Grigori Efimovitch Raspoutine , potentiellement né le 9 janvier 1869 ( dans le calendrier grégorien) dans le village de Pokrovskoïe et mort assassiné le 17 décembre 1916 ( dans le calendrier grégorien) à Pétrograd, est un mystique et guérisseur russe. Il est le confident d'Alexandra Feodorovna, épouse du tsar Nicolas II, ce qui lui permet d'exercer une forte influence au sein de la cour impériale russe.
Originaire des confins de la Sibérie, Raspoutine, par la suite Raspoutine-Novyi se présente comme un « strannik », un mystique errant, et se prétend starets (guide spirituel) et prophète, et affirme sa fidélité à l'Église orthodoxe russe. Cependant aucune source ecclésiastique n’atteste son appartenance à un quelconque ordre religieux, ce qui le rendit suspect d'avoir appartenu à la secte des khlysts. L'hypothèse la plus généralement retenue est qu'il est surtout un aventurier, se faisant passer pour un pèlerin itinérant, doté d'un grand pouvoir de séduction.
En 1907, jouissant d'une réputation de guérisseur, il est invité pour la première fois par le couple impérial au chevet du jeune Alexis, héritier du trône atteint d'hémophilie. Raspoutine gagne en influence, en particulier pendant le conflit mondial. La tsarine et sa famille le considèrent comme un guérisseur, un mystique, voire un prophète. Ses ennemis le décrivent comme un charlatan débauché, mû par un appétit sexuel démesuré et même comme un espion. Sa présence contribue ainsi à jeter le discrédit sur la famille impériale et constitue l'un des rouages de la chute des Romanov. Il est assassiné à la suite d'un complot fomenté par des membres de l'aristocratie.
Certaines zones d'ombre subsistent sur sa vie et son influence, sa biographie étant surtout basée sur des témoignages partiaux, en partie alimentés par la propagande antimonarchiste, des rumeurs et des légendes. Après sa mort, son mythe inspire nombre d’écrivains et artistes. Longtemps diabolisé, il bénéficie par la suite en Russie d’une estime bien moins défavorable que de son vivant.
Sa mère Anna Vassilievna Parchoukova et son père Iefim Iakovlevitch Raspoutine sont fermiers dans le village sibérien de Pokrovskoïe, ouiezd de Tioumen, gouvernement de Tobolsk, à 2 500 km à l’est de Saint-Pétersbourg. Son père n'est pas un simple moujik, il est propriétaire de sa ferme, de sa terre, de vaches et de chevaux. Ils sont très croyants.
La légende veut que le un météore ait traversé le ciel au-dessus du village de Pokrovoskoïe. Ce phénomène annonçait, disait-on, la venue au monde d’un personnage exceptionnel. Une autre légende veut que son père, maquignon-voiturier, se soit occupé de chevaux avec lesquels il entretenait des rapports magiques. Quoi qu'il en soit, dès son enfance, Raspoutine manifeste un pouvoir d’apaisement des personnes et des dons de guérisseur sur les animaux.
À la suite d'une chute accidentelle dans les eaux glacées d’une rivière alors qu’ils jouent ensemble, son frère aîné, Andreï, et lui, qui s’est jeté à l'eau pour le secourir, sont victimes d’une pneumonie. Andreï meurt, mais Grigori survit. De cette mésaventure il garde des insomnies quotidiennes épuisantes.
Grigori aide son père dans les travaux de la ferme et conserve de cette enfance les manières frustes des paysans sibériens, les vêtements amples et peu soignés, et les mains calleuses. La vie est rude, l’existence rustique, la vodka une boisson courante, l’instruction peu répandue dans les campagnes. Raspoutine n’apprend que les rudiments de la lecture et de l’écriture.
À l’âge de seize ans, il est sujet à des expériences mystiques, à des apparitions mariales et à la vision d’un ange lumineux dans la campagne. Il se plonge dans la lecture de la Bible, au point d’en devenir un exégète. Il mène une vie d'ascèse comme il se doit dans l’Église orthodoxe. Au nom du Christ, il se livre à de nombreux exploits spirituels et corporels, notamment le port de verigi , un très lourd collier ou ceinture en fer avec une croix dessus pour « meurtrir la chair ». Il reste parfois plusieurs semaines reclus dans la cave de son père pour se mettre à l'épreuve et lutter contre les tentations.
Pendant quinze ans, il alterne la vie de paysan moujik au village et des retraites et pèlerinages dans des monastères où il rencontre les starets pour suivre leur enseignement spirituel.
En 1888, à l’âge de dix-neuf ans, il épouse une jeune paysanne du village de Doubrovnoïé, Praskovia Doubrovina. Cinq enfants naissent de ce mariage : Mikhail et Georgui, qui décèdent prématurément, Dimitri, né en 1895, Maria en 1898 et Varvara en 1900.
En 1894, alors qu'il travaille dans les champs, il aurait eu la vision d'une Vierge lumineuse. Makari, un moine ascète à qui il en parle et qu'il considère comme son père spirituel, lui conseille d'abandonner son métier de fermier, de se plonger davantage dans la religion et de se rendre au mont Athos, en Grèce.
Il effectue à pied les plus de 3 000 km en quelque dix mois, mais il est déçu par les moines du mont Athos. Sur la route du retour, il fait halte dans de nombreux monastères et c'est plus de deux ans après son départ qu'il retrouve sa femme et son jeune fils Dimitri, né en 1895.
Raspoutine continue à vivre des périodes de mysticisme et d'ermite, parcourant la Sibérie occidentale et survivant grâce à la prédication, la charité et l'aumône, frappant aux portes des monastères et acquérant au fur et à mesure de ses pérégrinations une réputation de sage et de guérisseur.
Il effectue de nombreux pèlerinages, particulièrement à Kazan et à Kiev : les gens commencent à venir de toute la région pour écouter ses prêches. Le clergé orthodoxe s'inquiète de son succès, mais ne peut rien lui reprocher. De plus en plus de fidèles viennent à ses réunions, amenant des malades sur lesquels il exerce ses talents de guérisseur. Sa réputation s'étend mais, en même temps, il continue une vie de débauché, de buveur, de bagarreur, de séducteur et même de voleur.
Durant toutes ces années, il entre en contact avec les multiples sectes qui fleurissent sur le terreau de la religion orthodoxe. Il est notamment chargé d'accompagner un jeune moine au monastère de Verkhotourié, où il séjourne trois mois. Ce cloître est en réalité tenu par la secte des khlysts qui mêlent, par la danse, la flagellation (d'où leur nom de « flagellants ») et l'extase, l'érotisme et la religion, ce qui lui convient parfaitement. Il aurait étudié les pratiques de cette secte, mais sans jamais y avoir été initié, y perfectionnant son don pour l'hypnose et la magie.
Son mysticisme devient doctrinaire et le conduit à l'élaboration d'obscures théories sur la régénération par le péché. Son plus célèbre précepte est « Pour se rapprocher de Dieu, il faut beaucoup pécher » et les excès en tous genres.
Raspoutine, entouré de la tsarine Alexandra Feodorovna (à droite), ses cinq enfants et une gouvernante. 1908.
À l'invitation de la grande-duchesse Militza, qui l'avait rencontré à Kiev, Raspoutine se rend à Saint-Pétersbourg, capitale de l'Empire russe depuis le règne de Pierre le Grand. Le tsar Nicolas II règne depuis 1894. En cours de route, à Sarov, il assiste en 1903 à la canonisation du starets Séraphin de Sarov et, devant l'assistance réunie, Raspoutine entre en transe et prédit la naissance d'un héritier mâle au trône impérial. Le naît le tsarévitch Alexis, qui se révèle atteint d'hémophilie.
Arrivé au printemps 1904 à Pétersbourg, Raspoutine demande l'hospitalité à l'évêque Théophane, inspecteur de l'Académie de théologie de la capitale, qui l'aide par des lettres de recommandation. Son but est de rencontrer Nicolas II, trop occidentalisé à ses yeux, pour l'initier à la véritable âme russe. Son protecteur, le vicaire de Kazan, lui remet une lettre de recommandation destinée à l'évêque Sergui, qui s'inquiète aussi de la « crise spirituelle qui mine la Russie ».
