mai ; il ne revint jamais dans son pays natal et ne s'aventura plus par la suite au-delà du sud de la mer Baltique.

 Le prince héritier Charles Jean en 1813, par Fredric Westin.

Le prince héritier Charles Jean en 1813, par Fredric Westin.

Charles Jean regagna la Suède à la fin du mois de mai et arriva à Stockholm le , où son retour donna lieu à de grandes célébrations. L'enthousiasme du prince héritier fut toutefois de courte durée. En effet, l'union avec la Norvège n'avait pas encore été mise en œuvre et Christian Frédéric, rejetant les clauses du traité de Kiel, se proclama roi. Contrairement à la plupart des Suédois, Charles Jean prit très au sérieux la résistance norvégienne. Pour lui, il était essentiel que la Suède achevât son unité avant le congrès de Vienne qui devait se tenir en septembre, mais l'opposition des Norvégiens compromettait toute résolution pacifique et les deux camps comprirent rapidement qu'une guerre était inévitable. Charles Jean était conscient du fait qu'une invasion suédoise en bonne et due forme créerait une inimitié durable entre les deux pays et il proposa à la Norvège une union dans laquelle cette dernière disposerait d'une large autonomie, une solution à laquelle l'opinion publique dans les pays étrangers était également favorable.

Ces considérations n'empêchèrent pas l'affrontement de se produire, et le , les troupes suédoises pénétrèrent en Norvège, contraignant les Norvégiens à se replier sans combattre sur Østfold. L'armée d'invasion se heurta à une résistance pour la première fois à Kongsvinger lors des batailles de Lier et de Matrand, où elle fut repoussée. Charles Jean avançait prudemment et ordonna à ses hommes de respecter les soldats en uniforme ainsi que les biens des populations locales. À l'issue des batailles de Fredrikstad, Langnes et du pont de Kjølberg, le prince héritier entama des négociations avec Christian Frédéric et un cessez-le-feu fut proclamé le avec la convention de Moss. En vertu de cet accord, Christian Frédéric abdiqua la couronne norvégienne tandis que Charles Jean reconnut la Constitution de Norvège et accepta que l'union des deux pays se déroulât conformément aux dispositions de la convention de Moss et non du traité de Kiel. En dépit des réactions négatives que cela entraîna en Suède, le prince permit également aux Norvégiens d'adhérer à l'union en tant qu'État indépendant et non comme territoire conquis.

Ainsi, Charles Jean avait réussi en l'espace de quatre ans à modifier complètement la situation de la Suède, aussi bien sur le plan intérieur qu'extérieur. Sous son impulsion, le pays se releva du coup d'État dirigé contre Gustave IV Adolphe et, en dépit de nombreuses difficultés, parvint à s'unir avec la Norvège, ce qui était l'objectif principal du prince héritier.

 

Après l'armistice, Charles Jean resta à Fredrikstad dans l'espoir que Christian-Frédéric convoquerait une session extraordinaire du Parlement pour réviser la Constitution norvégienne en conformité avec la convention de Moss. Les parlementaires devaient en effet apporter toutes les modifications constitutionnelles nécessaires dans les quatorze jours qui suivraient la première réunion. De son côté, Christian-Frédéric se démit de ses fonctions et se rendit à Bygdøy où il abdiqua officiellement le après l'ouverture du Parlement. Les politiciens norvégiens discutèrent entre eux des révisions à apporter et négocièrent avec les commissaires suédois pour trouver des formulations que les deux parties jugeraient acceptables. La Constitution ainsi amendée entra en vigueur le et Charles XIII devint roi de Norvège sous le nom de Charles II. Charles Jean, accompagné de son fils Oscar, arriva à Christiania le , insistant pour être escorté par des soldats norvégiens. Les princes furent logés dans le Paléet, un bâtiment de la ville, et le lendemain, Charles Jean prononça un discours aux parlementaires avant de prêter serment sur la Constitution au nom du roi.

Pour le poste de Premier ministre du royaume de Norvège, Charles Jean et le gouvernement suédois à Stockholm désignèrent Peder Anker, tandis que son gendre, Herman Wedel-Jarlsberg, fut nommé ministre des Finances. Afin de mieux contrôler l'opinion publique, le prince héritier chercha à museler la presse locale, en partie à cause de la corruption mais aussi parce qu'il refusait de modérer ses critiques publiques. D'une manière générale, Charles Jean était sceptique quant à la loyauté du peuple norvégien dont une grande partie de la population s'identifiait encore fortement au Danemark.

Lorsque s'ouvrit le congrès de Vienne en , le prince tenta d'influer sur les négociations. La réussite du processus d'union avec la Norvège conforta sa position et celle de la Suède, mais tous les problèmes n'étaient pas résolus et Charles Jean craignait surtout d'être dépouillé de ses droits à la couronne suédoise au profit du prince Gustave, fils du roi déchu Gustave IV Adolphe. Alors que les travaux du Congrès suivaient leur cours, Napoléon quitta l'île d'Elbe, où il avait été exilé après son abdication de 1814, et reprit le pouvoir en France pendant la période des Cent-Jours. Alors que la guerre était sur le point de se rallumer, le prince héritier proclama la neutralité de la Suède et de la Norvège et se tint à l'écart des événements.

Charles Jean était convaincu que la tentative de retour au pouvoir de Napoléon ne durerait pas et la défaite française de Waterloo confirma son analyse. Le prince était toutefois préoccupé de voir que la Suède était tenue à l'écart du congrès de Vienne, lors duquel le pays reçut des compensations financières en échange de la perte de la Poméranie suédoise et de la Guadeloupe. De plus, seule la Russie d'Alexandre Ier étant encore alliée à la Suède, Charles Jean était politiquement isolé et, dans le climat qui présidait à la fin des guerres napoléoniennes, beaucoup pensaient que son règne serait court. Ce scepticisme à l'étranger vis-à-vis du prince héritier contrastait fortement avec la popularité dont celui-ci bénéficiait auprès des Suédois grâce au succès des campagnes sur le continent et à l'union formée avec la Norvège.

À l'ouverture de la session parlementaire de 1815, le gouvernement constata avec satisfaction que l'économie nationale était en voie de développement, mais il n'était apparemment pas conscient de la crise qui traversait le pays et ne prit aucune initiative pour soutenir la croissance économique. Un groupe de législateurs mené par Fredrik Bogislaus von Schwerin commença alors à faire pression sur les autorités pour réclamer des changements dans la politique économique du pays. Le Riksdag se décida à adopter des mesures plus protectionnistes, ce à quoi Charles Jean était très favorable. À partir de 1815, ce dernier n'hésita pas à utiliser une grande partie de sa fortune personnelle pour stabiliser le cours de la monnaie suédoise. Les grandes orientations de politique économique furent fixées la même année avec la participation active du prince et la dette extérieure fut remboursée grâce à la somme obtenue en dédommagement de la Guadeloupe. Une rente annuelle fut également instaurée pour la famille royale.

Le remboursement de la dette extérieure permit à Charles Jean de se concentrer sur l'amélioration de la productivité agricole. À cette époque, la Suède était contrainte d'importer des denrées alimentaires pour éviter la famine, car même avec 80 % de la population travaillant dans l'agriculture, le pays n'était pas autosuffisant dans ce domaine. Charles Jean fonda en 1811 un institut pour promouvoir la recherche sur les variétés de semences et de bovins compatibles avec le climat suédois. Il initia également la formation des syndicats d'agriculteurs, introduisit de nouveaux outils comme la batteuse et s'attacha à la mise en valeur et à l'optimisation des terres. Cette politique fut couronnée de succès : entre la mise en place de ces mesures et les années 1820 — date à laquelle la Suède devint exportatrice sur le plan agricole —, la superficie des espaces cultivés augmenta de 40 % et la production agricole de 53 %.

L'une des questions laissées en suspens par le congrès de Vienne fut la proportion de la dette extérieure danoise-norvégienne qui devait être héritée par la Suède. La mauvaise situation financière de la Norvège nécessita une réduction du montant de la dette qui fut fixée par le Danemark à six millions de riksdalers. Peu après la fin des guerres napoléoniennes, la Suède fut frappée par une crise économique qui nécessita la convocation à deux reprises du Parlement en session extraordinaire, en 1817 et 1818. Contre l'avis des spécialistes, Charles Jean décida d'augmenter le nombre de pièces en circulation — une situation quelque peu similaire à l'inflation — mais il ne fut pas soutenu par le Parlement.

Dans les dernières années de son principat, Charles Jean assista avec inquiétude à la restauration des Bourbons et la formation de la Sainte-Alliance dont l'un des objectifs était d'évincer les responsables politiques nommés par Napoléon ; selon l'un de ses opposants, il était « une tache laide dans une Europe nettoyée ».

Couronnement de Charles XIV Jean en la cathédrale de Nidaros en Norvège. Huile sur toile de Jacob Munch, 1822, Palais royal d'Oslo.

Couronnement de Charles XIV Jean en la cathédrale de Nidaros en Norvège. Huile sur toile de Jacob Munch, 1822, Palais royal d'Oslo.

Charles XIII/II mourut le . Le lendemain, le prince héritier lui succéda sur les trônes de Suède et de Norvège sous le nom de Charles XIV/III Jean. Il fut couronné roi de Suède le en la cathédrale Saint-Nicolas de Stockholm et roi de Norvège le en la cathédrale Nidaros de Trondheim. La montée sur le trône du prince héritier suscita un fort enthousiasme dans les deux pays et ce dernier fut félicité par de nombreux monarques européens, ce qui le rassura sur sa légitimité en tant que souverain.

L'une des questions les plus importantes concernant la pérennité de la nouvelle dynastie Bernadotte fut le mariage du prince Oscar, qui avait succédé à son père comme prince héritier de Suède et de Norvège. Au cours de l'été 1822, Oscar voyagea à travers l'Europe pour rencontrer des prétendantes potentielles. Le choix se porta finalement sur la princesse Joséphine de Leuchtenberg. Le roi lui-même appuya cette union qui conciliait les « intérêts anciens et nouveaux » : en effet, le père de la princesse Joséphine n'était autre qu'Eugène de Beauharnais, fils adoptif et général de Napoléon, alors que sa mère, la princesse Augusta de Bavière, fille du roi Maximilien Joseph de Bavière, était issue d'une dynastie royale allemande ancienne et respectée, la Maison de Wittelsbach.

Désirée, bien que devenue officiellement reine de Suède et de Norvège, préféra rester en France, prétextant des problèmes de santé. À cette période, elle tomba amoureuse du président du Conseil français, le duc de Richelieu, mais cette relation s'ébruita et fut jugée extrêmement inconvenante pour une reine. Elle consentit à se rendre en Suède en 1823 à l'occasion du mariage de son fils et y demeura jusqu'à la fin de sa vie

Le duc de Richelieu.

Le duc de Richelieu.

En 1819 débuta la construction du fort de Karlsborg, une vaste forteresse destinée à servir de refuge à la famille royale en cas d'invasion de la Suède. En effet, la perte de la Finlande avait fait naître le besoin de disposer d'un point d'appui central pour organiser la défense. Le fort était situé sur les rives du lac Veter et à proximité du canal Göta, dont le chantier avait démarré en 1810 pour ne prendre fin qu'en 1832. Face à la précarité des infrastructures suédoises, le canal était destiné à stimuler le développement économique et faciliter le transport de marchandises. En outre, de nombreuses routes pavées furent construites ce qui permit un accroissement du trafic, ce dernier n'étant plus affecté par les conditions météorologiques.

Avec le retour de la paix en Europe, la Suède décida d'assouplir certaines restrictions commerciales et abolit le Produktplakatet, une loi qui empêchait tout navire étranger de vendre directement des marchandises importées sur le marché suédois. Ces réformes, menées sous l'impulsion de Carl David Skogman, ne furent acceptées par Charles Jean qu'en contrepartie d'amendements à la marge visant à maintenir une ligne protectionniste en matière de politique commerciale.

En raison de l'impasse dans laquelle se trouvaient les négociations avec le Danemark au sujet du règlement de la dette norvégienne, la Suède sollicita l'arbitrage des autres puissances. Charles Jean insista pour que cette question fût mise à l'ordre du jour lors du congrès d'Aix-la-Chapelle de 1818, où les principales puissances européennes devaient se réunir pour discuter du retrait des armées d'occupation en France et des divers changements politiques à l'échelle du continent. Le roi parvint à conclure un accord avec le Royaume-Uni qui accepta d'arbitrer le litige et entama également des négociations avec les Danois. Cela permit de réduire la dette d'origine de six millions de riksdalers à trois millions, remboursables sur dix ans. La question du règlement de la dette contribua à refroidir les relations russo-suédoises, tout en esquissant en parallèle un rapprochement en direction des Britanniques. Les pressions exercées par la Russie étaient d'autant plus fortement ressenties par Charles Jean que celui-ci était préoccupé par la fragilité de sa position en tant que monarque élu.

Le Parlement norvégien n'était cependant pas satisfait des clauses de l'accord et demanda en 1821 à ce que la Suède s'acquittât de la totalité de la dette des six millions, ce que le roi rejeta avec véhémence. Déterminé à imposer sa volonté, Charles Jean alla jusqu'à corrompre des parlementaires pour inciter ces derniers à changer d'avis. Une fois le montant de la dette définitivement établie, il tenta d'obtenir sa liquidation afin de rapprocher la Norvège de la Suède et renforcer sa position dans le royaume. L'affaire se termina lorsque Charles Jean déploya des troupes suédoises et norvégiennes à Etterstad, non loin de Christiania, pour souligner que le refus d'accepter ses demandes risquait de compromettre la Constitution, et le Parlement norvégien dut s'incliner en .

Une autre pomme de discorde entre le roi et le Storting fut la question de l'abolition de la noblesse, laquelle était un soutien important de la famille royale en Norvège. Cette possibilité avait été discutée par le Parlement en 1815 puis en 1818, et elle fut de nouveau évoquée en 1821. Charles Jean ne disposait que d'un droit de veto limité sur le Parlement et il fut contraint de promulguer la loi. C'était la première fois que le veto limité empêchait le monarque de réaliser sa volonté. Dès 1814, celui-ci avait accepté l'article 79 de la Constitution, qui permettait aux parlementaires de voter un tiers des lois sans l'approbation du souverain.

Concernant les relations entre la Suède et la Norvège, Charles Jean envisageait d'unir plus profondément les deux pays en procédant à une fusion, mais la constitution norvégienne fit obstacle à ce projet et les responsables nationaux, Wedel-Jarlsberg en tête, y étaient opposés. Lors de la session parlementaire de 1824, le roi proposa divers amendements constitutionnels visant à accorder davantage de pouvoir au souverain, notamment par l'introduction du droit de veto illimité et la possibilité de dissoudre le Parlement. Ces suggestions furent rejetées et un conflit s'installa entre Charles Jean et les parlementaires. La position du roi était délicate car aucune des grandes puissances, à commencer par la Russie d'Alexandre Ier, n'était favorable au projet d'union.

Un différend frontalier qui opposait depuis plusieurs années la Norvège et la Russie refit surface en 1824, mais un accord fut signé deux ans plus tard qui fixait la frontière entre les deux pays dans la province de Finnmark. À cette période, Charles Jean entretenait toujours de bonnes relations avec le tsar Alexandre, ce qui facilita la résolution du litige. En 1818, un incident se produisit lorsqu'une entreprise marchande britannique fut surprise en train de mener des activités commerciales illégales dans le port norvégien de Bodø. Le ministère suédois des Affaires étrangères, qui avait à l'époque compétence sur les deux royaumes, exaspéra les Norvégiens car sa position était jugée excessivement favorable aux intérêts britanniques. Le Royaume-Uni accepta de payer une indemnité en 1821, mais six ans plus tard, en 1827, le Premier ministre et le Parlement norvégiens obtinrent de Stockholm une marge de manœuvre accrue dans le domaine des affaires étrangères.

 Le roi Charles XIV Jean de Suède. Huile sur toile de Fredric Westin, XIXe siècle, Nationalmuseum.

Le roi Charles XIV Jean de Suède. Huile sur toile de Fredric Westin, XIXe siècle, Nationalmuseum.

Lors de la session parlementaire de 1823, l'opposition suédoise se fit plus active et exigea une plus grande liberté de la presse. Ayant échoué à imposer ses vues sur la politique budgétaire, Charles Jean ne parvint pas non plus à obtenir satisfaction pour une augmentation de l'émission de masse monétaire. Si l'opposition restait encore relativement courtoise à l'égard de la personne du roi, certains hommes politiques, comme Carl Henrik Anckarswärd, n'étaient pas aussi accommodants et n'hésitaient pas à s'en prendre directement au monarque.

Des tensions surgirent à propos de la volonté des Norvégiens de célébrer l'entrée en vigueur de leur constitution par une célébration annuelle le . La première grande célébration se déroula en 1824 mais dans un cadre plutôt confidentiel. Il en fut de même au cours des deux années suivantes, mais la situation se détériora lorsqu'une commémoration officielle fut programmée pour l'année 1827. Le comte Johan August Sandels, gouverneur général de Norvège, avait cru comprendre lors d'une entrevue avec Charles Jean que le monarque « tolérerait » la manifestation, mais il s'agissait d'un malentendu. Désireux d'affermir l'union entre les deux royaumes, le roi, contre l'avis du gouvernement norvégien, convoqua une session extraordinaire du Parlement en 1828 et envoya un émissaire à Saint-Pétersbourg pour obtenir le soutien de l'empereur Nicolas Ier de Russie sur une possible abrogation de la constitution norvégienne. Ces initiatives furent accueillies avec stupéfaction en Suède et le tsar s'y opposa fermement. Charles Jean se rendit néanmoins à Christiania où il publia une déclaration interdisant clairement toute manifestation le , volonté qui fut respectée.

La commémoration fut de nouveau interdite en 1829, mais le , un bateau à vapeur appelé le SS Constitutionen jeta l'ancre dans le port de Christiania et fut acclamé par les habitants aux cris de « Vive la Constitution ! ». Alors qu'une attroupement de plus en plus important commençait à se former autour de la Grande Place, les autorités rappelèrent l'interdiction de manifester et le gouverneur général Baltzar von Platen dépêcha un contingent de cavalerie et d'infanterie pour disperser la foule. L'intervention de l'armée sema la panique et de nombreuses personnes furent piétinées, renversées par les chevaux ou frappées à coups de baïonnette. L'incident fut rapidement surnommé la « bataille de la place ». Des troubles politiques éclatèrent peu après en Norvège et von Platen fut sévèrement critiqué pour sa gestion des événements. Les Norvégiens étaient particulièrement exaspérés par l'attitude des fonctionnaires suédois présents dans leur royaume, lesquels haïssaient bien souvent la population norvégienne en retour ; cependant la popularité de Charles Jean n'eut pas trop à souffrir des conflits fréquents qui jalonnèrent les années 1820. Les célébrations du furent finalement autorisées mais continuèrent de faire l'objet d'une étroite surveillance.

Le dernier grand conflit entre Charles Jean et le Storting se produisit en 1836 quand les Norvégiens réclamèrent l'adoption des « lois de la présidence », qui leur accordaient une plus grande autonomie à l'échelle municipale, ainsi que l'autorisation pour leurs navires de battre pavillon norvégien et la maîtrise de leur processus de fabrication monétaire. Le roi fut outré par ces exigences, qui venaient s'ajouter à la controverse liée aux célébrations du , et décida de dissoudre le Parlement au motif qu'il s'était déjà réuni pendant la période minimale requise. Cette réaction inattendue, peut-être liée à ses conflits avec l'opposition suédoise et à ses inquiétudes concernant les déficits budgétaires, fut mal reçue par le Storting qui déclencha une procédure de destitution à l'encontre du Premier ministre de Norvège Severin Løvenskiold. Charles Jean dénonça un coup d'État mais il laissa néanmoins la procédure se dérouler normalement car il n'était que faiblement soutenu par la Russie. Løvenskiold fut maintenu dans ses fonctions et le roi accepta de promulguer les lois de la présidence. Toujours en 1836, il nomma Herman Wedel-Jarlsberg au poste de gouverneur général de Norvège, resté vacant depuis la mort de von Platen en 1829, faisant de Jarlsberg le premier Norvégien à occuper cette fonction.

La rivalité entre le Royaume-Uni et la Russie était l'un des principaux enjeux de la politique internationale de l'époque. Une guerre entre les deux pays risquait de mettre le royaume de Suède et de Norvège dans une situation particulièrement vulnérable, mais en dépit de nombreuses tensions aucun conflit n'eut lieu et la politique de neutralité du roi ne fut pas remise en cause. Alexandre Ier mourut en 1825 et l'amitié que Charles Jean avait pour le tsar défunt se reporta sur son successeur, Nicolas Ier, qui lui manifesta en retour un grand respect — notamment à l'occasion d'une visite surprise en 1838.

Un conflit éclata cependant dans le cadre d'une controverse autour de la « question des navires » (Skeppshandelsfrågan) lorsque, dans le but de recueillir des fonds pour le renouvellement de sa flotte, la Suède vendit trois navires de guerre anciens. Les acheteurs étaient officiellement des sociétés commerciales britanniques qui agissaient en réalité pour le compte des ex-colonies espagnoles d'Amérique latine, dont aucune puissance européenne, à l'exception du Royaume-Uni, n'avait encore reconnu formellement l'indépendance. Pour la Suède, au-delà des bénéfices financiers qu'elle escomptait tirer de cette transaction, cette vente revêtait un aspect important dans la mesure où le pays cherchait à développer ses relations commerciales avec les nouvelles républiques d'Amérique du Sud.

Les autres pays membres de la Sainte-Alliance considéraient pour leur part ces États comme des territoires rebelles et protestèrent vivement contre la vente des navires. Peu avant sa mort, le tsar Alexandre, sous la pression des autres puissances, accepta d'exercer des représailles à l'encontre des Suédois et réclama l'annulation de la vente des trois vaisseaux. Après s'être efforcé pendant un temps de conclure la vente, Charles Jean se rangea à l'avis de ses ministres et fit marche arrière. La Suède fut contrainte de payer des indemnités, ce qui fut fortement critiqué lors des débats étatiques et parlementaires.

La révolution de en France, qui déboucha sur l'abdication du roi Charles X et la montée sur le trône de Louis-Philippe Ier, surprit Charles Jean et provoqua des soulèvements dans d'autres pays, comme en Belgique. Cette montée de l'instabilité en Europe devint un sujet de préoccupation en Norvège, où certains opposants se sentirent galvanisés, entraînant une certaine agitation dans la politique norvégienne. Le soutien apporté par l'opposition suédoise à l'Insurrection de Novembre en Pologne, dirigée contre la Russie, contribua par ailleurs à accroître la méfiance et le conservatisme du roi.

Entre 1828 et 1830, le soutien parlementaire à la politique du gouvernement suédois se structura autour du baron Karl Johan af Nordin et, surtout, du comte Magnus Brahe, ami personnel du roi. Cependant, l'échec de Charles Jean à empêcher l'adoption par le Parlement de la politique de Myntrealisationen, qui consistait à dévaluer la monnaie afin d'assurer une transition vers l'étalon-argent, fut probablement la plus grande défaite politique de son règne. Cette mesure permit en définitive de stabiliser le système financier qui, depuis la fin des guerres napoléoniennes, avait nui au développement économique du pays.

L'année 1830 fut marquée par une percée majeure de l'opposition suédoise, à la faveur de la révolution de Juillet qui répandit les idées libérales à travers l'Europe. Le journal Aftonbladet, fondé la même année, s'affirma comme le principal porte-parole de l'opposition et son influence dépassa rapidement celle de la presse conservatrice. Les conseillers du roi, de plus en plus vieillissants, eurent du mal à s'adapter à ces mutations. En outre, la méconnaissance de la langue suédoise par Charles Jean compliqua le lancement de réformes constitutionnelles appropriées face à l'émergence de controverses sur les questions de représentation, l'organisation du Conseil d'État et l'entourage du souverain. L'une des principales critiques adressées à la monarchie était l'absence d'un parlementarisme de type britannique, dans lequel les ministres étaient responsables devant le Parlement.

Charles Jean était en fait davantage préoccupé par ce qui se passait dans son ancien pays, la France, où il essayait à bien des égards de transmettre une image positive de lui-même à l'opinion publique. Cependant, le roi y était souvent ridiculisé et présenté comme un traître, notamment dans les romans de l'écrivain Honoré de Balzac. En Suède même, des auteurs dissidents, comme Magnus Jacob Crusenstolpe et Anders Lindeberg, n'hésitèrent pas à s'attaquer directement à la personne du roi. La forte influence de son favori Magnus Brahe sur les autres conseillers fut également critiquée. Les sessions parlementaires de 1834 et 1835 furent particulièrement éprouvantes pour le gouvernement, qui essuya plusieurs défaites du fait de la domination de l'opposition.

La lutte s'intensifia au cours des années suivantes lorsque le gouvernement nomma August von Hartmansdorff pour appliquer l’Indragningsmakten, c'est-à-dire la possibilité pour les autorités de retirer de la vente un journal ou un magazine en révoquant l'autorisation de publication ultérieure. Dans le cadre de cette politique répressive, Crusenstolpe fut accusé au cours de l'été 1838 de crime de lèse-majesté, engendrant une agitation populaire à Stockholm qui se solda par la mort de deux personnes et la timide émergence d'un courant républicain. Les tensions s'apaisèrent vers la fin de l'année même si l'opposition s'efforçait d'obtenir le soutien du prince Oscar.

Toujours dans les années 1830, le scandinavisme se développa fortement en Suède et en Norvège, mais principalement au Danemark. Ce courant promouvait la coopération entre les trois pays et tenait également un discours sévère à l'égard de la Russie et des États allemands. La presse russe et allemande fut scandalisée et se mit à critiquer durement le gouvernement de Charles XIV Jean.

La dernière visite du roi en Norvège se déroula à l'hiver 1838-1839. C'était son dixième voyage dans le pays, et il fut accueilli chaleureusement et avec enthousiasme partout où il allait. Il resta à Christiana de à , dans un contexte plutôt calme sur le plan politique. En effet, aucun conflit n'opposait alors l'exécutif avec le Parlement et son consentement au drapeau norvégien ne fit qu'accroître sa popularité. Compte tenu des affrontements récurrents avec l'opposition libérale à Stockholm, son séjour en Norvège lui servit de « convalescence politique ».

Les parlementaires hostiles à la politique du roi n'avaient toutefois pas dit leur dernier mot, et en 1839, ils se liguèrent dans l'objectif de renverser le système parlementaire dès l'année suivante et forcer Charles Jean à abdiquer. La coalition obtint le soutien de plusieurs ministres, en partie convaincus par les critiques émises à l'encontre du Conseil d'État et par l'absence d'organisation structurée chez les parlementaires favorables au gouvernement. L'opposition fit ainsi élire plusieurs de ses membres dans les commissions de contrôle du Parlement, mais ses efforts furent réduits à néant lorsque le chancelier Hartmansdorff réussit à réorganiser les majorités conservatrices du clergé et de la noblesse. Les partisans du gouvernement purent dorénavant faire front et contrecarrèrent la plupart des tentatives de l'opposition. En guise de concession, le roi décida de renouveler une partie de son conseil en 1840 afin de rassurer quelque peu le camp libéral.

Les conflits entre Charles Jean et l'opposition suédoise s'apaisèrent à la fin de la session parlementaire de 1841. Deux ans plus tard, en 1843, le souverain célébra son jubilé d'argent, marquant ses vingt-cinq années passées sur le trône. Il reçut à cette occasion des témoignages d'affection des quatre coins des deux royaumes. À la fin de son règne, la Suède avait réussi à se développer dans plusieurs domaines : sa population avait presque retrouvé son niveau d'avant la perte de la Finlande, la dette publique et extérieure avait diminué, de nouvelles voies de transport sous forme de canaux et de routes avaient vu le jour, l'agriculture connaissait une croissance rapide, le secteur industriel avait doublé de volume, les banques avaient vu leur taille s'accroître, les impôts avaient été réduits et les recettes avaient augmenté.

Au début de , le roi développa une gangrène au niveau du pied. Le , jour de son 81e anniversaire, il ne put quitter son lit et, le , il eut un accident vasculaire cérébral. Il tomba alors dans le coma. Charles XIV/III Jean mourut trois jours plus tard à Stockholm, le , vers 15 h 30. Peu de temps avant sa mort, il reprit conscience et adressa la parole à son fils Oscar, à qui il chuchota : « personne n'a fourni une carrière semblable à la mienne ». Il ajouta : « j'aurais peut-être pu accepter de devenir un allié de Napoléon ; mais lorsqu'il a attaqué le pays qui avait placé son sort entre mes mains, il n'a pu trouver en moi qu'un opposant. Les événements qui ont bouleversé l'Europe et lui ont rendu sa liberté sont connus, de même que le rôle que j'y ai joué ». Ses funérailles se déroulèrent le à l'église de Riddarholmen, sous l'autorité de l'archevêque d'Uppsala Carl Fredrik af Wingård.

Désirée Clary

Désirée Clary

Bernardine Eugénie Désirée Clary, née le à Marseille (Royaume de France), et morte le à Stockholm (Suède-Norvège), est la princesse de Pontecorvo, puis reine consort de Suède et de Norvège de 1818 à 1844. Elle épouse en 1798 Jean-Baptiste Bernadotte, qui deviendra roi de Suède sous le nom de Charles XIV Jean. Elle change officiellement son nom en « Desideria », nom latin qu'elle-même n'utilise pas.

Désirée Clary est née à Marseille le 8 novembre 1777 et baptisée le lendemain à l'église Saint-Ferréol. Elle est la fille cadette d'une famille de neuf enfants, du riche fabricant et marchand de soie, François Clary, échevin de Marseille, et de sa seconde épouse Françoise Somis. L'avant-dernière fille est Julie, née à Marseille le 26 décembre 1771, non dénuée d'esprit — contrairement à la benjamine — mais frivole et à l'humeur changeante.

Désirée Clary passe son enfance entre l'hôtel particulier de ses parents, situé dans l'actuelle rue des Phocéens, non loin du Vieux-Port de Marseille et une somptueuse bastide. Elle est très attachée à ses proches et en particulier à sa sœur Julie. Grâce à la fortune issue du négoce, les enfants de François Clary reçoivent une excellente éducation et Désirée intègre le couvent réservé aux jeunes filles des classes sociales supérieures pour parfaire son enseignement. Mais au cours de la Révolution, les couvents sont fermés et Désirée doit retourner vivre avec ses parents. Les destinées des deux dernières filles vont croiser celles d'une famille corse.

La famille Bonaparte obligée de quitter la Corse depuis le 10 juin 1793, est installée à Marseille, récemment libérée par les Républicains, à la fin du mois d'août de la même année. En février 1794, le frère aîné de Désirée, Étienne Clary, est incarcéré en pleine Terreur sur ordre du Tribunal révolutionnaire et à la veille de comparaître devant ses juges. Les autorités découvrent en effet que le père, François Clary, décédé le 20 janvier 1794, souhaitait acquérir un titre de noblesse sous le règne du « tyran Louis Capet ». Ce que le Comité de surveillance omet de signaler ou ignore, c'est que la demande d'anoblissement sous l'Ancien régime, est refusée. En cette période troublée, la répression consécutive à la Loi des suspects est féroce et sans commune mesure. Pour cette raison, Étienne, à présent chef de famille et négociant, est suspecté à la place de son père. Désirée accompagne sa belle-sœur Marcelle Guey qui prend l'initiative d'intervenir auprès du représentant en mission, le député Antoine Louis Albitte, pour faire libérer son époux. Dans la salle d'attente, une foule se presse pour obtenir maintes requêtes. Désirée, accablée, s'est endormie et Marcelle s'est rendue seule à l'audience pour plaider sa cause. Son entretien terminé et sa mission couronnée de succès, elle ne réussit pas à rejoindre Désirée, pressée d'apporter à la prison l'ordre d'élargissement de son mari. Désirée seule et désemparée est découverte par Joseph Bonaparte, commissaire de la marine à Marseille, qui la rassure sur le sort de son frère. Ils font connaissance et Joseph lui propose de la raccompagner à son domicile . Le lendemain, il retourne chez les Clary pour être présenté à la famille. Sous le charme de Désirée, Joseph la courtise et lui promet le mariage dès qu'elle aura atteint sa majorité.

C'est sans compter sur l'arrivée du frère cadet de Joseph, le héros de la prise de Toulon, le général récemment promu à ce grade, Napoléon Bonaparte. Il est chargé à présent de l'organisation de la défense de Marseille et l'inspection de la côte provençale. L'officier jette également son dévolu sur Désirée et sans ambages impose sa volonté : « dans un bon ménage, il faut que l'un des deux époux cède à l'autre. Toi, Joseph, tu es d'un caractère indécis et il en est de même de Désirée ; tandis que Julie et moi savons ce que nous voulons. Tu feras donc mieux d'épouser Julie. Quant à Désirée, elle sera ma femme ». En réalité Napoléon s'est aperçu de l'amour que portait Julie à Joseph. Ce dernier reporte finalement son attention sur l'ainée, Julie Clary, qu'il épouse le 1er août 1794 à Cuges-les-Pins et Désirée se fiance officiellement avec Napoléon le 21 avril 1795, malgré les réticences de Mme Clary : « J'ai déjà bien assez d'un Bonaparte dans ma famille » ! L'alliance des Bonaparte avec les Clary leur apporte fortune et notoriété et à ces derniers, protection et opportunités.

Au mois de juillet 1795, Désirée accompagne sa mère avec son frère Nicolas à Gênes en Italie, où son beau-frère Joseph est chargé par le gouvernement d'une mission diplomatique. Au cours de l'été, Napoléon rencontre pour la première fois Joséphine de Beauharnais, au salon de Mme Tallien à Paris. Bonaparte renonce au projet de mariage avec Désirée, non sans mauvaise conscience comme en témoigne sa correspondance. Il rompt ses fiançailles le 6 septembre 1795 dans une lettre adressée à son frère aîné, après quoi sur les conseils de sa mère, Désirée libère Napoléon de ses engagements. Mais si elle pardonne à l'infidèle, Désirée garde toujours une rancune tenace envers sa rivale Joséphine, désormais surnommée par ses soins : « la vieille ». Napoléon Bonaparte épouse Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, dite Joséphine de Beauharnais, le 9 mars 1796 dans le 2e arrondissement ancien à Paris.

Mme Clary prolonge son séjour à Gênes tant que son gendre est en poste. Désirée se plaît à se rendre au salon mondain de Mme Faipoult, la femme du ministre plénipotentiaire, Guillaume-Charles Faipoult. Ce cercle est fréquenté par l'élite française dont des officiers de l'armée d'Italie et en particulier le protégé du ministre, le général de brigade Léonard Duphot. Ce gradé se montre fort entreprenant auprès de Désirée, mais la laisse de marbre. Il est aussi vrai que Duphot est intéressé par la dot et la position de sa promise. Au mois d'août 1797, la famille Clary se déplace à Rome où Joseph vient d'être nommé ambassadeur de France. M. Faipoult bien décidé d'assurer un bel avenir à Léonard, fait intervenir le général Bonaparte afin d'obtenir son appui dans un projet de mariage avec Désirée. Napoléon consent d'autant plus facilement que ce dessein permettrait à son ex-fiancée d'oublier leur déconvenue et il agit en ce sens, auprès de son frère Joseph. Léonard Duphot est donc appelé à se rendre auprès de l'ambassadeur, en tant que son aide de camp. Malheureusement, la destinée en décide autrement et cette éventuelle union ne verra pas le jour Un drame survient le 28 décembre 1797 : Duphot est tué au Palais Corsini par les soldats du Pape, au moment où il tente d'apaiser une émeute occasionnée par une fête que célèbrent les Républicains français. Le corps de l'infortuné est transporté à l'intérieur de l'ambassade dans un tumulte indescriptible. Désirée horrifiée, assiste du haut de l'escalier à cette scène tragique. Joseph quitte aussitôt la ville avec son épouse, Mme Clary et sa fille. Cette rébellion favorise la décision du Directoire d'envoyer des troupes françaises en Italie, le 10 février 1798.

Désirée Clary

Désirée Clary

Désirée Clary en 1810 par François Gérard.

Désirée Clary en 1810 par François Gérard.

De retour à Paris, les prétendants se bousculent à la porte de Mlle Clary, comme Junot qui après un refus, n'hésite pas à faire intervenir Marmont pour plaider sa cause, sans plus de succès. Par contre, Désirée n'est pas restée insensible au physique de Marmont… Un autre général, plus intrépide, fait sa demande par l'intermédiaire de Joseph, l'éternel protecteur de Désirée. Il s'agit de Jean-Baptiste Bernadotte. Leur rencontre a lieu au mois de juillet 1798 et c'est le coup de foudre.

Bernadotte est l'adversaire militaire et politique de Bonaparte. Ce sont deux hommes ambitieux qui ne se supportent pas et qui n'auront de cesse de s'affronter. Pour Désirée, cet antagonisme ne peut que servir ses intérêts à la suite de l'humiliation infligée par son précédent prétendant et son futur époux personnifie sa revanche, il est celui qui pourra tenir tête à Napoléon. Elle se marie donc avec le général Bernadotte, le 17 août 1798 (30 thermidor an VI) à Sceaux où il possède une demeure, rue de la Lune. Les témoins au mariage sont bien sûr Joseph Bonaparte et son épouse Julie Clary, mais aussi Lucien et Christine Bonaparte. Désirée et Jean-Baptiste ont un fils unique, Oscar, né le 4 juillet 1799 (16 messidor an VII) à Paris et son parrain n'est autre que le général Bonaparte.

Lorsque Jean-Baptiste est élu prince héritier de Suède le 21 août 1810, Désirée s'installe à Stockholm avec son fils en janvier 1811. Au bout de cinq mois, elle retourne toutefois s'installer seule à Paris sous le titre de comtesse de Gotland. Elle juge en effet la Cour de Stockholm, sévère et ennuyeuse et Désirée ne s'adapte pas à la rigueur extrême du climat suédois. D'autre part, demeurant en France, sa position lui permet de connaître les intentions de l'Empereur et elle s'empresse de transmettre les conversations à son époux. Elle devient un agent de liaison utile à Jean-Baptiste Bernadotte qui l’appelle « ma petite espionne ». Parallèlement, Napoléon se sert également de Désirée pour faire passer des messages à Bernadotte. À la Restauration, elle est éprise d'Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII. Mais la réciprocité est imaginaire et cet attachement vertigineux est loin d'être partagé. Richelieu meurt à Paris le 17 mai 1822 et le chagrin de Désirée est si immense, qu'elle décide de porter le grand deuil austère. Ce qui ne manque pas de faire scandale vis-à-vis de ses contemporains.

Entre-temps, Désirée est devenue reine de Suède et de Norvège le 5 février 1818, date à laquelle son mari accède au trône sous le nom de Charles XIV Jean, après la mort du roi Charles XIII. Cependant, Désirée revient définitivement en Suède le 13 juin 1823, six jours avant la célébration du mariage de son fils avec Joséphine de Leuchtenberg, la fille d'Eugène de Beauharnais. Elle finit par s'accoutumer à son nouveau pays d'adoption, gagne l'estime de ses sujets et ne songe plus à un retour en France. Son royal époux qui lui pardonne son infidélité, fait construire à son intention le Palais de Rosendal de 1823 à 1826, sur l'île de Djurgården, où Désirée mène une vie à sa convenance, loin de l'étiquette et des fastes de la Cour.

Désirée est couronnée reine de Suède et également de Norvège sous le nom de Desideria, le 21 août 1829 en la cathédrale Saint-Nicolas de Stockholm. À la mort de son époux le 8 mars 1844, son fils devient roi sous le titre d'Oscar Ier. La nouvelle souveraine passe les dernières années de sa vie dans l'isolement. Quatre mois après la disparition de Charles XIV Jean, son beau-frère Joseph Bonaparte s'éteint le 28 juillet 1844 à Florence en Toscane, puis sa sœur Julie le 7 avril 1845 également à Florence. Elle perd son fils Oscar le 8 juillet 1859 à Stockholm, des suites d'une longue maladie.

La reine Désirée meurt à Stockholm, le 17 décembre 1860 à l'âge de 83 ans.

François Gérard (1808). La reine Julie et ses deux filles, les princesses Zénaïde et Charlotte. Dublin, Galerie nationale d'Irlande.

François Gérard (1808). La reine Julie et ses deux filles, les princesses Zénaïde et Charlotte. Dublin, Galerie nationale d'Irlande.

Marie Julie Clary, née le à Marseille et morte le à Florence (Toscane), est l'épouse de Joseph Bonaparte et par conséquent reine de Naples de 1806 à 1808, puis reine d'Espagne de 1808 à 1813. 

Elle était la fille de François Clary (1725-1794), négociant à Marseille, et de Françoise Rose Somis (1737-1815). Le , Julie Clary épouse Joseph Bonaparte, frère de Napoléon, à Cuges-les-Pins.

En 1806, Joseph Bonaparte est fait roi de Naples, Julie devient ainsi reine de Naples. Mais en 1808, Joachim Murat monte sur le trône de Naples en remplacement de Joseph qui est fait roi d'Espagne. À nouveau reine, Julie préfère cependant demeurer à Mortefontaine dans l'Oise, où elle est tenue informée des relations adultères de son mari avec Teresa de Montalvo, comtesse douairière de Jaruco et María del Pilar Acedo y Sarriá, marquise de Montehermoso.

Après la défaite de l'armée française de Napoléon à la bataille de Vitoria, le et l'entrée des troupes alliées à Paris en 1814, Julie achète le château de Prangins en Suisse, près du lac Léman.

Après la bataille de Waterloo et la chute de Bonaparte, elle se retire avec son mari dans leur propriété située près de la rivière Delaware dans l'État de New Jersey.

En 1816, sa sœur Désirée devenue en 1810 princesse de Suède l'emmène en voyage en Suède, malgré les craintes de son mari qui estime que la présence d'un membre de la famille Bonaparte pourrait être pris comme une provocation.

Julie se rend ensuite à Francfort, où elle demeure avec ses filles pendant six ans, séparée de son mari franco-américain. Plus tard, elle s'installe à Bruxelles, puis à Florence, au Palais de la Serristori. Bien qu'épouse du prétendant impérial au trône de France de 1832 à 1844, elle ne tente pas de renouer avec le peuple français. Pendant cette période, elle perd contact avec sa sœur Désirée, qui en tant que reine s'est installée en Suède.

En 1840, Joseph la rejoint à Florence. En dépit de son adultère, elle parle de lui en tant que « son mari bien-aimé ». Il meurt dans ses bras le , à l'âge de soixante-seize ans. Elle le rejoint huit mois plus tard, le , à l'âge de soixante-treize ans. Leurs corps sont inhumés côte à côte en la basilique Santa Croce de Florence.

Dix-sept ans plus tard, en 1862, Napoléon III, devenu empereur des Français, rapatrie la dépouille de Joseph pour l'inhumer à la droite de Napoléon Ier. Les restes de Julie, Comtesse de Survilliers, demeurent toujours à la basilique Santa Croce, à côté de ceux de sa fille Charlotte, décédée le , à l'âge de trente-sept ans, en donnant naissance à un enfant mort-né.

Du mariage de Julie avec Joseph Bonaparte naîtront trois filles :

 Portrait de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne, par François Gérard.

Portrait de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne, par François Gérard.

 Le roi Joseph chassé par un Espagnol.

Le roi Joseph chassé par un Espagnol.

 Le château de Prangins devient la propriété de Joseph Bonaparte pendant son séjour en Suisse.

Le château de Prangins devient la propriété de Joseph Bonaparte pendant son séjour en Suisse.

Malgré son mariage avec Julie Clary en 1794, Joseph Bonaparte collectionne les relations amoureuses et prend plusieurs maîtresses, au point qu'on lui attribue justement d'avoir de mauvaises mœurs. Il est même qualifié d'« insatiable coureur de jupons » par son biographe Thierry Lentz. Après son retour de Rome en 1798, il entretient des relations avec plusieurs actrices de théâtre, ainsi qu'avec la femme du diplomate néerlandais Rutger Jan Schimmelpenninck. C'est également à cette époque qu'il se rapproche de la romancière Germaine de Staël, et bien que celle-ci lui envoie parfois des lettres enflammées, il est probable que leur relation se soit finalement limitée à une amitié sincère, et ce jusqu'à la mort de Germaine en 1817. En 1804, pendant son séjour au camp de Boulogne, il s'éprend d'Adèle Fagnan, une jeune femme de Dunkerque qui aurait été également la maîtresse de plusieurs généraux dont Soult.

Les responsabilités qu'occupe Joseph l'éloignent souvent de Paris et de sa femme, ce qui le conduit à multiplier les aventures, notamment lors de ses deux règnes. À Naples, peu de temps après son arrivée, en 1806, il s'éprend d'Élisabeth Dozolle, la femme d'un capitaine de son aide de camp. Leur aventure passionnée dure jusqu'au retour en France de cette dernière, l'année suivante. Entre-temps, il rencontre Maria Giulia, la fille de son chambellan, le prince Colonna di Stigliano. Mariée depuis trois ans au duc d'Atri, Giangirolamo Acquaviva, elle devient sa favorite bien que les deux amants cherchent à dissimuler leur relation. Ensemble, ils ont deux enfants.

Pendant son règne espagnol, Joseph fait de María del Pilar Acedo y Sarriá, marquise de Montehermoso, sa favorite. Il séjourne notamment dans son palais de Vitoria lors des campagnes militaires qui l'obligent à quitter la capitale. Leur relation dure plusieurs années mais n'est pas exclusive puisqu'une relation avec la comtesse de Jaruco est elle aussi évoquée. Après son retour en France, Joseph rend parfois visite à la marquise qui s'y est établie  et remariée en 1818 avec un officier, Amédée de Carabène.

Enfin, deux maîtresses lui sont connues de son exil aux États-Unis. Il fréquente tout d'abord Annette Savage, une jeune femme issue d'une famille de quakers et de 32 ans sa cadette. Leur relation, de laquelle naissent deux enfants, dure plusieurs années, jusqu'au départ pour la France d'Annette en 1825. Il prend ensuite pour maîtresse Émilie Hémart, la femme d'un de ses fondés de pouvoir et associé à la rédaction du Courrier des États-Unis, Félix Lacoste. Un garçon naît de cette relation.

Maria Giulia Colona di Stigliano

Maria Giulia Colona di Stigliano

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

Revenons aux enfants de Joséphine de Beauharnais et d'Alexandre de Beauharnais...

Je viens, plus haut d'évoquer les vies d'Eugène de Beauharnais et de son épouse et d'Augusta Amélie de Bavière, il me faut maintenant, évoquer l'histoire de sa soeur Hortense qui va épouser Louis Bonaparte et qui sera la mère de Napoléon III.

 Hortense de Beauharnais par Jean-Baptiste Isabey, 1813. (à 30 ans)

Hortense de Beauharnais par Jean-Baptiste Isabey, 1813. (à 30 ans)

Hortense Eugénie Cécile de Beauharnais, reine de Hollande (1806-1810), duchesse de Saint-Leu (Saint-Leu-la-Forêt) (1814), née le à Paris et morte le au château d'Arenenberg dans le canton de Thurgovie en Suisse, était un membre de la famille impériale française, fille de Joséphine de Beauharnais et mère de l'empereur Napoléon III. Elle fut aussi compositrice.

Fille de Marie-Josèphe Tascher de La Pagerie (future Joséphine, impératrice, épouse de Napoléon) et de son premier mari le vicomte Alexandre de Beauharnais (qui accuse sa femme d'adultère à l'annonce de sa grossesse), elle a pour beau-père l'empereur Napoléon Ier, qui épouse sa mère en 1796, après la mort sur l'échafaud du vicomte en 1794.

Ses parents vivent séparément lorsqu'éclate la Révolution française. En 1789, son père est élu député de la noblesse aux États généraux et préside l'Assemblée Constituante durant les journées de la fuite à Varennes de la famille royale. Durant la Terreur, le vicomte est arrêté puis guillotiné et son épouse est emprisonnée ; mais libérée après la chute de Robespierre, elle reprend sa vie mondaine et devient la maîtresse de Barras, l'homme le plus influent du Directoire.

En 1795, Hortense entre à douze ans dans la pension de Mme Campan à Saint-Germain-en-Laye puis fréquente à sa majorité la haute société consulaire. La même année, le général Bonaparte se fait remarquer en réprimant au canon une insurrection royaliste sur les marches de l'église Saint-Roch à Paris.

Après son mariage avec leur mère, Napoléon décide d'adopter Hortense et son frère aîné, Eugène, le .

En 1799, Bonaparte prend le pouvoir et donne à la France un nouveau type de gouvernement : le Consulat. À 16 ans, Hortense est la fille de l'homme le plus puissant de France.

Joséphine, qui tient à se concilier la famille Bonaparte qui la jalouse, voire la hait, souhaite une nouvelle union pour sceller l'alliance des familles Bonaparte et Beauharnais.

Elle fait marier sa fille, Hortense, le à Louis Bonaparte (1778-1846), l'un des frères cadets du Premier Consul. La cérémonie au palais des Tuileries est célébrée le par le cardinal Caprara. Hortense devient ainsi la belle-sœur de son beau-père. Le couple a trois fils :

En 1804, Louis et Hortense font l'acquisition du château de Saint-Leu, qu'elle conserve jusqu'en 1815 et où elle donne des fêtes brillantes.

Le mariage se révèle désastreux : Hortense est follement éprise du général Duroc, aide de camp de l'empereur (certains prétendent qu'ils ont même été amants), tandis que Louis, hypocondriaque, souffre d'une obsession de la persécution, d'une paralysie du bras droit et d'une maladie vénérienne jamais soignée. Il tourmente sa femme de sa jalousie morbide.

Belle, séduisante et intelligente, Hortense tombe amoureuse de Charles de Flahaut, aide de camp de Murat et fils naturel de Talleyrand, dont elle eut un fils naturel, Charles (1811-1865), futur duc de Morny.

Napoléon disait à son propos :

« Hortense, si bonne, si généreuse, si dévouée, n’est pas sans avoir quelques torts avec son mari ; j’en dois convenir, en dehors de toute l’affection que je lui porte et du véritable attachement que je sais qu’elle a pour moi. »

Elle avait pour devises « Fortuna infortuna forti, una » (la fortune et l'infortune ne font qu'une pour le fort) et « Moins connue, moins troublée. Mieux connue, mieux aimée ».

 Hortense de beauharnais

Hortense de beauharnais

Louis devenant roi de Hollande en 1806, elle-même devient reine de Hollande (d'où son surnom de reine Hortense). Elle règne jusqu'en 1810, date à laquelle le royaume de Hollande est annexé par Napoléon Ier. Malgré le divorce de l'empereur, son tact lui permet de devenir une des rares intimes de la nouvelle impératrice Marie-Louise d'Autriche de huit ans sa cadette.

La reine Hortense, férue de musique, compose la mélodie de Le Beau Dunois plus connue sous le titre de Partant pour la Syrie. Le musicologue Arthur Pougin avait attribué cette composition au flûtiste virtuose et professeur de flûte de la reine, Louis Drouet. Des études musicologiques plus récentes ont infirmé cette attribution. Cette romance composée à Malmaison en 1807, dont les paroles furent écrites par le comte Alexandre de Laborde, eut rapidement un grand succès. Son origine comme sa popularité en feront sous la Restauration un chant de ralliement pour les bonapartistes.

Pendant la Première Restauration, elle flirte quelque temps avec le tsar Alexandre Ier de Russie qui lui accorde sa protection. À la demande de celui-ci, Louis XVIII la fait en 1814 duchesse de Saint-Leu pourvue d'une rente et de terres, ce qui lui permet d'assurer une bonne éducation à ses enfants. Sa mère meurt pendant cette période.

Fidèle à l'Empereur pendant les Cent-Jours, elle est contrainte de gagner la Suisse en 1817 et se réfugie à Arenenberg où elle élève seule ses fils dans le château médiéval délabré qu'elle achète en pour 30 000 florins et qu'elle fait restaurer complètement pour le transformer en une résidence d'été.

Ses seuls soutiens sont son frère, réfugié auprès de son beau-père, le roi Maximilien Ier de Bavière (qui l'a créé duc de Leuchtenberg) et leur cousine la grande-duchesse douairière de Bade, Stéphanie. Grâce à la succession de sa mère et à l'intercession de son frère, Eugène, elle dispose d'une fortune de 3 millions qui lui assure un revenu confortable de 120 000 francs.

 

 Château d'Arenenberg, devenu musée Napoléon Thurgovie depuis 1906

Château d'Arenenberg, devenu musée Napoléon Thurgovie depuis 1906

À partir de 1810, elle se rend chaque année à Aix-les-Bains (dans le giron du royaume de Sardaigne à l'époque), en cure, elle y revient par la suite avec son fils, le futur Napoléon III. En 1813 elle fait une donation à la ville d'Aix-les-bains pour fonder un hôpital, le futur hôpital de la Reine Hortense.

En 1821 Napoléon meurt en exil, puis en 1824 son frère Eugène et en 1825 le tsar de Russie. Elle s'exile à Rome en 1826, s'installant dans le palais Ruspoli en 1830. Elle perd son fils Napoléon-Louis pendant la révolte italienne en mars 1831.

Cependant, peu après, à la fin d'avril 1831, elle se rend à Paris et, par l'entremise du général d'Houdetot, aide de camp du nouveau roi des Français Louis-Philippe Ier et ancien ami d'Eugène de Beauharnais, elle obtient une entrevue secrète avec le souverain, qui n'oublie pas son intervention en faveur de sa mère, la duchesse d'Orléans, et de sa tante, la princesse de Condé, durant les Cent-Jours.

Il est probable qu'elle voulait discuter des conditions d'un établissement durable en France pour elle et pour son fils ; on a évoqué une possible élévation de Louis-Napoléon à la pairie avec le titre de duc de Saint-Leu La Forêt.

Quoi qu'il en soit, le , jour du dixième anniversaire de la mort de l'Empereur, après avoir assisté depuis les fenêtres de l'hôtel où elle est descendue rue de la Paix au défilé des bonapartistes venus en pèlerinage à la colonne Vendôme, elle repart rapidement pour l'Angleterre avec son fils, à la demande de Casimir Périer, président du Conseil. Elle reçut plus tard, par l’entremise de Talleyrand, à cette époque en Angleterre, des passeports pour traverser la France et se rendre, par cette voie, en Suisse, où elle voulait s’établir.

Elle ne revient plus en France puisque la première loi d'exil du frappe également, comme famille ayant régné sur la France, les membres de la famille Bonaparte.

La même année, la mort du duc de Reichstadt fait de son fils l'héritier des prétentions bonapartistes.

Gravement souffrante d'un cancer de l'utérus, Hortense lui fait part, par le docteur Henri Conneau, de sa maladie. Il rentre aussitôt, juste à temps pour assister sa mère dans ses derniers instants ; elle meurt le . Le docteur Henri Conneau pratiqua l'autopsie et l'embaumement du corps de la reine Hortense. Un Requiem est célébré dans l'église d'Ermatingen le 11 octobre, le corps est ensuite ramené dans la chapelle d'Arenenberg, en attendant l'autorisation du gouvernement français de la ramener à Rueil-Malmaison où elle souhaitait être enterrée près de sa mère dans l'église Saint-Pierre-Saint-Paul. Elle est déposée dans l'église de Rueil le 19 novembre.

Le , son corps est enfermé dans 3 cercueils de plomb, d'acajou et de chêne. Un service funèbre officiel a lieu le , en présence de la famille Tascher de la Pagerie et d'un seul membre de la famille Bonaparte, Caroline. Le , elle est transférée dans la crypte. Des projets de mausolée sont proposés par David d'Angers, puis un monument est réalisé par Bartolini, mais il ne donne pas satisfaction. Le monument définitif, en marbre blanc, est finalement réalisé par Jean-Auguste Barre et inauguré le , en présence de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie.

Toute sa vie, Louis-Napoléon, devenu empereur, garda dans son portefeuille la dernière lettre de sa mère

Hortense de Beauharnais avec ses deux plus jeunes fils : Napoléon-Louis, (futur Louis-Napoléon II) et Charles-Louis-Napoléon (futur Napoléon III).