Conquis par Raspoutine, l'évêque le prend sous sa protection et le présente à l'archevêque Théophane de Poltava, confesseur d'Alexandra Fedorovna, au père Jean de Cronstadt et à l'évêque Hermogène de Saratov (en). Tous furent stupéfaits de la ferveur religieuse de Raspoutine et de son talent de prédicateur. Ils le bénissent, le considèrent comme un starets, voire comme un « envoyé de Dieu », et l'introduisent auprès de la grande-duchesse Militza et de sa sœur la grande-duchesse Anastasia, filles du roi Nicolas Ier du Monténégro, mariées à deux frères, respectivement le grand-duc Peter Nicolaïévitch et le grand-duc Nicolaï Nicolaïevitch, cousins d’Alexandre III. Cependant, Raspoutine retourne dans son village sibérien et ne revient à Pétersbourg qu’en 1905.
La tsarine, longtemps inquiète de ne pas donner d'héritier mâle à la couronne, avait pris l'habitude d'attirer autour d'elle de nombreux mystiques et guérisseurs, comme Maître Philippe ou Papus. Elle est séduite par Raspoutine, d'autant plus que Maître Philippe qui lui avait annoncé quelques années auparavant la naissance de son fils Alexis, lui avait également annoncé la venue d'un grand prédicateur qu'il avait nommé « Notre Ami ». Une audition auprès de l'archiprêtre thaumaturge Jean de Cronstadt convainc ce dernier de l'authenticité des pouvoirs du starets.
Par l'entremise de la grande-duchesse Militza et de sa sœur, la grande-duchesse Anastasia, le « starets » est présenté à la famille impériale in corpore dans le palais Alexandre, le . Il offre des icônes à chacun. Le tsarévitch Alexis souffrant d'hémophilie, Raspoutine demande à être conduit au chevet du jeune malade alité à la suite d'une chute, qui a provoqué un énorme hématome au genou. Il lui impose les mains, lui raconte plusieurs contes sibériens et parvient ainsi, semble-t-il, à enrayer la crise et à le soulager au bout de quelques jours. Selon certains, cela s'expliquerait par le simple fait que la médecine de l'époque ignore les propriétés de l'aspirine qui est donnée au jeune malade. Ce médicament est un antiagrégant plaquettaire, donc un facteur aggravant de l'hémophilie. Le simple fait de balayer de la table et de jeter les « remèdes » donnés au malade – dont l'aspirine – ne peut qu'améliorer son état. Raspoutine expliquera plus tard à un ami que ses pouvoirs de guérison se basent sur ses dons d'hypnose et l'utilisation de médicaments traditionnels de Sibérie.
Les parents sont séduits par les dons de guérisseur de cet humble « moujik » qui semble aussi avoir celui de prophétie. Alexandra se convainc que Raspoutine est un messager de Dieu, qu'il représente l'union du tsar, de l'Église et du peuple et qu'il a la capacité d'aider son fils par ses dons de guérisseur et sa prière.
Sa réputation permet à Raspoutine de se rendre indispensable ; il prend très vite un ascendant considérable sur le couple impérial. Invité à de nombreuses réceptions mondaines, il fait la connaissance de nombreuses femmes riches. Raspoutine inquiète et fascine : son regard perçant est difficile à soutenir pour ses admiratrices, beaucoup cèdent à son charme hypnotique et le prennent pour amant et guérisseur.
L'une d'entre elles, Olga Lokhtina, épouse d'un général influent mais crédule, devient sa maîtresse, le loge chez elle et le présente à d'autres femmes d'influence, comme Anna Vyroubova, amie et confidente de la tsarine, et Mounia Golovina, nièce de celle-ci. Grâce à d'habiles mises en scène, il se produit à Saint-Pétersbourg ou au Palais impérial de Tsarskoie Selo, la résidence principale du tsar, dans des séances d'exorcisme et de prières. Des récits de débauches, prétendues ou avérées, commencent alors à se multiplier et à faire scandale.
En 1907, le tsarévitch, à la suite de contusions, est victime d'hémorragies internes que les médecins n'arrivent pas à contrôler et qui le font énormément souffrir. Appelé en désespoir de cause, Raspoutine, après avoir béni la famille impériale, entre en prière. Au bout de dix minutes, épuisé, il se relève en disant : « Ouvre les yeux, mon fils. » Le tsarévitch se réveille en souriant et, dès cet instant, son état s'améliore rapidement.
Dès lors, il devient un familier de Tsarskoie Selo : il est chargé de veiller sur la santé de la famille impériale, ce qui lui donne des entrées permanentes au Palais. Il est reçu officiellement à la Cour. Cependant, malgré la pleine confiance du tsar, il se rend vite très impopulaire auprès de la Cour et du peuple, il est rapidement considéré comme leur « mauvais ange ». Il est ainsi tout à la fois aimé, détesté et redouté. On le soupçonne de s'enrichir, ce qui ne semble nullement être le cas, son seul luxe étant de porter une chemise de soie confectionnée par Alexandra et une magnifique croix qu'il porte autour du cou, également offerte par la tsarine.
Il continue par contre à mener une vie dissolue de beuveries et de débauches, conserve cheveux gras et barbe emmêlée. Il organise des fêtes dans son appartement, où dominent le sexe – jusqu'à dix relations sexuelles par jour – et l'alcool. Il prêche sa doctrine de rédemption par le péché parmi ces dames, impatientes d'aller au lit avec lui pour mettre en pratique sa doctrine, ce qu'elles considèrent comme un honneur.
Après la révolution de 1905, Raspoutine se heurte au Président du Conseil Piotr Stolypine. Nommé en , réformateur énergique, celui-ci veut moderniser l'Empire russe, en permettant aux paysans d'acquérir des terres, en organisant une meilleure répartition de l'impôt et en accordant à la Douma, le parlement russe, davantage de pouvoirs. Par une répression féroce, il endigue les vagues d'attentats, améliore le système ferroviaire et augmente la production de charbon et de fer. Stolypine ne comprend pas l'influence de ce moujik mystique sur le couple impérial, tandis que Raspoutine reproche au Premier ministre sa morgue, caractéristique de la classe des grands propriétaires terriens dont il est issu.
Lors de l'affaire des Balkans, en 1909, Raspoutine se range dans le parti de la paix aux côtés de la tsarine et d'Anna Vyroubova contre le reste du clan Romanov. Il pense que l'armée impériale, sortie affaiblie de la défaite de 1905 contre le Japon, n'est pas prête à se lancer dans un nouveau conflit. Il ne peut arrêter les événements, mais lorsque la France et le Royaume-Uni interviennent contre la Russie, il réussit à convaincre Nicolas II de ne pas étendre le conflit à toute l'Europe.
Stolypine fait surveiller Raspoutine par l'Okhrana, la police secrète. Les rapports accablent le « starets ». Le scandale Raspoutine éclate en 1910 lors d'une campagne de presse orchestrée par des députés de la Douma et des religieux, qui dénoncent la nature débauchée de Raspoutine, visant indirectement le tsar. En 1911, Raspoutine est écarté de la Cour et exilé à Kiev, mais, lors d'une transe, il prédit la mort prochaine du ministre : « La mort suit sa trace, la mort chevauche sur son dos ». Il décide alors de partir en pèlerinage vers la Terre sainte, mais revient à la Cour dès la fin de l'été.
Le , alors que Stolypine vient d'autoriser les paysans à quitter le mir, leur permettant ainsi d'accéder à la propriété individuelle de la terre, et que cette réforme est acclamée à travers toute la Russie, le Premier ministre est assassiné par le jeune anarchiste Dmitri Bogrov, à l'Opéra de Kiev, en présence de la famille impériale, des ministres, des membres de la Douma et de Raspoutine. Cet assassinat marque la fin des réformes, alors que la situation internationale devient instable.
Le , le tsarévitch Alexis, en déplacement en Pologne, est victime, à la suite d'un accident, d'une nouvelle hémorragie interne très importante, qui risque d'entraîner sa mort. Aussitôt averti, Raspoutine entre en extase devant l'icône de la Vierge de Kazan, et quand il se relève, épuisé, il expédie au Palais le message : « N'ayez aucune crainte. Dieu a vu vos larmes et entendu vos prières, Mamka. Ne vous inquiétez plus. Le Petit ne mourra pas. Ne permettez pas aux docteurs de trop l'ennuyer ». Dès la réception du télégramme, l'état de santé du tsarévitch Alexis se stabilise et, dès le lendemain, commence à s'améliorer : l'enflure de sa jambe se résorbe, et l'hémorragie interne s'arrête. Les médecins peuvent bientôt le déclarer hors de danger et même les plus hostiles au « starets » doivent convenir qu'il s'est produit là un événement quasi miraculeux de guérison à distance. Sauveur, il revient triomphalement à Saint-Pétersbourg.
Derrière le démembrement de l'Empire ottoman et la question des Balkans se mettent en place les conditions d'une guerre générale. Raspoutine et ses alliés de la paix cherchent, sans succès, à freiner la marche de la Russie vers la guerre. Le service du renseignement britannique estime qu'il est en effet en lien avec le banquier Serge Rubinstein et ses réseaux allemands. Le 29 juin, Raspoutine est poignardé par une mendiante, Khionia Gousseva, une ancienne prostituée, au sortir de l'église de son village sibérien. L'enquête démontre que l'ordre est venu du moine Iliodore (en) (de son vrai nom Sergueï Mikhaïlovitch Troufanov) qui lui reproche ses croyances khlyst.
Après cet attentat et son rétablissement, l'importance de Raspoutine devient primordiale et son influence s'exerce dans tous les domaines : il intervient dans les carrières des généraux, dans celle des métropolites et même dans la nomination des ministres, mais la peur l'a envahi. Il se met à boire encore plus d'alcool, à participer à encore plus de soirées de débauche et d'orgies dans les cabarets tsiganes. Il n'est plus le « starets » ascétique que tout le monde respectait. Cependant, malgré son caractère débauché et son aspect de moins en moins engageant, ses conquêtes féminines sont de plus en plus nombreuses dans la haute société.
Le , la guerre est déclarée officiellement entre la Russie et l'Allemagne. Le patriotisme russe s'exalte – surtout en raison des premiers succès militaires – et Raspoutine voit sa faveur décliner. Rapidement cependant, la situation militaire se détériore : hiver rigoureux, manque d'armement, d'approvisionnement, commandement indécis, prises de risque inconsidérées par le généralissime Nicolas Nicolaïévitch. Après la Grande Retraite de 1915, Nicolas II, malgré l'avis défavorable de ses ministres, décide de prendre le commandement des armées et s'installe sur le front, laissant la régence à son épouse et à son conseiller privé Raspoutine.
Ce dernier se fait alors de plus en plus d'ennemis, en particulier chez les politiques, les militaires et dans le clergé orthodoxe qui, au début, l'a pourtant bien accueilli, mais que son inconduite révolte. Les pires calomnies se répandent en même temps que la guerre tourne au désastre. En 1916, à la Douma, la tsarine, qui est d'origine allemande, et Raspoutine sont ouvertement accusés de faire le jeu de l'ennemi.
L’historien Edvard Radzinsky a pu donner les détails de cet assassinat grâce aux archives de la Commission extraordinaire de 1917 et au dossier secret de la police russe.
La famille Ioussoupov, inquiète de l'influence de Raspoutine sur la famille impériale, choquée par sa réputation scandaleuse, ses débauches, dans lesquelles des noms de femmes de la haute noblesse sont mêlés, s’oppose de plus en plus ouvertement au « starets ». De plus, en pleine guerre mondiale, le bruit court qu’il espionne au profit de l’Allemagne. Plusieurs complots se trament contre lui.
Une conjuration aboutit à son assassinat dans la nuit du 16 au alors qu’il est l’invité du prince Félix Ioussoupov, époux de la grande-duchesse Irina, nièce du tsar. Parmi les principaux conjurés se trouvent le grand-duc Dimitri Pavlovitch, cousin de Nicolas II et amant du prince, le député d’extrême droite Vladimir Pourichkevitch, l’officier Soukhotine, le docteur Stanislas Lazovert ainsi que l'agent secret britannique Oswald Rayner. En 1927, Ioussoupov, chez qui a été commis l’assassinat, donne en public un récit détaillé mais quelque peu surréaliste.
Le cadavre est retrouvé le au petit matin. Recouvert d’une épaisse couche de glace, il est remonté à la surface de la Neva au niveau du pont Petrovsky. L’album photos de la police, exposé au Musée d’histoire politique de la Russie à Saint-Pétersbourg, montre un Raspoutine au visage profondément tuméfié, qui a subi un passage à tabac d'une rare violence. Il a reçu trois balles dans le corps ; une au niveau du front, une autre au niveau de la poitrine et une autre encore au niveau du dos, toutes tirées par des revolvers de calibre différent.
Une première version, controversée, indique que l’autopsie, faite à l’Académie militaire par le professeur Kossorotov le jour même de la découverte du corps, révèle que Raspoutine n’est mort ni du poison, ni des balles, ni des coups assénés mais de noyade, en raison d'une supposée présence d'eau dans les poumons qui prouverait qu'il respirait encore au moment où on le jeta dans la petite Neva.
Une seconde version, qui est aujourd'hui la version retenue, indique que le « starets » n'a pas été empoisonné, puisque aucune trace de poison n'a été retrouvé ni dans son corps ni dans ses fluides, mais que la cause de sa mort serait la balle dans la tête, tirée à bout touchant pour porter à Raspoutine le coup de grâce, tandis que les deux autres balles, sans doute tirées en premier dans un moment de confusion générale, n'étaient pas mortelles. Aucune trace d'eau ne semble présent dans les poumons de Raspoutine et le docteur Lazovert avouera effectivement plus tard au prince Félix Ioussoupov et à Dimitri Pavlovitch qu'il ne leur a jamais réellement fourni du cyanure mais un simple produit inoffensif.
Le célèbre récit horrifique de la nuit du 16 au , donnant à Raspoutine une aura de diable, n'est certainement que pure invention pour permettre à Ioussoupov, qui avait perdu sa fortune après la révolution bolchévique, de mieux vendre ses mémoires, ainsi que pour faire penser au grand public que la difficulté de la mise à mort de Raspoutine est expliquée par sa force naturelle et non par l'amateurisme de ses assassins.
Plusieurs personnes ayant eu vent de la nouvelle viennent puiser l’eau où Raspoutine a été trouvé mort, dans l'espoir d'y recueillir un peu de son pouvoir mystérieux. À la demande de l'impératrice, Raspoutine est inhumé le 22 décembre 1916 ( dans le calendrier grégorien) dans une chapelle en construction, près du palais de Tsarskoïe Selo. Un monument commémoratif y fut élevé dans les années 1990.
Au soir du , sur ordre du nouveau Gouvernement révolutionnaire provisoire, on exhume le corps de Raspoutine. Pour le faire disparaître, on le ramène avec son cercueil à Saint-Pétersbourg et il est incinéré dans une chaudière de l'institut polytechnique, puis ses cendres sont dispersées dans les forêts environnantes. Mais, selon la légende, seul le cercueil aurait brûlé, le corps de Raspoutine restant intact sous les flammes.
Dès 1917, l'image de Raspoutine est largement utilisée par la propagande bolchévique pour symboliser la déchéance morale de l'ancien régime. Elle a été reprise, déformée, amplifiée, par la littérature dès 1917, puis, à partir de 1928, par le cinéma et la télévision, qui en ont fait une exploitation à la limite du fantastique et de l'érotisme.