Hortense de Beauharnais avec ses deux plus jeunes fils : Napoléon-Louis, (futur Louis-Napoléon II) et Charles-Louis-Napoléon (futur Napoléon III).

Louis en 1808.

Louis en 1808.

 Napoléon Ier et son frère Louis en 1809.

Napoléon Ier et son frère Louis en 1809.

En 1802, Napoléon Ier avait marié son frère Louis à sa belle-fille Hortense de Beauharnais (1783 – 1837), issue du premier mariage de Joséphine avec Alexandre de Beauharnais et également fille adoptive de Napoléon, mais cette union ne fut pas heureuse. Hortense ne voulut pas rester longtemps avec son mari en Hollande qu’elle trouvait trop froide et elle revint en France, puis le couple se sépara. Ils ont eu cependant trois fils :

 

Louis avec son fils, le prince royal Napoléon-Louis.

Louis Bonaparte laisse des enfants naturels, dont notamment de son union avec Jeanne-Félicité Roland :

  • Louis, comte de Castelvecchio (1826 – 1869), qui épouse en 1847, Élise Pasteur d’Etreillis (1826 – 1894), et postérité.

Le , il aurait épousé en secondes noces (à l'âge de 60 ans) la marquise Julia Livia di Strozzi, alors âgée de 16 ans. Elle serait la fille du duc Ferdinand Strozzi (1775 – 1838). L'union n'aurait abouti à aucune postérité. La réalité de l'union est cependant sujette à caution, et Léonce de Brotonne déclare que « le mariage projeté de Louis avec la fille du marquis Strozzi ne s'accomplit pas ». L'unique fille du duc Ferdinand Strozzi qui correspondrait aux descriptions des auteurs serait Mathilde Strozzi, décédée à 1 h le , à l’âge de 17 ans. Son acte de décès stipule qu'elle était « nubile », soit célibataire

Portrait de Napoléon III en uniforme de général de division dans son grand cabinet des Tuileries (huile sur toile d'Hippolyte Flandrin, 1861).

Portrait de Napoléon III en uniforme de général de division dans son grand cabinet des Tuileries (huile sur toile d'Hippolyte Flandrin, 1861).

Charles Louis Napoléon Bonaparte, dit Louis-Napoléon Bonaparte, né le à Paris et mort le à Chislehurst (Royaume-Uni), est un monarque et un homme d'État français. Il est à la fois l'unique président de la Deuxième République, le premier chef d'État français élu au suffrage universel masculin, le , le premier président de la République française, et, après la proclamation de l'Empire le , le dernier monarque du pays sous le nom de Napoléon III, empereur des Français.

Troisième fils de Louis Napoléon Bonaparte, dit Louis Bonaparte, roi de Hollande, et d'Hortense de Beauharnais, il naît prince français et prince de Hollande : neveu de l'Empereur Napoléon Ier, il est à la fois neveu et petit-fils de l'Impératrice Joséphine de Beauharnais (sa grand-mère maternelle). Exilé après la chute de l'Empire, conspirateur avec son frère aîné pour l'unité italienne, il devient héritier présomptif du trône impérial après les morts successives de son frère aîné Napoléon-Louis en 1831, et de son cousin le duc de Reichstadt (Napoléon II, roi de Rome) en 1832.

Ses premières tentatives de coup d'État, mal préparées (Strasbourg en 1836, Boulogne-sur-Mer en 1840), échouent. Condamné à l'emprisonnement au fort de Ham, dont il s'évade en 1846, il est élu représentant du peuple après la révolution française de 1848 puis président de la République. Son coup d'État du 2 décembre 1851 lui permet un an plus tard de restaurer l'Empire en devenant Empereur des Français, mettant ainsi fin à la Deuxième République. Face à l'opposition des républicains, des libéraux tels Adolphe Thiers, de certains monarchistes et des catholiques (après l'unité italienne), il donne à son pouvoir la forme d'un « Empire autoritaire » qui s'atténue après 1859 pour laisser place, progressivement, à un « Empire libéral ».

La philosophie politique qu'il met en place, et qu'il présente dans ses Idées napoléoniennes et dans De l'extinction du paupérisme (1844), est une synthèse d'un bonapartisme mêlé à du romantisme, du libéralisme autoritaire, et du socialisme utopique. Le règne de cet admirateur de la modernité britannique est marqué par un développement industriel, économique et financier sensible, porté par une forte croissance mondiale qu'illustre la transformation de Paris sous l'autorité du préfet Georges Eugène Haussmann.

Sa politique extérieure vise à restaurer la puissance française en Europe et dans le monde. Il rompt l'isolement diplomatique de la France, voulu au congrès de Vienne par trois puissances de la Sainte-Alliance, par son entente avec la Grande-Bretagne lors de la guerre de Crimée, son soutien aux mouvements nationaux (en particulier lors de l'unité italienne contre l'Empire d'Autriche), et par ses diverses opérations outre-mer, parfois en coalition avec la Grande-Bretagne, qui permettent l'agrandissement du territoire (Nice, Savoie) et l'expansion coloniale et commerciale. Cette politique provoque cependant l'hostilité du royaume de Prusse et subit un échec au Mexique.

Les tensions avec la Prusse aboutissent au piège de la dépêche d'Ems et à la guerre franco-allemande de 1870, qui scelle la fin du Second Empire. Le , Napoléon III est capturé lors de la bataille de Sedan. Le , la Troisième République est proclamée. Napoléon III part en exil en Angleterre, où il meurt en .

La vive hostilité de Victor Hugo à l'égard de Napoléon III, exprimée dans ses œuvres et sa correspondance, les multiples pamphlets et ouvrages critiques de divers auteurs (Henri Rochefort, Maurice Joly, etc.) et les articles d'une partie de la presse politique contemporaine contribuent à ce que de nombreux historiens qualifient de « légende noire » autour de Napoléon III et du Second Empire.

L'œuvre économique et sociale du Second Empire est mise en valeur par l'historiographie officielle dès le début du XXe siècle, mais la révision du jugement historique porté sur Napoléon III est plus lente. Après la Seconde Guerre mondiale, des travaux d’historiens — notamment ceux effectués par Adrien Dansette et Louis Girard — vont dans le sens d'une réhabilitation de Napoléon III et marquent une nette rupture historiographique dans la perception de celui qui est le dernier monarque français et le premier président de la République française.

Troisième fils de Louis Bonaparte et d'Hortense de Beauharnais, le futur empereur voit le jour rue Cerruti, aujourd'hui rue Laffitte, dans l'Hôtel de la reine Hortense (détruit en 1899), à Paris, le , à une heure du matin. Il naît onze mois après le décès, en , de son frère aîné âgé de 4 ans, Napoléon-Charles Bonaparte, victime d'une angine diphtérique.

Le nouveau-né devait être prématuré d'au moins une vingtaine de jours car, neuf mois plus tôt, ses parents étaient séparés par plusieurs centaines de kilomètres depuis le et ne s'étaient retrouvés que le . Ce fait a entraîné de nombreuses rumeurs et hypothèses quant à la filiation du futur empereur. Neuf mois avant la naissance de ce dernier, Hortense était en voyage dans les Pyrénées, à Cauterets et à Gavarnie, où elle aurait pu avoir une liaison extraconjugale avec Élie Decazes, l'amiral Ver Huell ou son écuyer, le comte Charles-Adam de Bylandt. Dans sa biographie de Napoléon III (2004), Pierre Milza a écrit qu'« aucune de ces hypothèses n'est à rejeter de manière définitive mais aucune [...] n'emporte davantage la conviction » et que, pour la plupart des historiens, dont Louis Girard, « l'hypothèse la moins improbable reste celle de la paternité du roi Louis ».

Comme son autre frère, Napoléon-Louis Bonaparte, puis comme c'est plus tard le cas pour le roi de Rome, Louis-Napoléon reçoit à sa naissance les honneurs militaires par des salves d'artillerie tirées dans toute l'étendue de l'Empire. Son oncle l'Empereur Napoléon étant absent, on ne prénomme l'enfant que le suivant. Il n'est baptisé que deux ans plus tard, le , à la chapelle du château de Fontainebleau. Son parrain est l'Empereur et sa marraine la nouvelle impératrice, Marie-Louise.

Napoléon se conduira en véritable « grand-père » envers les enfants d'Hortense, n'hésitant pas à passer du temps avec eux dès que ses obligations le lui permettaient. Il aimait par exemple à faire rire aux éclats Louis-Napoléon en le saisissant par la tête pour le relever du sol. C'est lors de ces moments passés ensemble que Napoléon Ier et la Reine Hortense surnommèrent affectueusement le futur Napoléon III, « monsieur Oui Oui » car celui-ci répondait toujours à tout par « oui-oui ».

En , à la mort de leur grand-mère maternelle, l'ex-impératrice Joséphine, Louis-Napoléon et son frère sont chargés de conduire le deuil lors du transfert de la dépouille à l'église de Rueil-Malmaison.

La loi du 12 janvier 1816, bannissant tous les Bonaparte du territoire français et les obligeant à céder leurs biens, contraint l'ex-reine Hortense de Hollande, séparée de corps et de biens avec son mari, à s'exiler en Suisse alémanique où elle achète, en 1817, le château d'Arenenberg, dominant le lac de Constance, dans le canton de Thurgovie. Elle s'y installe avec Louis-Napoléon tandis que son frère aîné part vivre avec son père à Rome, où celui-ci tente d'obtenir l'annulation de son mariage avec Hortense.

Sans soucis d'ordre matériel, Louis-Napoléon est élevé par sa mère à Arenenberg en été et à Augsbourg en hiver. Son éducation est d'abord prise en charge par quelques professeurs occasionnels mais, en général, il est souvent livré à lui-même et fait de longues escapades dans la campagne suisse. Quand son père s'aperçoit du faible niveau d'éducation de son fils cadet, alors âgé de 12 ans, il menace Hortense de lui retirer la garde de l'enfant si elle ne reprend pas en main son éducation. Elle fait alors appel à un nouveau précepteur, nommé Philippe Le Bas, fils d'un conventionnel jacobin, tandis qu'un ancien officier de son oncle Napoléon Ier lui enseigne l'Art de la guerre dans le culte de l'empereur et dans la certitude de son destin dans la dynastie. Soumis à une discipline stricte, ses résultats s'améliorent dans quasiment toutes les matières. De cette période passée sur la rive helvétique du lac de Constance et de sa scolarité au Gymnasium d'Augsbourg, Louis-Napoléon maîtrisera fort bien l'allemand.

À partir de 1823, c'est à Rome qu'Hortense et ses fils s'installent, rejoignant Arenenberg en été. Dans cette ville, Louis-Napoléon découvre la politique aux côtés des libéraux italiens autour des thèmes de liberté et de nation. Mais c'est en Suisse qu'il s'engage dans la carrière militaire en , en devenant élève officier à l'École militaire centrale fédérale de Thoune alors dirigée par le futur général Dufour.

À la suite des Trois Glorieuses qui renversent Charles X en France, Louis-Napoléon et son frère aîné, Napoléon-Louis, espèrent que s’ouvre pour eux une ère nouvelle mais la loi du , votée par la nouvelle assemblée orléaniste qui craint une offensive bonapartiste, impose à nouveau l'interdiction de séjour des Bonaparte dans le royaume.

Les fils Bonaparte sont indignés, ce qui amène la Reine Hortense à partir avec eux pour Rome afin de les éloigner de la France. Ils sont néanmoins rapidement impliqués dans les conspirations des carbonari visant à favoriser la cause de l'unité italienne et à déposséder le pape de son pouvoir séculier. Les deux frères participent ainsi aux insurrections dans les territoires pontificaux de l'Italie centrale, avant de devoir finalement se replier sur Bologne, où ils se retrouvent encerclés par l'armée autrichienne et les armées pontificales, décidées chacune à leur régler leur sort. Repliés sur Forlì, les deux frères doivent aussi faire face à une épidémie de rougeole qui emporte de nombreux soldats, déjà affaiblis par leurs blessures. Le , Napoléon-Louis succombe à l'épidémie tandis que Louis-Napoléon subit à son tour les effets de la maladie. La Reine Hortense parvient à rejoindre son fils, à l'exfiltrer vers la France et à rejoindre Paris, où elle obtient du roi Louis-Philippe une audience le et l'autorisation de rester à Paris plusieurs jours, le temps que Louis-Napoléon se rétablisse, avant de rejoindre l'Angleterre. Ils gagnent ensuite la Suisse en , après avoir reçu de l'ambassade de France à Londres un sauf-conduit pour traverser le territoire français.

En 1832, Louis-Napoléon obtient la nationalité suisse dans le canton de Thurgovie, ce qui fait dire à certains historiens que Louis-Napoléon Bonaparte a été « le seul Suisse à régner sur la France »

Après la mort du duc de Reichstadt le , Louis-Napoléon apparaît comme l'héritier de la couronne impérialed'autant plus que ni Joseph Bonaparte ni son frère Louis ne manifestent l'envie de relever le flambeau. Lors d'une conférence familiale en 1832, Louis-Napoléon s'exaspère notamment de l'attitude attentiste de son oncle Joseph, le chef de la famille depuis la mort de l'Aiglon. Exalté par les climats d'intrigues, le prince organise ses réseaux, rencontre en Belgique des émissaires du marquis de La Fayette et rédige un manuel d'artillerie pour les officiers suisses qui le fait connaître de la presse militaire française et qui lui vaut d'être récompensé par la promotion au grade de capitaine dans le régiment d'artillerie de Berne.

Pendant ces années qu'il passe principalement en Suisse, il correspond avec les chefs français de l'opposition, écrit et publie des ouvrages ou des manifestes et reçoit à Arenenberg de nombreuses personnalités telles le comte François-René de Chateaubriand, Madame Récamier ou encore Alexandre Dumas. Il continue aussi à conspirer.

Le , Louis-Napoléon effectue ainsi une tentative de soulèvement à Strasbourg avec une poignée de partisans. Il espère soulever la garnison et, ensuite, marcher sur Paris et renverser la monarchie de Juillet. Son plan est de rassembler sur son passage les troupes et les populations, sur le modèle du retour de l'île d'Elbe, en 1815. Le choix de Strasbourg s'impose car c'est une importante place militaire, qui plus est, aisément accessible depuis le pays de Bade (Confédération germanique). Par ailleurs, c'est une ville d'opposition au régime mais patriote où les sympathies bonapartistes s'expriment non seulement dans les garnisons mais aussi au sein de la population.

Sur place, l'âme du complot est le colonel Vaudrey, qui commande le 4e régiment d'artillerie, dans lequel Napoléon Bonaparte a servi à Toulon, en 1793, et qui s'estime mal traité par la monarchie de Juillet.

L'opération est engagée le au matin mais elle tourne court assez rapidement. Les insurgés sont arrêtés et incarcérés dans le corps de garde de la caserne puis transférés à la prison de la ville. Louis Bonaparte et les oncles du jeune prince condamnent aussitôt l'opération. Hortense de Beauharnais écrit à Louis-Philippe Ier pour lui suggérer de laisser son fils quitter la France. Le , Louis-Napoléon est amené sous escorte à Paris et enfermé à la préfecture de police. Souhaitant éviter un procès public qui risquerait de lui donner une tribune pour plaider sa cause, le roi convainc son gouvernement d'exiler le prince. Conduit à Lorient, Louis-Napoléon, muni d'une somme d'argent, est embarqué sur L'Andromède le à destination des États-Unis. Il débarque à Norfolk (Virginie) le , d'où il rejoint New York.

Pendant ce temps, treize de ses partisans sont jugés à Strasbourg devant la cour d'assises. Seuls sept d'entre eux comparaissent. Tous sont acquittés par le jury, sous les acclamations du public, le . Si la tentative a été un échec complet et a été désavouée par la famille Bonaparte, elle a fait connaître le prince Louis-Napoléon qui écrit de sa prison à Odilon Barrot, le chef de l'opposition parlementaire, pour lui exposer ses motivations et ses revendications politiques reposant sur la restauration de l'Empire et le recours au plébiscite.

 Louis-Napoléon Bonaparte au chevet de sa mère mourante en 1837. Estampe de Philippoteaux, gravée par E. Leguay, 1853.

Louis-Napoléon Bonaparte au chevet de sa mère mourante en 1837. Estampe de Philippoteaux, gravée par E. Leguay, 1853.

Le prince ne reste pas longtemps aux États-Unis. Alors qu'il s'apprête à entreprendre un périple à travers tout le pays, il apprend la détérioration importante de l'état de santé de sa mère. Il rentre aussitôt en Europe pour être à son chevet à Arenenberg mais, interdit de séjour sur le continent par le gouvernement de Louis-Philippe, il est bloqué en Angleterre où il essaie d'obtenir, auprès des ambassades européennes, un passeport et un visa. En , c'est finalement muni d'un faux passeport américain qu'il parvient à se rendre en Suisse auprès de sa mère mourante. Maintenue en vie sous opium, elle décède le .

En , l'un des conjurés de Strasbourg, l'ex-lieutenant Armand Laity, apparenté par alliance à la famille de Beauharnais, publie à 10 000 exemplaires une brochure, financée par Louis-Napoléon, intitulée Relation historique des événements du . Cette publication est un brûlot destiné à provoquer le régime en faisant l'apologie du bonapartisme, centré autour du triptyque nation, peuple et autorité. Dans la propagande bonapartiste ainsi présentée, la démocratie, définie comme « le gouvernement d'un seul par la volonté de tous », s'oppose à la république supposée être, pour Louis-Napoléon, « le gouvernement de plusieurs obéissant à un système ». En réaction, la brochure est saisie par les autorités alors que Laity est arrêté, traduit devant la Cour des pairs pour attentat contre la sûreté de l'État et condamné à cinq ans de détention et 10 000 francs d'amende le .

À la suite de cet incident, le gouvernement français demande à la Suisse, au début du mois d'août 1838, l'expulsion du prince Louis-Napoléon et, sûr de l'appui de l'Autriche, menace la confédération d'une rupture des relations diplomatiques et même d'une guerre, allant jusqu’à concentrer dans le Jura une armée de 25 000 hommes. Le gouvernement suisse, indigné, invoque la qualité de bourgeois de Thurgovie du prince. En définitive, celui-ci annonce, le 22 août, son intention de s'installer en Angleterre ce qui permet au gouvernement suisse de déclarer l'incident clos sans avoir eu à céder aux exigences françaises.

Ayant hérité de sa mère, Louis-Napoléon a les moyens d'imprimer à 50 000 exemplaires une brochure détaillant son programme politique, Les Idées napoléoniennes, dans laquelle il fait de Napoléon Ier le précurseur de la liberté. Au début de 1840, l'un de ses partisans les plus fidèles, Fialin, lance à son tour ses Lettres de Londres, qui exaltent ce prince qui « ose seul et sans appui, entreprendre la grande mission de continuer l'œuvre de son oncle ».

Depuis Londres, le prince prépare une nouvelle tentative de coup d'État. Voulant profiter du mouvement de ferveur bonapartiste suscité par la décision du cabinet Thiers de rapporter de Sainte-Hélène les cendres de l'Empereur, il débarque dans la nuit du 5 au sur le site de la Pointe aux Oies, entre Boulogne-sur-Mer et Wimereux, en compagnie de quelques comparses, parmi lesquels un compagnon de Napoléon Ier à Sainte-Hélène, le général de Montholon, avec l'espoir de rallier le 42e régiment de ligne.

La tentative de ralliement du 42e est un échec total. Cernés par la gendarmerie, les hommes du 42e régiment et la Garde nationale, plusieurs conjurés sont tués ou blessés tandis que Louis-Napoléon est lui-même touché par une balle. Arrêtés et écroués sur ordre du procureur Hubert Legagneur, les conjurés sont traduits en justice. Leur procès se tient devant la Chambre des pairs du au , dans une indifférence générale. Le prince, défendu par le célèbre avocat légitimiste Pierre-Antoine Berryer, prononce un discours dans lequel il déclare : « Je représente devant vous un principe, une cause, une défaite. Le principe, c'est la souveraineté du peuple, la cause celle de l'Empire, la défaite Waterloo. Le principe, vous l'avez reconnu ; la cause, vous l'avez servie ; la défaite, vous voulez la venger. […] Représentant d'une cause politique, je ne puis accepter, comme juge de mes volontés et de mes actes, une juridiction politique. […] Je n'ai pas de justice à attendre de vous, et je ne veux pas de votre générosité ». Il n'en est pas moins condamné à l'emprisonnement à perpétuité.

 La tentative de Boulogne.

La tentative de Boulogne.

Ses conditions de détention sont assez confortables. Il bénéficie pendant son internement à la forteresse de Ham — qu'il appelle plus tard « l'université de Ham » — d’un appartement de plusieurs pièces. Il peut correspondre avec l’extérieur, reçoit des visites et des livres. Don Francisco Castellon, missionné par trois pays d'Amérique centrale, obtient la permission de lui rendre visite pour lui proposer d'étudier une jonction entre les deux océans, pour laquelle le futur empereur s'est déjà passionné, le projet de canal du Nicaragua.

Il met à profit cette captivité pour se consacrer à l’étude et faire avancer sa cause dans l’opinion par l’écriture de brochures et d’articles dans les revues locales. Il écrit notamment Extinction du paupérisme (1844), ouvrage influencé par les idées saint-simoniennes et développant un moyen populiste pour accéder au pouvoir : « Aujourd'hui, le règne des castes est fini, on ne peut gouverner qu'avec les masses ».

Le , après six années de captivité, il s'évade de sa prison avec le concours d'Henri Conneau, en empruntant les vêtements et les papiers d'un peintre nommé Pinguet. Les caricaturistes du Second Empire transforment plus tard le nom de celui-ci en Badinguet, qui évoque un plaisantin, pour en affubler l’Empereur en rappelant son passé de conspirateur. Avant que sa fuite soit découverte, il est déjà en Belgique et, le lendemain, en Angleterre.

Il s'établit à Londres où il apprend la mort de son père à Livourne, le . C'est durant cette période, moins active politiquement, que Louis-Napoléon rencontre Miss Harriet Howard, qui partage sa vie jusqu'en 1853. La révolution française de 1848, qui met fin à la monarchie de Juillet, fournit au prince l'occasion de revenir une première fois en France à la fin du mois de février puis de voir sa candidature présentée par ses partisans aux élections de députés à l'Assemblée nationale.

En 1846, Don Francisco Castellon lui avait transmis les pouvoirs du gouvernement nicaraguayen pour organiser une société européenne pour le projet de canal du Nicaragua, qui devait recevoir le nom de « Canal Napoléon du Nicaragua ». Le futur empereur français y avait travaillé sérieusement, sous la forme d'un mémoire rédigé avec des ingénieurs. Il prévoyait de se rendre au Nicaragua mais la révolution de 1848 modifie ses projets. Il en reparle en 1852 à l'industriel français du chocolat Antoine Brutus Menier, dont le fils Émile-Justin Menier fait avancer le canal du Nicaragua, sans toutefois parvenir à le concrétiser, puisqu'une concession est accordée à des Américains.

Comme lors de ses deux tentatives de coup d'État en 1836 et 1840, Louis-Napoléon est toujours soutenu par des francs-maçons p. ex. Jean-Claude Besuchet de Saunois (1790-1867) qui était franc-maçon. Pendant la campagne électorale pour l'élection présidentielle en automne 1848, il soutenait Louis-Napoléon avec des affiches.

 

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Veille des élections : comparé désavantageusement à son oncle Napoléon Ier la veille de la bataille d'Austerlitz, le candidat Bonaparte est caricaturé manifestement ivre et revêtu d'un habit napoléonien bien trop grand pour lui. Sur la table figurent des aliments aux noms évocateurs de ses tentatives malheureuses de soulèvements militaires à Strasbourg et Boulogne-sur-Mer. Illustration de Rigobert, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1848.

Le , candidat à l'Assemblée nationale constituante, Louis-Napoléon Bonaparte est élu dans quatre départements : la Seine, l'Yonne, la Charente-Inférieure et la Corse. Ses cousins les princes Napoléon-Jérôme, Pierre Bonaparte et Lucien Murat sont aussi parmi les nouveaux élus. L'élection de Louis-Napoléon est suivie de manifestations populaires qui inquiètent la nouvelle Assemblée composée de 900 élus dont 500 républicains modérés, 300 monarchistes (orléanistes et légitimistes), une centaine de républicains démocrates et socialistes ainsi qu'une poignée de bonapartistes. Le , Alphonse de Lamartine propose à ses collègues parlementaires de rendre exécutoire la loi d'exil du qui interdisait le territoire français aux membres des familles ayant régné sur la France dans le cas où Louis-Napoléon s'aviserait de rentrer. Sa proposition est finalement rejetée. Le lendemain, la validation de l'élection, soumise à accord de l'Assemblée, est acquise à une large majorité comprenant notamment les républicains Jules Favre et Louis Blanc. Néanmoins, le , accusé d'appeler à la révolte, Louis-Napoléon annonce renoncer à remplir son mandat. Il a ainsi la chance de ne pas être compromis dans la répression sanglante des ouvriers parisiens révoltés lors des journées insurrectionnelles des 22- (journées de Juin) dont le bilan s'élève à environ 5 000 insurgés tués ou fusillés, environ 1 500 soldats tués, 25 000 arrestations et 11 000 condamnations à la prison ou à la déportation en Algérie. Ces journées de juin creusent alors un fossé temporairement infranchissable entre les autorités de la République et les ouvriers.

Louis-Napoléon décide alors de se présenter aux élections législatives intermédiaires des 17 et . Candidat dans les quatre départements qui l'avaient déjà élu en juin, il est aussi candidat en Moselle. Élu dans ces cinq départements, il obtient en tout 300 000 voix provenant également des départements de l'Orne, du Nord et de la Gironde où il n'était pourtant pas candidat. Il rentre alors en France et s'installe à Paris le . Le lendemain, son élection est validée à l'unanimité par l'Assemblée où il peut enfin siéger. « On l'avait vu assez souvent s'asseoir à la place qu'il avait choisie sur les bancs supérieurs de la gauche, dans la cinquième travée, dans cette zone communément appelée la Montagne, derrière son ancien précepteur, le représentant Vieillard », dixit Victor Hugo.

À la suite de la promulgation, le , de la Constitution de la IIe République, Louis-Napoléon Bonaparte est candidat à l'élection présidentielle, la première au suffrage universel masculin en France. Ses adversaires sont Louis Eugène Cavaignac (républicain modéré), Alphonse de Lamartine (républicain), Alexandre Ledru-Rollin (républicain avancé), François-Vincent Raspail (socialiste) et Nicolas Changarnier (royaliste légitimiste).
Durant la campagne, qu'il fait financer par son amie anglaise Miss Harriet Howard et par le marquis Pallavicini, le prince prend de nombreux contacts (Proudhon, Odilon Barrot, Charles de Montalembert, etc.) et parvient à recevoir le soutien du parti de l'Ordre, à commencer par Adolphe Thiers, mais aussi le soutien de Victor Hugo pour qui, alors, le nom de Napoléon ne peut se rapetisser. Les votes ont lieu les 10 et et les résultats proclamés le .
Louis-Napoléon est élu pour quatre ans avec 5 572 834 voix (74,2 % des voix) contre 1 469 156 voix à Cavaignac (19,6 %), 376 834 voix à Ledru-Rollin (5 %), 37 106 voix à Raspail (0,5 %) et quelque 20 000 voix à Lamartine (0,3 %). Il est le premier président de la République française. À 40 ans et huit mois, il demeure le plus jeune président de l'histoire de France jusqu'à l'élection, en 2017, d'Emmanuel Macron, âgé de 39 ans et quatre mois.

Son élection profite à la fois de l'adhésion massive des paysans, de la division d'une opposition hétérogène (gauche, modérée ou royaliste), et de la légende impériale, surtout depuis le retour des cendres de Napoléon Ier en 1840. Si quatre départements ne donnent pas la majorité relative à Louis-Napoléon (Finistère, Morbihan, Var et Bouches-du-Rhône), une vingtaine, essentiellement situés dans le Sud-Est et l'Ouest, ne lui accordent pas de majorité absolue alors que dans 34 départements, il dépasse les 80 % des suffrages. Son électorat, bien que majoritairement paysan, se révèle hétéroclite mêlant bourgeois hostiles aux partageux, citadins des petites villes et ouvriers parisiens. D'ailleurs à Paris, il réalise un score homogène, recueillant autant de voix dans les beaux quartiers de l'Ouest que dans ceux ouvriers de l'Est.