Des journalistes et hommes politiques hostiles à la Maison Romanov ont fait courir la rumeur que Raspoutine avait été l'amant de la tsarine. L’historien Edvard Radzinsky, d'après le dossier secret de police russe acquis chez Sotheby's, relativise l'érotomanie et la débauche sexuelle de Raspoutine : la défloration de nonnes ou le viol de dames de la haute aristocratie seraient là aussi essentiellement des rumeurs colportées par des personnes inquiètes de son influence sur la Cour ou hostiles au régime monarchique.
Au cours des années, Raspoutine, largement « diabolisé », est finalement devenu un mythe, servant de prétexte à beaucoup de dirigeants politiques russes et européens pour s'exonérer de leurs propres responsabilités dans les événements tragiques survenus en Russie.
Félix Felixovitch Ioussoupov, prince Ioussoupov et comte Soumarokov-Elston, né le à Saint-Pétersbourg (Empire russe) et mort le à Paris,16e arrondissement (Seine), est un aristocrate russe avec qualification d’altesse sérénissime, membre de la famille Ioussoupov.
Il est célèbre comme maître d’œuvre de la conjuration qui conduit à l’assassinat de Grigori Raspoutine, favori de la tsarine Alexandra Feodorovna, ainsi que pour son mariage avec la princesse Irina Alexandrovna, nièce du tsar Nicolas II.
La famille Ioussoupov
Félix Ioussoupov est le fils de Zénaïde Ioussoupova, dernière représentante des Ioussoupov, famille d'origine tatare, descendante du khan de la Horde Nogaï Youssouf-Mourza, du prince Potemkine et des comtes de Ribeaupierre, réputée plus riche que le tsar lui-même. Son père, le comte Felix Felixovitch Soumarokov-Elston — lui-même issu de deux anciennes familles de la noblesse russe et germano-balte, les Soumarokov et les Tiesenhausen — reçoit la permission spéciale du tsar Alexandre III de relever le titre des Ioussoupov à la mort de son beau-père Nicolas Borissovitch Ioussoupov.
La famille résidait le plus souvent dans son palais du 94, quai de la Moïka, à Saint-Pétersbourg, mais également dans son domaine moscovite d’Arkhangelskoïe, ses villas de Koreiz et de Kokoze en Crimée, ou encore dans l’immense domaine de Rakitnoïe, en Ukraine[2],[3].
La richesse de la mère de Félix Ioussoupov, Zénaïde Ioussoupova, était estimée en 1917 à 600 millions de dollars de l’époque. Essentiellement foncière, elle était composée de plusieurs millions d’hectares de terres — une des propriétés Ioussoupov, sur les rives de la mer Caspienne, s’étendait sur près de 250 kilomètres de long —, de quartiers entiers de Moscou et Saint-Pétersbourg, mais aussi de participations dans plus de 3 000 sociétés et d’une collection d’œuvres d'art.
Cette fortune provenait des terres des khans de la horde Nogaï, conservées par leurs descendants, mais également des dons reçus des tsars en récompense des services rendus par les Ioussoupov. L'arrière-grand-père de Félix, le prince Nicolas Borisovitch Ioussoupov était également, au milieu du XIXe siècle, un des premiers membres de la haute noblesse russe à investir une partie importante de sa fortune dans l’industrialisation de la Russie. Certaines propriétés Ioussoupov, comme Rakitnoïe, devinrent ainsi de véritables centres industriels, employant plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Félix Felixovitch Ioussoupov est le fils cadet du comte Felix Felixovitch Soumarokov-Elston, prince Ioussoupov (1856-1928) et de la princesse Zénaïde Nikolaïevna Ioussoupova (1861-1939).
Zénaïde Ioussoupova apporte à ses deux fils toute son affection maternelle, les gâtant outre mesure. Les liens unissant la mère à son fils Félix sont très forts. Il existe entre eux une similitude de caractère, de goût et une ressemblance physique. La beauté de la princesse subjugue son fils : « Ma mère était charmante. Avec une taille svelte et mince, élégante, avec des cheveux très foncés, un teint basané et ses yeux bleus qui brillaient comme des étoiles, elle n'était pas seulement intelligente, elle était instruite, artiste, pleine de charme, d'une grande bonté de cœur, rien ne peut résister à ses charmes ».
Le comte Félix Felixovitch Soumarokov-Elston est au contraire un père distant. Les deux enfants de la princesse Ioussoupova vivent dans la splendeur et le luxe des palais de la famille, leur mère craignant de se séparer d'eux. Nikolaï et Félix deviennent des enfants capricieux auxquels l'on ne peut rien refuser. Cette éducation donne de mauvais résultats, les deux jeunes garçons manquant de discipline et de maintien. Seul leur père, souvent absent, possède un ascendant sur eux. Les jeunes garçons, livrés à eux-mêmes dans ces immenses palais, imposent leurs lois aux domestiques, précepteurs, professeurs. Connaissant à l'avance la réaction de la princesse, aucun n'ose contredire les jeunes garçons. Malgré leur jeune âge, les deux enfants comprennent très vite l'ascendant que leur permet leur position et deviennent tyranniques avec le personnel.
Le prince Nikolaï Felixovitch, frère aîné de Félix, est un jeune homme suffisant et orgueilleux. Dès son plus jeune âge, il mène une vie dissolue. En 1908, le prince Nikolaï Felixovitch Ioussoupov s'éprend de Maria Manteuffel, une femme mariée. Six mois avant son 26e anniversaire, le jeune prince est tué en duel par le comte Arvid Manteuffel, le mari de sa maîtresse (1908). Cette mort prématurée fait écho à la malédiction qui plane sur la maison princière des Ioussoupov : le fils aîné de cette richissime famille ne devait pas atteindre ses 26 ans. Selon une légende, cette "punition" infligée aux Ioussoupov a pour origine la conversion de leurs ascendants musulmans à l'orthodoxie russe. La mort de son frère aîné fait de Félix l’héritier de la plus grosse fortune de Russie et l’homme le plus riche d’Europe.
Félix Ioussoupov obtient son diplôme de l'école secondaire Gourevitch à Moscou. Puis, de 1909 à 1912, il effectue de nombreux voyages en Europe. Dans le même temps, il étudie à l'University College d'Oxford. La première année, il étudie la foresterie et l'anglais. Les deux années suivantes, il n'étudie que l'anglais. Comme il préfère sa vie sociale aux études, il réussit ses examens « par miracle » avoue-t-il dans son autobiographie, mais n'obtient pas de diplôme de ce collège. Il dirige l'Automobile Club (1910) installé dans le bâtiment de la Compagnie d'assurances russe et il fonde l'Oxford University Russian Society. C'est à cette époque qu'il devient l'ami d'Oswald Rayner qui jouera un rôle secret, mais central, dans le meurtre de Raspoutine. De 1915 à 1916, afin de se préparer aux examens d'officier, il entre au corps spécial des pages en Russie.
En Russie, on disait du prince Félix Felixovitch Ioussoupov qu'il était « le plus bel homme de tout l'Empire ». Son visage aux traits fins de type asiatique, ses yeux d'un bleu foncé attirent les compliments des membres de la famille et ravissent sa mère.
Ce prince élégant, raffiné, doté d’une grande intelligence, amateur d'art, au goût très sûr, vouant un véritable culte à la beauté, mène une double vie. Bisexuel, d'une personnalité angoissée et émotive, il éprouve une véritable fascination pour Oscar Wilde qui affiche son homosexualité. Félix éprouve également une attirance pour les sciences occultes.