Louis-Napoléon, qui s'est « toujours donné, en parole et en acte comme héritier de l'Empire » prête serment à l'Assemblée constituante le et « jure fidélité à une Constitution formellement contraire à « son destin » ». Devant les représentants, qui ne savent pas s'ils assistent à une conversion ou à un parjure et l'applaudissent donc peu, il devient le premier président de la République française et, par conséquent, le premier à s'installer le soir même au palais de l'Élysée, choisi de préférence aux symboles monarchiques qu'étaient le palais des Tuileries et le Palais-Royal.

L'homme qui accède alors à la présidence se pense doublement légitime : d'une part parce qu'il est un héritier, celui de l'Empereur Napoléon Ier, et d'autre part parce qu'il est le premier élu du peuple tout entier, adoubé par le suffrage universel masculin. Comme son oncle, le président Louis-Napoléon Bonaparte adhère aux principes juridiques et sociaux de 1789 ; comme lui, il pense qu'ils doivent « être complétés par un pouvoir politique fort » et, comme lui, il est patriote et pense que la France est porteuse de valeurs. Par contre, en raison de son héritage et de son éducation maternelle, il croit au progrès, pense que l'État a un devoir d'intervenir pour faire face au paupérisme engendré par la modernité industrielle et admire l'Angleterre.
Ces éléments, son activisme et son réformisme social le rapprochent des républicains mais le fait qu'il soit un prétendant à la restauration de la monarchie impériale héréditaire empêche toute alliance avec eux et l'amène à pactiser avec le parti de l'Ordre tout en étant aussi son opposant.
Son élection est suivie de près à la Bourse de Paris, où le cours du principal titre coté, la rente 5 %, bondit de 65 à 80 en quelques jour.

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La Constitution de 1848 limite largement les pouvoirs du président qui est soumis soit à l'Assemblée soit au Conseil d'État. Dès son installation, Louis-Napoléon reprend l'apparat impérial, circulant à bord de coupés aux armoiries napoléoniennes et choisissant comme tenue officielle l'uniforme de général en chef de la Garde nationale comprenant bicorne à plume, grand cordon et plaque de la Légion d'honneur. Célibataire, sa compagne britannique Miss Howard ne peut prétendre au rôle de première dame et d'hôtesse de l'Élysée qui est finalement exercé par sa cousine, la princesse Mathilde. Si un homme vient à prendre de l'importance dans l'entourage de Louis-Napoléon, c'est son demi-frère adultérin, l'homme d'affaires et ancien député Charles de Morny, dont Louis-Napoléon a découvert l'existence après le décès de sa mère et qui le rencontre pour la première fois en , à l'Élysée, avant de devenir un peu plus tard l'un de ses conseillers.

Dans le cadre de ses pouvoirs exécutifs, Louis-Napoléon demande à Adolphe Thiers de former le premier gouvernement de la présidence mais celui-ci refuse. Aucun dirigeant orléaniste ne souhaite diriger le cabinet, ni aucun des républicains approchés par le président. C'est finalement Odilon Barrot, ancien chef de l'opposition constitutionnelle, qui accepte de diriger un gouvernement de mouvance orléaniste (Léon Faucher, Léon de Maleville, etc.) comprenant un républicain (Jacques Alexandre Bixio) et un membre du parti catholique (le comte de Falloux). Aucun membre de ce gouvernement n'appartient à la mouvance du président, ce qui lui donne le nom de ministère de la captivité, selon l'appellation donnée par Émile Ollivier au motif que Louis-Napoléon en est le captif, encerclé par les hommes du parti de l'Ordre. L'un des leurs, le général Nicolas Changarnier, prend d'ailleurs la tête de la Garde nationale et de la division de Paris.

L'Assemblée élue en 1848 tarde à se dissoudre et, à partir du , les tensions montent entre le gouvernement et les élus. L'épreuve de force est évitée de justesse à la fin du mois de janvier quand le général Changarnier, commandant de la Garde nationale, prend l'initiative de rassembler les troupes autour de l'Assemblée sous prétexte de la défendre contre un éventuel mouvement populaire. La pression de Changarnier, soupçonné de part et d'autre de préparer un coup d'État militaire, incite le chef de l'État, le gouvernement et les députés à négocier. Ces derniers acceptent finalement, à une courte majorité, de se séparer.

La campagne des élections est perturbée par le déclenchement de l'expédition militaire à Rome que le gouvernement Barrot a initialement engagée comme une opération de couverture de la République romaine avec pour mission de s'interposer entre les volontaires républicains de Giuseppe Garibaldi et l'armée autrichienne venue secourir le pape Pie IX, chassé de Rome par les républicains.

Le corps expéditionnaire français de 14 000 hommes, débarqué le à Civitavecchia et dont la mission est en fait mal définie, fait alors face à la résistance des troupes républicaines sous le commandement de Garibaldi qui l'accueillent à coups de canon. Le , le général Nicolas Oudinot est obligé de battre en retraite devant Rome laissant derrière lui plus de 500 morts et 365 prisonniers. Informé des événements, Louis-Napoléon accepte toutes les requêtes de renfort demandées par Oudinot et, sans consulter ses ministres, lui demande de rétablir la puissance temporelle du pape. Outrés, 59 députés républicains exigent la mise en accusation du président français. Conjointement avec l'Assemblée, le président envoie également en Italie un nouvel ambassadeur plénipotentiaire, le baron Ferdinand de Lesseps, chargé de trouver une trêve avec les républicains romains.

Ces décisions sont prises rapidement en raison de la proximité des élections législatives françaises organisées le , la restauration du pape étant devenue l'un des principaux thèmes du débat électoral. Ces élections doivent permettre aussi de trancher entre le président et l'Assemblée sortante à majorité républicaine. Le scrutin, marqué par un fort taux d'abstention (31 %), se traduit par l'éviction de la majorité des sortants, dont Lamartine, et la victoire de l'Union libérale (59 %) dominée par le parti de l'Ordre (53 % des voix et environ 450 élus dont 200 légitimistes sur un total de 750 députés), par l'effondrement des républicains modérés (environ 80 élus) et la progression des démocrates-socialistes (34 % des suffrages soit environ 250 élus).

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Ce « crétin que l’on mènera », selon l’expression d’Adolphe Thiers qui l'avait soutenu durant la campagne présidentielle parce qu'il croyait pouvoir l'utiliser en lui procurant de l'argent et des femmes avant de le remplacer au terme de son mandat, s’avère finalement beaucoup plus intelligent et retors. Après les élections de mai, Louis-Napoléon reconduit Odilon Barrot à la direction de son deuxième gouvernement comprenant notamment Alexis de Tocqueville (nommé aux Affaires étrangères) et Hippolyte Passy (confirmé aux finances).

La nouvelle Assemblée refuse de ratifier la trêve et l'accord négocié par de Lesseps tandis qu'Oudinot reprend l'offensive contre les troupes de Garibaldi avec, pour mission claire, cette fois, de rétablir le pouvoir temporel du pape. Les répercussions, en France, de cette expédition militaire atteignent leur paroxysme le 13 juin 1849 quand, à l'issue du vote de l'Assemblée approuvant le renforcement de crédits financiers à l'expédition militaire contre la République romaine, un groupe de députés démocrates-socialistes, sous l’égide d'Alexandre Ledru-Rollin, réclame la mise en accusation du président de la République et du ministère d'Odilon Barrot, à qui ils reprochent de violer l'article 5 du préambule de la Constitution selon laquelle la République « respecte les nationalités étrangères, comme elle entend faire respecter la sienne ; n'entreprend aucune guerre dans des vues de conquête, et n'emploie jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple ».

La manifestation républicaine organisée sur les grands boulevards de Paris ayant été dispersée par les troupes du général Changarnier, plusieurs députés républicains se retranchent alors au Conservatoire national des arts et métiers où ils décident de siéger en convention et de constituer un gouvernement provisoire. Au bout de trois quarts d'heure, ils sont néanmoins obligés de prendre la fuite.

L'échec de cette journée de manifestation entraîne de nouvelles mesures de répression, qui achèvent de désorganiser l’extrême gauche. Six journaux sont supprimés et, le , l'Assemblée adopte une loi sur les clubs permettant au gouvernement de suspendre la liberté d'association pour un an. Le , une loi complémentaire sur la presse est votée, instituant de nouveaux délits et réglementant sévèrement le colportage. Enfin, le , une autre loi autorise le gouvernement à proclamer l’état de siège avec un minimum de formalités. Les responsables républicains impliqués dans la journée du sont déférés devant la Haute Cour de justice de Versailles qui siège du au . Sur 67 accusés dont 16 députés, poursuivis pour « avoir participé à un complot ayant pour but 1° de détruire ou de changer la forme du gouvernement ; 2° d'exciter à la guerre civile, en armant ou portant les citoyens à s'armer les uns contre les autres », 31 seulement sont présents. Les 16 députés sont déchus de leurs mandats électoraux tandis que Ledru-Rollin et 35 autres accusés absents sont condamnés par contumace à la déportation.

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Louis-Napoléon Bonaparte se tient en retrait durant tout l'été 1849, laissant les hommes du parti de l'Ordre et l'Assemblée voter toutes les lois permettant de renforcer son pouvoir. Pour se faire réellement connaître des Français et diffuser ses idées politiques, il inaugure en province des voyages de type présidentiel, profitant notamment du développement du chemin de fer. Soucieux de conforter sa popularité, il parcourt ainsi l'Hexagone, se faisant acclamer par la foule et les soldats. Partout où il se rend (Chartres, Amiens, Angers, Tours, Nantes, Rennes, Saumur, Rouen, Le Havre), il prêche avec des formules simples et directes la concorde et l'union de tous les citoyens, inaugurant ainsi une technique langagière éloignée des harangues rhétoriques utilisées par les représentants de la classe politique traditionnelle. Il écarte, à cette époque, une proposition de Changarnier qui l'assure de son soutien dans un éventuel coup de force contre l'Assemblée. La popularité du président est à son zénith, ce qui permet à la presse bonapartiste de commencer à militer pour la prolongation du mandat présidentiel. Durant ses déplacements, il est parfois accompagné discrètement de sa compagne, Miss Howard. Celle-ci fréquente peu le palais de l'Élysée et réside dans un hôtel particulier de la rue du Cirque où elle vit avec Louis-Napoléon et reçoit les familiers du président.

Politiquement, il se démarque un peu plus du parti de l'Ordre et de l'Assemblée, encore une fois à cause de la question romaine. En août, sa lettre de soutien à la « liberté italienne » contre le rétablissement de l'absolutisme du pouvoir temporel du pape lui accorde le soutien de la gauche et la désapprobation du gouvernement et de la majorité parlementaire. Le , il obtient la démission d'Odilon Barrot puis la formation d'un nouveau gouvernement formé par le général Alphonse Henri, comte d'Hautpoul, un légitimiste vétéran des guerres napoléoniennes. C'est le « ministère des Commis », lié au duc de Morny, dans lequel on trouve Ferdinand Barrot, frère d'Odilon Barrot, mais aussi Eugène Rouher. La désignation de Victor Hugo à un poste ministériel est néanmoins écartée, au grand dam de ce dernier, à la suite de son discours incendiaire tenu contre le parti de l'Ordre à l'Assemblée dix jours plus tôt. Sa désignation aurait en effet été perçue comme une provocation par la majorité conservatrice, mais l'ancien pair du royaume tire de sa récusation ministérielle des implications politiques et personnelles lourdes de conséquences pour le président.

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Même si le gouvernement est dévoué à Louis-Napoléon, il n'en reste pas moins que c'est l'Assemblée qui vote les lois que le gouvernement doit ensuite appliquer. Profitant de sa position dominante, l'assemblée conservatrice approuve, le , par 399 voix contre 237, la loi Falloux sur la liberté de l'enseignement, favorisant de fait l'influence du clergé. N'ayant aucun intérêt à heurter ce dernier ou l'électorat catholique, le président ne songe pas à émettre de réserves. C'est également le cas pour la loi du 31 mai 1850, dite « loi des Burgraves », limitant le suffrage universel masculin. En imposant une résidence de trois ans pour les électeurs et en multipliant les cas de radiation des listes (vagabondage, condamnation pour rébellion ou atteinte à l'ordre public, etc.), la nouvelle loi élimine 30 % du corps électoral dont beaucoup sont des artisans et des ouvriers saisonniers. Cependant, même si les éliminés sont en grande partie des électeurs de la « tendance démocrate-socialiste », on y trouve aussi des partisans légitimistes ou des napoléoniens, partisans de la « démocratie plébiscitaire ».

Dans un premier temps, « Louis-Napoléon laissa faire et même favorisa la manœuvre qui privait l'ennemi commun de moyen d'action légale » mais, dans un second temps, il « ne tarda pas à s'en désolidariser ». Cette compromission avec les membres du parti de l'Ordre ne peut pas beaucoup lui plaire d'autant plus que le suffrage populaire est l'un de ses principes et que la nouvelle loi lui retire ses électeurs. Convaincu de pouvoir remporter une prochaine élection présidentielle avec une majorité considérable, la loi électorale qui vient d'être adoptée par l'Assemblée « demeurait à ses yeux temporaires et de toute circonstance » dans un contexte où les républicains ne peuvent accéder au pouvoir « ni par l'insurrection ni par l'élection ».

Durant sa tournée hexagonale de l'été, Louis-Napoléon constate l'effervescence qui monte dans les provinces. Au cours du voyage présidentiel qu'il effectue dans l'Est, il critique l'Assemblée nationale en déclarant « Mes amis les plus sincères, les plus dévoués ne sont pas dans les palais, ils sont sous le chaume ; ils ne sont pas sous les lambris dorés, ils sont dans les ateliers et dans les campagnes ». À Lyon, dans une ville qui ne lui est pas acquise, il déclare que « l'élu de 6 millions de suffrages exécute les volontés du peuple et ne les trahit pas », manière pour lui de désavouer publiquement la nouvelle loi électorale. En , en Normandie, terre acquise et conservatrice, il se pose en mainteneur de l'état des choses existant pourvu que le peuple veuille le laisser au pouvoir, multipliant les allusions à une évolution politique à venir en référence aux vœux exprimés par des conseils généraux sollicités en faveur d'une révision constitutionnelle pour permettre la réélection du président.

Au début de l'automne 1850, le conflit larvé entre le président et l'Assemblée est devenu une guerre ouverte. Durant l'été, l'Assemblée a adopté plusieurs autres lois liberticides (loi du sur la liberté de la presse, loi du sur la censure des théâtres). À son retour à Paris, Louis-Napoléon s'attache à organiser ses partisans déclarés, rassemblés notamment au sein de la Société du Dix-Décembre (mouvement constitué en 1848 sous la forme d'une société de secours mutuels, car les clubs politiques étaient illégaux, le nom choisi évoquant le jour de l'élection à la Présidence) et de celle du , et à mettre l'armée de son côté, multipliant les promesses d'avancement et les augmentations de solde.

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Nouvelle loi sur l'enseignement : - Ce sont les instituteurs qui reçoivent la férule. Vêtus en ecclésiastiques, Alfred de Falloux et Charles de Montalembert punissent un instituteur en le frappant sur la main. Caricature de la « petite loi sur l'instruction » ou loi Parieu, estampe de Charles Vernier, 1850.

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Mais je ne pourrai jamais avaler tout cela ! Assis à table, Bonaparte est interloqué par tous les plats servis par Montalembert, Véron, Berryer et Baroche : loi Falloux, loi électorale « des Burgraves », loi sur la presse, « Présidence pour 10 ans ». Au premier plan, Thiers débouche narquoisement une bouteille de vin blanc. Caricature de Charles Vernier, Le Charivari,

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Thiers, Berryer, Faucher et Molé font goûter leur « assez mauvaise cuisine » électorale à la France. Les Fricoteurs politiques, caricature d'Honoré Daumier sur la loi électorale du 31 mai 1850.

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Première application de la nouvelle loi électorale dite des Burgraves. Sous les rires de Thiers et de Louis Veuillot, le président Bonaparte se voit lui-même mis dans l'impossibilité de voter puisqu'il n'a pas résidé continuellement à Paris depuis trois ans. Caricature de Charles Vernier, Le Charivari, 23 mai 1850.

Le , lors de la revue de Satory, la cavalerie salue le chef de l'État en clamant « Vive Napoléon ! Vive l'Empereur ! » à la fureur de Changarnier, qui, depuis 1849, s'est éloigné du président et est passé dans le camp de la majorité parlementaire pour laquelle il est censé représenter le bras armé de la restauration monarchique. Changarnier commet un impair en tentant d'organiser un coup de force, proposant avec plusieurs membres de la commission de permanence de l'Assemblée de faire arrêter le président alors que Thiers propose de mettre en place une dictature pour une période de six mois.

De provocation en provocation, Changarnier tente de pousser Louis-Napoléon à la faute. Habilement, ce dernier isole le commandant de la Garde nationale de ses plus fidèles lieutenants et annonce son intention de le destituer le , provoquant au passage la démission de plusieurs ministres. Le , le décret de destitution est validé tandis que le gouvernement est remanié. L'affrontement avec les députés menés par Thiers se conclut par le vote d'une motion de défiance envers le cabinet par 415 voix contre 286. Louis-Napoléon ne passe pas outre, résiste aux sollicitations de Persigny d'employer la force et accepte la démission du gouvernement, remplacé par un « petit ministère », composé de techniciens et de fonctionnaires, entré dans l'histoire sous le nom de « ministère sans nom ».

En échange de cette preuve d'apaisement de la part du président, l'Assemblée entérine la destitution de Changarnier. Néanmoins, Louis-Napoléon ressort victorieux de cette confrontation avec l'Assemblée, cette dernière ayant perdu celui qui faisait office de bras armé. Il pense alors pouvoir pousser son avantage et obtenir une modification des règles constitutionnelles qui lui permettrait de briguer un second mandat.

Depuis qu’il a été élu au suffrage universel masculin avec 74 % des voix, avec le soutien du parti de l'Ordre, « président des Français » en 1848 contre Louis Eugène Cavaignac, Louis-Napoléon Bonaparte s'est retrouvé en confrontation politique perpétuelle avec les députés de l’Assemblée nationale. Ainsi, déjà endetté lors de sa prise de fonction, Louis-Napoléon n'avait cessé de demander l'augmentation de son traitement. D'abord de 600 000 francs, son traitement annuel avait rapidement été doublé à 1,2 million de francs. En 1850, il demande un nouveau doublement à 2,4 millions de francs, et l'Assemblée lui donne finalement 2,16 millions. En 1851, il demande encore une augmentation, cette fois de 1,8 million de francs supplémentaires (pour un total de 3,96 millions), que l'Assemblée refuse finalement par 396 voix contre 294.

La Constitution établissant la non-rééligibilité du président, Louis-Napoléon doit légalement quitter le pouvoir en . Comme les élections législatives doivent avoir lieu la même année, l'Assemblée vote le principe de tenir les deux élections à la même date, le , soit sept mois avant la fin théorique du mandat présidentiel. Durant l'année 1850, afin de permettre la réélection du président de la République, le gouvernement Hautpoul demande aux préfets de mettre à l'ordre du jour des réunions des conseils généraux des départements l'adoption d'un vœu de révision de la Constitution de 1848. Ce faisant, il entre en conflit avec une partie des parlementaires peu favorables à une telle réforme des institutions. Au début de l'année 1851, la classe politique dans son ensemble, à l'exception des républicains, est cependant convertie à l'idée d'une révision constitutionnelle pour supprimer la clause de non-rééligibilité du président de la République, le risque de voir Louis-Napoléon se représenter illégalement et remporter la majorité des suffrages populaires étant réel. Dans sa volonté de réformer la Constitution, le président a le soutien d'Odilon Barrot, du comte de Montalembert et d'Alexis de Tocqueville. La première moitié de l’année 1851 est ainsi passée à proposer des réformes de la Constitution afin qu’il soit rééligible et que son mandat passe de 4 à 10 ans. Or, à cette demande de révision constitutionnelle, le président ajoute l'abrogation de la loi électorale du qui a supprimé le suffrage universel. Sur ce point, les résistances sont plus nombreuses et exprimées au sein même du parti de l'Élysée.

Le , Louis-Napoléon Bonaparte remplace le « ministère sans nom » par une nouvelle équipe ouverte aux membres du parti de l'Ordre, à commencer par Léon Faucher, dans le but de rallier le vote conservateur mais c'est un échec, Faucher lui-même restant hostile à l'abrogation d'un texte qu'il avait défendu un an auparavant. À la suite d'une vaste campagne de pétition recueillant 1 456 577 signatures sur l'ensemble du territoire national (avec une prépondérance de signatures en provenance du bassin parisien, de l'Aquitaine et du Nord), le duc de Broglie dépose, le , à l'Assemblée, une proposition de loi soutenue par 233 députés pour réviser la Constitution et ainsi rendre rééligible le président de la République. Louis-Napoléon lui-même ne reste pas inactif et se rend en province où ses discours, en forme de manifeste et d'appel au peuple, provoquent la fureur des conservateurs. Ainsi s'en prend-il, à Dijon, à « l'inertie de l'Assemblée législative » et se met-il « à la disposition de la France ». Si les deux tiers des conseils généraux se rallient à sa cause, les orléanistes de Thiers et légitimistes de Changarnier s’allient à la fraction ouverte de gauche « Montagne parlementaire » pour le contrer.

Le , au bout d'un mois de débat, l’Assemblée se prononce sur la réforme constitutionnelle. Bien qu'obtenant une majorité de 446 voix en sa faveur (dont celle d'Alexis de Tocqueville) contre 278 voix opposées, la révision constitutionnelle n'est pas adoptée, faute d'avoir obtenu plus de 3/4 des suffrages des députés, seuil exigé par la Constitution. Il manque aux partisans de la révision une centaine de voix, dont celles des orléanistes intransigeants comme Charles de Rémusat et Adolphe Thiers.

Si les rumeurs de coup d'État ont commencé à circuler au début de l'année 1851, c'est à partir de l'échec de la révision constitutionnelle que la certitude d'une épreuve de force, dont l'initiative partirait de l'Élysée, s'impose dans le grand public. Celle-ci est minutieusement préparée à partir du à Saint-Cloud. Les initiés sont peu nombreux et regroupés autour de Charles de Morny. On y trouve Victor de Persigny, un fidèle de Louis-Napoléon, Eugène Rouher, Émile Fleury, Pierre Carlier, le préfet de police de Paris et le général de Saint-Arnaud.

Conseillé par Morny, Louis-Napoléon entend redemander à l’Assemblée nationale de rétablir le suffrage universel masculin et d'abroger ainsi la loi électorale de 1850. Léon Faucher, qui refuse de soutenir l'initiative présidentielle, démissionne le , suivi des autres ministres du gouvernement. Un nouveau cabinet est formé le comprenant trois représentants de l'Assemblée et le général de Saint-Arnaud, nommé au ministère de la Guerre. Ce dernier rappelle aux militaires leur devoir « d’obéissance passive », le , par une circulaire qui demande de « veiller au salut de la société ». D’autres proches sont placés aux postes clés : le général Magnan est nommé commandant des troupes de Paris ; le préfet de la Haute-Garonne, Charlemagne de Maupas, est promu préfet de police de Paris en remplacement de Carlier.

Pendant ce temps, la proposition d'abrogation de la loi électorale est déposée à l'Assemblée le . Elle est rejetée le par 355 voix contre 348, soit seulement par 7 voix de majorité.

Alors que des députés demandent la mise en accusation du président de la République, Thiers et ses amis tentent de réactiver un décret de la Constituante, tombé en désuétude, qui donnait au président de l'Assemblée le droit de requérir directement l'armée sans avoir à en référer au ministre de la Guerre. Pour Louis-Napoléon, c'est une déclaration de guerre et un plan d'action est immédiatement mis au point pour mettre l'Assemblée en état de siège au cas où une telle loi serait adoptée. La proposition est finalement repoussée par 408 voix (la majorité des républicains, les bonapartistes et de nombreux royalistes) contre 338 (la majorité des orléanistes et des légitimistes).

Convaincu de la nécessité d’un coup d’État du fait des derniers refus de l’Assemblée, Louis-Napoléon le fixe lui-même pour le , jour anniversaire du sacre de Napoléon Ier en 1804 et de la victoire d’Austerlitz en 1805. L’opération est baptisée Rubicon.

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Le président Louis-Napoléon Bonaparte (à droite) délivre ses instructions aux conjurés dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851 : son secrétaire Mocquard, le général de Saint-Arnaud, Morny (demi-frère du président et nouveau ministre de l'Intérieur) et Persigny. Estampe de Philippoteaux, gravée par E. Leguay, 1853.

Dans la nuit du 1er au , les troupes de Saint-Arnaud prennent possession de la capitale, occupent les imprimeries (notamment pour empêcher les journaux républicains de paraître), procèdent aux premières arrestations de 78 personnes, parmi lesquelles figurent 16 représentants du peuple dont Thiers mais aussi les chefs de la Montagne et des militaires comme Changarnier qui auraient pu mener une résistance. Vers h 30, des proclamations sont placardées sur les murs de Paris. Se fondant sur la crise politique qu'à son sens subit le pays, Louis-Napoléon dénonce l'Assemblée parlementaire et lui oppose la légitimité qu'il a lui seul reçue du pays tout entier lors de l'élection présidentielle de 1848. Dans son « appel au peuple » à destination des Français, il annonce une réforme de la Constitution sur le modèle du consulat de son oncle de même que son intention de préserver les droits acquis en 1789 tout en faisant respecter l'ordre dans le pays. Une autre des proclamations placardées est destinée à l’armée qu'il salue comme une « élite de la nation que les régimes ayant succédé à l'Empire ont traitée en vaincue ». Ses décrets imposent également la dissolution de l’Assemblée nationale et le rétablissement du suffrage universel masculin.

Le siège de l'Assemblée étant occupé par la troupe, 220 parlementaires, essentiellement du parti de l'Ordre, se réfugient à la mairie du 10e arrondissement. Se fondant sur l'article 68 de la Constitution, ils votent à l'unanimité la déchéance de Louis-Napoléon mais ils sont aussitôt arrêtés sans avoir appelé le peuple à se mobiliser. Au soir du , Paris n'a pas bougé alors qu'une soixantaine de députés montagnards et républicains forment un Comité de résistance et en appellent au peuple contre le coup de force. Des étudiants qui manifestent sont matraqués par la police.

Le , une vingtaine de parlementaires républicains, comme Victor Schœlcher ou Victor Hugo, tentent de soulever les quartiers populaires de Paris sans grand succès. Quelque 70 barricades sont finalement érigées dans le faubourg Saint-Antoine et les quartiers du centre. Sur l'une d'elles, le député Alphonse Baudin est tué par des tirs de soldats. Au soir du , le nombre d'insurgés ne dépasse guère 1 000 ou 1 500 hommes, pour la plupart aguerris depuis 1848 aux barricades.

Dans la nuit du , environ 30 000 soldats sont déployés dans les zones tenues par les insurgés parisiens, principalement l'espace compris entre les grands boulevards et la Seine ainsi qu’au jardin du Luxembourg et à la montagne Sainte-Geneviève.

La journée du est marquée par la fusillade des grands boulevards où les soldats de la division Canrobert se sont rassemblés et côtoient une foule où se mêlent curieux et manifestants qui pour certains prennent à partie la troupe en exclamant « Vive la Constitution ! Vive l'Assemblée nationale ! ». Profondément « énervés par cette attitude hostile ou goguenarde », les soldats de la division Canrobert, « sans en avoir reçu l'ordre et au prétexte de tirs isolés » s'affolent, ouvrent le feu avant de faire usage d'un canon, perpétrant une effroyable fusillade du boulevard de Bonne-Nouvelle au boulevard des Italiens avant que des maisons ne soient « fouillées à la baïonnette. ». Le carnage fait entre 100 et 300 morts et des centaines de blessés.

Au soir du , la plupart des insurgés ont été écrasés. Le bilan de ces journées parisiennes est de 300 à 400 personnes tuées, aux 2/3 des ouvriers, auxquels s'ajoutent 26 tués et 184 blessés parmi les soldats. Le nombre de victimes reste néanmoins très éloigné des 5 000 morts des journées de . Le Moniteur (ancêtre du Journal officiel) reconnaît plus tard le chiffre de 380 tués, la plupart sur les boulevards.

Dans son ensemble, le monde du travail est resté passif et ne s'est pas mêlé au combat, laissant se dérouler le « règlement de comptes entre le président et l'Assemblée ». Pour Marx lui-même, la « dictature de l'Assemblée nationale était imminente », sa majorité comme sa minorité n'ayant d'ailleurs montré que peu de respect de la Constitution et ne songeant qu'au coup de force et à l'insurrection. Paris est désormais sous contrôle militaire, en dépit de quelques mouvements sporadiques. Le , Victor Hugo s'exile à Bruxelles.

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Cavaliers dans les rues de Paris le 2 décembre 1851. Leur officier confère avec des sergents de ville en bicorne tandis que deux crieurs de journaux vendent le quotidien bonapartiste La Patrie, l'un des imprimés exceptionnellement non interdits. Gravure publiée dans The Illustrated London News

Trente-deux départements sont mis en état de siège dès le : tout le pouvoir est localement donné aux autorités militaires qui, en quelques jours, maîtrisent rapidement les zones de résistance républicaine. Pendant 15 jours, celles-ci sont réprimées et, ponctuellement, des insurgés sont fusillés sommairement. Selon l'historien Louis Girard, commence alors contre les républicains « une chasse à l'homme, avec son cortège de dénonciations et d'exécutions sommaires. Puis, jusqu'en janvier 1852, ce sont des arrestations massives non seulement dans les départements soulevés, mais sur tout le territoire ». Selon Maurice Agulhon, « le caractère massif et inique de la répression vint cependant de l'assimilation qui fut officiellement faite de l'insurrection effectivement accomplie à un complot républicain préparé de longue date ». Tous les républicains, même ceux n'ayant pas pris les armes, sont alors assimilés à des insurgés en puissance, des complices ou des inspirateurs à l'insurrection. En conséquence, les forces de l'ordre (armée, gendarmerie et police) raflent, de la mi-décembre à janvier, des milliers de suspects, qui encombrent les prisons. Les partisans de Louis-Napoléon sont aussi décidés à endiguer toute révolution sociale. C'est donc « une répression massivement conservatrice tout imprégnée des rancœurs du parti de l'Ordre » qui s'abat avant que les bonapartistes de gauche, à la fois progressistes et autoritaires, et certains républicains, comme George Sand, parviennent à obtenir, auprès de Louis-Napoléon, un adoucissement dans la répression et les sanctions.

Ainsi, dans un premier temps, 26 884 personnes sont arrêtées, essentiellement dans le Sud-Est, le Sud-Ouest et quelques départements du Centre, 15 000 sont condamnées dont 9 530 à la transportation en Algérie et 239 autres au bagne de Cayenne tandis que 66 députés (dont Hugo, Schœlcher, Raspail, Edgar Quinet) sont frappés de proscription par un décret présidentiel. Toutefois, les mesures de répression prononcées par les 82 commissions mixtes inquiètent Louis-Napoléon et lui-même est affecté par le bilan humain d'un succès payé au prix fort. Dans un second temps, Louis-Napoléon délègue en mission extraordinaire deux militaires de haut rang et un conseiller d'État, afin de réviser les décisions prises et préparer des mesures de grâce. Si les généraux Espinasse et Canrobert, chargés du Sud-Ouest et du Languedoc, font preuve de peu d'indulgence envers les condamnés avec un millier de grâces accordées, le conseiller d'État Quentin Bauchart, chargé du Sud-Est, accorde 3 400 grâces. Sollicité par toutes sortes d'influences, Louis-Napoléon Bonaparte use de son côté largement de son droit de grâce, souvent sur requête de tiers, à l'instar de ce que fit personnellement George Sand auprès du président. Le nombre des transportations en Algérie passe ainsi de 6 151 (chiffre représentant les transportations réellement effectuées) à 3 006 et, en fin de compte, le nombre des républicains remis en liberté passe de 5 857 (libérés en ) à 12 632 (au ).

Pour le président, il n'est pas dans ses intentions que le nouveau régime prenne une « tonalité autoritaire, antirépublicaine et conservatrice ». De fait, le futur Napoléon III reste obsédé par « le souvenir du serment violé, des morts de décembre, des brutalités de la répression » portant « le 2 décembre comme une tunique de Nessus » selon les mots de l'Impératrice Eugénie. Politiquement, il tire profit de l'ambiguïté du mouvement de résistance qui, dans plusieurs départements, a revêtu le visage de la « révolte anarchique contre les riches ». Il parvient à présenter le coup d'État comme une opération préventive de sauvetage de la société et à rassembler autour de sa personne des courants d'opinions jusque-là divergents (Flahaut, Falloux, Montalembert, Gousset, etc.).

Les députés réfractaires, qui avaient voté un décret ordonnant la convocation de la Haute Cour de justice à la mairie du 10e arrondissement avant d'être arrêtés et incarcérés, sont rapidement libérés à l'exception des députés d'extrême-gauche et de quelques libéraux. Environ 70 personnalités de la gauche républicaine et quelques personnalités orléanistes sont condamnées à l'exil, rejoints par de nombreux intellectuels et par des membres de l'enseignement qui refusent de prêter le serment de fidélité au chef de l'État, exigé pour les fonctionnaires par le nouveau régime tandis que la nouvelle loi relative au régime de presse renforce les entraves à la liberté d'expression pour les titres politiques. Alphonse Baudin, médecin et député républicain, meurt sur les barricades parisiennes, sous les balles de la troupe, lors du mouvement insurrectionnel contre le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte en . Ce dernier refusa la demande de Victor Hugo d'ériger une statue en souvenir de cet événement et un procès eut lieu contre Charles Delescluze directeur du journal l'Éveil qui soutenait cette proposition, c'est Léon Gambetta alors tout jeune avocat qui assura sa défense.

Conformément à sa proclamation au peuple, Louis-Napoléon rétablit le suffrage universel et convoque les électeurs (hommes) les 20-, « 10 jours seulement après l'élimination des derniers nids de résistance », afin de se prononcer par plébiscite sur les réformes du « prince-président ». Face à la légalité constitutionnelle dont se prévalaient les défenseurs de la République, les bonapartistes opposent le suffrage universel, placé au-dessus de la Constitution, et la confiance directe manifestée par le peuple comme seule source de légitimité. La propagande bonapartiste ne manque pas également d'agiter la hantise du « péril rouge » et le thème de « sauveur de la Nation », appuyée par une administration zélée et une bonne partie du clergé catholique.

La consultation se déroule dans la terreur sur la partie du territoire encore en état de siège. Seuls les journaux favorables au plébiscite sont autorisés à paraître. Le président jouit cependant d'une réelle popularité auprès des paysans et la nature de la consultation ne laisse guère de choix entre l'état de fait accompli et le néant. Du coup, les civils sont autorisés à voter à bulletin secret alors que l'armée et la marine se prononcent à registres ouverts. Cependant, dans certaines régions, seuls les bulletins Oui sont imprimés, les Non devant être écrits à la main avant que le bulletin ne soit donné au président du bureau de vote pour qu'il le glisse lui-même dans l’urne.

À la suite du ralliement du clergé et de bon nombre des parlementaires de la majorité qui ont été arrêtés le et ont voté sa déchéance, le corps électoral se prononce favorablement sur la révision par 7 439 216 « oui » contre 640 737 « non » (résultats provisoires du ) ou 7 481 231 « oui » contre 647 292 « non », pour les résultats définitifs publiés par le décret du (pour environ 10 millions d’inscrits et 8 165 630 votants dont 37 107 nuls). Si les principaux foyers d'opposition se trouvent dans les grandes villes, le seul canton rural à voter en majorité pour le « non » est celui de Vernoux, dans l'Ardèche.

Le , lors de la présentation des résultats, Louis-Napoléon déclare : « La France a répondu à l’appel loyal que je lui avais fait. Elle a compris que je n’étais sorti de la légalité que pour rentrer dans le droit1. »

Selon l'historien Jean-Yves Mollier, « la décapitation et la terrorisation du camp démocrate furent immédiates. Il fallait tuer pour être compris, avait prévenu Morny, et l’on fit couler suffisamment de sang pour impressionner l’opinion ». En conséquence, le nombre des suffrages « non » est « remarquable tant il fallut de courage physique et mental, ce jour-là, pour oser exprimer ainsi sa réprobation du crime ». Pour le président, « plus de sept millions de suffrages » venaient de « l'absoudre en justifiant un acte qui n'avait d'autre but que d'épargner à la patrie et à l'Europe peut-être des années de trouble et de malheur ». George Sand, d'opinion républicaine, constate qu'« il y eut terreur et calomnie avec excès, mais le peuple eût voté sans cela comme il a voté. En 1852, ce 1852 rêvé par les républicains comme le terme de leurs désirs et le signal d'une révolution terrible, la déception eût bien été autrement épouvantable. Le peuple eût résisté à la loi du suffrage restreint et voté envers et contre tout, mais pour qui ? Pour Napoléon ». Le philosophe et historien Hippolyte Taine témoigne de l'impopularité de l'Assemblée dissoute et du soutien des campagnes à Louis-Napoléon, estimant aussi que « Bonaparte n'est pas pire que les autres. L'Assemblée haïssait la République plus que lui et, si elle avait pu, elle aurait violé son serment pour mettre au trône Henri V, ou les Orléans et au pouvoir M. Changarnier ».

Finalement, comme le note l'historien Pierre Milza, une majorité des Français n'a pas désapprouvé Louis-Napoléon et en est même satisfaite comme le reconnaît aussi amèrement François Guizot : « Le pays, il serait puéril de le dissimuler, le gros du pays s'est félicité du coup d'État du 2 décembre. Il s'est senti délivré dans le présent de l'impuissance à laquelle le président et l'Assemblée se réduisaient mutuellement. Il s'est cru délivré pour 1852 de tous les périls et de tous les maux qu'il attendait à jour fixe. Il a baissé la tête, un peu honteux du coup ; mais en baissant la tête, il a respiré, content au fond, quoique humilié ». Il ajoute cependant que le peuple « a espéré du repos et un gouvernement » mais qu'il ne les a pas.

Louis-Napoléon prend alors la responsabilité d'être le fossoyeur de la Deuxième République ce dont l'histoire républicaine lui tient longtemps rigueur, oubliant souvent que l'Assemblée a songé à plusieurs reprises à faire de même, en recourant à l'armée pour se débarrasser du président et pour rétablir la monarchie. Le coup d'État du « 2 décembre a donné naissance à une légende noire » fondée en partie sur la version donnée par Victor Hugo dans son livre Histoire d'un crime que l'historien Louis Girard caractérise cependant comme « peu crédible dans l'ensemble » mais qui apparaît, selon l'historien Pierre Milza, comme « le récit le plus circonstancié » à défaut d'être le plus exact du coup d'État.

Votants lors du plébiscite de légitimation du coup d'État (The Illustrated London News, décembre 1851).

Votants lors du plébiscite de légitimation du coup d'État (The Illustrated London News, décembre 1851).

La Constitution française est donc modifiée. Le prince-président avait promis le « retour à la légalité républicaine » sans en donner de définition précise. La république qu'il conçoit a pour but d'œuvrer au bien commun et implique qu'elle soit dirigée d'une main ferme par un chef capable de trancher entre les intérêts divergents et d'imposer l'autorité de l'État à tousuelques années plus tôt dans Des Idées napoléoniennes où il écrivait que « dans un gouvernement dont la base est démocratique, le chef seul a la puissance gouvernementale ; la force morale ne dérive que de lui, tout aussi remonte directement jusqu'à lui, soit haine, soit amour ». Les éléments clefs du bonapartisme, alliant autorité et souveraineté du peuple, sont ainsi clairement exposés : le régime bonapartiste serait donc autoritaire tout en recherchant l'approbation des masses.

Une commission de 80 membres est chargée de préparer un texte constitutionnel. Celui-ci est principalement l'œuvre de Persigny, de Charles de Flahaut et des juristes Jacques-André Mesnard, Eugène Rouher et Raymond Troplong. Fondée au terme de son premier article sur les grands principes proclamés en 1789, la république consulaire, qui est ainsi instituée par la nouvelle Constitution et promulguée le , confie le pouvoir exécutif à un président élu pour dix ans (article 2) seul responsable devant le peuple français auquel il a toujours droit de faire appel (article 5). Le nouveau régime politique est donc plébiscitaire et non parlementaire. Le chef de l'État a seul l'initiative des lois qu'il sanctionne et promulgue alors que les ministres ne sont responsables de leurs actes que devant lui. Le président nomme par ailleurs à tous les emplois civils et militaires et la justice se rend en son nom. Il est aussi seul apte à déclarer la guerre et à conclure les traités de paix ou de commerce. La Garde nationale est réorganisée en une armée de parade. Un serment de fidélité à sa personne ainsi qu'à la Constitution est institué pour les fonctionnaires et les élus.

De janvier jusqu'au , Louis-Napoléon Bonaparte est le seul des trois moyens de gouvernement alors en place. Il légifère durant cette période par des « décrets dictatoriaux » que l'on appellerait aujourd'hui des décrets-lois. Celui du , reprenant une proposition de loi de Jules Favre déposée en 1848 et qui voulait déclarer acquis au domaine de l'État les biens de l'ancien roi des Français, interdit à la famille d'Orléans de posséder des biens en France et annule les dotations financières attribuées autrefois à ses enfants par Louis-Philippe Ier, le produit des séquestres étant réparti entre les sociétés de secours mutuel, les logements ouvriers, la caisse des desservants ecclésiastiques et la Légion d'honneur. Pour les royalistes orléanistes et les bourgeois nostalgiques de la monarchie de Juillet, ces dispositions sont démagogiques et équivalentes à une spoliation. La partie bourgeoise de l'électorat y voit notamment un coup porté au droit de propriété. Cette affaire provoque d'ailleurs des tensions au sein même du camp bonapartiste. La princesse Mathilde, qui tente d'obtenir la grâce des princes d'Orléans, est désavouée alors que quatre membres importants du gouvernement (Rouher, Fould, Magne et Morny) démissionnent pour marquer leur désaccord. Commentant cette affaire, l'écrivain Alexandre Dumas, lui-même poursuivi par des créanciers après la faillite de son théâtre et qui doit se réfugier à Bruxelles, s'exclame « l'oncle prenait des capitales, le neveu veut prendre nos capitaux ».

D'autres décrets réorganisent la Garde nationale alors que « les associations ouvrières, en fait des coopératives de production, sont presque toutes dissoutes ». En revanche, les sociétés de secours mutuelles, « si elles acceptent le patronage des membres honoraires qui les subventionnent, du maire et du curé », sont favorisées. Il s'agit, dans l'esprit de Louis-Napoléon, de promouvoir « le bien-être du peuple mais ne pas tolérer de sociétés de résistance sous couvert d'œuvres sociales ». En même temps, c'est par un décret du prince-président que les congrégations de femmes sont autorisées. Le décret du sur la presse reprend en les aggravant les conditions antérieures exigées pour la diffusion, exige pour toute création une autorisation préalable de l'administration et inaugure la procédure des avertissements pour les journaux politiques (Le journal des débats, Le Siècle). Le régime électoral est précisé par un décret dictatorial du qui rend électeur tout homme de 21 ans comptant 6 mois de domicile. Le scrutin d'arrondissement à deux tours est adopté de préférence à celui du scrutin de liste en vigueur sous la Deuxième République. Enfin, parmi les dispositions les plus innovatrices et remarquées depuis figure celle qui établit les bureaux de vote dans chaque commune, et non plus au chef-lieu de canton, comme c'était le cas depuis 1848. L'historien Maurice Agulhon note que cette innovation, « en facilitant et familiarisant […] la pratique du vote, ne pouvait que contribuer à l'éducation civique de l'électeur, ce qui se produira en effet peu à peu au long du Second Empire ».

Parallèlement et concrètement, le statut du président évolue pour devenir celui d'un monarque : il signe Louis-Napoléon, se laisse appeler Son Altesse Impériale ; ses amis et partisans sont récompensés pour leur fidélité ; une cour s'installe ; les aigles impériales sont rétablies sur les drapeaux, le code civil est rebaptisé code Napoléon, le célèbre la Saint-Napoléon, premier modèle réussi en France de fête nationale populaire alors que l'effigie du prince-président fait son apparition sur les pièces de monnaie et les timbres-poste.

Pourtant Louis-Napoléon hésite à rétablir l'institution impériale, aspirant toujours à une réconciliation avec la gauche modérée. En février, il est procédé aux élections des membres du Corps législatif. Pour ces premières élections de la nouvelle république consulaire, les préfets ont reçu les consignes de mettre l'administration au service des candidats officiels, depuis les juges de paix jusqu'aux gardes-champêtres et aux cantonniers. Celle-ci utilise alors tous les moyens possibles pour faciliter l'élection du candidat officiel, que ce soit par l'octroi de subventions, de faveurs, de décorations mais aussi de bourrage d'urnes, de menaces contre les candidats adverses et de pressions exercées par les notables sur leurs dépendants Au soir des résultats, les candidats officiels ont obtenu 5 200 000 voix contre 800 000 aux divers candidats d'opposition. Les authentiques bonapartistes ne représentent pourtant qu'un tiers des députés élus dont une bonne moitié issue de l'orléanisme, les autres étant d'origines et d'allégeances diverses. Ainsi, dans le premier Corps législatif de la république consulaire, on trouve aussi 35 députés légitimistes (dont trois élus sur liste officielle), 17 orléanistes, 18 conservateurs indépendants, deux catholiques libéraux et trois républicains. Les opposants qui parviennent à se faire élire doivent néanmoins prêter serment de fidélité au chef de l'État et à la Constitution s'ils veulent siéger. En conséquence, les trois députés républicains élus, qui refusent de prêter serment, ne siègent pas à l'Assemblée.

Afin de tester la possibilité du rétablissement éventuel de l'institution impériale, Louis-Napoléon entreprend, à compter du , un voyage dans l'Hexagone dans la pure tradition de l'idéologie bonapartiste d'appel au peuple. Il doit se rendre notamment dans les régions qui avaient connu des troubles lors du coup d'État. Le périple est en fait balisé par son ministre de l'intérieur, Persigny, qui a la particularité d'être le plus favorable de ses ministres au rétablissement de l'Empire. Partout où il passe, d'Orléans à Marseille, le prince-président ne voit que des partisans réclamer l'Empire alors que sont distribués de l'argent et des cadeaux aux hauts fonctionnaires locaux.

Si, en Europe, le coup d'État a été accueilli favorablement par presque tous les gouvernements, les signes annonciateurs du rétablissement du régime impérial inquiètent, obligeant Louis-Napoléon à préciser ses intentions : « Certaines personnes disent : l'Empire c'est la guerre. Moi, je dis, l'Empire, c'est la paix. C'est la paix, car la France le désire, et lorsque la France est satisfaite, le monde est tranquille. La gloire se lègue bien à titre d'héritage, mais non la guerre […]. J'en conviens, cependant, j'ai, comme l'Empereur, bien des conquêtes à faire. Je veux, comme lui, conquérir à la conciliation les partis dissidents et ramener dans le courant du grand fleuve populaire les dérivations hostiles qui vont se perdre sans profit pour personne […]. Nous avons d'immenses territoires incultes à défricher, des routes à ouvrir, des ports à creuser, des rivières à rendre navigables, des canaux à terminer, notre réseau de chemin de fer à compléter. Nous avons en face de Marseille un vaste royaume à assimiler à la France. Nous avons tous nos grands ports de l'Ouest à rapprocher du continent américain par la rapidité de ces communications qui nous manquent encore. Nous avons enfin partout des ruines à relever, de faux dieux à abattre, des vérités à faire triompher. Voilà comment je comprends l'Empire, si l'Empire doit se rétablir ».

Le , le président est de retour à Paris où des arcs de triomphe gigantesques ont été dressés, couronnés de banderoles à Napoléon III, Empereur.

Le , par 86 voix contre une seule, un sénatus-consulte rétablit la dignité impériale, approuvé deux semaines plus tard, lors d'un plébiscite, par 7 824 129 voix contre 253 149 et un demi-million d'abstention. Pour Jules Ferry, l'authenticité du résultat du vote ne peut être mise en doute et démontre l'expression « passionnée, sincère et libre » de la classe paysanne telle que déjà exprimée lors de l'élection présidentielle de 1848 et en , tandis que le journaliste libéral Lucien-Anatole Prévost-Paradol se déclare guéri du suffrage universel et dénonce le monde paysan et campagnard comme une « profonde couche d'imbécilité rurale et de bestialité provinciale ».

La dignité impériale est ainsi rétablie au profit du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, élu par le peuple français, qui devient officiellement « Napoléon III, Empereur des Français » à compter du , date anniversaire symbolique du coup d’État, du sacre de Napoléon Ier et de la victoire d’Austerlitz.

Timbre Louis-Napoléon, République française de 1852.

Timbre Louis-Napoléon, République française de 1852.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

Mariage civil de Napoléon III avec Eugénie de Montijo le 29 janvier 1853 au palais des Tuileries. Gravure de Jules Gaildrau (1816-1898).

Le , Louis-Napoléon Bonaparte devient l'Empereur Napoléon III.

L'Empereur étant célibataire et sans postérité légitime, la question de la succession dynastique n'est pas tranchée. Plusieurs membres des différentes familles régnantes européennes sont approchés pour un éventuel mariage impérial mais sans donner de résultats, notamment en raison des mœurs du prétendant (Napoléon III est déjà au moins le père de deux enfants naturels et vit avec une ancienne courtisane). En 1849, il a fait la connaissance de la jeune comtesse de Teba lors d'une réception à l'Élysée. De haut lignage espagnol, éduquée au couvent du Sacré-Cœur rue de Varenne à Paris, Eugénie de Montijo est une jeune femme instruite et cultivée de la noblesse, proche de Stendhal et de Prosper Mérimée. Dès leur rencontre, celui qui n'est alors que le prince-président est séduit. Le siège qu'il entreprend auprès d'Eugénie dure deux ans. Les familiers de l'Empereur sont au début assez partagés envers la comtesse espagnole, certains souhaitant que l'Empereur se lie avec une famille régnante comme autrefois Napoléon avec Marie-Louise. Le , un incident lors d'un bal aux Tuileries, où la jeune Espagnole se fait traiter d'aventurière par l'épouse d'un ministre, précipite la décision de Napoléon III de demander Eugénie en mariage alors qu'il vient de mettre un terme à sa relation avec Miss Howard.

Le , le mariage civil de Napoléon III avec Eugénie de Montijo est célébré aux Tuileries puis, le , le mariage religieux a lieu à Notre-Dame. Pour cette occasion, l'Empereur signe 3 000 ordres de grâce et fait savoir que toutes les dépenses du mariage seraient imputées sur le budget de sa liste civile alors qu'Eugénie refuse une parure de diamants offerte par la Ville de Paris et demande que la somme correspondante soit consacrée à la construction d'un orphelinat. La lune de miel a lieu au château de Villeneuve-l'Étang, à Marnes-la-Coquette, à proximité du domaine de Saint-Cloud. Quelques semaines plus tard, l'impératrice est enceinte mais perd son enfant à la suite d’une chute de cheval.

Une nouvelle grossesse impériale n'intervient que deux ans plus tard, au début de l'été 1855. Louis Napoléon, fils unique de Napoléon III et d’Eugénie, naît le . L’événement est encore l’occasion pour Napoléon III d’annoncer une nouvelle amnistie pour les proscrits du , alors que 600 000 habitants de Paris (un Parisien sur deux) se cotisent pour offrir un cadeau à l’Impératrice.

 L'Impératrice Eugénie et le prince impérial en 1857.

L'Impératrice Eugénie et le prince impérial en 1857.

En 1863, l'Empereur est victime d'une hématurie et son état de santé se dégrade brusquement. En décembre, il est pris de malaise lors d'une réception officielle aux Tuileries et fait une crise cardiaque en 1864 au cours d'une visite nocturne chez sa maîtresse, Marguerite Bellanger. En fait, depuis sa captivité à Ham, l'état de santé de Louis-Napoléon Bonaparte est fragile. Cumulant rhumatisme, poussées hémorroïdaires, troubles digestifs et crises de goutte, l'Empereur se rend annuellement en cure d'abord à Plombières puis à Vichy, faisant la renommée de ces deux villes. En 1861, les médecins décèlent chez lui un calcul vésical, responsable de nombreuses et fortes douleurs dans le bas-ventre et de gêne urinaire. C'est une lithiase dont les crises, d'abord espacées et brèves, deviennent chaque année de plus en plus nombreuses et longues. En 1865, la détérioration de l'état de santé de l'Empereur l'oblige à ajourner des déplacements et à renoncer à participer à un conseil des ministres. Les crises s'enchaînent, y compris lorsqu'il est en cure. Physiquement, l'Empereur accuse le coup. Prématurément vieilli comme l'attestent notamment ses portraits de l'époque, il se tasse et prend de l'embonpoint alors que ses déplacements sont rendus plus difficiles.

Sa déchéance physique compromet sa capacité à gouverner, une grande partie de son énergie étant consacrée à lutter contre la maladie et à cacher sa souffrance à ses interlocuteurs. En dépit des périodes où la maladie est moins présente, durant les années 1867 et 1868, la santé de l'Empereur continue de se dégrader et fait l'objet de rumeurs dans la capitale. Devenu un souverain intermittent, Napoléon III arrive à diriger normalement la France entre deux crises ou alors sous chloral, qui provoque néanmoins de fréquentes somnolences. L'Impératrice, consciente de la situation et de la fragilité du régime, sait que le prince impérial est trop jeune pour succéder à son père. Aussi s'attache-t-elle à se constituer une clientèle de fidèles et à préparer une éventuelle régence alors que, à partir de 1866, l'Empereur l'appelle à siéger à ses côtés au conseil des ministres afin de l'initier aux grandes affaires de l'État. Eugénie révèle plus tard qu'ils avaient pris la décision d'abdiquer en 1874, quand leur fils aurait 18 ans, pour se retirer à Pau et à Biarritz. Pendant la guerre franco-allemande de 1870, il a besoin d'uriner si souvent qu'il fait bourrer son pantalon de serviettes. Après la défaite, lors de son exil à Camden Place, le chirurgien anglais Henry Thomson choisit la lithotripsie et l'opère par deux fois par les voies naturelles. Napoléon III meurt alors qu'une troisième opération est prévue.

 L'attentat de Felice Orsini contre Napoléon III devant la façade de l'Opéra, le 14 janvier 1858, par H. Vittori Romano (1862)

L'attentat de Felice Orsini contre Napoléon III devant la façade de l'Opéra, le 14 janvier 1858, par H. Vittori Romano (1862)

L'attentat manqué de Felice Orsini contre l'Empereur et l'Impératrice en 1858, qui fait de nombreuses victimes, a pour conséquence de durcir le régime. Le ministre de l'Intérieur, Adolphe Billault, est démis de ses fonctions et remplacé par le général Espinasse qui présente, le , un projet de loi de sûreté générale, devant le Corps législatif, permettant de punir de prison toute action ou complicité d'acte accompli dans le but d'exciter à la haine ou au mépris des citoyens les uns contre les autres. Ce projet de loi donne également pouvoir au gouvernement d'interner ou de faire expulser, après l'expiration de sa peine, tout individu condamné pour des délits relatifs à la sûreté de l'État ou pour offense contre la personne de l'Empereur, mais également tout individu ayant été condamné, exilé ou transporté à la suite des événements de , de et de . Une fois le projet approuvé (facilement par le Corps législatif et par le Sénat mais de justesse par le Conseil d'État), Espinasse reçoit carte blanche pour agir. En un peu plus d'un mois, 450 personnes sont envoyées en prison ou transportées en Algérie avant que la loi ne soit mise en sommeil dès le pour ne plus jamais être appliquée.

Le , l'Empereur promulgue une amnistie générale à l'occasion de sa victoire en Italie du Nord. Certains comme Victor Hugo refusent d'en profiter : « quand la liberté rentrera, je rentrerai ». Edgar Quinet, rappelant que Napoléon III avait violé la Constitution par son coup d’État, déclare : « Ceux qui ont besoin d'être amnistiés, ce ne sont pas les défenseurs des lois, ce sont ceux qui les renversent ».