Il mène une vie extravagante, scandalisant son entourage par sa vie dissolue. Dans son autobiographie, il explique avoir passé beaucoup de temps avec les tziganes. Sa beauté et son aspect androgyne, sa taille souple lui donnent la possibilité de se travestir en femme. Il aime revêtir les robes et les bijoux de sa mère ; ainsi paré, il se rend dans différents restaurants et autres célèbres endroits de Saint-Pétersbourg, captant l'intérêt des officiers de la garde impériale, ces derniers se méprenant sur sa véritable identité lui faisaient une cour empressée. Il semblerait que son frère aîné et sa jeune maîtresse Polia l'aient incité à se travestir. Selon d'autres sources, la princesse Zénaïde espérait une fille, mais c'est un garçon ; elle lui donne le prénom de Félix mais l'habille en fille jusqu'à l'âge de cinq ans, ce qui, pour certains, expliquerait les tendances du jeune homme pour les travestissements. Il s’amuse également à errer dans Saint-Pétersbourg déguisé en mendiant. Il consomme volontiers de l'opium. Après son union avec la grande-duchesse Irina Alexandrovna de Russie, il continue à avoir des aventures homosexuelles. Il a une préférence pour les hommes virils.
Un soir, le jeune prince revêt l'une des plus belles robes de sa mère, se pare de bijoux et de précieuses fourrures pour se rendre dans l'un des endroits les plus en vue de Saint-Pétersbourg. Au cours de la soirée, le collier de perles se rompt, celles-ci se répandent sur le sol. Sans attendre, les amis du prince se mettent à leur recherche, beaucoup sont retrouvées mais d'autres échappent aux regards des convives ; elles sont ramassées par le propriétaire des lieux. Ce dernier connaissant le prince travesti les rapporte à ses parents. Son attirance pour le travestissement est découverte. Son père entre dans une grande colère et lui ordonne d'abandonner ses déguisements féminins et de se conduire en homme. Pendant quelque temps, le prince abandonne ses habitudes de travesti, mais très vite il retourne à ses penchants.
Plus tard, le grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie, l'un des complices dans l'assassinat de Raspoutine, sera vraisemblablement l’amant du prince Félix Ioussoupov.
Ces comportements ne l’empêchent pas d’être un proche de la grande-duchesse Élisabeth, sœur de la tsarine et veuve du grand-duc Serge. La grande-duchesse, devenue religieuse après l’assassinat de son mari en 1905, sera la directrice spirituelle et la confidente du jeune Félix, passablement bouleversé par la mort de son frère. Il rend également visite à l'impératrice Alexandra dans son boudoir mauve, cette dernière l'ayant pris sous sa protection. Incorrigible, en l'absence de l'impératrice, le prince critique les tenues vestimentaires et le goût d'Alexandra Fiodorovna pour la décoration de ses appartements.
Son mariage avec Irène
Après une jeunesse dorée, Félix Youssoupoff se fiance à la villa Youssoupoff, près de Yalta avec la nièce de Nicolas II, la princesse Irène (Irina en russe), jeune fille d'une rare beauté. Le , le mariage est célébré avec le consentement de l'empereur en l'église du palais Anitchkov. Des mains du tsar, le couple reçoit en cadeau de mariage un sac contenant vingt-neuf diamants. De cette union naît la princesse Irène Félixovna, future épouse du comte Nicolas Dmitrievitch Cheremetiev, décédée en 1983. Dissemblable de caractère, le ménage résiste à toutes les épreuves, et malgré sa futilité, Félix reste jusqu'au terme de sa vie un époux respectueux, éprouvant des sentiments très forts pour son épouse.
Le complot contre Raspoutine
De retour en Russie, Félix Ioussoupov souffre de l’ascendant qu’exerce Raspoutine sur la famille impériale et plonge dans une profonde tristesse. Le starets, selon lui, envoûte la tsarine et met en péril le trône de Russie.
En contribuant au meurtre de Raspoutine, Félix Felixovitch Ioussoupov exerce sans doute une vengeance. Son père, le gouverneur-général de Moscou, avait été spectaculairement limogé en 1915 pour avoir critiqué le régime impérial. Sa mère, la princesse Zenaïde, avait également été déclarée indésirable à la cour après avoir demandé à la tsarine de renvoyer Raspoutine.
Auparavant, ce prince émotif et superficiel montre un total désintérêt pour la politique ou l'Empire. Selon certaines thèses, Raspoutine menaçait de révéler à l'impératrice certains scandales impliquant le prince et son ami, le grand-duc Dmitri Pavlovitch de Russie. Dans ses Mémoires, le prince révèle ses sentiments profonds pour le cousin de Nicolas II, mais à aucun moment il ne révèle avec exactitude la nature de ses sentiments pour le grand-duc. Selon certains témoignages, cet aspect de sa vie privée fut volontairement dissimulé.
Avec le grand-duc Dimitri Pavlovitch, le député Vladimir Pourichkevitch, le lieutenant Sergueï Soukhotine et le docteur Stanislas Lazovert, le prince Ioussoupov organise l’assassinat de Raspoutine dans la nuit du 29 au . Bien que le prince se soit attribué ce meurtre, c'est en fait Oswald Rayner, son ami londonien, membre des services secrets britanniques, qui achève Raspoutine.
Sanctions
L’assassinat accompli, le prince Ioussoupov et ses complices sont incapables de garder le silence. L'enquête sur l'assassinat de Raspoutine est dirigée par le major-général Popel. Le docteur Stanislas Lazovert et le jeune officier du régiment Preobrajenski, Sergueï Mikhaïlovitch Soukhotine, avaient déjà quitté Saint-Pétersbourg. Le prince Ioussoupov est arrêté à la gare, alors qu'il allait prendre le train pour s'enfuir en Crimée. Seuls le prince Félix Felixovitch Ioussoupov, le grand-duc Dmitri Pavlovitch de Russie et Vladimir Mitrofanovitch Pourichkevitch subissent un interrogatoire. L’impératrice réclame l'exécution immédiate du prince et du grand-duc Dimitri, mais les autorités pétersbourgeoises refusent d’arrêter les responsables d’un acte soutenu par la population. Nicolas II ordonne l'exil pour les trois hommes. Au cours de l'interrogatoire mené par le président du Conseil, Alexandre Fiodorovitch Trepov, le prince nie toute implication dans le complot. Félix Felixovitch est finalement assigné à résidence dans son domaine de Rakitnoïe (oblast de Koursk) par Nicolas II. Quant au grand-duc Dmitri Pavlovitch, de par sa haute naissance, il dépendait de la justice de l'empereur qui l'envoya sur le front de Perse où il servit dans l'état-major des armées impériales. En raison de sa fonction de député de la Douma, mais surtout grâce à sa place de leader du parti de la droite monarchiste, Vladimir Mitrofanovitch Pourichkevitch bénéficiait d'un tel prestige que l'empereur n'osera pas le sanctionner et qu'il ne sera pas inquiété. Sur ordre du tsar, il quitte la capitale de l'Empire russe.
Assigné à résidence dans son domaine de Rakitnoïe, le prince trouve la vie monotone ; sa principale occupation est la promenade en traîneau. Mais de la capitale, des signes alarmants viennent troubler la quiétude du prince et de la princesse Ioussoupov. Les mauvaises nouvelles se succèdent, Georgi Ievgenievitch Lvov devient le chef du gouvernement provisoire, puis le , Nicolas II abdique.
La révolution russe reste pour le prince un souvenir douloureux.
En mars 1917, lors de son séjour au palais de la Moïka à Saint-Pétersbourg, des personnalités illustres rendent visite au prince, des officiers, des politiciens, des popes, l'amiral Alexandre Koltchak, le grand-duc Nikolaï Mikhaïlovitch de Russie ; ce dernier lui tient ces propos : « Le trône de la Russie n'est ni héréditaire, ni électif : il est usurpateur. Profitez de la situation ; vous détenez tous les atouts, la Russie ne peut pas continuer sans un monarque, et les Romanov sont discrédités, les gens ne veulent pas les voir revenir. » Ces propos laissent le prince dans un grand état d'abattement : lui, l'un des assassins de Raspoutine, il était sollicité pour s'approprier indûment le trône de la Russie impériale.
Au printemps 1917, le prince Félix Felixovitch Ioussoupov, accompagné de son épouse et de sa fille, quittent Saint-Pétersbourg pour la Crimée.