Au cours des années 1860, le Second Empire prend une tournure libérale. Il desserre ainsi progressivement la censure, libéralise le droit de réunion et les débats parlementaires. Sous l'influence notamment du duc de Morny, il se dirige lentement vers une pratique plus parlementaire du régime. Néanmoins, cette libéralisation parlementaire a réveillé l'opposition, qu'elle soit républicaine ou monarchiste, y compris la droite cléricale qui n'a pas apprécié la politique italienne de l'Empereur.

Le décret du complété par les sénatus-consultes des 2 et et du réforme la Constitution de 1852. Il s'agit pour Napoléon III de donner aux grands corps de l'État une participation plus directe à la politique générale du gouvernement. Ainsi, le droit d'adresse du Sénat et du Corps législatif est rétabli, le droit d'amendement est élargi ainsi que les modalités de discussion des projets de loi et du budget. Un compte-rendu sténographique des débats est instauré et rendu public. Le fonctionnement de l'État tend alors à se rapprocher de celui d'une monarchie constitutionnelle. Le Second Empire est alors à son apogée. Pour Lord Newton, « Si la carrière de Napoléon III s'était terminée en 1862, il aurait probablement laissé un grand nom dans l'histoire et le souvenir de brillants succès ».

Cette libéralisation parlementaire accompagnée de l'amnistie générale réveille l'opposition. Si les républicains et les libéraux ont approuvé la politique italienne de l'Empereur ainsi que sa politique commerciale, celles-ci lui ont aliéné la sympathie des catholiques et des industriels, ce qui l'oblige à rechercher de nouveaux appuis dans le pays.

Les élections du interviennent dans un contexte économique et social difficile. Plus de 300 candidats d'opposition se présentent, les plus nombreux étant les républicains. Des alliances sont contractées entre monarchistes et républicains, notamment à Paris où l'orléaniste Adolphe Thiers se présente sur une liste unique comprenant une majorité de candidats républicains. Finalement, avec 5 308 000 suffrages, les candidats gouvernementaux perdent des suffrages tandis que l'opposition obtient 1 954 000 votes et 32 sièges (17 républicains et 15 indépendants dont Thiers) alors que le taux d'abstention recule fortement (27 %). Si par leur vote les campagnes et les villes inférieures à 40 000 habitants ont soutenu les candidats officiels, les suffrages des grandes villes sont allés majoritairement à l'opposition.

Les élections sont suivies d'un important remaniement ministériel qui favorise les réformistes proches de Morny, tels Paul Boudet et Armand Béhic mais aussi Victor Duruy, un historien libéral nommé au ministère de l'Instruction publique. Au Corps législatif, les républicains ralliés à l'Empire forment avec les bonapartistes libéraux, le Tiers Parti.

En , Napoléon III annonce ce qu'il appelle des « réformes utiles » et une « extension nouvelle des libertés publiques ». Un décret du remplace le droit d'adresse par le droit d'interpellation. La loi du sur la presse abolit toutes les mesures préventives : la procédure de l'autorisation est remplacée par celle de la déclaration et celle de l'avertissement est supprimée. De nombreux journaux d'opposition apparaissent, notamment ceux favorables aux républicains qui « s'enhardissent dans leurs critiques et leurs sarcasmes contre le régime » (L'électeur libre de Jules Ferry, Le Réveil de Charles Delescluze, La Lanterne d'Henri Rochefort). La loi du sur les réunions publiques supprime les autorisations préalables, sauf celles où sont traitées les questions religieuses ou politiques. Néanmoins, la liberté des réunions électorales est reconnue.

Toutes ces concessions, si elles divisent le camp bonapartiste, restent insuffisantes pour les opposants au Second Empire.

La succession de revers internationaux durant la période 1866-1867 et les craintes d'un conflit armé ont convaincu Napoléon III de procéder à une refonte de l'organisation militaire. La loi de réforme militaire que l'Empereur propose en 1866 après la victoire des Prussiens à Sadowa est destinée à modifier le recrutement militaire en supprimant ses aspects inégalitaires et injustes (le tirage au sort, par exemple) et à renforcer l'instruction. La loi Niel, telle qu'elle s'appelle, est néanmoins considérablement dénaturée par les parlementaires, en majorité hostiles, et est finalement adoptée avec tant de modifications (maintien du tirage au sort) qu'elle en devient inefficace.

Les élections législatives de donnent lieu à des combats de rue, ce qui ne s'était pas vu depuis plus de 15 ans. Si les candidats favorables à l'Empire l'emportent avec 4 600 000 voix, l'opposition, majoritairement républicaine, rafle 3 300 000 voix et la majorité dans les grandes villes. Au Corps législatif, ces élections marquent le recul important des bonapartistes autoritaires (97 sièges) face au grand vainqueur, le Tiers Parti (125 sièges), et face aux orléanistes de Thiers (41 sièges) et aux républicains (30 sièges).

À la suite de ces élections, Napoléon III accepte de nouvelles concessions tandis que « les violences républicaines inquiètent les modérés ». Par un sénatus-consulte du , le Corps législatif reçoit l'initiative des lois et le droit d'interpellation sans restriction. Le Sénat achève sa mue pour devenir une seconde chambre législative tandis que les ministres forment un cabinet responsable devant l'Empereur.

En , Napoléon III nomme Émile Ollivier, issu des bancs de l'opposition républicaine et l'un des chefs du Tiers Parti, pour diriger de fait son gouvernement. C'est la reconnaissance du principe parlementaire. Ollivier constitue alors un gouvernement d'hommes nouveaux en associant bonapartistes libéraux (centre droit) et orléanistes ralliés à l'Empire libéral (centre gauche), mais en excluant les bonapartistes autoritaires (droite) et les républicains (gauche). Il prend lui-même le ministère de la Justice et des Cultes, le premier dans l'ordre protocolaire, et apparaît comme le véritable chef du ministère sans en avoir le titre.

Cherchant à concilier ordre et liberté, Ollivier convainc l'Empereur de procéder à une révision constitutionnelle d'ensemble pour mettre sur pied un système semi-parlementaire. Les procédés de candidature officielle sont abandonnés. Un sénatus-consulte proposant un régime plus libéral est soumis à l'approbation du peuple lors d'un plébiscite (le troisième depuis 1851) : le , les réformes sont approuvées avec plus de sept millions de « oui » en dépit de l'opposition des monarchistes légitimistes et des républicains qui ont appelé à voter « non » ou à s'abstenir. C'est ainsi que se met en place la Constitution du . Napoléon III se serait exclamé à cette occasion : « J'ai mon chiffre ! ». Émile Ollivier croit pouvoir dire de l'Empereur : « Nous lui ferons une vieillesse heureuse »

Sous l'Empire, la France connaît des années de progrès économiques (création d'un système bancaire, développement du chemin de fer, transformation des grandes villes).

 Voiture privée de Napoléon III, qu'il utilise lors de ses déplacements sur le chemin de fer français alors en plein essor.

Voiture privée de Napoléon III, qu'il utilise lors de ses déplacements sur le chemin de fer français alors en plein essor.

Napoléon III, le prince impérial, l'Impératrice et les souverains étrangers à l'Exposition universelle de 1867.

Napoléon III, le prince impérial, l'Impératrice et les souverains étrangers à l'Exposition universelle de 1867.

Napoléon III remettant au baron Haussmann le décret d'annexion à Paris des communes suburbaines (1860).

Napoléon III remettant au baron Haussmann le décret d'annexion à Paris des communes suburbaines (1860).

Commanditaire des travaux du baron Haussmann à Paris, Napoléon III souhaite transformer cette ville réputée au milieu du XIXe siècle pour sa surpopulation, son insalubrité et sa sensibilité aux épidémies, en un modèle d'urbanisme et d'hygiène comme l'est déjà Londres.

Saint-simonien convaincu, inspiré notamment par son proche conseiller Michel Chevalier, Louis-Napoléon rêve d'une ville organisée et saine, avec de larges boulevards et avenues reliant facilement les pôles d'attraction, où le commerce et l'industrie puissent se développer et les plus démunis vivre dans des conditions décentes. Le Paris transformé par le Baron Haussmann est ainsi d'abord le Paris saint-simonien imaginé par le prince-président dont beaucoup d'aspects figurent dans les phalanstères de Charles Fourier et dans l'Icarie d'Étienne Cabet. Suivant ces principes fouriéristes, Louis-Napoléon est à l'origine de la construction des 86 premiers logements sociaux de Paris à la cité Rochechouart en 1851 qu'il fait financer par le sous-comptoir du commerce et de l'industrie pour le bâtiment afin de pallier la défaillance du conseil municipal de Paris. Il fait lui-même un don de 50 000 francs pour aider à la construction de cités ouvrières destinées au remplacement des logements insalubres de la capitale et fait traduire et publier Des habitations des classes ouvrières, de l'architecte britannique, Henry Roberts. Par décrets présidentiels, en 1852, il affecte 10 000 000 francs, issus de la confiscation des biens des Orléans, à l'amélioration des logements ouvriers dans toutes les villes de France.

Quand le , Georges Eugène Haussmann est nommé préfet de la Seine par Napoléon III, il est chargé de réaliser le Paris rêvé de l’Empereur dont la mission peut se résumer à « aérer, unifier et embellir la ville ». La capitale, pour la première fois considérée dans son ensemble, est ainsi transformée en profondeur et modernisée avec la création d’un tissu cohérent de voies de communication. De nouvelles voies et axes reliant notamment les grandes gares entre elles sont percées, des perspectives et des places sont ouvertes tandis que de nombreux squares, espaces verts et jardins sont créés (Montsouris, Buttes-Chaumont, bois de Vincennes et de Boulogne, Boucicaut…). Plusieurs îlots misérables comme celui dit de la petite Pologne sont rasés. L’Empereur lui-même veille de près sur les travaux et dessine le plan d’un ensemble de 41 pavillons destinés à l’usage des classes ouvrières situés avenue Daumesnil et qui sont présentés à l’Exposition universelle de 1867.

La loi du repousse les limites de la capitale aux fortifications de Thiers. La ville absorbe onze communes en totalité (Belleville, Grenelle, Vaugirard, La Villette) ou en partie (Auteuil, Passy, Batignolles-Monceau, Bercy, La Chapelle, Charonne, Montmartre), ainsi que treize portions de communes. La superficie de Paris passe ainsi de 3 300 à 7 100 hectares tandis que sa population gagne 400 000 habitants pour s'établir à 1 600 000 Parisiens. Paris est désormais réorganisé en vingt arrondissements et 80 quartiers. En 1870, la ville atteint 2 000 000 d'habitants.

Entre 1852 et 1870, plus de 300 km de voies nouvelles éclairées sont réalisées dans Paris, accompagnées de plantations (600 000 arbres plantés + 20 000 hectares de bois et jardins), de trottoirs (plus de 600 km), de mobiliers urbains, de caniveaux et de 600 km d’égouts. Plus de 19 000 immeubles insalubres comprenant 120 000 logements ont été abattus et remplacés par 30 000 bâtiments nouveaux fournissant 215 300 logements auxquels s’ajoutent de nombreux nouveaux monuments publics et édifices comme l'opéra Garnier, le nouveau Palais de Justice, le nouvel Hôtel-Dieu, des théâtres (le Châtelet), des lycées, les halles de Baltard ou de nombreux lieux de culte (église Saint-Augustin, église Saint-François-Xavier, etc.). Pour la première fois de son histoire, un plan général de la ville est dressé ainsi que son relevé topographique.

Ces travaux du Second Empire modèlent le visage du Paris du XXe siècle. Ils ont cependant un coût non négligeable. Les opposants aux travaux conduits par Haussmann dénoncent notamment leur coût financier (les travaux coutent 2,5 milliards de francs en dix-sept ans pour un budget initial de 1,1 milliard de francs, obligeant Haussmann à recourir à des bons de délégation émis par la Caisse des travaux de Paris, à creuser la dette de la ville et à se justifier par la théorie des dépenses productives). À ces critiques financières s'ajoutent celles sur la vague de spéculation immobilière (les loyers augmentent de 300 % sur toute la période) et leur coût social (refoulement des plus pauvres hors du centre de Paris). Enfin, une autre vague de critiques porte sur le coût culturel de ces travaux (comme la destruction de nombreux vestiges du passé, notamment sur l'île de la Cité).

Si nombre de ces critiques peuvent être justifiées, il s'avère qu'il n'y a finalement pas d'accroissement du déséquilibre social dans la capitale par rapport à la période antérieure et qu'en 1865, 42 % des Parisiens restent classés dans la catégorie des plus défavorisés car non imposables et qu'à la fin de l'administration haussmannienne en 1870, 65 % des logements parisiens sont occupés par des indigents, des ouvriers et par les représentants les plus modestes de la petite bourgeoisie. Enfin, l'état d'insalubrité, le délabrement des édifices et les difficultés de circulation exigeaient quoi qu'il en fût une intervention publique.

Les opposants aux travaux dénoncent également les grands boulevards (très larges et rectilignes) permettant de mieux contrecarrer les éventuelles révoltes en empêchant la formation de barricades. Haussmann n'a jamais nié ce rôle quasi militaire de la percée de certaines des voies parisiennes, formant des brèches au milieu de quartiers constituant de véritables citadelles d'insurrections tels que ceux de l'hôtel de ville, du faubourg Saint-Antoine et des deux versants de la montagne Sainte-Geneviève. Cependant, il a répondu que la majorité de grandes artères percées permettaient surtout d'améliorer la circulation entre les gares, entre celles-ci et le centre-ville et aussi à aérer la ville pour éviter les foyers infectieux.

Parallèlement, Napoléon III encourage cette politique dans les autres grandes et moyennes villes de France, de Lyon à Biarritz en passant par Dieppe (les nombreuses rues impériales alors tracées sont souvent par la suite rebaptisées « rue de la République »). L'Empereur multiplie les séjours personnels dans les villes d'eau telles que Vichy, Plombières-les-Bains, Biarritz, ce qui contribue beaucoup à leur lancement et à leur fortune durable. Une politique de grands travaux et d'assainissement permet de mettre en valeur des régions comme la Dombes, les Landes, la Champagne, la Provence ainsi que la Sologne, région chère à Napoléon III en raison de ses attaches familiales du côté de la maison de Beauharnais et qui s'investit personnellement dans la bonification de celle-ci en participant au financement des travaux.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III
 Palais et jardin des Tuileries lors d'un bal sous le Second Empire.

Palais et jardin des Tuileries lors d'un bal sous le Second Empire.

Passionné par les sciences et bien informé sur les dernières inventions, Napoléon III entretient des rapports privilégiés avec les savants dont il se plait à écouter les conférences et à suivre les expériences. Celui qui obtiendra le plus de ses faveurs est Louis Pasteur qu'il rencontre pour la première fois en 1863 après que celui-ci a réfuté la thèse de la génération spontanée et démontré l'existence des animalcules (plus tard appelés microbes). Devenu familier de l'Empereur et de l'Impératrice qui lui ôtent tout souci matériel pour poursuivre ses travaux, il est nommé à la commission chargée de la réforme de l'enseignement supérieur, envoyé dans le Gard pour lutter contre l'épidémie de pébrine qui menaçait les élevages de vers à soie, avant d'être nommé sénateur en .

L'appui de Napoléon III au projet de Ferdinand de Lesseps, par ailleurs cousin de l'Impératrice, de percer le canal de Suez est déterminant à plusieurs occasions. Après plusieurs hésitations, l'Empereur accepte de patronner l'entreprise et de faire pression diplomatiquement sur l'Empire ottoman, hostile au projet. Il sauvera encore à plusieurs reprises les travaux en les soutenant face au vice-roi d'Égypte (1863-1864), une nouvelle fois face au Sultan (1865-1866) et encore en 1868 en consentant un emprunt pour renflouer la compagnie de Lesseps au bord de la faillite. Cependant, le contexte politique et social ainsi que sa santé précaire ne lui permettent pas de se rendre en Égypte pour voir l'achèvement des travaux, laissant son épouse assister seule à l'inauguration du canal de Suez le

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Les tensions avec la Prusse sont avivées quand le prince Léopold de Hohenzollern se porte candidat le à la succession d'Espagne, vacante depuis deux ans, ce qui provoque des inquiétudes dans plusieurs chancelleries européennes : un Hohenzollern sur le trône espagnol placerait la France dans une situation d'encerclement proche de celle de l'époque de Charles Quint.

Le prince retire sa candidature le 380, mais le gouvernement de Napoléon III subit la pression des belliqueux : une partie de la presse de Paris et de la Cour, ainsi que des opposants de droite ou de gauche. Il exige un engagement écrit de renonciation définitive et une garantie de bonne conduite de la part de Guillaume Ier. Le Roi de Prusse confirme la renonciation de son cousin sans se soumettre à l'exigence française.

Cependant, pour Bismarck, une guerre contre la France est le meilleur moyen de parachever l'unification allemande. La version dédaigneuse qu'il fait transcrire dans la dépêche d'Ems de la réponse polie qu'avait faite Guillaume de Prusse confine au soufflet diplomatique pour la France, d'autant plus qu'elle est diffusée à toutes les chancelleries européennes. Tandis que la passion anti-française embrase l'Allemagne, la foule parisienne, excitée par une partie de la presse, réclame la guerre. Bien que tous deux personnellement favorables à la paix et à l'organisation d'un congrès pour régler le différend, Ollivier et Napoléon III, qui ont finalement obtenu de leur ambassadeur la version exacte de ce qui s'était passé à Ems, se laissent dépasser par les partisans de la guerre, dont l'Impératrice Eugénie, mais aussi de ceux qui veulent une revanche sur l'Empire libéral. Les deux hommes finissent par se laisser entraîner contre leur conviction profonde.

Même s'il se dit de nature pacifique, Napoléon III est affaibli par ses échecs internationaux antérieurs et a besoin d'un succès de prestige avant de laisser le trône à son fils. Il n'ose pas contrarier l'opinion majoritairement belliciste, exprimée au sein du gouvernement et au parlement, y compris chez les républicains, décidés à en découdre avec la Prusse, alors que quelques semaines plus tôt il avait hésité à s'opposer à la décision d'Ollivier de réduire le contingent militaire, et ce malgré les avertissements lucides de Thiers.

La guerre est déclarée le . L'armée prussienne a d'ores et déjà l'avantage en hommes (plus du double par rapport à l'armée française), en matériels (le canon Krupp) et même en stratégie, celle-ci ayant été élaborée dès 1866.

 

 Napoléon III lors de la bataille de Sedan par le peintre allemand Wilhelm Camphausen.

Napoléon III lors de la bataille de Sedan par le peintre allemand Wilhelm Camphausen.

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Guerre de 1870, la bataille de Gravelotte Saint Privat, près de Metz.

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C'est lors de la bataille de Gravelotte que mon arrière grand père Hervé Le Gac perdit son gauche. Hervé Le Gac avec son épouse anne Marie Lancien à Plougonver (22).

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Les premiers revers d'août 1870 sont imputés à Napoléon III et à Ollivier, ce qui fournit à la Chambre l'occasion de renverser le Premier ministre, à une écrasante majorité, le , laissant l'Empereur seul sur la ligne de front, qu'elle soit politique ou militaire. Pendant que Napoléon III cherche « la mort sur le champ de bataille », l'Impératrice Eugénie, régente, nomme le bonapartiste autoritaire Charles Cousin-Montauban, comte de Palikao, à la tête du gouvernement. Sous la pression de l'Impératrice, Napoléon III renonce à se replier sur Paris et marche vers Metz au secours du maréchal Bazaine encerclé. Ses troupes sont elles-mêmes alors encerclées à Sedan. Le , n'ayant pu trouver la mort au milieu de ses hommes, Napoléon III dépose les armes au terme de la bataille de Sedan et tente de négocier les clauses de la capitulation avec Bismarck près du village de Donchery.

Désormais captif, il assiste avec le roi Guillaume de Prusse à l'acte de reddition de l'armée française au château de Bellevue situé près de Frénois, au sud de Sedan. Pendant leur discussion, il assure qu'il n'a pas voulu la guerre mais qu'il y a été contraint par l'opinion publique ce à quoi le roi Guillaume lui réplique que ladite opinion avait été forgée par le ministère.

Le , l'Empereur, désormais prisonnier, quitte définitivement la France pour se rendre en Prusse et y être interné au château de Wilhelmshöhe. Napoléon III est le quatrième souverain français à être capturé sur un champ de bataille.

Autorisé à choisir son itinéraire, il choisit de passer par la Belgique, trajet plus court et plus facile. Il se rend d'abord à Bouillon pour y loger la nuit du 3 au à l’hôtel de la Poste. Le , il se rend à la gare de Libramont (alors la gare la plus proche pour se rendre en Allemagne), où un train spécial l’attend. Durant le trajet de Bouillon à Libramont, l'Empereur visite une batterie d'artillerie pourvue de canons Wahrendorff, qui se chargent par la culasse, et dont l'armée belge a été dotée à l'instar de l'armée prussienne. Napoléon se fait longuement expliquer le mécanisme. Puis, avec un soupir, il se tourne vers sa suite : « Voilà donc, Messieurs, ce canon qui nous a vaincus… ». À Jemelle, le train s'arrête en gare, et Napoléon rencontre son cousin le prince Pierre-Napoléon Bonaparte. Le convoi passe ensuite par Liège et s'arrête à Verviers où il loge la nuit du 4 au à l’hôtel du Chemin de Fer. Finalement, le , il reprend le train pour se rendre à Cassel. Durant tout le trajet du château de Bellevue près de Sedan au château de Wilhelmshöhe près de Cassel, l'Empereur est accompagné par le général prussien de Boyen, aide de camp du roi Guillaume Ier de Prusse, et entre autres, le général Castelnau, son premier aide de camp. Durant la traversée de la Belgique, il est aussi accompagné par le général Chazal, commandant l’armée belge d’Observation mobilisée dès le début de la guerre.

 

Napoléon III et Otto von Bismarck, après la défaite de Sedan, entrevue avec Bismarck à Donchery (peinture de 1878).

Napoléon III et Otto von Bismarck, après la défaite de Sedan, entrevue avec Bismarck à Donchery (peinture de 1878).

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Napoléon III prisonnier, quitte Sedan le 4 septembre 1870 pour se rendre au château de Wilhelmshöhe près de Cassel en Prusse.

Le , à Paris, la foule envahit le palais Bourbon tandis que l'Impératrice Eugénie se réfugie chez le docteur Thomas W. Evans, son dentiste américain, qui organise sa fuite vers l'Angleterre. Le gouverneur de Paris, Louis Jules Trochu, reste passif et le régime impérial ne trouve guère de défenseurs, les soutiens traditionnels qu'étaient l'armée et la paysannerie étant trop loin, le traumatisme lié à la capitulation et à la captivité de l'Empereur trop important et la pression populaire à Paris et dans les grandes villes trop forte. Des députés (dont Léon Gambetta et Jules Simon) se rendent à l'hôtel de ville de Paris et y proclament la République. Un gouvernement provisoire qui prend le nom de Gouvernement de la Défense nationale est alors formé.

Le , Bismarck met fin à sa captivité. L'empereur déchu décide alors de rejoindre ses proches en Angleterre où il retrouve son épouse et son fils, installés à Camden Place, une gentilhommière de style georgien402, à Chislehurst, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Londres. Il y reçoit de nombreuses visites à commencer par la reine Victoria, le prince de Galles et le Premier ministre britannique Gladstone. Durant ce nouvel exil britannique, l'ex-empereur écrit beaucoup, notamment un ouvrage intitulé La France et la campagne de 1870 (publié après sa mort dans son intégralité). Il y prépare également de nouveaux plans pour revenir au pouvoir, rêvant de rééditer à son profit le retour de l'île d'Elbe de son oncle Napoléon Ier.

Mais en , à la suite d'un déplacement à cheval, il est victime d'une nouvelle violente crise urinaire. William Gull et James Paget, deux médecins anglais appelés en urgence, sondent l'ex-empereur. Ils évoquent une lithiase vésicale (un calcul) et lui conseillent de se faire opérer par le professeur Henry Thomson, alors le meilleur spécialiste anglais de chirurgie de la vessie (dix ans plus tôt, il avait opéré avec succès le roi Léopold Ier de Belgique). C'est la première fois que Napoléon III est informé de la maladie dont il souffrait depuis au moins 1866 et qui lui avait été cachée jusque-là. Deux opérations de la vessie sont effectuées les 2 et par Sir Henry Thompson.

Une troisième opération est prévue plus tard, mais son état s'aggrave. Le , à 10 h 45, Napoléon III meurt à l'âge de 64 ans, dans sa résidence de Camden Placese de la mort de Napoléon III. Les Français, regrettant que les opérations subies n'aient pas respecté les protocoles expérimentés en France depuis de longues années, attribuent la mort aux suites des opérations. L'Anglais Thompson prétend au contraire que l'état de la vessie en était la cause.

Près de 60 000 personnes, dont un dixième de Français comprenant une délégation d'ouvriers conduite par Jules Amigues, viennent se recueillir devant le corps et participer à l'inhumation le à Chislehurst (aujourd'hui dans le borough londonien de Bromley).

Par la suite, sa veuve Eugénie de Montijo lui construit un mausolée à l'abbaye Saint-Michel (St Michael's Abbey) qu'elle avait fondée en 1881 à Farnborough dans le sud de l'Angleterre et où il repose depuis aux côtés de sa femme (décédée en 1920) et de leur fils unique, le prince impérial Louis Napoléon, enrôlé volontaire dans l'armée britannique et tué en , à 23 ans, en Afrique du Sud par les Zoulous au cours d'une patrouille lors de la guerre anglo-zouloue.

La question du rapatriement en France de la dépouille de Napoléon III est quelquefois évoquée depuis la fin du XXe siècle par des personnalités politiques, mais sans le soutien des descendants de la famille impériale ni demande officielle de la France.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

María Eugenia Ignacia Agustina de Palafox y Kirkpatrick, 19e comtesse de Teba — dite Eugénie de Montijo — née le à Grenade (Espagne) et morte le à Madrid (Espagne), est l'épouse de Napoléon III, empereur des Français. À ce titre, elle porte le titre d'impératrice des Français du au .

D'origine espagnole, elle rencontre le tout premier président de la République française, Napoléon III, en 1849 et l'épouse en 1853, après qu'il a été proclamé empereur. Après avoir rencontré une certaine difficulté à enfanter, elle donne naissance en 1856 à Louis-Napoléon Bonaparte, fils unique du couple impérial et héritier de l'Empire.

Les années 1870 sont difficiles pour Eugénie. Le régime disparaît en effet à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, puis elle voit successivement le décès de son époux en 1873 et de son fils unique en 1879. Réfugiée en exil au Royaume-Uni depuis la fin du Second Empire, elle meurt à 94 ans au palais de Liria à Madrid, dans son pays natal. Eugénie est inhumée dans la crypte impériale de l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, en Angleterre, avec son époux et son fils.

En raison de la régence qu'elle exerça au cours de la guerre de 1870, elle est la dernière femme à avoir gouverné la France avec les prérogatives d'un chef d'État.

Eugénie est née à Grenade en Espagne le au 12 de la calle de Gracia. Elle est la fille cadette du comte et de la comtesse de Teba.

Son père, don Cipriano de Palafox y Portocarrero (1784-1839), comte de Teba, frère cadet du comte de Montijo — dont il reprend plus tard le titre — s'était rallié à la France sous le Premier Empire. Jeune officier d'artillerie, à la tête des élèves de l'École polytechnique, il participa à la bataille de Paris en 1814 et fut fait Grand d'Espagne en 1834.

Au regard du peuple espagnol, il est un « afrancesado », c'est-à-dire quelqu'un qui, pendant la guerre d'indépendance espagnole, a pris le parti de la France bonapartiste.

Sa mère, María Manuela Kirkpatrick de Closeburn y de Grévignée (1794-1879), une aristocrate d'origine écossaise et belge, est la fille de l'Écossais William Kirkpatrick, qui fut nommé consul des États-Unis à Malaga, et la nièce du comte Mathieu de Lesseps.

La famille Kirkpatrick fut admise dans la noblesse espagnole et était apparentée à la noblesse irlandaise de Closeburn.

La sœur aînée de la future impératrice, María Francisca de Sales (), connue sous le nom de Paca, hérita du titre de Montijo et d'autres titres familiaux ; elle épousa en 1849 le duc d'Albe, propriétaire entre autres immenses biens, du palais de Liria à Madrid, où mourut l'ex-impératrice soixante ans après sa sœur.

La future impératrice et sa sœur aînée sont éduquées dans le culte napoléonien. Fuyant les remous des guerres carlistes, la comtesse de Montijo emmène dès 1834 ses deux filles en France, notamment dans la station balnéaire de Biarritz, proche de la frontière espagnole. La future impératrice en fait sa villégiature après y avoir séjourné deux mois en 1854 et Napoléon III lui construit un palais7.

Eugénie, comtesse de Teba, est éduquée à Paris au couvent du Sacré-Cœur, où elle reçoit la formation traditionnelle de la noblesse de l'époque. Sa mère, devenue veuve en 1839, confie l'instruction de ses deux jeunes filles, Paca et Eugénie, à Stendhal, qui leur enseigne l’histoire, essentiellement des anecdotes sur le règne de Napoléon, qu'il a connu, et à son grand ami Mérimée, qui se charge du français et qui reste d'ailleurs toute sa vie proche d'Eugénie.

Le 14 février 1848, « Paca », qui en tant qu'aînée a hérité des titres de son père, épouse le duc d'Albe à Madrid.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III
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En 1849, Eugénie fait la connaissance de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française dans l'hôtel de Mathilde Bonaparte, puis lors de réceptions à l'Élysée. Dès leur rencontre celui qui n'est alors que le « prince-président » est séduit. Le siège qu'il entreprend auprès d'Eugénie dure deux ans, sa cour assidue lors de séjours au château de Compiègne étant à l'origine de l'épisode du « trèfle de Compiègne ».

Les familiers du président (bientôt empereur) sont au début assez partagés envers la comtesse espagnole. Certains souhaitant que Louis-Napoléon se lie avec une famille régnante, comme autrefois Napoléon avec Marie-Louise. Par ailleurs, les souverains européens, même ceux apparentés à la famille Bonaparte (comme les parents de la reine de Saxe, Caroline de Vasa), sont fort peu enclins à donner une de leurs filles en mariage à un empereur au trône mal assuré et qu'ils regardent comme un parvenu pour ne pas dire un aventurier.

Le , un incident lors d'un bal aux Tuileries, où la jeune Espagnole est traitée d'aventurière par l'épouse du ministre de l’Éducation Hippolyte Fortoul, précipite la décision de Napoléon III de demander Eugénie en mariage alors qu'il vient de mettre un terme à sa relation avec Miss Howard.

Aux Tuileries, dans sa communication du devant le Sénat, le Corps législatif et le Conseil d'État, l'Empereur déclare :

« Celle qui est devenue l'objet de ma préférence est d'une naissance élevée. Française par le cœur, par l'éducation, par le souvenir du sang que versa son père pour la cause de l'Empire, elle a, comme Espagnole, l'avantage de ne pas avoir en France de famille à laquelle il faille donner honneurs et dignités. Douée de toutes les qualités de l'âme, elle sera l'ornement du trône, comme, au jour du danger, elle deviendrait un de ses courageux appuis. Catholique et pieuse, elle adressera au ciel les mêmes prières que moi pour le bonheur de la France ; gracieuse et bonne, elle fera revivre dans la même position, j'en ai le ferme espoir, les vertus de l'Impératrice Joséphine. […] Je viens donc, Messieurs, dire à la France : J'ai préféré une femme que j'aime et que je respecte, à une femme inconnue dont l'alliance eût eu des avantages mêlés de sacrifices. Sans témoigner de dédain pour personne, je cède à mon penchant, mais après avoir consulté ma raison et mes convictions. »

L'acte du mariage civil est enregistré au palais des Tuileries dans la salle des Maréchaux, le à 20 heures. Le mariage religieux suit à Notre-Dame de Paris le . Pour cette occasion, l'Empereur signe 3 000 ordres de grâce et fait savoir que toutes les dépenses du mariage seraient imputées sur le budget de sa liste civile alors qu'Eugénie refuse une parure de diamants offerte par la ville de Paris et demande que la somme correspondante soit consacrée à la construction d'un orphelinatu faubourg Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris.

C'est l’architecte Jacques Hittorff qui sera chargé de sa conception, il donne aux bâtiments la forme d’un collier ; l'école inaugurée le 28 décembre 1856, prend le nom de maison Eugène-Napoléon en l’honneur du jeune Louis-Napoléon Bonaparte (1856-1879), né en 1856.

La lune de miel a lieu au parc de Villeneuve-l'Étang, à Marnes-la-Coquette, au cœur du domaine national de Saint-Cloud, domaine acquis par le futur Empereur ; quelques semaines plus tard, l'Impératrice est enceinte, mais perd l'enfant après une chute de cheval.

Une nouvelle grossesse n'intervient que deux ans plus tard, au début de l'été 1855. Louis Napoléon, fils unique de Napoléon III et d’Eugénie, naît le . L’événement est encore l’occasion pour Napoléon III d’annoncer une nouvelle amnistie pour les proscrits du 2 décembre, alors que 600 000 habitants de Paris (un Parisien sur deux) se cotisent pour offrir un cadeau à l’Impératrice. Le 17 au matin, une salve de cent un coups de canon annonce ce grand événement au pays. L'Empereur a décidé qu'il serait parrain et l'Impératrice marraine de tous les enfants légitimes nés en France en cette journée du , qui, au nombre de 3 000, furent pensionnés.

« L'Impératrice venait de remplir sa principale mission. Elle avait donné à son époux un fils, et à l'Empire un héritier. L'enfant était né un jour de triomphe, le jour des Rameaux… Ce qui charmait surtout l'heureuse mère, c'est que cet enfant si désiré était non seulement un fils de France, mais un fils de l'Église et que, filleul du Pape, la bénédiction du Saint-Père planait sur son berceau. »

Le 17 juillet suivant, l'Empereur rédige à Plombières-les-Bains les dispositions concernant la régence, qu'il confie à l'Impératrice.

« (article 2) - Si l'Empereur mineur monte sur le Trône sans que l'Empereur son père ait disposé, par acte rendu public avant son décès, de la Régence de l'Empire, l'Impératrice Mère est Régente et a la garde de son fils mineur. »

 L'impératrice Eugénie par Winterhalter (1854).

L'impératrice Eugénie par Winterhalter (1854).

Elle est surnommée Badinguette par les opposants à l'Empire (en référence au sobriquet donné au futur empereur à la suite de sa célèbre évasion du fort de Ham, avec le concours d'Henri Conneau, déguisé avec la veste de travail d'un maçon qui portait le nom de Badinguet). Ces opposants prétextent de son âge avancé de vingt-sept ans et de sa beauté qui a fait tourner bien des têtes pour lui faire une mauvaise réputation. Victor Hugo ose même écrire : « l'Aigle épouse une cocotte » et une épigramme malveillante et anonyme a couru dans Paris :

« Montijo, plus belle que sage,
De l'Empereur comble les vœux :
Ce soir s'il trouve un pucelage,
C'est que la belle en avait deux… »

D'une beauté éclatante, elle avait acquis une grande liberté d'allure, était passionnée et séductrice, voire provocante, avec retenue selon les canons de l'époque.

Son culte sentimental pour Marie-Antoinette est illustré par le portrait en robe « à paniers » par Franz Xaver Winterhalter (92,7 x 73,7 cm, Metropolitan Museum of Art, New York) ; son peintre favori exécuta aussi en 1862 le portrait de sa sœur la duchesse d'Albe, et son propre portrait qu'elle offrit à son beau-frère, qui fut placé dans le « salon des Miniatures » du palais Liria à Madrid, où elle aimait se tenir.

Maxime Du Camp, dans ses Souvenirs d'un demi-siècle, la dépeint ainsi :

« L'écroulement de l’Empire, l'affaissement de la France prouvent que Napoléon III a commis bien des fautes ; la plus grave que l'on puisse lui reprocher, celle qui fut de conséquence mortelle, c’est d’avoir épousé Eugénie de Montijo. Jamais créature plus futile ne mit au service d’une ambition désordonnée une plus médiocre intelligence. Elle exerça sur les mœurs extérieures une influence détestable, elle eut sa camarilla, sa cour, ses partisans ; elle eut sa politique et poussa le pays dans des aventures dont elle était incapable de calculer la portée, ni de prévoir l’issue. Elle a été funeste, et sa beauté, qui fut merveilleuse, ne l’absout pas. […J]e dirais volontiers : “C'était une écuyère.” Il y avait autour d'elle comme un nuage de cold cream et de patchouli ; superstitieuse, superficielle, ne se déplaisant pas aux grivoiseries, toujours préoccupée de l'impression qu'elle produisait, essayant des effets d'épaules et de poitrine, les cheveux teints, le visage fardé, les yeux bordés de noir, les lèvres frottées de rouge, il lui manquait, pour être dans son vrai milieu, la musique du cirque olympique, le petit galop du cheval martingalé, le cerceau que l'on franchit d'un bond et le baiser envoyé aux spectateurs sur le pommeau de la cravache. »

Le jeune Julien Viaud la vit passer un jour à Paris dans une voiture découverte et garda d'elle un souvenir ébloui. Devenu l'écrivain Pierre Loti, il l'évoque dans ses souvenirs.

Sur le plan politique, catholique ultramontaine, elle veut que la France soutienne le pape Pie IX par les armes (création du corps des zouaves pontificaux), alors que Napoléon III était favorable à la libéralisation des autres États italiens. On prête à l'empereur une boutade dans laquelle il qualifia l'impératrice de légitimiste, ce à quoi elle aurait répondu : « Légitimiste, moi ? Je ne suis pas si bête ! Sans doute j'ai toujours éprouvé du respect pour les Bourbons. Je n'aime pas les Orléans. Ils ne représentent aucun principe. Je crois qu'on ne peut régner que par une tradition séculaire ou par le vœu éclatant du pays ». De fait, elle partageait l'essentiel de la doctrine bonapartiste.

Elle soutient contre les Anglais le projet français d'ouverture du canal de Suez, et en 1869 après un passage à Istanbul, une visite officielle qui a marqué les relations franco-turques pendant de longues années, elle alla l'inaugurer en personne avec les principaux monarques européens dont l'Empereur François-Joseph qui sera impressionné par sa beauté.

Le palais de Beylerbeyi, au bord du Bosphore, l'accueille pendant le séjour durant lequel elle visite, parmi tant d'autres lieux, le patriarcat arménien catholique et le lycée Saint-Benoît.

Elle pousse à l'invasion du Mexique, son entourage y voyant la perspective de l'émergence d'une grande monarchie catholique, modèle régional capable de contrer la république protestante des États-Unis et, par effet de dominos, de procurer des trônes pour les princes européens. Après le refus d'Henri d'Orléans (duc d'Aumale), candidat de l'empereur pour le futur trône mexicain, l'impératrice propose quant à elle Jean de Bourbon (comte de Montizón). Mais celui-ci fait valoir, le , qu'il ne pourrait régner sur le Mexique qu'en étant « appuyé par les baïonnettes étrangères », ce qu'il refuse absolument. C'est finalement Ferdinand-Maximilien d'Autriche (frère de l'empereur François-Joseph Ier) qui accepte la couronne mexicaine, le . Cette aventure se solde par un désastre.

L'impératrice prend aussi parti pour l'Autriche dans le conflit entre ce pays et la Prusse, ce qui fait le jeu du ministre-président de Prusse, le comte de Bismarck.

Enfin, elle est trois fois impératrice-régente de l'empire lors de la campagne d'Italie de l'empereur en 1859, de son voyage en Algérie en 1865, et en juillet 1870, après la déclaration de guerre et la capture de son mari par les Prussiens, essayant de gérer de son mieux la débâcle.

Les archives du ministère de la Maison de l'Empereur, sous Napoléon III, qui évoquent largement les interventions de l'impératrice Eugénie, notamment dans le domaine social et dans le domaine artistique, sont conservées aux Archives nationales dans la sous-série O/5.

En 1858, le prince impérial étant malade, elle envoie une de ses dames d'honneur, l'amirale Bruat, quérir un peu d'eau réputée miraculeuse. À la suite de la guérison de leur fils, le prince impérial Louis Napoléon, l'impératrice Eugénie convainc Napoléon III de donner l'ordre de réouverture de la grotte qui était fermée aux pèlerins.

 L'impératrice en 1854.

L'impératrice en 1854.

Durant la période de l'Empire autoritaire et dans une moindre mesure dans les années 1860, le domaine des arts et des lettres est soumis à la censure. Prêché par l'Église, le retour à l'ordre moral, appuyé par l'Impératrice Eugénie, est l'une des préoccupations du régime.

Dans la vie culturelle de la cour et de la France, elle participe à la création du style Napoléon III (poirier noirci torsadé et incrustations de nacre…), basé essentiellement sur l'inspiration, voire la copie, des styles passés, soutient son vieil ami Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, fait en 1853 sénateur, puis commandeur et grand officier de la Légion d'honneur, Winterhalter, Waldteufel, Offenbach

« Vers 1865, l'achèvement par Lefuel des salons de l'Impératrice aux Tuileries, dans le goût Louis XVI, créé un courant marqué en faveur du style Trianon […] Le Louis XVI-Impératrice pénètre dans tous les intérieurs élégants. Pour la première fois depuis la duchesse du Barry, une volonté féminine impose ses préférences mobilières […] Eugénie a vraiment la passion de Marie-Antoinette. Non seulement elle dépouille à son usage personnel le Garde-Meuble et même le musée du Louvre de leurs plus beaux meubles Louis XVI, mais elle en fait acheter sur sa cassette. Elle en meuble ses appartements privés aux Tuileries, à Saint-Cloud, à Compiègne, où les chefs-d'œuvre d'Oeben, de Beneman, de Riesener, voisinent sans vergogne avec les confortables et les poufs capitonnés […] elle commande à ses ébénistes des imitations qu'on pourrait qualifier d'admirables si des copies, mêmes parfaites, pouvaient avoir valeur d'originaux. Georges Grohé lui fournit les meilleures. »

« Confondant » souvent le mobilier national avec ses biens personnels, elle en réclame après le passage de l'Empire à la République :

« À la création du Second Empire, les collections du Mobilier furent rattachées à la Liste civile et de ce fait résulta la fiction qu'elles appartenaient à l'Empereur […]. C'est ainsi que l'Impératrice, lors de la liquidation de la Liste civile, put revendiquer sept tapisseries du Don Quichotte, à fond jaune, qui décoraient sa villa de Biarritz et qui lui furent abandonnées moyennant l'indemnité dérisoire de cent francs chacune : elles se vendraient aujourd'hui cent mille francs pièce. »

Dans son Journal d'un officier d'ordonnance / juillet 1870 - février 1871 (Paris, 1885) un certain Maurice d'Hérisson dit avoir « déménagé » une partie des appartements de l'Impératrice aux Tuileries en septembre 1870.

« À la suppression du musée des Souverains en 1873, des objets donnés par Napoléon III furent revendiqués par la famille […]. Les biens français du couple impérial ayant été mis sous séquestre en septembre 1870 — objet d'un litige qui ne fut réglé qu'en 1924 — il fut ensuite restitué à l'ex-impératrice des tableaux et des sculptures dont une partie fut vendue à Drouot dès 1881, et un grand nombre d'autres, envoyées en Angleterre, furent aliénées après sa mort en 1921, 1922 (tableaux) et 1927 (le contenu de Farnborough hill) ».

Un grand nombre d'œuvres furent envoyées en Angleterre et aliénées après sa mort ; quelques-unes avaient été données ou furent rachetées en 1881 par Firmin Rainbeaux, ancien écuyer de l'Empereur et qui lui ressemblait physiquement, à qui Carpeaux avait offert en 1867 son buste en marbre. Ils se retrouvèrent dans la vente après décès de son fils Félix à Drouot où, le 22 octobre 1936, les musées nationaux mandatèrent Élie Fabius pour acquérir la suite de douze aquarelles de Fortuné et de Fournier représentant des vues intérieures des palais des Tuileries, Saint-Cloud et Fontainebleau, divers objets dus à Biennais provenant de la reine Hortense, et des accessoires de sellerie… Mais l'antiquaire ne put acheter qu'en 1937 le buste de Napoléon III par Galbrunner d'après Iselin qui fut exposé dans la galerie d'Apollon du Louvre avant d'être restitué à son épouse, qui l'offrit à Rainbeaux.

On cite l'échange verbal de 1869 entre Eugénie et l'architecte Charles Garnier présentant au couple impérial la maquette du nouvel opéra parisien :

« Mais cela ne ressemble à rien, Monsieur Garnier, cela n'a pas de style !

C'est du… Napoléon III, Madame »

 La plage à Trouville, L'Impératrice Eugénie, Eugène Boudin, 1863, Glasgow, collection Burrell.

La plage à Trouville, L'Impératrice Eugénie, Eugène Boudin, 1863, Glasgow, collection Burrell.

Eugénie de Montijo, appréciant fortement le village proche du lieu de sa lune de miel avec Napoléon III (parc de Villeneuve-l'Étang, territoire de la commune de Marnes-lès-Saint-Cloud), baptisa la commune avec le qualificatif « la coquette » et supprima le qualificatif « lès-Saint-Cloud ». D'ailleurs, l'église du village a été construite en son honneur et baptisée en son nom.

Elle-même « coquette », elle lance la mode au Second Empire, abandonnant notamment la crinoline à la fin des années 1860 au profit de la tournure, sous l'influence de Charles Frederick Worth, couturier en faveur à la cour. En matière d'accessoires, sa préférence va à la maison de luxe Maquet, où elle se fournit en articles de maroquinerie, en plus d’y commander son papier à lettres.

Ses amitiés dans la mouvance saint-simonienne lui donnent l'occasion de faire avancer la cause des femmes. Elle est personnellement intervenue en faveur de Julie-Victoire Daubié pour la signature de son diplôme du baccalauréat ainsi que pour la remise de la Légion d'honneur à la peintre Rosa Bonheur. Elle obtient que Madeleine Brès puisse s'inscrire en faculté de médecine.

L'Impératrice possédait une des plus importantes collections de bijoux de son temps ; Catherine Granger rappelle que ses achats ont été globalement estimés à l'énorme somme de 3 600 000 francs, somme à rapprocher des 200 000 francs consacrés à l'achat d'œuvres d'art pour sa collection personnelle.

Le bijoutier-joaillier américain, Charles Tiffany, qui avait déjà acquis les joyaux de la couronne de France acheta au gouvernement la majeure partie des bijoux de l'ex-impératrice et les revendit aux dames de la haute société américaine.

La plupart d'entre eux ont ensuite appartenu à Aimée de Heeren, qui collectionnait des bijoux et s'intéressait en même temps à la vie de l'Impératrice.

Les deux femmes furent considérées comme les « reines de Biarritz » car elles passèrent l'été sur la côte basque, l'Impératrice dans la « villa Eugénie », aujourd'hui hôtel du Palais que lui fit construire Napoléon III en 1854 — édifice reconstruit et agrandi en 1903, dont le plan est en forme de « E » majuscule — Aimée de Heeren séjourna elle dans la villa « La Roseraie ».

Afin de faire face aux premières nécessités de leur exil à Londres, les souverains organisent une vente de bijoux chez Christie's, le , au 8 King Street, à Londres, où une foule de curieux se presse, car les journaux ont annoncé la vente, depuis plusieurs semaines (le catalogue précise « une partie de magnifiques joyaux appartenant à une dame de qualité », mais le nom de la propriétaire est sur toutes les lèvres). La vente comprend 123 lots : diadèmes, colliers, bracelets, éventails précieux. Parmi les pièces figurent deux rangs de grosses perles fines et surtout un extraordinaire ensemble en diamants et émeraudes. L'ensemble produisit 1 125 000 francs de l'époque.

Napoléon III avait reçu en cadeau de son oncle Joseph Bonaparte une magnifique perle dite la perle Pérégrine. Le couple royal la vend à James Hamilton, marquis et futur duc d'Abercorn, qui l'offre à sa femme Louisa

L'Impératrice Eugénie détenait une magnifique collection d'émeraudes colombiennes et, compte tenu de leur exceptionnelle qualité, il est probable qu'une partie des 25 émeraudes vendues se soient retrouvées dans la collection de bijoux Donnersmarck. En effet, l'industriel allemand le prince Guido Henckel von Donnersmarck commande (vers 1900), probablement au joaillier parisien Chaumet, un superbe diadème pour sa femme la princesse Katharina, composé de 11 émeraudes colombiennes exceptionnellement rares, en forme de goutte et pesant plus de 500 carats.

Le musée du Louvre œuvre depuis plusieurs années pour tenter de rassembler les joyaux de la couronne de France, avec l'aide de la Société des amis du Louvre, depuis la vente par l’État des bijoux de la couronne, du 12 au , et expose :

  • la broche reliquaire, « agrafe rocaille » (85 diamants montés sur argent doré), qui avait été adjugée aux joailliers Frédéric Bapst et Alfred Bapst, puis attribuée au musée ;

  • depuis 1973, la paire de bracelets de la duchesse d'Angoulême (achetée 42 000 francs par Charles Tiffany, à la vente de 1887) a été léguée au Louvre par un grand collectionneur, Claude Menier ;

  • depuis 1988, la couronne (2 490 diamants et 56 émeraudes, montés sur or), réalisée en 1855 par le joaillier Alexandre-Gabriel Lemonnier (de) (joaillier officiel de la couronne). La couronne avait échappé à la vente de 1887 (estimée à 40 597 francs) et a été donnée au Louvre, par M. Roberto Polo ;

  • depuis 1992, le diadème (en argent doublé or, 212 perles d'Orient et 1 998 diamants) réalisé en 1853 par Alexandre-Gabriel Lemonnier et qui appartenait auparavant à un ami d'Aimée de Heeren, le prince von Thurn und Taxis, possesseur par héritage d'un très important patrimoine artistique (diadème acheté 78 100 francs, à la vente de 1887). La Société des Amis du Louvre a pu l'acheter en vente publique, pour le Louvre ;

  • en 2001, la parure en or et mosaïques romaines, réalisée en 1810 pour l'Impératrice Marie-Louise, par le joaillier François-Régnault Nitot, joaillier de l’Empereur Napoléon Ier (parure achetée 6 200 francs, à la vente de 1887). La Société des Amis du Louvre a pu l'acheter en vente publique, pour le Louvre ;

  • en 2002, a pu être racheté, lors d'une vente publique organisée par les comtes de Durham, le diadème de la duchesse d'Angoulême (40 émeraudes et 1 031 diamants) réalisé en 1819 par les joailliers Christophe-Frédéric Bapst et Jacques-Evrard Bapst (joailliers de la couronne), avec le concours du dessinateur Steiffert (diadème acheté 45 900 francs par le collectionneur anglais). Il complétait une parure d'émeraudes et de diamants créée par le joaillier Paul-Nicolas Menière en 1814 ;

  • en 2008, a pu être racheté le grand nœud de corsage en diamants réalisé en 1855 par le joaillier parisien François Kramer (joaillier personnel de l'Impératrice). Le bijou, acheté à la vente de 1887 par le joaillier Émile Schlesinger, était resté dans la famille Astor depuis plus de cent ans ;

  • en 2015, a pu être rachetée la broche d'épaule, réalisée en 1855 par le joaillier parisien François Kramer. La broche est entrée dans les collections du Louvre le .

  • La perle Régente (ou perle Napoléon), fut achetée en 1811 par Napoléon au joaillier François Regnault-Nitot, pour être offerte à sa nouvelle épouse, Marie-Louise, comme la pièce maîtresse d'un diadème de perles, qui était le principal composant d'une parure de perles complète. Figurant parmi les joyaux de la Couronne de France, elle se transmit d'impératrice à reine et de reine à impératrice. En 1853, à la demande de l'Impératrice Eugénie, elle fut montée en broche au milieu d'un feuillage de brillants et de perles, bijou qu'elle porta pendant plusieurs années. Le bijou sera vendu en , à Pierre-Karl Fabergé (joaillier de la couronne de Russie). Celui-ci, le revendra au prince Nicolas Borisovitch Youssoupoff, où avec la révolution russe, la trace de la perle sera perdue dans la tourmente de l'histoire, durant plus d'un demi-siècle. Elle réapparaîtra, lors d'une vente aux enchères, le , chez Christie's, à Genève, puis dans une nouvelle vente aux enchères en 2005, où elle sera vendue pour un montant de 2,5 millions de dollars.

  • Deux émeraudes rectangulaires, pesant respectivement 17,97 carats et 15,99 carats, ont été vendues par Christie's, à Genève, le , pour un montant de 372 372 dollars. Ces deux émeraudes colombiennes, qui avaient appartenu à l'Impératrice Eugénie, furent léguées, en 1920, à sa filleule, Victoire-Eugénie de Battenberg, reine consort d'Espagne. Celle-ci, exilée à Lausanne, en 1931, avait vendu les pierres, aux enchères, en .

  • Une autre broche (devant-de-corsage), dite « broche feuilles de groseillier », commandée par l'Impératrice Eugénie, au joaillier Alfred Bapst, et fabriquée en 1855, a été vendue aux enchères, à Genève, chez Christie's, le , pour un montant de 2 365 700 dollars.

  • Depuis , le bijoutier américain Siegelson, expose une paire de boucles d'oreilles, diamants et perles en forme de gouttes, ayant appartenu à l'Impératrice Eugénie. Ce sont probablement, les boucles d'oreilles qui apparaissent sur le tableau, peint en 1854, par Franz Xaver Winterhalter, où l'on voit de profil, l'Impératrice Eugénie. La valeur des bijoux est estimée à 10 millions de dollars.

Couronne (1855), par Alexandre-Gabriel Lemonnier, musée du Louvre, Paris.

Couronne (1855), par Alexandre-Gabriel Lemonnier, musée du Louvre, Paris.

GENEALOGIE  LE GAC - PECHEU:  LES  WITTELSBACH  DE  BAVIERE... DES BEAUHARNAIS BERNADOTTE ET A NAPOLEON III

Les tensions avec la Prusse resurgissent à propos de la succession d'Espagne quand le prince Léopold de Hohenzollern dont le frère a été élu prince souverain de Roumanie en 1866, se porte candidat le au trône d'Espagne, vacant depuis deux ans.

Un Hohenzollern sur le trône espagnol placerait la France dans une situation d'encerclement similaire à celui que le pays avait vécu à l'époque de Charles Quint. Cette candidature provoque des inquiétudes dans toutes les chancelleries européennes. En dépit du retrait de la candidature du prince le , ce qui constitue sur le moment un succès de la diplomatie française, le gouvernement de Napoléon III, pressé par les belliqueux de tous bords (la presse de Paris, une partie de la Cour, les oppositions de droite et de gauche), exige un engagement écrit de renonciation définitive et une garantie de bonne conduite de la part du roi Guillaume Ier.

Le roi de Prusse confirme la renonciation de son cousin sans se soumettre à l'exigence française. Cependant, pour Bismarck, une guerre contre la France est le meilleur moyen de parachever l'unification allemande. La version dédaigneuse qu'il fait transcrire dans la dépêche d'Ems de la réponse polie qu'avait faite Guillaume de Prusse confine au soufflet diplomatique pour la France, d'autant plus qu'elle est diffusée à toutes les chancelleries européennes.

Tandis que la passion anti-française issue du premier empire français embrase les différents royaumes, grands-duchés et principautés allemands, la presse et la foule parisiennes réclament la guerre. Bien que tous deux personnellement favorables à la paix et à l'organisation d'un congrès pour régler le différend, Ollivier et Napoléon III, qui ont finalement obtenu de leur ambassadeur la version exacte de ce qui s'était passé à Ems, se laissent dépasser par les partisans de la guerre, dont l'Impératrice Eugénie, mais aussi de ceux qui veulent une revanche sur l'empire libéral. Les deux hommes finissent par se laisser entraîner contre leur conviction profonde. Même s'il est de nature pacifique, Napoléon III est cependant affaibli par ses échecs internationaux antérieurs et a besoin d'un succès de prestige avant de laisser le trône à son fils. Il n'ose pas contrarier l'opinion majoritairement belliciste, exprimée au sein du gouvernement et au parlement, y compris chez les républicains, décidés à en découdre avec la Prusse, alors que quelques semaines plus tôt il avait hésité à s'opposer à la décision d'Ollivier de réduire le contingent militaire, et ce malgré les avertissements lucides de Thiers.