En , désireux de visiter son hôpital installé dans sa maison rue de Litenaïa et de passer dans son palais de la Moïka, le prince, accompagné du grand-duc Fiodor Alexandrovitch de Russie, se rend à Saint-Pétersbourg.
En quittant le palais de la Moïka, le prince Ioussoupov décroche deux tableaux de Rembrandt (aujourd'hui exposés à la National Gallery of Art à Washington) et un de Floris Claesz van Dijck. Après les avoir ôtés de leurs cadres, il les enroule. Il récupère également des bijoux (le produit de leur vente contribuera au soutien financier de la famille en exil). À Saint-Pétersbourg, le couple princier et le grand-duc Fiodor Alexandrovitch de Russie prennent le train en partance pour la Crimée. C'est un voyage éprouvant. Le prince écrit dans ses Mémoires : « Une foule de soldats, déserteurs, ont assiégé le train, rempli les couloirs, montèrent sur le toit. Tous étaient ivres et beaucoup tombèrent du train en chemin. » Après ce voyage fastidieux, le prince et le grand-duc arrivent à Aï-Todor, près de Yalta.
Lors du séjour du prince Ioussoupov à Saint-Pétersbourg, un matin, des bolcheviks surgissent dans la villa Aï-Todor, les différents membres de la famille Romanov, le prince et son épouse sont retenus prisonniers par 25 soldats armés. En août 1917, le prince est informé du transfert de Nicolas II de Russie et de sa famille dans la ville de Tobolsk (en Sibérie occidentale).
À l'automne de la même année, afin de cacher les biens les plus précieux de la famille Ioussoupov, le prince se rend à Saint-Pétersbourg. Les serviteurs restés fidèles au prince l'aident dans cette tâche. Sur la demande de Maria Fiodorovna, Félix Felixovitch se rend au palais Anitchkov afin de prendre un portrait d'Alexandre III, un bien précieux pour la veuve de l'empereur, mais les bijoux de l'impératrice douairière avaient déjà été saisis par le gouvernement provisoire et transférés à Moscou. Puis le prince ramasse tous les bijoux de la famille et, aidé de Grigori, l'un des serviteurs de Félix Felixovitch, les deux hommes prennent la route de Moscou. Arrivés à destination, tout en ordonnant au serviteur de ne jamais révéler la cachette aux Bolcheviks, même sous la torture, les deux hommes dissimulent les joyaux sous un escalier. Cependant, huit ans plus tard, au cours de travaux de rénovation, les ouvriers découvrent les bijoux.
« Un jour, un détachement de soldats est venu occuper ma maison. Je la leur ai montrée et j'ai essayé de leur faire comprendre qu'elle était plus appropriée à être un musée qu'une caserne. Ils partirent sans insister, mais évidemment avec la volonté de revenir. Quelques jours plus tard, en quittant ma chambre, je suis tombé sur les corps de certains soldats endormis, complètement armés, et sur le sol de marbre. Un officier est venu vers moi et m'a dit qu'il avait été commandé pour garder ma maison. Je n'ai pas du tout aimé cela ; cela signifiait que les bolcheviks me considéraient comme un sympathisant, ce qui était un compliment que je n'appréciais pas le moins du monde, j'ai décidé de partir immédiatement pour la Crimée… ».
La veille de son départ pour Aï-Todor, il rencontre la grande-duchesse Elizaveta Fiodorovna. Le lendemain, , les Bolcheviks prennent le pouvoir. À Saint-Pétersbourg, le prince Félix Felixovitch Ioussoupov est le témoin de crimes commis par les Bolcheviks. Le , le traité de Brest-Litovsk est signé, le prince, son épouse et les membres de la famille impériale présents dans la Villa Aï-Todor sont libérés par les Allemands.
L'exil
Le départ
Le , Il est contraint de quitter la Russie à bord d’un cuirassé de la Royal Navy, le HMS Marlborough envoyé à Yalta (Crimée) par le roi d’Angleterre pour sauver ses cousins russes, membres de la famille impériale. Sa présence d’esprit et son sens de la négociation lui permettent de sauver une partie de sa belle-famille. Debout sur le pont, le prince voit disparaître à jamais sa terre natale. À bord du navire, tous pensent au jour de leur retour en Russie.
Passant le Bosphore, le cuirassé croise d'autres navires transportant des émigrés russes ayant également embarqué en Crimée. La présence de l'impératrice Dagmar de Danemark à bord du HMS Malborough étant connue de tous, les émigrés russes entonnent l'hymne Dieu sauve le tsar.
Lors de leur escale à Constantinople, le prince et son épouse visitent la cathédrale Sainte-Sophie. Sur les îles des Princes, le grand-duc Nikolaï Nikolaïevitch de Russie et les membres de sa famille quittent le cuirassé pour embarquer sur le Lord Nelson et prennent la direction de Malte puis de Gênes. Quant au prince et sa famille, ils débarquent à Malte.
Après un bref séjour dans la villa d'été du gouverneur à San Antonio, le , le prince, son épouse et sa fille embarquent à bord d'un ferry à Syracuse ; quelques jours plus tard, le couple arrive à Rome. La charité du prince Ioussoupov, bien que discrète, est importante. Ainsi, il se rend au chevet des malades dépourvus de famille et il aide financièrement le grand-duc Théodore Alexandrovitch qui vit dans la pauvreté. Anticommuniste viscéral et résolument antinazi, il donne également d'importantes sommes d'argent à des mouvements de résistance.
En Italie, faute de visas pour la famille, le prince soudoie des fonctionnaires avec un collier de diamants appartenant à la grande-duchesse Irina. Ils séjournent quelques jours à l'hôtel de Vendôme à Paris, puis la famille Ioussoupov s'installe à l'hôtel Ritz à Londres.
L'exil en Angleterre puis en France
Installé dans un premier temps à Londres, le prince Ioussoupov est une des chevilles ouvrières de la Croix-Rouge russe. En 1920, il s’établit avec sa femme à Paris où il crée en 1924 la maison de couture IRFÉ (Ir pour Irina - Fé pour Félix), installée rue Duphot. Son épouse lui sert de mannequin pour présenter les différents modèles de ses collections. Ami de Kessel, Cocteau ou de Boniface de Castellane, il reste, jusqu’à sa mort et malgré son refus de tout engagement politique, une des grandes figures de l’émigration russe et de la société mondaine parisienne. Il passe ses vacances à Biarritz.
La fortune colossale des Ioussoupov avait été confisquée par les Soviets dès 1917. Les avoirs placés à l’étranger ont été rapatriés dès 1914 pour des motifs patriotiques. Mais les Ioussoupov réussissent à sauver nombre d’objets précieux, au premier rang desquels on trouve les deux Rembrandt, vendus au début des années 1920. En 1953 , la perle Pelegrina nommée La Régente ou "Perle Napoléon", fut elle aussi vendue. (Cette perle achetée aux enchères en 1887 par le joaillier Pierre-Karl Fabergé fut achetée par la famille Youssoupov, la princesse Zénaïde la portait en pendentif ou en sautoir ou encore comme ornementation dans sa coiffure). Ces ventes leur assurent de solides moyens de subsistance, mais la crise économique de 1929 alliée à une mauvaise gestion de la société de couture, confiée à des gérants peu scrupuleux, met un temps le couple aux abois. Le prince Ioussoupov, avide, intente par ailleurs un procès au département du Finistère et entre en 1956 en possession du CHÂTEAU DE KERIOLET, près de Concarneau, ancienne propriété de son arrière-grand-tante, la princesse Zénaïde Narichkine-Ioussoupov, expertisée à 400 millions de francs de l’époque (anciens francs). Aussitôt, ce château néogothique est fermé à la visite du public (c’était auparavant un musée, selon les volontés de la princesse Narichkine), ses collections disparates sont dispersées et le château est vendu au plus offrant.
Le prince Félix Felixovitch Ioussoupov est l’auteur de plusieurs ouvrages. En 1927, il publie un opuscule intitulé La fin de Raspoutine, éclaircissant les circonstances du meurtre du gourou de la tsarine. Cet ouvrage lui vaut un procès de la part de Maria Raspoutine, fille de la victime. Dans les années 1950, le prince publie ses mémoires, en deux volumes, sous les titres Avant l’exil (1887-1919) et Après l’exil (1919-). Ces différents ouvrages rencontrent un succès certain et sont encore régulièrement réédités.
L’assassinat de Raspoutine hantera le prince Ioussoupov jusqu’à sa mort : il est en proie à des cauchemars tenaces et peint des tableaux inquiétants représentant des monstres mi-homme, mi-animal. Ne pouvant plus supporter ces tableaux représentant des figures hideuses, sa fille les vendra à la mort de ses parents.
Le prince et la princesse Ioussoupov ont vécu en exil en France de 1920 à leur mort en 1967 et 1970, aux adresses suivantes :
- 1920-1933 : 37, rue Gutenberg à Boulogne-Billancourt;
- 1933-1939 : 19, rue de la Tourelle à Boulogne-Billancourt[25];
- 1939-1940 : ils louent une maison à Sarcelles, 7, rue Victor-Hugo[26];
- 1940-1943 : ils habitent successivement rue Agar et 65, rue La Fontaine (16e arrondissement de Paris, quartier d'Auteuil);
- du 30 août 1943 à leur mort : 38, rue Pierre-Guérin (16e arrondissement de Paris, quartier d'Auteuil), dans une maison achetée à Madame Bottin, propriétaire du dictionnaire du même nom.
Des icônes, miniatures et objets de Fabergé ayant appartenu à son père (mort en 1928) ont figuré dans une vente publique de souvenirs historiques russes à Paris le 14 novembre 2007 (La Gazette de l'Hôtel Drouot, no 34, 2 novembre 2007).
Le prince meurt le à Paris, quelques mois après son interview par l'historien Alain Decaux.
Il est inhumé au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), où il repose en compagnie de son épouse la princesse Irina Alexandrovna, de sa mère et du comte et de la comtesse Cheremetiev[27],[28]. À noter la simplicité de la tombe du prince : une simple croix orthodoxe surmonte un carré de terre orné de quelques fleurs et entouré d'un carré de ciment.
Le rapatriement des dépouilles des Ioussoupov au mausolée d’Arkhangelskoïe est régulièrement évoqué.
Le prince et la princesse Ioussoupov ont vécu en exil en France de 1920 à leur mort en 1967 et 1970, aux adresses suivantes :
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1920-1933 : 37, rue Gutenberg à Boulogne-Billancourt;
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1933-1939 : 19, rue de la Tourelle à Boulogne-Billancourt;
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1939-1940 : ils louent une maison à Sarcelles, 7, rue Victor-Hugo;
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1940-1943 : ils habitent successivement rue Agar et 65, rue La Fontaine (16e arrondissement de Paris, quartier d'Auteuil);
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du 30 août 1943 à leur mort : 38, rue Pierre-Guérin (16e arrondissement de Paris, quartier d'Auteuil), dans une maison achetée à Madame Bottin, propriétaire du dictionnaire du même nom.
Des icônes, miniatures et objets de Fabergé ayant appartenu à son père (mort en 1928) ont figuré dans une vente publique de souvenirs historiques russes à Paris le 14 novembre 2007 (La Gazette de l'Hôtel Drouot, no 34, 2 novembre 2007).
Décès du prince Félix Felixovitch Ioussoupov
Le prince meurt le à Paris, quelques mois après son interview par l'historien Alain Decaux.
Il est inhumé au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), où il repose en compagnie de son épouse la princesse Irina Alexandrovna, de sa mère et du comte et de la comtesse Cheremetiev. À noter la simplicité de la tombe du prince : une simple croix orthodoxe surmonte un carré de terre orné de quelques fleurs et entouré d'un carré de ciment.
Le rapatriement des dépouilles des Ioussoupov au mausolée d’Arkhangelskoïe est régulièrement évoqué.
Irina Alexandrovna née le 3 juillet 1895 ( dans le calendrier grégorien) à Peterhof (Empire russe) et morte le à Paris (16e arrondissement), est une princesse de Russie. Elle est la fille aînée du grand-duc Alexandre Mikhaïlovitch, petit-fils de l'empereur Nicolas Ier, et de la grande-duchesse Xenia Alexandrovna, fille de l'empereur Alexandre III. Elle naît au début du règne de son oncle Nicolas II.
La princesse Irina Alexandrovna de Russie et le prince Félix Feliksovitch Ioussoupov connaissent les rumeurs salaces circulant à propos de Raspoutine provoquant la détérioration de la situation politique en Russie impériale en générant des émeutes, des manifestations politiques et des violences. Le prince Felix Feliksovitch Ioussoupov et ses co-conspirateurs le grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie et le membre de la Douma Vladimir Mitrofanovitch Pourichkevitch prennent la décision d'assassiner Raspoutine afin de l'empêcher de détruire la Russie. Malgré son aversion pour Raspoutine, afin de tenter de gagner la confiance du « starets », le prince lui rend visite. On suppose que le prince lui demande de l'aide pour surmonter ses tendances homosexuelles afin de vivre une union harmonieuse avec son épouse ou inversement que c'est la princesse Irina qui a besoin des dons de guérisseur de Raspoutine.
Toutefois, à l'époque, la princesse séjourne en Crimée. Elle n'ignore rien du complot visant à éliminer Raspoutine, sa participation est même envisagée : « Vous aussi vous devez y prendre part, écrivait-il avant le meurtre, DM (Dmitri Pavlovitch) sait tout et il est avec nous. Cela se passera à la mi-décembre lorsque DM sera de retour ». Fin , la princesse Irina adresse cette lettre à son époux : « Je vous remercie de votre lettre insensée. Je ne comprenais pas la moitié. Je vois que vous avez décidé quelque chose de sauvage. S'il vous plaît soyez prudent et ne vous mêlez pas d'une affaire louche. La chose la plus horrible est que vous avez décidé de tout sans moi. Je ne vois pas comment je pourrais y prendre part aujourd'hui, puisque tout est arrangé. En un mot soyez prudent. Je vois par votre lettre que vous êtes enthousiaste et prêt à monter un mur... Je serai à Petrograd le 12 ou 13 donc ne faites rien sans moi sinon je ne viendrai pas du tout ».
Le prince lui répond le : « Votre présence ici est essentielle pour la mi-décembre. Le plan que j'ai écrit a été développé dans le détail et les trois quarts sont réalisés, ne manque plus que le final et votre arrivée est attendue. L'assassinat est le seul moyen de sauver la situation presque désespérée... vous servirez d'appât, bien sûr pas un mot à personne » La peur saisissant la princesse Irina Alexandrovna, elle se retire du projet le : « Je sais que si je viens je tomberai malade, je ne sais ce qui se passe en moi, j'ai envie de pleurer tout le temps. Mon humeur est terrible. Je n'ai jamais été comme ça auparavant. Je ne sais pas ce qu'il adviendra de moi. Je ne vais pas traîner à Petrograd. Au lieu de cela venez ici. Pardonnez-moi, mon cher, pour vous avoir écrit de telles choses. Mais je ne peux pas continuer plus, je ne sais pas ce qui se passe, peut-être de la neurasthénie. Ne vous fâcher contre moi, s'il vous plaît ne soyez pas en colère. Je vous aime énormément. Je ne peux pas vivre sans vous. Que Dieu vous protège ». Une nouvelle fois, le , la princesse Irina Alexandrovna adresse une lettre à son époux dans laquelle elle lui expose son pressentiment après une conversation avec leur fille âgée de vingt et un mois : « Une chose incroyable s'est passée avec le bébé. Quelques nuits auparavant, elle ne dormait pas bien et ne cessait de répéter :"La guerre, nourrice, la guerre !" Le lendemain, elle a posé la question : "La guerre ou la paix" ? Et Baby répondit "Guerre"! Le lendemain je lui ai dit de dire la paix elle me regarda et répondit la guerre. C'est très étrange. » La demande de la princesse reste vaine. Son époux et les co-conspirateurs continuent de projeter l'assassinat de Raspoutine sans elle.