La guerre est déclarée le  ; quand Napoléon III vint l'annoncer à ses proches se trouvant au château de Bagatelle à Paris, devant la joie manifestée par son épouse dansant avec son fils, leur ami le richissime collectionneur marquis d'Hertford aurait dit : « Cette femme nous mène à la ruine ! »

De fait, l'armée prussienne a d'ores et déjà l'avantage en hommes (plus du double par rapport à l'armée française), en matériels (le canon Krupp) et même en stratégie, celle-ci ayant été élaborée dès 1866.

Les premiers revers d'août 1870 sont imputés à Napoléon III et à Ollivier, ce qui fournit à la Chambre l'occasion de renverser le Premier ministre à une écrasante majorité, le , laissant l'Empereur seul sur la ligne de front, qu'elle soit politique ou militaire.

Pendant que Napoléon III cherche « la mort sur le champ de bataille », l'impératrice, régente, nomme le bonapartiste autoritaire Cousin-Montauban, comte de Palikao, à la tête du gouvernement. Sous la pression de sa femme Napoléon III renonce à se replier sur Paris et marche vers Metz au secours du maréchal Bazaine encerclé.

Ses troupes sont elles-mêmes alors encerclées à Sedan ; le 2 septembre, n'ayant pu trouver la mort au milieu de ses hommes, Napoléon III dépose les armes au terme de la bataille de Sedan et tente de négocier les clauses de la capitulation avec Bismarck près du village de Donchery. Le lendemain l'Empereur, désormais prisonnier, se rend en Belgique à Bouillon. Il prend ensuite le train pour être interné au château Wilhelmshöhe à Cassel en Allemagne.

Le 4 septembre, la foule envahit le palais Bourbon tandis que l'Impératrice se réfugie chez le docteur Thomas W. Evans, son dentiste américain, qui organise sa fuite vers l'Angleterre. Le gouverneur de Paris, Louis Jules Trochu, reste passif et le régime impérial ne trouve guère de défenseurs, les soutiens traditionnels qu'étaient l'armée et la paysannerie étant trop loin, le traumatisme lié à la capitulation et à la captivité de l'Empereur trop important et la pression populaire à Paris et dans les grandes villes trop forte.

Des députés (dont Léon Gambetta et Jules Simon) se rendent à l'hôtel de ville de Paris et y proclament la République ; un gouvernement provisoire qui prend le nom de Gouvernement de la Défense nationale est alors formé.

Le , l'ex-impératrice, réfugiée en Angleterre, écrit au roi de Prusse Guillaume Ier en tentant de l'amener à renoncer à annexer ce qui deviendra l'Alsace-Moselle ; dès le 26, le souverain allemand répond par un refus.

« Madame,

J'ai revu la lettre que Votre Majesté a bien voulu m'adresser et qui a évoqué des souvenirs du passé que je ne puis me rappeler sans regrets !

Personne plus que moi ne déplore le sang versé dans cette guerre qui, Votre Majesté le sait bien, n'a pas été provoquée par moi.

Depuis le commencement des hostilités ma préoccupation constante a été de ne rien négliger pour rendre à l'Europe les bienfaits de la paix, si les moyens m'en étaient offerts par la France. L'entente aurait été facile tant que l'Empereur Napoléon s'était cru autorisé à traiter et mon gouvernement n'a même pas refusé d'entendre les propositions de Jules Favre et de lui offrir les moyens de rendre la paix à la France. Lorsque à Ferrière des négociations parurent être entamées au nom de Votre Majesté, on leur a fait un accueil empressé et toutes les facilités furent accordées au Maréchal Bazaine pour se mettre en relation avec Votre Majesté, et quand le général Boyer vint ici il était possible encore d'arriver à un arrangement si les conditions préalables pouvaient être remplies sans délai. Mais le temps s'est écoulé sans que les garanties indispensables pour entrer en négociations eussent été données.

J'aime mon pays comme vous, Madame, vous aimez le vôtre, et par conséquent je comprends les amertumes qui remplissent le cœur de Votre Majesté et j'y compatis bien sincèrement. Mais, après avoir fait d'immenses sacrifices pour sa défense, l'Allemagne veut être assurée que la guerre prochaine la trouvera mieux préparée à repousser l'agression sur laquelle nous pouvons compter aussitôt que la France aura réparé ses forces et trouvé des alliés. C'est cette considération seule, et non le désir d'agrandir une patrie dont le territoire est assez grand, qui me force à insister sur des cessions de territoires, qui n'ont d'autre but que de reculer le point de départ des armées françaises qui, à l'avenir, viendront nous attaquer.

Je ne puis juger si Votre Majesté était autorisée à accepter au nom de la France les conditions que demande l'Allemagne, mais je crois qu'en le faisant Elle aurait épargné à sa patrie bien des maux et l'aurait préservée de l'anarchie qui aujourd'hui menace une nation dont l'Empereur pendant vingt ans avait réussi à développer la prospérité.

Veuillez croire, Madame, aux sentiments avec lesquels je suis de Votre Majesté le bon frère

Guillaume

Versailles, le 26 octobre 1870 »

47 ans plus tard, en 1917, sous l'influence des États-Unis, les Alliés firent savoir à la France qu'il n'était pas question de lui restituer de façon inconditionnelle l'Alsace-Lorraine qu'ils considéraient comme un territoire allemand.

C'est alors que l'ex-impératrice écrivit à Clemenceau pour lui apprendre l'existence de cette lettre, qu'elle lui céda en 1918 par l'entremise d'Arthur Hugenschmidt.

 L'Impératrice Eugénie en 1880.

L'Impératrice Eugénie en 1880.

Après la chute de l'Empire, elle devance son époux encore prisonnier en Allemagne pour louer Camden Place, à Chislehurst en Angleterre. C'est dans cette demeure que Napoléon III meurt le . Trois ans après, sa veuve laisse la direction du parti bonapartiste à Rouher, et se consacre à l'éducation de son fils, assisté de son précepteur Augustin Filon.

Le prince impérial Louis Napoléon Bonaparte est cadet, en Angleterre, de l'Académie royale militaire de Woolwich, puis versé dans un corps de cavalerie à destination de l'Afrique du Sud où il est tué par les Zoulous le à Ulundi dans le Natal, lors d'une patrouille dans le bush ; une stèle commémorative y fut posée sur ordre de la reine Victoria. Le prince est enseveli dans l'uniforme anglais.

Un an après, Eugénie fait un pèlerinage au Zoulouland ; elle voyage incognito sous son nom habituel de « comtesse de Pierrefonds ».

Elle s'installe en 1885 à Farnborough Hill, dans le Hampshire.

« Un grand parc qui monte ; immenses prairies et très beaux arbres : à un tournant d'allée on aperçoit la maison très nombreuse et variée avec beaucoup de toits pointus […] dans une sorte de jardin d'hiver, la grande statue du Prince impérial par Carpeaux avec le chien Nero (dont la nombreuse descendance est dans le chenil), maison peuplée de tant de gloires, de splendeurs, tous les portraits silencieux, toutes ces reliques, ces meubles, ces objets qui ont été associés à ces gloires et à ces splendeurs, et qui maintenant ne sont plus que des souvenirs. »

— Lucien Daudet, Dans l'ombre de l'impératrice Eugénie, 1935.

Près de sa nouvelle demeure, Eugénie fonde en 1881 l'abbaye Saint-Michel (St Michael's Abbey) de Farnborough, œuvre de l'architecte français Hippolyte Destailleur conçue comme un lieu de prière et un mausolée impérial. Les dépouilles de Napoléon III et du prince impérial Louis-Napoléon sont transférées, depuis Chislehurst, dans la crypte de l'église abbatiale de Saint-Michel.

Quand elle séjourne à Londres, Eugénie séjourne au Brown's Hotel.

En 1892, afin de disposer de sa propre résidence au cap Martin et ne plus y être l'invitée quasi permanente de l'Impératrice Élisabeth d'Autriche (plus connue sous le surnom de « Sissi »), elle fait construire la villa Cyrnos par Hans-Georg Tersling.

Durant l'affaire Dreyfus, elle est dreyfusarde convaincue, à l'encontre des bonapartistes français, qui croyaient tous à la trahison et honnissaient les « complices du traître ».

En 1904 elle donne au musée Carnavalet le berceau qui avait été offert par la ville de Paris au prince impérial à sa naissance, dessiné par Victor Baltard et réalisé par les frères Grohé et la maison Froment-Meurice (1856). Après sa rencontre en 1911 avec Jean Ajalbert, conservateur du musée de La Malmaison, elle cède également des aquarelles et vues du château par Auguste Garneray.

En 1906, âgée de 80 ans, elle fut la marraine de la princesse Victoria de Battenberg, petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni, lorsqu'elle est baptisée dans la religion catholique romaine pour pouvoir épouser le roi Alphonse XIII d'Espagne.

Bien qu'en retrait de la vie politique, et malgré son âge avancé, elle reste d'une grande curiosité pour son temps et la modernité. Ainsi le , vivement intéressée par les essais du pionnier de l'aviation Samuel Franklin Cody, elle assiste à la présentation de son appareil sur un champ d'aviation, le Laffan's Plain, situé à Farnborough, non loin du domaine de l'Impératrice.

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Eugénie en compagnie de l'Impératrice Élisabeth d'Autriche dite Sissi et de son époux l'Empereur François-Joseph au cap Martin.

 

Nous reparlerons de SISSI dans une partie 2 de cet article puisqu'elle y a sa place étant descendante, elle aussi, de Maximilien 1er de Bavière, mais, de son second mariage avec Caroline de Bade.

Visitant, vers 1910, son ancienne résidence du château de Compiègne devenu musée, l'ex-impératrice octogénaire s'arrête près d'une fenêtre, se met à pleurer et ressent un malaise en se remémorant cette époque ; le guide l'interpelle pour continuer la visite : personne ne remarque qu'il s'agit de l'ex-impératrice des Français ; seul un homme la reconnaît et lui apporte un verre d'eau

Plus tard, en 1914, voulant cueillir une fleur d'un des parterres du jardin des Tuileries, où elle a longtemps habité, elle se fit sermonner par le gardien qui ne l'avait pas reconnue.

Ayant survécu près d'un demi-siècle à son mari et à son fils unique, elle mourut à 94 ans, le 11 juillet 1920, au palais de Liria à Madrid — qui conserve encore le portrait du jeune prince impérial sur la terrasse de Saint-Cloud par Winterhalter (1864), ayant orné le bureau de Farnborough Hill et racheté à l'une des ventes de juillet 1927 par ses neveux, ducs d'Albe. Incendié lors de la guerre civile espagnole de 1936, le palais fut reconstruit après 1955 par Cayetana Fitz-James Stuart, la fille unique du 17e duc.

La veuve du dernier monarque français laissait comme héritiers le prince Victor Napoléon, chef de la maison impériale, titulaire d'un majorat lié à ce titre et nouveau détenteur de ses biens anglais, sa fille aînée la princesse Marie-Clotilde pour ce qui restait en France du patrimoine de la famille impériale (encore en litige avec l'État), le duc d'Albe et la duchesse de Tamamès.

Elle est inhumée dans la crypte impériale de la chapelle néo-gothique de l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, avec son époux et son fils. Le roi britannique George V a assisté à son requiem

Lors de ses obsèques, la République française est représentée symboliquement par un attaché d'ambassade en poste à Madrid, Robert Chapsal et un drapeau français est placé sur le cercueil ; l'abbé de Saint-Michel l'enlève pour le remplacer par le drapeau anglais, et déclare : « Maintenant, reposez en paix, Votre Majesté ».

Depuis la fin du XXe siècle, est ponctuellement évoqué par différentes personnalités françaises, le rapatriement de la dépouille de Napoléon III et donc aussi celles de l'impératrice et du prince impérial mais sans que ces demandes n'aient jamais eu l'approbation des descendants de la famille impériale, ni aient été portées ou soutenues par l'État français.

L'impératrice Eugénie en 1920.

L'impératrice Eugénie en 1920.

LES MAITRESSES DE LOUIS NAPOLEON ET NAPOLEON III...

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Virginia Oldoïni devenue Contessa di Castiglione par son mariage, est née à Florence le et morte dans le 1er arrondissement à Paris, le .

Aristocrate piémontaise, missionnée par le ministre Cavour du roi de Piémont-Sardaigne pour devenir maitresse de l'empereur des Français Napoléon III, elle est également une figure des premières heures de la photographie.

La comtesse de Castiglione est qualifiée de « plus belle femme de son siècle »

Elle est la fille unique du marquis Filippo Oldoïni Rapallini (né à La Spezia le , premier député de La Spezia au Parlement du royaume de Sardaigne en 1848 puis ambassadeur italien à Lisbonne) qui avait épousé en premières noces sa cousine Isabella Lamporecchi (fille de Luisa Chiari, danseuse de théâtre et du grand juriste Ranieri Lamporecchi de Florence). Elle reçoit l'éducation soignée typique de la petite noblesse piémontaise, apprenant l'anglais et le français rapidement, pratiquant la danse et la musique.

Consciente de sa beauté, elle est surnommée La Perla d'Italia (La Perle d'Italie) alors que sa famille l'appelle « Nicchia ». Elle épouse, le , à l'âge de 17 ans, le comte Francesco Verasis de Castiglione (1826-1867), dont c'est le deuxième mariage et auquel elle donne le un fils prénommé Giorgio (1855-1879). Délaissée par un mari au caractère réservé contrairement au sien et souvent appelé auprès du roi, elle prend pour amant le jeune officier et ami d'enfance Ambrogio Doria puis son frère Marcello, ce qui crée des tensions dans le couple qui s'est installé à Turin.

Quelques semaines après ses couches, aux fins de servir en secret les intérêts du roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II (dont elle est devenue aussi la maîtresse) et l'unification de l'Italie, son cousin Camillo Cavour lui demande de se rendre à Paris pour que la jeune femme de 18 ans séduise l'empereur Napoléon III qui en a 47, afin d'influencer ses décisions politiques et obtenir l'appui du gouvernement français pour la création d'une Italie unifiée et indépendante. La comtesse rêvant de jouer un rôle politique accepte cette mission. Accompagnée de son mari et de son fils, elle arrive le 25 décembre à Paris, où ils s'installent au 10 rue de Castiglione.

Le la Castiglione est présentée à Napoléon III, en l'absence de l'impératrice Eugénie retenue par sa grossesse, lors d'un bal chez la princesse Mathilde, fille de Jérôme Bonaparte, dernier frère de Napoléon 1er.

La relation de la comtesse avec Napoléon III se matérialise dans le parc de Saint-Cloud au milieu du château de Villeneuve-l'Étang à Marnes-la-Coquette le . L'empereur et la comtesse étant mariés, le double adultère impérial fait scandale, et contraint le comte de Castiglione à se séparer de sa femme : ruiné par le train de maison luxueux dans leur hôtel parisien de la rue de Castiglione, il repart seul en Italie où il doit vendre toutes ses possessions pour rembourser les dettes faites par son épouse.

Libre, la comtesse entretient avec l'Empereur des Français une relation pendant deux années (1856-57). Néanmoins, d'après une rumeur infondée, la comtesse de Castiglione serait devenue en 1862, la mère d'un fils illégitime de l'empereur, le chirurgien-dentiste Arthur Hugenschmidt. Robert de Montesquiou, dans la dédicace qu'il fit à Hugenschmidt de son poème des Paroles diaprées reprend la rumeur.

Cet adultère impérial qui défraye la chronique lui ouvre les portes des salons privés d'Europe qui, en temps normal, lui auraient été fermées. Elle y rencontre les grands de cette époque : la reine Augusta de Prusse, Otto von Bismarck et Adolphe Thiers.

Mais narcissique et capricieuse, snobant le reste de la cour et se vantant publiquement des cadeaux que l'empereur lui offre à partir des fonds secrets, elle finit par se rendre antipathique et lasse l'empereur qui prend une nouvelle maîtresse, la comtesse Marianne Walewska. De plus, dans la nuit du 5 au alors qu'il sort de chez la comtesse Castiglione, trois carbonari italiens Grilli, Bartolotti, Tibaldi, accusés d'être à la solde du révolutionnaire Giuseppe Mazzini, tentent de tuer l'empereur. Soupçonnée à tort de complicité, elle est officiellement expulsée de France par des agents secrets en possession d'un décret signé par le ministre de l'Intérieur. En réalité, elle s'éloigne simplement et revient en grâce dès le mois suivant grâce à la princesse Mathilde et à son complice et confident Joseph Poniatowski.

Malgré la rupture avec Napoléon III, elle prétend néanmoins que son influence sur l'empereur s'est concrétisée le lors de l'entrevue secrète à Plombières entre Napoléon III et le comte de Cavour, aboutissant au traité de Plombières.

Soutenue par sa beauté, mais aussi un charme irrésistible et une intelligence subtile, la comtesse de Castiglione va conquérir toutes les cours d'Europe, si bien que, durant la guerre franco-prussienne de 1870, Napoléon III, vieillissant, malade et vaincu, lui demandera une dernière fois de jouer de ses talents de diplomate pour plaider la cause de la France auprès du chancelier de Prusse Bismarck, et d'éviter à Paris l'humiliation d'une occupation par des troupes étrangères.

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Harriet Howard, née Elizabeth Ann Haryett, née le à Brighton et morte le à La Celle-Saint-Cloud, est une actrice et femme du monde britannique.

Maîtresse de Louis-Napoléon Bonaparte, elle fut son principal soutien financier avant qu'il ne devienne le premier président de la République française.

Elizabeth Ann Haryett est la fille d'un maître bottier-cordonnier et la petite-fille du propriétaire du Castle Hotel à Brighton. À quinze ans, elle s'enfuit avec Jem Mason, un jockey bien connu, pour vivre avec lui à Londres. Étant sa maîtresse et une actrice débutante, elle prit le nom de scène d'Harriet Howard, et fut connue sous le nom de Miss Howard. À dix-huit ans, son amant suivant fut le Major Mountjoy Martyn, un homme marié du régiment des Life Guards. Miss Howard lui donna un fils, Martin Constantin Haryett, né à Londres le , qui, à son baptême, fut présenté comme le fils de ses parents à elle. Reconnaissant, le major Martyn les place sur son testament, léguant sa fortune à elle et à leur fils.

Au cours d'une réception donnée par Lady Blessington en 1846, Miss Howard rencontre Louis-Napoléon Bonaparte, prétendant au trône de France, mais à l'époque exilé à Londres. Ils habitent ensemble. Avec sa fortune, elle finance ses efforts et ses conspirations pour retourner en France. Napoléon emmène avec lui ses deux fils (Alexandre Louis Eugène et Louis Ernest Alexandre, nés d'une relation lorsqu'il était emprisonné au fort de Ham), et ils furent éduqués avec Martin, le fils de Miss Howard.

Après la Révolution de 1848, Louis-Napoléon Bonaparte retourne en France où il se fait élire député puis président de la République, sa campagne ayant été largement financée par sa maîtresse.

Miss Howard et les trois garçons déménagèrent rue du Cirque, une rue adjacente au palais de l'Élysée, où, en tant que maîtresse, elle resta dans l'ombre. Elle eut une ennemie jurée en la personne de la cousine de Napoléon, la princesse Mathilde, à qui il fut fiancé auparavant (1836), et qui lui apportait, elle aussi, un soutien financier. Miss Howard continua à soutenir ses aspirations à devenir empereur et finança en grande partie son coup d'État du . Un an plus tard, à la suite d’un plébiscite, il devient Napoléon III, empereur des Français. Bientôt, il se met à la recherche d'une épouse qui puisse devenir impératrice, et Miss Howard se retrouva mise de côté. Napoléon, après avoir été rejeté par la princesse Caroline de Vasa, fille du prétendant au trône de Suède - et donc de sang royal - mais aussi cousine de Napoléon III, étant une petite-fille de la grande-duchesse de Bade Stéphanie de Beauharnais, puis par d’autres membres de la noblesse, choisit une Espagnole, Eugénie de Montijo. Lorsque Napoléon annonça son mariage, Miss Howard fut envoyée préalablement au Havre pour une soi-disant mission en Angleterre. En son absence, des sbires de la police saccagèrent son logement et emportèrent toutes les lettres personnelles que Louis-Napoléon lui avait écrites.

La fortune de Miss Howard est rebâtie lorsque Napoléon, devenu empereur sous le nom de Napoléon III, lui rembourse ses dettes. Elle reçoit le titre de comtesse de Beauregard du nom du château de Beauregard qu’elle possède sur les hauteurs de La Celle-Saint-Cloud. Après six mois de mariage, Napoléon reprend sa relation avec elle. Mais l'impératrice lui interdit de la revoir. Il doit renoncer à cette relation pour se consacrer à sa femme dans le but d'engendrer un héritier.

En 1854, Miss Howard se marie au capitaine Clarence Trelawny, un éleveur de chevaux qui utilisa son argent pour ses affaires. Les deux fils de Napoléon qu'elle avait élevés retournent avec leur mère. Cependant, le mariage d'Harriet et de Clarence fut difficile et ne dura pas – ils divorcèrent en 1865 et elle meurt en son château la même année, le à 18 h 30.

Sa relation avec son fils Martin fut aussi difficile. Ainsi, à son 21e anniversaire, il lui demande publiquement, « Maintenant que je suis adulte, Mère, ne me diras-tu pas qui était mon père ? » Martin reçoit plus tard le titre de comte de Béchevet de la part de Napoléon III. Il se marie en 1867 dans la noblesse hongroise avec Marianne Caroline Joséphine Csúzy de Csúz et Puszta-Szent-Mihály, et a quatre enfants, Anne Haryett de Béchevet (1867), Gisèle Charlotte Haryett de Béchevet (1868), Richard Martyn Haryett de Béchevet (1870), et Roland Haryett de Béchevet (1871). Lorsque Martin meurt le , son fils Richard hérite de son titre. Face à de lourds soucis financiers, Martin avait hypothéqué puis vendu à la duchesse de Bauffremont le domaine de Beauregard en , pour la somme de 784 000 francs-or.

Elle est enterrée, aux côtés de son fils, au cimetière du Chesnay, situé à moins de 900 mètres de son château, aujourd'hui presque totalement détruit.

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Marie-Anne Walewska, née Marianne di Ricci, née le et morte le à Paris, fut la Première dame d’honneur de l'impératrice Eugénie de Montijo de 1867 à 1870, et la dernière à exercer cette fonction en France. Elle est également l'épouse du comte Alexandre Walewski, fils de Napoléon Ier.

Fille du comte Zanobi di Ricci et d'Isabelle Poniatowski-Luci (fille illégitime de Stanislas Poniatowski, neveu du dernier roi de Pologne), elle épousa en 1846 Alexandre Colonna Walewski, fils naturel de Marie Walewska et de Napoléon Ier et homme politique influent du Second Empire.

De ce mariage sont issus :

  • Isabelle ( - ) ;

  • Charles-Zanobi-Rodolphe ( -)

  • Catherine-Elisabeth-Elise (- )

  • Eugénie-Louise-Irène ( - )

Elle est décrite comme une beauté élégante et intelligente, et comme une personnalité importante de la haute société parisienne du Second Empire. En , elle remplaça Virginia Oldoini, comtesse de Castiglione comme maîtresse de l'empereur. Leur relation, bien connue, attira l'attention des diplomates, elle y fit elle-même allusion, possiblement pour donner l'impression qu'elle avait une influence sur les affaires de l’État.

Elle était également membre du cercle privé de l'impératrice, qui refusa que cette liaison affecte leur relation. Cette liaison n'était pas exclusive, l'empereur continuant à séduire les dames de la cour, mais elle resta sa seule maîtresse d'importance jusqu'à leur séparation en 1861.

En 1867, elle succéda à Pauline de Bassano à la fonction de Première dame d'honneur de l'impératrice, et fut la dernière tenante de la charge, l'office étant aboli en 1870 avec la fin de l'Empire.

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Même Sarah Bernhardt, l’une des premières stars de l’Histoire, considérait Mademoiselle Rachel comme son modèle. Pour cause, la vie de cette petite apatride juive, sans le sou, devenue la plus grande comédienne de son époque, convoitée par tous les plus illustres hommes, politiques comme artistes, a de quoi inspirer. Née dans une famille de marchands ambulants, le 21 février 1821, Élisabeth-Rachel Félix, de son vrai nom, a connu la misère et la mendicité. Enfant, elle doit chanter et danser dans les villes où la charrette de ses parents s’arrête, pour glaner quelques pièces et croûtons de pain. En 1831, sa famille s’installe enfin à Paris, et la jeune Élisa - ainsi la surnomme t-on - est repérée par un certain Alexandre-Étienne Charron, musicien et pédagogue, qui va changer le cours de son destin.

Pourtant analphabète, elle prend des cours au Conservatoire et débute sur les planches du théâtre du Gymnase, avant d’intégrer, à dix-sept ans seulement, la prestigieuse Comédie Française. Là, elle connaît immédiatement le succès. On lui offre les plus grands rôles du répertoire : elle interprète les héroïnes de Racine et Corneille. Superbe en Bérénice ou en Chimène, elle est rapidement saluée par la presse, qui la considère comme la plus grande tragédienne de son temps.

On se presse pour l’applaudir. Et une fois le rideau tombé, le Tout-Paris veut venir l’embrasser dans sa loge. Victor Hugo l’admire passionnément, tandis que Gustave Flaubert frissonne à chacune de ses apparitions sur scène. « Les plus rustres se sont sentis émus, les plus grossiers étaient touchés, les femmes applaudissaient dans les loges, le parterre battait de ses mains sans gants, la salle trépignait; et à l’heure où j’écris ceci à la hâte j’en suis encore tout troublé, tout ravi, j’ai encore la voix de la grande tragédienne dans les oreilles et son geste devant les yeux », rapporte l’auteur de Madame Bovary.

Des princes et des empereurs pour amants

En 1850, le roi de Prusse demande à la rencontrer, et, pour l’occasion, fait ériger une statue en son honneur dans le jardin de son château de l’île des Paons. Parmi ses admirateurs, Mademoiselle Rachel - c’est désormais son nom d’actrice - compte d’autres illustres personnages, à commencer par Alfred de Musset, avec lequel elle entretient une longue liaison. Le poète lui dédie même un sonnet, qui se termine par ces vers : « Mon génie était dans ta gloire ; Mon courage était dans tes yeux. »

Après une représentation au théâtre Saint-James à Londres, en 1846, Mademoiselle Rachel reçoit dans sa loge un Monsieur qui insiste pour la voir : il s’agit de Louis-Napoléon, qui deviendra président de la République deux ans plus tard, puis empereur. « Je n’ai pas pu refuser de le recevoir », assure Rachel à une de ses amies. Elle entretiendra avec le futur empereur une brève relation, qui durera le temps d’un été. La rumeur veut qu’ils se soient retrouvés quelques mois plus tard, et qu’ils aient été de nouveau amants.

Dans la famille Napoléon, Mademoiselle Rachel collectionne les conquêtes. Elle aura également une aventure avec Napoléon-Jérôme Bonaparte, cousin germain de Napoléon III, et avec le comte Walewski, fils naturel de Napoléon Ier, dont elle eut un enfant. François d’Orléans, prince de Joinville et héritier du roi Louis-Philippe, fut aussi l’un de ses amants. En 1848, elle accouche d’un second fils, fruit de son aventure avec Arthur Bertrand, fils du Maréchal Bertrand.

Hambourg, Amsterdam, Brest, Vienne, Moscou, Varsovie… Mademoiselle Rachel est désormais acclamée dans l’Europe entière. Libre comme l’air, elle trouve dans chaque ville un nouvel aimé. Elle est pourtant foudroyée au sommet de sa carrière et de sa beauté : en 1858, à seulement trente-six ans, elle meurt de la tuberculose. D’elle, il restera longtemps l’image d’une icône de théâtre, certes, mais aussi d’une femme qui brûlait allègrement la chandelle par les deux bouts.

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