Désirant rencontrer Irina Alexandrovna, Raspoutine se rend dans la nuit du 16 au au palais de la Moïka à Saint-Pétersbourg, où il tombe dans le piège tendu par le prince Félix Feliksovitch Ioussoupov, le député de la Douma et le grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie. Cela lui est fatal. La princesse est ce soir-là au palais Youssoupoff à Koreiz.
Après l'assassinat du staretz, Nicolas II de Russie exile le prince Félix Feliksovitch et le grand-duc Dimitri Pavlovitch. Le premier part à Ratnikoe, son domaine familial dans la province de Koursk, le second est exilé en Perse. Seize membres de la famille impériale signent une lettre dans laquelle ils demandent au tsar de reconsidérer sa décision en raison du faible état de santé du grand-duc Dimitri, mais Nicolas II refuse d'examiner la pétition, et la renvoie à l'expéditeur avec cette note écrite de sa main au bas de la lettre : « Personne n'a le droit de tuer sur son propre jugement ».
En février 1917, le père de la princesse Irina Alexandrovna rend visite au couple Ioussoupov dans le domaine de Ratnikoe, il les trouve leur humeur enjouée mais militante. Le prince Félix Feliksovitch espère toujours que le tsar et le gouvernement vont réagir à la mort de Raspoutine en prenant des mesures pour remédier à l'instabilité politique croissante. La révolution russe ayant éclaté, le prince ne permet pas à son épouse de quitter Ranitkoe pour rejoindre sa mère à Petrograd, jugeant la ville trop dangereuse. Nicolas II abdique le à la suite de la révolution de Février. Arrêté avec sa famille par les Bolcheviks, ils sont finalement assassinés à Ekaterinbourg le , durant la guerre civile russe. L'exil du prince Felix Feliksovitch Ioussoupov et du grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie permet aux deux hommes d'échapper à une mort presque certaine.
Après l'abdication de Nicolas II, la princesse Irina et son époux retournent au palais de la Moïka à Saint-Pétersbourg. Le couple et sa fille gagnent la villa Ai Todor, une propriété de son père située en Crimée. Mariée avec le prince, la princesse Irina a perdu ses droits à la succession au trône de Russie et contrairement à beaucoup de membres de sa famille, les Bolcheviques la laissent donc en liberté. La jeune femme vit dans un état de constante incertitude, tout particulièrement après la révolution d'Octobre et les arrestations des membres de la famille impériale suivies par de multiples assassinats. Plus tard, afin de récupérer des bijoux et deux tableaux de Rembrandt, le couple revient au palais de la Moïka. Le produit de la vente des joyaux et des deux tableaux permet à la famille de survivre au cours de leur exil. Dans le port de Yalta en Crimée, le , accompagnée de sa mère, de l'impératrice douairière Maria Feodorovna, de son époux, de sa fille, de ses frères et d'autres membres survivants de la famille Romanov, la princesse Irina fuit la Russie à bord d'un cuirassé de la Royal Navy, le HMS Marlborough. À bord, le prince Félix Ioussoupov se vante publiquement de l'assassinat de Raspoutine, tandis qu'un autre officier britannique note au premier abord, « la réserve et la timidité de la princesse Irina Alexandrovna de Russie, mais il suffit d'accorder un peu d'attention à sa jolie petite fille pour percer sa timidité et découvrir une femme charmante parlant couramment un parfait anglais ». Le HMS Malborough quitte Yalta pour Malte. Le couple et leur fille quittent l'île et voyagent en Italie puis par le train gagnent Paris. En Italie, faute de visa, avec quelques diamants, le couple soudoie quelques fonctionnaires. À Paris, ils séjournent à l'hôtel Vendôme puis s'établissent à Londres. En 1920, la princesse Irina, son époux et leur fille reviennent à Paris, et font l'acquisition d'une maison rue Gutenberg à Boulogne-sur-Seine, où ils vivent une grande partie de leur exil.
En exil, la princesse Irina, son époux et leur fille vivent mieux que la plupart des émigrants russes après la révolution. Elle appuie son mari en devenant l'égérie de leur éphémère maison de couture Irfe (contraction des prénoms Irina et Félix).
En 1934, le couple vit grâce à une somme gagnée lors d'un procès contre la MGM pour le film, réalisé en 1932 par Richard Boleslawski, Raspoutine et l'Impératrice. Dans ce film, Raspoutine, joué par l'acteur Lionel Barrymore, séduit la princesse Natasha, basée sur la princesse Irina, rôle tenue par l'actrice britannique Diana Wynyard. En 1934, grâce à la plaidoirie de leur avocat, sir Patrick Hasting, le couple gagne le procès contre la firme cinématographique en obtenant plus de deux millions de dollars, somme importante à l'époque. Le prince Félix Feliksovitch Ioussoupov rédige ses Mémoires, et devient célèbre ou tristement célèbre comme l'homme qui a tué Raspoutine. En raison de la retransmission télévisée d'une pièce inspirée par l'assassinat de Raspoutine, le prince Félix intenta un procès contre la CBS près du tribunal de New York en 1965. La revendication du prince porte sur certains événements romancés et sur des droits commerciaux qui, en vertu de la législation new-yorkaise, ont détourné le personnage du prince Ioussoupov. Le dernier rapport judiciaire dans cette affaire est une décision de la 2e juridiction de New-York, et l'affaire doit aller en procès. Selon le rapport de l'avocat de CBS, la firme remporte le procès.
Jusqu'à l'âge de neuf ans, leur fille est élevée par ses grands-parents paternels, qui, selon son père lui donnent une mauvaise éducation, à là suite de quoi elle se montre capricieuse. Les grands-parents ruinés, la petite princesse revient vivre avec ses parents, qui confient l'éducation de leur fille à des nurses. Enfant unique, la petite Irina adore son père, mais est plus distante avec sa mère.
Irina et Félix sont très proches l'un de l'autre, comme ils le sont avec leur fille, et c'est un mariage heureux qui dure plus d'un demi-siècle. Au décès du prince, la princesse est accablée de douleur et décéda à peine trois ans plus tard.
La générosité du prince Félix Ioussoupov le rend célèbre auprès des émigrés russes. Cette philanthropie et le niveau de vie élevé du couple, aggravées d'une mauvaise gestion financière, tarit le reste de la fortune familiale.
La princesse Irina Alexandrovna de Russie décède le à Paris. Elle est inhumée aux côtés de son époux au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois.
Descendance
Parente matrilinéaire du tsar Nicolas II de Russie, un échantillon ADN de la petite-fille de la princesse Irina Alexandrovna de Russie, la comtesse Xenia Nikolaïevna Cheremetieva-Sfiris est utilisé pour identifier les restes de Nicolas II de Russie après son exhumation en 1991.
Les descendants de la princesse Irina Alexandrovna de Russie sont :
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Irina Feliksovna Ioussoupova ( à Saint-Pétersbourg - à Cormeilles), elle épouse le comte Nikolaï Dmitrievitch Cheremetiev ( à Moscou - à Paris), fils du comte Dmitri Sergueïevitch Cheremetiev et de la comtesse Irina Ilariovna Vorontzov-Dachkova
De cette union naît :
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Xenia Nikolaïevna Cheremetieva-Ioussoupova (née le à Rome), le , elle épouse à Athènes Ilias Sfiris ( à Athènes)
Une fille naît de cette union :
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Tatiana Sfiris ( à Athènes-), en mai 1996, elle épouse à Athènes Alexis Giannakoupoulos (né en 1963), divorcée elle épouse Anthony Vamvakidis.
Deux filles naissent de cette seconde union :
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Marilia Vamvakidis () ;
-
Yasmina Xenia Vamvakidis ().
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